"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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vendredi 8 juin 2018

en ligne: Biens symboliques / Symbolic Goods 2 | 2018, Arpenter la vie littéraire | Surveying Literary Life


Biens symboliques / Symbolic Goods 2 | 2018, Arpenter la vie littéraire | Surveying Literary Life
Presses Universitaires de Vincennes

 

jeudi 2 juin 2016

Sociologie et sociétés, volume 47, N°2, 2015, Trajectoires de consécrations et transformations des champs artistiques, Sous la direction de Wenceslas Lizé et Marian Misdrahi

Sociologie et sociétés, volume 47, N°2, 2015 
Trajectoires de consécrations et transformations des champs artistiques  
Sous la direction de Wenceslas Lizé et Marian  Misdrahi

Présentation de l'éditeur 
Si le problème de la construction de la valeur des biens et de l’excellence des producteurs préoccupe l’ensemble des sciences sociales, il se pose avec une acuité particulière aux sociologues et aux historiens de l’art en raison des propriétés propres aux champs artistiques. C’est à ce problème que s’attaque le présent numéro en centrant l’attention sur les instances d’évaluation et de consécration, les trajectoires des artistes que ces instances peuvent conduire vers la reconnaissance et les transformations des champs artistiques qui affectent leur déroulement. Quels sont les circuits, les étapes, les ressources et les institutions qui, au fil d’un parcours, mènent un artiste à la consécration? Quels sont les mécanismes selon lesquels se construisent progressivement les écarts de notoriété entre les artistes ou entre les œuvres?
Les transformations récentes des champs artistiques n’ont pas fait disparaître les voies traditionnelles de la consécration telles qu’elles s’incarnent dans les figures des pairs, de l’expert, du critique et de l’académie, mais elles en ont fait apparaître de nouvelles — associées aux technologies numériques, par exemple — et ont rendu plus efficientes celles qui sont davantage centrées sur la notoriété médiatique et le succès commercial plutôt que sur la légitimité proprement artistique.
Les démarches des auteurs qui sont réunis ici sont variées mais elles ont en commun d’introduire la temporalité dans l’analyse des champs et de la consécration artistiques. Par la variété des disciplines et des contextes nationaux étudiés, les articles de ce numéro apportent un nouvel éclairage aux épineuses questions, centrales en sociologie, de la construction par nature processuelle de la valeur et de la fabrique des trajectoires au sein d’univers sociaux eux-mêmes en constante recomposition.