« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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mercredi 24 décembre 2025

Actes de la recherche en sciences sociales, n°260. Du côté obscur de la famille (1)




Actes de la recherche en sciences sociales, n°260

Du côté obscur de la famille (1)  

Seuil

2025

 

Présentation de l'éditeur

La vie familiale n’est pas un long fleuve tranquille, ni un sanctuaire protégé des logiques capitalistes, un espace du « bonheur » et du « désir » fait de liens électifs, comme l’ont pensé les théoriciens de la modernité et post-modernité. Certes la famille peut être le support de rôles sociaux valorisés comme ceux de père ou de mère. Mais elle est parfois le lieu d’exercice de violences extrêmes – féminicide, inceste –, comme l’a rappelé récemment le procès des viols de Mazan. La famille est plus généralement un espace de transactions symboliques et économiques quotidiennes, marquées par des rapports asymétriques, entre parents et enfants, conjoint et conjointe ou encore aîné·es et cadet·tes.

Ce numéro, qui sera suivi d’un second volet, propose justement de (re)penser les rapports de domination à l’œuvre dans la famille pour comprendre l’ensemble des modes d’exercice du pouvoir qui s’y jouent. Comment expliquer leur relative stabilité au-delà des formes singulières qu’ils revêtent selon les contextes ? Les contributions réunies dans ce volume – depuis un entretien avec Dorothée Dussy autour de ses travaux sur l’inceste jusqu’à un examen des données statistiques sur les inégalités de patrimoine dans les couples – montrent que la famille constitue un lieu central d’apprentissage et de reproduction des rapports de pouvoir, en particulier ceux liés au genre, à la classe et à l’âge. Il explore ainsi la reconfiguration des relations entre enfants et parents quand ces derniers recourent à une aide à domicile, celle des rapports conjugaux en migration ou encore les formes de résistance de parents « progressistes » des classes supérieures à la transition de genre de leur enfant. Ces travaux soulignent que les familles ne sont pas isolées : elles sont aussi traversées par d’autres institutions, comme l’État social ou le droit, qui les encadrent, les contrôlent, et participent parfois à renforcer les inégalités plutôt qu’à les réduire. L’espace domestique, de ce point de vue, n’est qu’en apparence un monde clos.


vendredi 11 novembre 2016

Mathias Millet et Jean-Claude Croizet, L’école des incapables ? La maternelle, un apprentissage de la domination

Mathias Millet et Jean-Claude Croizet
L’école des incapables ? 
La maternelle, un apprentissage de la domination
La Dispute
L'enjeu scolaire
2016
Présentation de l'éditeur
Comment l’école interprète- t-elle les facilités et les difficultés d’apprentissage des élèves ? Comment cette interprétation influence-t-elle leur scolarité, et l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes ? Les résultats de l’enquête – menée pendant plusieurs années dans des écoles maternelles, pour l’essentiel – présentée dans ce livre permettent de répondre à ces questions. En croisant les regards sociologique et psychosocial, Mathias Millet et Jean-Claude Croizet décortiquent le quotidien des classes et révèlent comment les difficultés cognitives, pourtant nécessaires aux apprentissages, sont transformées en un problème. Ils montrent que ces premiers apprentissages scolaires sont aussi, pour les élèves, une première confrontation aux inégalités.
L’étude met en évidence les logiques quotidiennes d’une violence symbolique par laquelle élèves comme enseignants se persuadent que les verdicts scolaires disent la valeur des individus. Elle montre comment ces élèves et ces enseignants développent, dès l’école maternelle, des interprétations qui personnalisent les « échecs » ou les « réussites » et, ce faisant, les détournent des apprentissages. Cet ouvrage contribue ainsi de manière décisive à l’analyse de la manière dont l’école réduit ou augmente les inégalités sociales.

jeudi 12 décembre 2013

Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l’écrit: Tous capables ?

Jean-Pierre Terrail
Entrer dans l’écrit  
Tous capables ?
La Dispute
2013
 
Présentation de l'éditeur
L’institution scolaire a pour fonction de transmettre les éléments de la culture écrite. Elle y parvient aujourd’hui de façon trop inégale : ses échecs sont de plus en plus problématiques, et il n’y a aucune bonne raison de les accepter. Entrer dans l’écrit de manière satisfaisante, permettant des études longues, serait-il hors de portée des élèves en difficulté ? Plutôt que d’invoquer une fois de plus les prétendus déficits socioculturels des familles, Jean-Pierre Terrail interroge ici les ressources cognitives des élèves. En mobilisant les acquis de l’anthropologie et de la linguistique, il démontre que la pratique du langage chez l’enfant, quel que soit son milieu familial, devrait suffire à assurer une scolarité réussie.
Tous capables d’entrer dans la culture écrite : ce constat invite donc à revenir sur les principes et pratiques qui président depuis quatre décennies aux apprentissages élémentaires de l’écrit, dont il est urgent d’améliorer l’efficacité démocratique.
Sociologue, Jean-Pierre Terrail est professeur émérite à l’université de Versailles-Saint-Quentin. Il a publié une douzaine d’ouvrages, consacrés aux transformations du monde ouvrier, aux rapports à l’école des classes populaires, à l’école elle-même.