Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



jeudi 24 décembre 2015

écouter: Jacques Le Rider, La censure à l'œuvre. Freud, Kraus, Schnitzler


La marche de l'histoire par Jean Lebrun, 19.10.2015
Jacques Le Rider
La censure à l'œuvre 
Freud, Kraus, Schnitzler 
Hermann
Des morales et des oeuvres
2015

Présentation de l'éditeur
Une société libéralisée peut-elle renoncer à toute censure ? Même dans les sociétés contemporaines, la liberté illimitée d’expression n’a jamais été instaurée et les opinions déviantes qui mettent en cause la norme du « politiquement correct » sont exposées à un retour en force de la censure. Le cas viennois prouve cependant que, pour la défense des valeurs d’une culture, la censure n’est pas une arme efficace : bien que la liberté de la presse soit un acquis des gouvernements libéraux des années 1860, la censure y était toujours à l’œuvre ; Freud lui donnait même le beau rôle d’instance régulatrice du processus de civilisation. Karl Kraus, le plus féroce des critiques du journalisme, démontait les nouveaux mécanismes de censure informelle et invisible par lesquels la presse informait ses lecteurs, c’est-à-dire soumettait leur perception de la réalité à un formatage quotidien. Ainsi, la modernité viennoise anticipait les théories de la censure structurale de Foucault et Bourdieu. Cela n'empêcha pas la censure impériale de rompre, en 1912, avec sa propre ligne "anti-antisémite" en interdisant la représentation du chef d'œuvre d'Arthur Schnitzler, Le Professeur Bernhardi, courageuse dénonciation de l'antisémitisme. Autant dire que la censure s'avère en définitive toujours inefficace et dangereuse, et qu'elle ne pourra jamais servir comme support d'une politique de civilisation.
Ancien élève de l'École normale supérieure (ENS Paris), Jacques Le Rider est directeur d'études à l'École pratique des hautes études à la chaire « L'Europe et le monde germanique (époque moderne et contemporaine) ».

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