"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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mercredi 19 février 2014

Dvd: ON VIENT POUR LA VISITE, Réalisation Lucie Tourette

Dvd: ON VIENT POUR LA VISITE, Réalisation Lucie Tourette
Vezfilm, 2014

Résumé
En situation irrégulière, Mohamed, Diallo, Hamet travaillent pourtant légalement depuis des années dans la restauration, le nettoyage ou le bâtiment. En 2009, ils se mettent en grève pour obtenir leur régularisation. Ils investissent toute leur énergie dans cette bataille : une fois leur clandestinité révélée au grand jour, impossible de revenir en arrière. Pour la première fois, une caméra a pu filmer sans restrictions tout le quotidien de cette grève pendant plusieurs mois.






dimanche 23 juin 2013

écouter: Un an après l’élection de Françoise Hollande - Tableau d’un glissement néolibéral – Avec Camille Jouve et Pierre Barron


écouter: Un an après l’élection de Françoise Hollande - Tableau d’un glissement néolibéral – Avec Camille Jouve et Pierre Barron
Les oreilles loin du front, 12.06.2013

Un an après l’élection de François Hollande
Tableau d’un glissement néolibéral
Camille Jouve, Pierre Khalfa, Patrick Le Moal, Claire Le Strat (coord.)
Syllepse
Les Notes de la Fondation Copernic
2013

Présentation de l'éditeur
Il y a un an, nous étions nombreux à être soulagés : « ouf », « enfin », « Sarkozy est battu ». Et beaucoup d’entre nous espéraient surtout une rupture avec la politique menée pendant son quinquennat, néolibérale et autoritaire. En un an, le gouvernement Hollande n’a pas cessé d’agir. Mais dans quel sens ? Certes, il reste quatre ans. Mais, pour l’instant, le changement attendu n’est pas au rendez-vous. Et, de glissement en glissement, le gouvernement Ayrault semble plutôt engagé dans une fuite en avant néolibérale. Par quels mécanismes ? Sur quels dossiers ? Cette Note de la Fondation Copernic en fait un récapitulatif. Sur la politique européenne, l’écologie, les droits des femmes, le logement, la fiscalité, la dérive sécuritaire, la politique industrielle, les revenus, l’emploi, les licenciements…, les choses ont changé, mais souvent dans le mauvais sens. C’est parce que l’histoire n’est pas écrite d’avance, parce qu’il n’y a pas de fatalité, qu’il fallait rapidement proposer un bilan d’étape. Et avoir un tel bilan à l’esprit permettra d’agir, pour remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait tourner à l’envers.
Le slogan de campagne de François Hollande, élu en mai 2012, promettait "le changement maintenant". Un changement d’emblée très sérié, puisqu’il se limitait à soixante mesures, à la réalisation déjà incertaine (cf. la taxation des plus hauts revenus).

Un an après, où en est-on précisément ?

De combien le Smic a-t-il augmenté (il l’avait été de 10% en 1981) ?
Quelles mesures ont été prises pour aider les plus fragiles (comparées au blocage des prix pendant six mois en 1981-1982, ou au contrôle des loyers et des expulsions en juin 1982) ?
Est-ce que la justice sociale et fiscale a été restaurée (rappelons-nous la création de l’ISF en décembre 1981) ?
Quelle politique pour l’emploi (on se souvient des nationalisations en février 1982 des 36 premières banques de dépôt et de la plupart des grandes entreprises industrielles) ? Il y a eu cette année des plans de licenciements en cascade.
Quelles avancées pour les salarié-es (avec les accords Wagram, nous sommes si loin des lois Auroux, des 39 heures, de la retraite à 60 ans, en mars 1982, et de la cinquième semaine de congés payés en janvier) ?
Quelle réorientation de la politique énergétique ?
Quelle politique d’aménagement du territoire (cf. les choix faits avec l’aéroport de Notre-Dame des Landes) ?
Quels changements pour les sans-papiers, les sans-toit, les sans-emploi… ?
Quels rapports aux multinationales, aux institutions européennes, au FMI, aux banques qui endettent les peuples ?

Pourquoi ce choix de l’austérité ?

Sous la forme d’un abécédaire, à l’instar de Sarkozy, bilan de la casse, cette Note de la Fondation Copernic veut dresser l’inventaire des promesses réalisées ou oubliées, depuis un an de présidence Hollande.

Et, d’évidence, la politique développée ne marque pas de rupture avec les orientations libérales. Tantôt, le gouvernement Ayrault revient sur certaines mesures de la droite au pouvoir, mais sans restaurer les droits perdus (cf. la formation des enseignants ou la LRU, ou bien encore la RGPP). Le plus souvent, le gouvernement Ayrault poursuit les mêmes politiques, les mêmes projets que l’équipe Sarkozy (cf. la compétitivité ou l’Europe). Et laisse en l’état nombre de mesures insupportables prises par la droite (cf. service minimum dans les services publics…).

Au point que l’on est tenté de parler d’un "glissement néolibéral" du gouvernement...

vendredi 8 avril 2011

On bosse ici, on reste ici ! La grève des sans-papiers : une aventure inédite, Barron, Bory, Tourette, Chauvin et Jounin

On bosse ici, on reste ici !
La grève des sans-papiers : une aventure inédite

Pierre BARRON, Anne BORY, Lucie TOURETTE, Sébastien CHAUVIN, Nicolas JOUNIN
Collection : Cahiers libres
La Découverte
2011

Présentation de l'éditeur
Le 15 avril 2008, trois cents travailleurs sans papiers se mettent en grève et occupent leurs entreprises, en région parisienne. Ils seront bientôt des milliers. Ce mouvement est inédit : il lie un mode d'action traditionnel du mouvement ouvrier, une grève avec occupation des lieux de travail, à la revendication centrale de la lutte des sans-papiers, la régularisation. S'ouvrent alors deux années de lutte, tantôt souterraine, tantôt médiatisée, dont ce livre retrace l'histoire de façon très vivante.
Ces grèves révèlent que des pans entiers de l'économie (construction, nettoyage, restauration, confection, aide à la personne...), des petites aux grandes entreprises, du traiteur du coin aux familiers du pouvoir, de l'intérim aux ministères, reposent sur le recours à une main-d'œuvre qui, privée de titre de séjour, devient la proie et l'instrument du dumping social. En contestant cette situation, des milliers de grévistes sans papiers ont pointé les contradictions de la politique de l'« immigration choisie » promue par Nicolas Sarkozy.
Fruit d'une enquête collective, réalisé à partir d'observations directes (sur des piquets de grève, lors de manifestations, réunions, assemblées générales de grévistes...), de la collecte d'archives (tracts, dossiers de grévistes, protocoles de fin de conflit, circulaires ou notes des ministères), mais aussi d'une centaine d'entretiens avec des grévistes, des syndicalistes ou associatifs soutenant ou encadrant le mouvement, des employeurs, des agents de l'État à un niveau local et national, ce livre raconte au plus près les péripéties de ce mouvement, et en analyse les enjeux économiques, syndicaux et politiques.

Pierre Barron est sociologue, expert auprès des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sur les questions de santé au travail.
Anne Bory est sociologue au Centre lillois d’études et de recherches économiques (CLERSE), maître de conférences à l’université Lille-I, associée au Centre d’études de l’emploi  
Lucie Tourette est journaliste.  
Sébastien Chauvin est sociologue, professeur assistant à l’université d’Amsterdam, auteur de Les agences de la précarité, journaliers à Chicago (Seuil, 2010).
Nicolas Jounin est maître de conférences en sociologie à l’université Paris-VIII et chercheur au laboratoire URMIS (Unité de recherches Migrations et société). En 2009, il a reçu pour Chantier interdit au public (La Découverte, 2008),le prix « La Ville à lire », créé par France Culture et la revue Urbanisme.