Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


mercredi 14 novembre 2012

Alexis Spire, Faibles et puissants face à l'impôt

Alexis Spire
Faibles et puissants face à l'impôt
Raisons d'agir
2012

Présentation de l'éditeur
 En France, l’égalité devant l’impôt relève des principes républicains proclamés par les révolutionnaires de 1789 : d’après la Déclaration des droits de l’homme, tous les citoyens doivent contribuer « en raison de leurs facultés ». Mais l’expression est tellement générale et abstraite qu’elle a servi à justifier à peu près toutes les réformes fiscales, y compris les plus inégalitaires.
   Le plus souvent limitée à la question de la répartition de la charge fiscale entre les différentes tranches de revenus, le discours sur la justice fiscale oublie une autre forme d’inégalité devant l’impôt, plus profonde : celle qui résulte des conditions sociales de la mise en œuvre des règles censées s’appliquer à tous. Si la loi condamne sans ambiguïté les contribuables qui ne déposent pas leur déclaration, son application est loin d’être uniforme. Au-delà des déclarations d’intention visant à lutter contre la fraude fiscale, certains délits sont mieux tolérés que d’autres. L’enjeu de ce livre est de résoudre une énigme : comment une institution composée d’agents soucieux d’œuvrer pour l’intérêt général et le bien commun, peut-elle (re)produire autant d’inégalités ?
   Pour aborder la question des inégalités sociales face à l’impôt, Alexis Spire a choisi de privilégier les prélèvements qui mettent les contribuables directement en relation avec l’administration : l’impôt sur le revenu, la fiscalité locale et l’imposition des patrimoines. Il s’intéresse ici aux impôts qui mettent en contact les représentants de l’Etat et les contribuables : les conditions sociales d’application du droit génèrent une forme d’inégalité particulière, non réductible aux règles inscrites dans le droit.
   L’inégalité sociale devant l’impôt renvoie d’abord à des dispositifs de taxation différents, laissant des marges de manœuvre plus ou moins grandes à ceux qui doivent s’y soumettre comme c’est le cas de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui doit être auto-déclaré. Elle renvoie aussi à la relation de plus ou moins grande familiarité que les contribuables entretiennent à l’égard de la matière fiscale. D’un côté, les détenteurs de hauts revenus et/ou d’importants patrimoines peuvent s’offrir les services d’un avocat fiscaliste ou d’un expert comptable. De l’autre, les ménages des catégories populaires et des classes moyennes modestes s’en remettent les plus souvent aux conseils des fonctionnaires des impôts de moins en moins nombreux qui, dans bien des cas, doivent à la fois les aider à formuler leur requête et en décider l’issue. On le voit les stratégies d’évitement de l’impôt ne sont pas les mêmes en haut et en bas de l’échelle fiscale.
   Ce livre s’appuie sur une enquête ethnographique qui s’est d’abord déroulée de 2006 à 2007 dans deux centres des impôts, l’un dans le Nord et l’autre en région parisienne. Il s’appuie donc sur un travail approfondi auprès de diverses administrations fiscales comme c’était le cas dans Accueillir ou reconduire, l’ouvrage à succès paru aux Éditions raisons d’agir dans lequel Alexis Spire analysait l’attitude de l’administration vis-à-vis des étrangers.
   Faibles et puissants face à l’impôt aborde au total sous un angle entièrement nouveau la question de la fiscalité et il montre que derrière les pratiques des agents des impôts sont en jeu des éléments essentiels de l’égalité citoyenne et de la définition concrète de l’intérêt général. Cet ouvrage sort la politique fiscale de la chasse gardée des économistes et remet la question fiscale au centre de la question sociale. Écrit de manière fluide et claire, utilisant des exemples frappants et bien choisis, il s’adresse aussi plus généralement à un large public, à tous ceux qui pensent que la politique publique doit défendre l’égalité entre les citoyens. 
Alexis Spire est chercheur au CNRS. Ses travaux portent sur la sociologie de l’État et de l’administration, sur l’immigration et l’impôt. Il est notamment l’auteur de Histoire sociale de l'impôt, Paris, La Découverte, 2010 (avec Nicolas Delalande) et Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l'immigration, Paris, Raisons d'agir, 2008 et de Étrangers à la carte. L'administration de l'immigration en France (1945-1975), Paris, Grasset. Par ailleurs, il a édité et préfacé l’ouvrage d’Abdelmalek Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. Les enfants illégitimes, Paris, Raisons d’agir, 2006.

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