Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


vendredi 3 juin 2011

Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements sous la direction de Delphine NAUDIER et Maud SIMONET


Des sociologues sans qualités ?
Pratiques de recherche et engagements

Sous la direction de Delphine NAUDIER et Maud SIMONET
La Découverte
2011


Présentation de l'éditeur
Les sociologues sont-ils des savants « neutres » détachés des contingences historiques et politiques, échappant aux lois de l’économique et du social ? Tandis qu’ils observent, analysent, mettent en lien toutes ces dimensions de la vie pour expliquer les autres, seraient-ils, de leur côté, tenus d’être des humains sans qualités pour faire une recherche de qualité ?
Jusqu’à présent, la question de l’engagement du sociologue a essentiellement été posée sous l’angle de ses convictions idéologiques, de ses partis pris politiques ou de son militan-tisme, et jugée à l’aune de la « neutralité axiologique », selon laquelle un bon savant ne devrait pas porter de jugement de valeur dans son travail. Les contributions réunies ici permettent au contraire de comprendre comment les sociologues font leur travail alors même qu’ils sont engagés et font partie du monde social qu’ils analysent. Des sociologues de sexe, d’âge et d’école différents apportent une réflexion sur leurs manières concrètes de faire leur métier, en articulant pratiques de recherches et engagements politiques, institutionnels, professionnels, mais aussi biographiques et parfois même intimes.
Loin de la représentation éthérée et asociale du chercheur enfermé dans sa tour d’ivoire, cet ouvrage donne à voir des travailleurs scientifiques immergés dans le monde social qu’ils ont pour « métier et vocation » d’analyser. En dévoilant des expériences vécues de ce travail intellectuel méconnu du grand public, il s’adresse à toutes celles et tous ceux qui veulent comprendre la réalité du métier de chercheur en sciences sociales.

table des matières
Introduction, par Delphine Naudier et Maud Simonet
L’impossible neutralité : les féministes contre Raymond Aron
La réflexivité comme nouvel impératif ?
L’objectivation en pratiques : retour sur les engagements des sociologues
I / Engagements militants et recherche scientifique : quand les sociologues s'engagent politiquement
Une prise de position dans la socio-histoire du communisme et du militantisme, par Bernard Pudal
La configuration héroïque - La deuxième configuration : la mise en cause des « mythes » - Une configuration dissociée - Les militantismes
Ethnographie et engagement politique en Nouvelle-Calédonie, par Alban Bensa
La recherche par la lutte et réciproquement - Critique sociale et critique savante - Enchanter ou réhabiliter - Comprendre et persuader - Raisons d’agir
Féminisme et syndicalisme : peut-on objectiver le savoir militant ?, par Anne-Marie Devreux
Un itinéraire militant et professionnel - La pensée féministe peut-elle produire une pensée scientifique, peut-elle « faire science » ? - Pratique de la recherche « engagée » : réflexions sur les contraintes qu’imposent aux dominé(e)s la minorisation de leur pensée - Pour conclure, quelques réflexions sur l’objectivité
Travail militant et/ou travail sociologique ? Faire de la sociologie des mouvements sociaux en militant, par Xavier Dunezat
Préalable : objet de recherche, méthodologie, terrains - Le militant désenchanté et la sociologie - Quand le chercheur prend le dessus sur le militant - Quand le militant prend le dessus sur le chercheur - Quand le militant doit laisser une place au chercheur - La restitution : une pratique de recherche marquée du sceau des rapports militants - Restitutions - L’activité de restitution chez un militant sociologue
II / Légitimié scientifique et relation au terrain : quand le sociologue est engagé par l'objet
L’acteur et le sociologue. La commission Stasi, par Jean Baubérot
La création de la Commission Stasi - La construction d’un esprit de groupe - L’unité se forge face à un adversaire - De l’esprit de groupe à la constitution d’une idéologie dominante - Un processus de persuasion mutuelle - Mardi 9 et jeudi 11 décembre 2003 : le dernier acte - Et maintenant…
Peut-on enquêter sur l’égalité professionnelle sans intervenir ? Retour sur une recherche en entreprise, par Cécile Guillaume et Sophie Pochic
Enquêter en entreprise : une situation singulière ? - Résister à la commande : la condition sine qua non - Construire la confiance, sur un fil entre distanciation et engagement - La restitution au terrain, épreuve de vraisemblance et de pédagogie - Le don/contre-don : devenir l’expert-maison pour rester sur le terrain
La grande bourgeoisie : un objet de recherche militant ?, par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
Un objet impossible - Une sociologie amputée - Les raisons du silence - De la résistance clandestine à la guerre ouverte - Valeur heuristique du scandale - Le moment ou jamais
Un fils de « bourgeois » en terrain ouvrier. Devenir sociologue dans les années 1980, par Stéphane Beaud
S’intellectualiser à la fac… - Le détour par « Sciences Po » et la conversion vers la sociologie - Entre immigrés et ouvriers : hésitations sur le choix de l’objet dans le contexte des années 1980… - Rapport au « terrain » et dispositions sociales
III / Le double « JE » du sociologue : quand le sociologue engage sa personne sur le terrain
L’expérience du sociologue comme voie d’accès au monde des autres, par Daniel Bizeul
Un moyen usuel de compréhension : trouver des équivalents dans ses propres expériences - Mélanie : une figure de voyageuse assimilable à celles de mon milieu d’origine - Alain : le pendant « néo-nazi » de l’un de mes proches amis
Intimité et couleur des choses : du corps à corps au mot à mot. Ethnographie des expériences intimes liées à l’usage de drogues en milieu précaire, par Patricia Bouhnik
Accrocher et comprendre - Une approche compréhensive de la vie avec les drogues illicites - L’espace de la subjectivation et de la compréhension - Toucher l’intime : l’expérience du dédoublement - La passion, l’engagement : forces et limites du « je »
La chair et le texte : l’ethnographie comme instrument de rupture et de construction, par Loïc Wacquant
Prélude calédonien - Le gym, le ghetto et l’État : microsociologie charnelle et macrosociologie analytique - L’ethnographie comme instrument de rupture et de construction théorique - Le corps (du sociologue) comme vecteur de connaissance - Pour une réflexivité épistémique : de la chair au texte
Sociologue et danseur, quand la vocation se fait double, par Pierre-Emmanuel Sorignet
Le culte de la réussite scolaire - Autodidaxie et vocation artistique - Des vocations ancrées dans des univers désargentés - Le rapport de l’enquêteur à son objet : ce que la sociologie doit à la danse… - … et ce que la danse doit à la sociologie - L’accès à la vie d’artiste : une double incorporation
Notices biographiques.

Delphine Naudier est sociologue, chargée de recherches au CNRS, affiliée à l’équipe CSU (Cultures et sociétés urbaines) du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (laboratoire CRESPPA CNRS/Paris-VIII). Maud Simonet est sociologue, chargée de recherches au CNRS IDHE (Institutions et dy-namiques historiques de l’économie)-Umr 8533-Paris-Ouest-Nanterre.

Aucun commentaire: