Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



vendredi 21 février 2014

Mariana Heredia, À quoi sert un économiste


Mariana Heredia
À quoi sert un économiste
Les Empêcheurs de penser en rond
La Découverte
2014

Présentation de l'éditeur
Feuilletons les journaux, allumons radio et télévision : les experts en économie sont omniprésents, que ce soit pour donner leur avis sur des problèmes collectifs relevant de choix politiques… ou conseiller les particuliers dans leurs opérations financières. Le plus souvent au-dessus des partis politiques, ils trustent les postes dirigeants dans les organisations internationales, et on les trouve aussi à la tête de plusieurs États. Ils sont les grands bénéficiaires de l’incertitude qui a gagné les élites depuis les années 1970. 
Comment en est-on arrivé là ? Il ne s’agit évidemment pas d’un complot. L’auteure reconstitue précisément le lent processus de différenciation qui a permis de séparer l’économie des autres sciences sociales et de lui donner le prestige propre aux sciences exactes. Les économistes libéraux ont mis à profit la guerre froide pour s’allier à des entrepreneurs, des hommes politiques, des journalistes et mener une croisade internationale contre l’Etat providence : ils sont à l’origine d’un nouveau monde qui gagne chaque jour du terrain. Très minoritaires dans les années 1970, ils sont en passe d’être hégémoniques. 
Cette enquête fascinante menée sur plusieurs continents met à mal les prétentions « scientifiques » des économistes. Elle montre comment ils improvisent, trahissent, se trompent dans l’assemblage laborieux du nouvel ordre. Mais le plus grave est qu’ils contribuent à diluer la référence à un quelconque responsable du malheur social. Le respect de certaines libertés individuelles qui s’est imposé dans de nombreux pays coexiste avec une tendance des régimes à devenir de plus en plus autoritaires. Après l’Amérique latine et les anciens pays du bloc socialiste, c’est au tour de l’Europe… 
Mariana Heredia, sociologue, a soutenu sa thèse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle est chercheur du Conseil national de la recherche scientifique et technique du gouvernement argentin et enseigne aux universités de Buenos-Aires et de San-Martin (Argentine)



Aucun commentaire: