"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

jeudi 2 mai 2019

Penser les frontières sociales. Enquêtes sur la culture, l'engagement et la politique, Lilian Mathieu & Violaine Roussel (dir.)

Penser les frontières sociales
Enquêtes sur la culture, l'engagement et la politique
Lilian Mathieu & Violaine Roussel (dir.)
PUL
Actions collectives
2019

Présentation de l'éditeur
Si elle a longtemps été l’apanage des géographes et des historiens, la notion de frontière cristallise depuis plusieurs années un intérêt croissant au sein des sciences sociales, au point d’avoir désormais conquis le statut de concept sociologique.
Qu’est-ce qui se joue à la frontière entre espaces sociaux, mondes professionnels et jeux institutionnels ? Comment les spécialistes d’un espace d’activité traversent-ils les frontières sociales pour intervenir dans un autre espace, à quelles conditions, à quel prix, avec quels bénéfices ? Comment s’articulent la matérialité des lignes de démarcation et leur réalité symbolique dans les perceptions et les représentations des intéressés ?
Sur la base d’enquêtes empiriques menées sur une diversité de terrains, ce livre s’empare de la question classique des divisions des sociétés différenciées pour l’éclairer sous un jour nouveau. Les rapports entre logiques professionnelles, tout particulièrement au sein des mondes de l’art et de la culture, et les formes d’engagement civique ou politique sont au cœur de cette exploration.
Lilian Mathieu est sociologue, directeur de recherche au CNRS (Centre Max-Weber, ENS de Lyon). Spécialiste de la politique contestataire, il a notamment publié La Démocratie protestataire (Presses de Sciences Po, 2011) et L’Espace des mouvements sociaux (Le Croquant, 2012). Il a également coordonné l’ouvrage du Collectif de la Grande Côte : Lyon en luttes dans les années 68 (Presses universitaires de Lyon, 2018).
Violaine Roussel est professeure de sociologie à l’Université Paris 8-Saint-Denis, membre du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA, UMR 7217) et professeure associée à l’Université de Californie du Sud. Elle est l’auteure de diverses publications, dont Art versus War : les artistes américains contre la guerre en Irak (Presses de Sciences Po, 2011), How to Do Politics with Art (codirigé avec Anurima Banerji, Routledge, 2016) et Representing Talent: Hollywood Agents and the Making of Movies (University of Chicago Press, 2017).



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