« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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jeudi 2 janvier 2025

Sur l’État parlementaire. Rencontres avec Bernard Lacroix

 

 

Sur l’État parlementaire

Rencontres avec Bernard Lacroix

Textes rassemblés par 

Antonin Cohen, Philippe Juhem & Philippe Riutort

du Croquant

2025

 

Présentation de l'éditeur

L’État parlementaire est une configuration singulière, au regard de l’histoire sociale et politique comparée dans la longue durée, dont on mesure aujourd’hui les écueils et les fragilités. Tout à la fois entreprise de domination politique visant à l’expression et au contrôle du « peuple » suivant des normes et des formes autorisées, et entreprise de légitimation du « suffrage » face aux pouvoirs temporels et spirituels dominants, l’État parlementaire a connu de nombreuses vicissitudes du XVIIIe au XXIe siècle. Cet ouvrage collectif explore ces processus et bifurcations. Il permet de mieux comprendre les conditions d’institutionnalisation pratique et idéologique de l’État parlementaire, à travers la genèse du parlement lui-même, mais aussi des partis, des élections, ou encore des sciences de la politique. Il permet aussi de comprendre les différents moments de remise en cause de ces institutions, et plus généralement de cette configuration. Cet ouvrage rend ainsi hommage au travail pionnier de Bernard Lacroix qui a forgé ce concept et initié une série de travaux scientifiques qui font encore aujourd’hui référence. 

Introduction. L’État parlementaire : du roman national
à l’ analyse configurationnelle.

Antonin Cohen, Philippe Juhem et Philippe Riutort 5

Chapitre I. La sociologie générale entre « parenté pratique » et travail scientifique « réel ». Autour de Durkheim

Nicolas Sembel 19

Chapitre II. Autopsie d’une discipline : la science politique française au prisme de la Revue française de science politique
des « années Parodi » (1991-2008)

Yves Déloye 43

Chapitre III. Qu’est-ce qu’un constitutionnaliste peut dire
sur le régime parlementaire ? Rien !

Dominique Rousseau 67

Chapitre VI. Dans le silence du droit. La doctrine constitutionnelle et la subordination du Premier ministre

Delphine Dulong 87

Chapitre V. Science(s) politique(s), sociologie politique,
sociologie politique internationale : des relations délicates
en France comme ailleurs

Didier Bigo 117

Chapitre VI. Strindberg parmi des paysans français.
La politisation, entre « le cru et le su »

Laurent Le Gall 135

Chapitre VII. La « politique » dans la France des Lumières. Remarques sur les objectivations concurrentes de l’ordre
politique avant l’État parlementaire

Arnault Skornicki 165

Chapitre VIII. L’ordre parlementaire en 1789

Alain Garrigou 189

Chapitre IX. Le Sénat conservateur et son pouvoir
de nomination (1799-1802)

Franck Duchesne 207

Chapitre X. Comment meurt une Assemblée ?
Le « parlementarisme » impérial

Nicolas Tardits 227

Chapitre XI. Esquisse d’une lutte des places.
Les luttes parlementaires sous la Monarchie de Juillet

Christophe Voilliot 249

Chapitre XII. La construction historique de l’institution parlementaire : processus et configurations

Hervé Fayat et Christophe Le Digol 273

Chapitre XIII. Le fantôme de Napoléon Bonaparte. Sur l’objectivation des « apparitions » politiques

Olivier Ihl 301

Chapitre XIV. Sur trois états du champ politique.
La « parenthèse Vichy » à l’épreuve d’une analyse processuelle

Antonin Cohen 327

Chapitre XV.« 68 », produit du système scolaire et de
ses transformations ?

Christelle Dormoy 373

Chapitre XVI. Y a-t-il une vie (partisane) au-delà de l’État parlementaire (national) ? L’institutionnalisation des Europartis
et les trois « espèces d’espaces » du politique

Francisco Roa Bastos 399

Chapitre XVII. Transnationalisation de l’État par défaut :
une entreprise protéiforme de contrebande institutionnelle

Nadine Machikou Ndzesop et Luc Sindjoun 429

Chapitre XVIII. Genèse et structure d’un champ des
politiques économiques

Frédéric Lebaron 455

Chapitre XIX. Un auxiliaire indispensable et inavouable.
La police politique et la construction de l’État parlementaire
en France au XIXe siècle

Laurent Bonelli 477

Chapitre XX. Le vote comme dispositif disciplinaire

Philippe Juhem 501

Chapitre XXI. Le bureau des élections.
Expertise précontentieuse et traitement de l’injustice
électorale au ministère de l’Intérieur

Thomas Marty 527

Chapitre XXII. Ordre européen et ordre national.
Ce que la transparence nous dit des régimes politiques

Hélène Michel 549

Chapitre XXIII. Les Bérégovoy de papier : Effet Pygmalion, effet Nessus et évaporation symbolique

Érik Neveu 573

Chapitre XXIV.« Se qualifier ». L’élaboration de
la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle
de 2022

Pierre Leroux et Philippe Riutort 601

Bibliographie de Bernard Lacroix 631

 

mercredi 16 juin 2021

Un capital médiatique ? Usages et légitimation de la médiatisation en politique, Sous la direction de Clément Desrumaux et Jérémie Nollet

 

 


 

 

Un capital médiatique ?  

Usages et légitimation de la médiatisation en politique

Sous la direction de Clément Desrumaux et Jérémie Nollet  

P.U. Rennes

Res Publica

2021

 

 

Présentation de l'éditeur

Peut-on réussir en politique grâce aux «médias»? C’est souvent de cette manière que les professionnels de la politique, les journalistes ou les citoyens appréhendent l’usage politique des médias. Cette formulation fait pourtant obstacle à l’explication des processus sociaux à l’oeuvre dans la médiatisation de la politique. Afin de montrer comment la médiatisation peut être agissante en politique, cet ouvrage met à l’épreuve le concept de « capital médiatique », une forme de capital symbolique tiré de la médiatisation. Les contributions examinent les opérations d’accumulation, d’appropriation, de légitimation, de conversion ou de rentabilisation de ce capital, à partir d’études de cas (Louise Michel, José Bové, Emmanuel Macron ou les parlementaires). 

L’ouvrage n’est pas seulement une étude de la médiatisation du politique: c’est aussi une contribution à la sociologie du champ politique et des ressources qui y prévalent. Il analyse le travail des agents politiques en lien avec tout ou partie du champ journalistique, et plus largement dans un espace médiatique profondément transformé par le numérique. Il conclut à l’inégale rentabilité du capital médiatique selon la position dans le champ politique.

Les réflexions engagées invitent à réfléchir, par analogie, à d’autres espaces pour lesquels la reconnaissance médiatique est un enjeu stratégique et semble être une ressource valorisée.

Introduction

Table des matières


 

vendredi 27 novembre 2020

Séries politiques. Le pouvoir entre fiction et vérité Sous la direction de Emmanuel Taïeb et Rémi Lefebvre

 


Séries politiques
Le pouvoir entre fiction et vérité
Sous la direction de 
Emmanuel Taïeb et Rémi Lefebvre 
De Boeck Supérieur
Ouvertures politiques
2020
 
 
Présentation de l'éditeur
Basé sur des séries « politiques » récentes et populaires, ce livre analyse et déconstruit l’image qu’elles donnent du jeu politique. Un décryptage transversal des phénomènes de pouvoir et de l’activité politique dans les séries.

Rapports de force, meurtres symboliques, suspense des élections… L’activité politique est empreinte d’une dramaturgie dont les séries se sont emparées.

Ce livre est le premier à s’intéresser spécifiquement aux séries politiques, pour comprendre comment elles documentent le réel et comment elles le transforment, le mettent en scène et à distance. Elles ouvrent de nouveaux espaces à l’analyse des sciences sociales et donnent accès à ce qui est habituellement caché : les émotions des hommes et femmes politiques, leur intimité, leurs manœuvres, le rôle de leur famille comme de leurs collaborateurs...

Les séries sont-elles alors des modes d’emploi du jeu politique ? Quelles visions en donnent-elles ? Si elles synthétisent en images des processus complexes, elles éduquent également les spectateurs et les confrontent à des dilemmes moraux. La politique politicienne, tout comme les structures sociales les plus fondamentales, y sont montrées dans toute leur richesse, sans éviter les clichés, parfois jusqu’au désenchantement, quand l’intérêt général est oublié. Aujourd’hui, par la puissance de leur énonciation et de leur réception, elles sont des arènes de discussion incontournables qui proposent des idées inédites et lancent l’alerte face aux menaces qui pèsent sur la démocratie.

Pour les étudiants, chercheurs et enseignants en science politique, sociologie et sciences sociales ; pour les amateurs de séries politiques qui souhaitent en connaître les codes et les ressorts.

Sommaire

PREMIERE PARTIE. LES SERIES COMME « MODE D’EMPLOI » DE L’ACTIVITE POLITIQUE

  • Antoine FAURE, « L’urgence permanente. (Dé)Légitimations de l’activité politique par ses temporalités dans Baron Noir  »
  • Arthur DELAPORTE, « Baron Noir et le Parti socialiste : de la réflexivité aux rétro-actions »
  • Nicolas BUÉ & Nicolas KACIAF, « Montre-moi un héros... et je lui rappellerai ce qu’il en coûte de ne pas rester à sa place. Show Me a Hero, le volontarisme politique et ses limites s»
  • Patrick LEHINGUE, « Les exégèses intéressées : Les leçons politiques de Game of Thrones par Pablo Iglesias et le collectif Podemos »
  • Sébastien LEROUX & Pierre-Olivier GARCIA, « La transgression politique expliquée aux enfants. Le cas de Avatar, le dernier maître de l’air »
  • Florence IHADDADÈNE & Corinne DANIELLOT, « Mouvements féministes et mobilisations improbables dans The Handmaid’s Tale »
  • Christian LE BART, « Emotions autorisées et émotions interdites dans Borgen »

DEUXIEME PARTIE. COMMENT LES SERIES REFLETENT ET TRANSFORMENT LA POLITIQUE

  • Rémi LEFEBVRE, « Rendre sensible le concept d'illusio. Philippe Rickwaert dans Baron Noir »
  • Emmanuel TAÏEB, « Ce que la fiction fait à la politique : le cas de House of Cards »
  • Emmanuel CHERRIER, « Quand Mr Smith est à Oslo et devient (presque) Machiavel : la série Occupied »
  • Clémentine FAUCONNIER, « De Kaamelott à Veep, la dérision comme point de vue : ce que les anti-héros au pouvoir nous disent des activités politiques »
  • Sandrine LEVEQUE & Frédérique MATONTI, « Brigitte Nyborg ou l’impossible réussite des femmes en politique. Ce que la série Borgen – et ses usages politiques – nous disent du genre en politique »
 
 

jeudi 25 avril 2019

L'entreprise Macron, Bernard Dolez, Julien Fretel et Rémi Lefebvre (dir.)


L'entreprise Macron
Bernard Dolez, Julien Fretel et Rémi Lefebvre (dir.)
PUG
Libres cours Politique
2019


Présentation de l'éditeur
Comment résoudre l’énigme de l’élection d’Emmanuel Macron, ce jeune homme politique dépourvu des ressources qui expliquent habituellement la victoire à une présidentielle ?
Pour comprendre ce succès et saisir sa portée, l’ouvrage revisite la campagne et la mobilisation électorales, part à la recherche des électeurs de La République en Marche à la présidentielle et aux législatives puis, enfin, s’attache aux élites, cadres et militants d’une entreprise, dont le principal défi est désormais d’assurer sa pérennité.
Les auteurs proposent ainsi quelques clés essentielles non seulement pour comprendre ce qui s’est joué en 2017, mais aussi pour interroger le nouvel ordre partisan et électoral qui s’est mis en place et ainsi éclairer l’avenir en montrant que toute nouvelle entreprise politique est une construction fragile.
Contribuent à l’ouvrage :
L. Barrault-Stella (Paris), P.-Y. Baudot (Amiens), C. Berjaud (Paris), J. Bocquet (Lyon), M.-V.Bouquet (Amiens), P. Bréchon (Grenoble), R. Cos (Lille), S. Dahani (Toulouse), J.-M. Eymeri-Douzans (Toulouse), C. Gris (Paris), A.Laurent (Lille), P. Lehingue (Amiens), P. Leroux (Nantes et Angers), V.Martigny (Paris), S. Michon (Strasbourg), M. Offerlé (Paris), S. Strudel (Paris), É. Treille (Rennes).





 


jeudi 8 juin 2017

En immersion. Pratiques intensives du terrain en journalisme, littérature et sciences sociales, Sous la direction de Pierre Leroux et Eric Neveu

En immersion
Pratiques intensives du terrain en journalisme, littérature et sciences sociales
Sous la direction de Pierre Leroux et Eric Neveu
P.U.Rennes
Res Publica
2017

Présentation de l'éditeur
L’ « IMMERSION », comme entreprise d’insertion – dans un milieu, un terrain, un groupe – qui suppose partage d’expérience et présence prolongée, empathie et peut-être rêve de « devenir indigène », est un geste fondateur de nombreuses pratiques de mise en intelligibilité du monde. On la rencontre en journalisme. Elle est le fait d’écrivains. Elle est, bien sûr, le socle de l’ethnographie mais aussi l’outil de recherches en maintes disciplines. Or, pour avoir suscité nombre de réflexions, cette pratique avait donné lieu à peu de synthèses, moins encore à une prise en compte de la diversité de ses usagers. C’est cette lacune que veut combler ce recueil. 
Il le fait via cinq questions. D’où vient la pratique de l’immersion ? Comment pareilles expériences affectent-elles l’observateur ? Que peut-on ainsi voir de plus, de mieux ? Et si la démarche est génératrice d’un plus d’intelligibilité, de quel prix, de quelles tensions avec le terrain ou une éthique professionnelle ces gains peuvent-ils se payer ? Comment enfin restituer l’immersion... tant en termes de respect de ceux et celles qu’on a côtoyés que de modes d’écriture propices à en communiquer l’expérience, les affects ? 
Ce volume combine une vingtaine de contributions de praticiens et analystes de ces démarches, que viennent mettre en perspective cinq denses textes de cadrage et que ponctue un article important d’Andrew Abbott sur l’écriture du terrain. L’ensemble offre une référence durable sur le terrain des méthodologies de l’enquête, de leurs histoires, de leurs écritures.



jeudi 21 mai 2015

en ligne: Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation


Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation 
éditions du Croquant 2014  

Sommaire

Éditorial, par Frédéric Lebaron

Dossier : Journalisme et dépolitisation, coordonné par Jérémy Nollet et Manuel Schotté

Les transformations contemporaines des pages Politique de la presse écrite française, par Nicolas Kaciaf
Le journalisme palestinien : une dépolitisation en trompe-l’œil, Benjamin Ferron
Les transformations du rapport à la politique des journalistes français et italiens, par Eugénie Saïtta
Des médias aux ordres de Poutine ? L’émergence de médias d’opposition en Russie, par Ivan Chupin
La production des décisions « médiatiques », par Jérémie Nollet
L’individualisation des problèmes collectifs : une dépolitisation politiquement située, par Jean-Baptiste Comby
Les ressorts sociaux de la médiatisation des banlieues, par Julie Sedel
Politiser en distrayant ? L’improbable pari du divertissement, par Philippe Leroux et Philippe Riutort

Grand entretien

Du rôle sociétal de la recherche, avec Philippe Lazar, ancien directeur de l’Inserm

Paroles

Une fermeture honorable(II), par Cécile Harari, photographe et Yann Le Lann, sociologue.

Chronique de la gauche de gauche

Front de gauche. Refondation ? Nouveau départ ?par Louis Weber

Sociogenèse du Front de gauche

Faire vivre le Front de gauche « en bas », avec Jean-Jacques Boislaroussie, porte-parole des Alternatifs

La rhétorique réactionnaire

La valse des étiquettes politiques (2), par Gérard Mauger

Chronique d’outre-Manche

Anthony N. Wedgwood Benn 1925-2014, par Keith Dixon

Politiques d’ailleurs

Élections législatives en Inde : l’influence du facteur caste, par A. Dharma et MJM Mahalingam
Le rolezinho, révélateur de préjugés, du racisme et des stigmates euphémisés du quotidien, par Maria Chaves Jardim (Prof. UNESP – Araraquara), João Paulo Aprígio Moreira (Prof. UEMS), Marcio Rogério Silva (Étudiant en Doctorat UFSCar), Thais Joi Martins (Étudiante en Doctorat UFSCar)



(source: Savoir/agir)

vendredi 12 décembre 2014

Dynamiques des agricultures biologiques. Effets de contexte et appropriations, Aurélie Cardona, Fanny Chrétien, Benoît Leroux, Fabrice Ripoll, Delphine Thivet (Coord.)

Dynamiques des agricultures biologiques
Effets de contexte et appropriations
Aurélie Cardona, Fanny Chrétien, Benoît Leroux, Fabrice Ripoll, Delphine Thivet (Coord.)
 co-éditionQuae/Educagri
2014

Présentation de l'éditeur
Ancré dans différentes disciplines des sciences sociales (anthropologie, sociologie, géographie, sciences de l’éducation), cet ouvrage analyse les nombreuses formes d’agricultures alternatives au modèle agricole dit conventionnel. Organisé en trois parties (les dynamiques de construction des courants et organisations, les trajectoires d’agriculteurs et les relations tissées avec les non agriculteurs), il étudie les facteurs d’influence qui expliquent les pratiques observées, et interroge non seulement la relation complexe qu’entretiennent ces alternatives avec « leurs » configurations, mais aussi les dimensions méthodologiques propres aux approches disciplinaires.

vendredi 28 novembre 2014

vidéo: Philippe Riutort, « La politique, un divertissement médiatique comme un autre ? » Jeudi d’Acrimed, 16 octobre 2014

Philippe Riutort, « La politique, un divertissement médiatique comme un autre?» 
Jeudi d’Acrimed, 16 octobre 2014
vidéo: Philippe Riutort, « La politique, un divertissement médiatique comme un autre?»
Jeudi d’Acrimed, 16 octobre 2014

mardi 14 octobre 2014

Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation

Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation
éditions du Croquant
Présentation de l'éditeur
Les transformations actuelles du champ journalistique (« crise » de la presse écrite, recul des chaînes de télévision généralistes, poids croissant d’Internet, etc.) focalisent les débats sur les évolutions des médias, renvoyant au second plan les réflexions sur le rôle politique des journalistes. C’est à cette question qu’est consacrée cette livraison de Savoir/agir, en l’interrogeant sous l’angle de la « dépolitisation »
L’autonomisation du champ journalistique par rapport
au champ politique
Si l’on définit la politisation comme « une requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou remettre en cause la différenciation des espaces d’activités », la dépolitisation du champ journalistique renvoie d’abord au mouvement historique d’autonomisation du champ journalistique par rapport au champ politique. Alors qu’une partie du champ journalistique français est née de la création de journaux dans les entreprises politiques au dix-neuvième siècle, cette situation est aujourd’hui marginale. Les transformations qu’a connues ce champ au cours des dernières décennies (mouvement de concentration économique ; spécialisation et concurrence croissantes des titres et des chaînes ; renforcement de son pôle commercial) ont en effet fortement affaibli son pôle politique.
Cette mutation s’observe notamment dans les métamorphoses du journalisme politique, qui se distancie de plus en plus du jeu politique, en adoptant une posture d’expertise critique (Nicolas Kaciaf). L’histoire du champ journalistique français n’a cependant rien d’universel ni de nécessaire. Si les contraintes économiques ont des effets dépolitisants jusque dans des sociétés qui, comme la Palestine (Benjamin Ferron), pourraient laisser penser qu’un journalisme très engagé y est dominant, la comparaison internationale interroge sur la dépolitisation du journalisme en France. Dans une configuration comparable comme l’Italie (Eugénie Saitta), le désengagement politique d’une partie du champ journalistique est bien moins marqué qu’en France. De plus, un très fort contrôle politique des médias, comme c’est le cas en Russie (Ivan Chupin), n’implique pas nécessairement une politisation des contenus.
Dans le contexte français d’une puissante dépolitisation de la presse, au sens où les entreprises de presse ne sont plus liées à des partis ou des hommes politiques, les relations entre le champ journalistique et le champ politique prennent les formes nouvelles d’une fuite en avant de la communication politique. Pour réussir à passer dans des médias qu’ils ne possèdent plus, les agents politiques accroissent les ressources (humaines, financières, expertes) accordées aux stratégies d’accès aux médias. Les activités politiques sont alors en partie transformées du fait qu’elles cherchent à se conformer aux formats médiatiques et à la vision déconflictualisée du monde social qui y est dominante (Jérémie Nollet).
La neutralisation médiatique
des problèmes sociaux
L’autonomisation du champ journalistique n’est pas sans effet sur les contenus produits par les journalistes, et, plus largement, sur la « dépolitisation » des problèmes sociaux, entendue comme (re)qualification d’enjeux anciennement (ou potentiellement) définis comme politiques en enjeux ne relevant plus (ou pas) de ce registre. C’est en l’occurrence une vision individualisée des questions de société qui domine les représentations journalistiques, comme le montre le cas des problèmes environnementaux dont les causes structurelles sont occultées (Jean-Baptiste Comby).
La production d’un cadrage dépolitisant (qui peut prendre des formes différentes : désidéologisation, déconflictualisation, naturalisation, focalisation sur les agents plutôt que sur les structures, personnalisation des institutions et des idées, absence de mise en perspective historique, recherche de responsables plutôt que d’explications plus structurales, etc.) s’explique moins par une intention explicite des journalistes que par leur mode de recrutement, leurs conditions de travail (précarisation d’une partie de la profession ; exigences de rentabilité des rédactions, etc. ) et leurs contraintes professionnelles (urgence exacerbée qui engendre une forte dépendance aux sources d’information officielles et une difficulté à mener des enquêtes autonomes dans la durée ; légitimation des sujets « vendeurs » tels que les faits divers ou le people…). Saisie par un champ journalistique en pleine transformation dans les années 1980-1990, la question des « banlieues » s’est ainsi trouvée dépolitisée (Julie Sedel).
Au total, en débouchant sur une faible différenciation des contenus journalistiques par rapport au discours de communication des agents et institutions dominants, les pratiques journalistiques, contribuent à la (re)production de l’idéologie dominante.
La question de l’intérêt des publics pour la politique
Les éléments qui précèdent, sur la production de grilles de lecture dépolitisées dans et par le champ journalistique, ne doivent pas susciter de conclusions hâtives quant à leurs effets. Il est hasardeux de prêter des effets politiques aux médias sans s’appuyer sur une étude empirique de leur réception par les différentes catégories de public. C’est pourquoi il convient de faire preuve de prudence quand on s’interroge sur les effets de politisation – entendue cette fois-ci comme l’« attention aux événements politiques » de la part des publics – des médias. Cette vigilance s’impose notamment dans les débats récents qui attribuent une force politisante à des émissions à faible contenu politique, telles que les émissions de divertissement (Leroux et Riutort).


mercredi 9 juillet 2014

à paraître: Revue Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation

Revue Savoir/agir n°28
Journalisme et dépolitisation
éditions du Croquant
septembre 2014
Format PDF
Format EPUB
 
Présentation de l'éditeur
Les transformations actuelles du champ journalistique (« crise » de la presse écrite, recul des chaînes de télévision généralistes, poids croissant d’Internet, etc.) focalisent les débats sur les évolutions des médias, renvoyant au second plan les réflexions sur le rôle politique des journalistes. C’est à cette question qu’est consacrée cette livraison de Savoir/agir, en l’interrogeant sous l’angle de la « dépolitisation »
L’autonomisation du champ journalistique par rapport
au champ politique
Si l’on définit la politisation comme « une requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou remettre en cause la différenciation des espaces d’activités », la dépolitisation du champ journalistique renvoie d’abord au mouvement historique d’autonomisation du champ journalistique par rapport au champ politique. Alors qu’une partie du champ journalistique français est née de la création de journaux dans les entreprises politiques au dix-neuvième siècle, cette situation est aujourd’hui marginale. Les transformations qu’a connues ce champ au cours des dernières décennies (mouvement de concentration économique ; spécialisation et concurrence croissantes des titres et des chaînes ; renforcement de son pôle commercial) ont en effet fortement affaibli son pôle politique.
Cette mutation s’observe notamment dans les métamorphoses du journalisme politique, qui se distancie de plus en plus du jeu politique, en adoptant une posture d’expertise critique (Nicolas Kaciaf). L’histoire du champ journalistique français n’a cependant rien d’universel ni de nécessaire. Si les contraintes économiques ont des effets dépolitisants jusque dans des sociétés qui, comme la Palestine (Benjamin Ferron), pourraient laisser penser qu’un journalisme très engagé y est dominant, la comparaison internationale interroge sur la dépolitisation du journalisme en France. Dans une configuration comparable comme l’Italie (Eugénie Saitta), le désengagement politique d’une partie du champ journalistique est bien moins marqué qu’en France. De plus, un très fort contrôle politique des médias, comme c’est le cas en Russie (Ivan Chupin), n’implique pas nécessairement une politisation des contenus.
Dans le contexte français d’une puissante dépolitisation de la presse, au sens où les entreprises de presse ne sont plus liées à des partis ou des hommes politiques, les relations entre le champ journalistique et le champ politique prennent les formes nouvelles d’une fuite en avant de la communication politique. Pour réussir à passer dans des médias qu’ils ne possèdent plus, les agents politiques accroissent les ressources (humaines, financières, expertes) accordées aux stratégies d’accès aux médias. Les activités politiques sont alors en partie transformées du fait qu’elles cherchent à se conformer aux formats médiatiques et à la vision déconflictualisée du monde social qui y est dominante (Jérémie Nollet).
La neutralisation médiatique
des problèmes sociaux
L’autonomisation du champ journalistique n’est pas sans effet sur les contenus produits par les journalistes, et, plus largement, sur la « dépolitisation » des problèmes sociaux, entendue comme (re)qualification d’enjeux anciennement (ou potentiellement) définis comme politiques en enjeux ne relevant plus (ou pas) de ce registre. C’est en l’occurrence une vision individualisée des questions de société qui domine les représentations journalistiques, comme le montre le cas des problèmes environnementaux dont les causes structurelles sont occultées (Jean-Baptiste Comby).
La production d’un cadrage dépolitisant (qui peut prendre des formes différentes : désidéologisation, déconflictualisation, naturalisation, focalisation sur les agents plutôt que sur les structures, personnalisation des institutions et des idées, absence de mise en perspective historique, recherche de responsables plutôt que d’explications plus structurales, etc.) s’explique moins par une intention explicite des journalistes que par leur mode de recrutement, leurs conditions de travail (précarisation d’une partie de la profession ; exigences de rentabilité des rédactions, etc. ) et leurs contraintes professionnelles (urgence exacerbée qui engendre une forte dépendance aux sources d’information officielles et une difficulté à mener des enquêtes autonomes dans la durée ; légitimation des sujets « vendeurs » tels que les faits divers ou le people…). Saisie par un champ journalistique en pleine transformation dans les années 1980-1990, la question des « banlieues » s’est ainsi trouvée dépolitisée (Julie Sedel).
Au total, en débouchant sur une faible différenciation des contenus journalistiques par rapport au discours de communication des agents et institutions dominants, les pratiques journalistiques, contribuent à la (re)production de l’idéologie dominante.
La question de l’intérêt des publics pour la politique
Les éléments qui précèdent, sur la production de grilles de lecture dépolitisées dans et par le champ journalistique, ne doivent pas susciter de conclusions hâtives quant à leurs effets. Il est hasardeux de prêter des effets politiques aux médias sans s’appuyer sur une étude empirique de leur réception par les différentes catégories de public. C’est pourquoi il convient de faire preuve de prudence quand on s’interroge sur les effets de politisation – entendue cette fois-ci comme l’« attention aux événements politiques » de la part des publics – des médias. Cette vigilance s’impose notamment dans les débats récents qui attribuent une force politisante à des émissions à faible contenu politique, telles que les émissions de divertissement (Leroux et Riutort).


mardi 22 octobre 2013

écouter: Pierre Leroux et Philippe Riutort, La politique sur un plateau. Ce que le divertissement fait à la représentation

écouter:
Pierre Leroux et Philippe Riutort, La politique sur un plateau - Ce que le divertissement fait à la représentation
La Suite dans les idées par Sylvain Bourmeau, 14.12.2013

Pierre Leroux et Philippe Riutort, La politique sur un plateau - Ce que le divertissement fait à la représentation
Le Grand Bain par Sonia Devillers, 5 octobre 2013
Pierre Leroux
Philippe Riutort
La politique sur un plateau
Ce que le divertissement fait à la représentation
PUF
2013

Présentation de l'éditeur
Comment les talk-shows accueillant des personnalités politiques ont-ils profondément transformé la représentation médiatique de la politique ? En cherchant d’emblée à rénover le spectacle politique, leurs animateurs et producteurs ont redéfini la figure publique de l’élu autour de qualités ajustées à l’ambiance des plateaux des divertissements, bien loin de la représentation compassée des « grand-messes » traditionnelles. Ce projet originel et « provocateur » de désacralisation radicale de la politique, a progressivement cédé la place, pour s’assurer la venue de personnalités politiques éminentes, à une approche moins attentatoire à l’ordre politique. La banalisation qui en résulte n’a été possible qu’en établissant des compromis avec les invités politiques, ce qui a conduit les animateurs à feindre de prendre, du moins en apparence, la politique au sérieux.
Pierre Leroux est chercheur au Centre de recherche sur l'action politique en Europe (CNRS/Rennes) et professeur à l'Université catholique de l'Ouest. Philippe Riutort est professeur en sciences sociales des classes préparatoires du lycée Henri IV à Paris et chercheur. Il est notamment l'auteur de Sociologie de la communication politique (La Découverte, 2e éd 2013) et d'un Précis de sociologie (Puf, 3e éd 2014).