"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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jeudi 22 mars 2018

Pierre Bourdieu: "Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage."



Pierre Bourdieu: " Je disais hier aux syndicalistes qu’il y a entre les mouvements sociaux et les syndicats dans tous les pays d’Europe une différence profonde concernant à la fois les contenus et les moyens d’action. Les mouvements sociaux ont fait exister des objectifs politiques que les syndicats et les partis avaient abandonnés, ou oubliés, ou refoulés. D’autre part, les mouvements sociaux ont apporté des méthodes d’action que les syndicats ont peu à peu, encore une fois, oubliées, ignorées ou refoulées. Et en particulier des méthodes d’action personnelle : les actions des mouvements sociaux recourent à l’efficacité symbolique, une efficacité symbolique qui dépend, pour une part, de l’engagement personnel de ceux qui manifestent ; un engagement personnel qui est aussi un engagement corporel.
Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage." in Pour un savoir engagé, Athènes,  mai 2001, Raisons d'agir-Grèce, Le Monde Diplomatique, février 2002 — Page 3, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.465-469








voir également:
Interventions de Pierre Bourdieu: en soutien au mouvement social de novembre-décembre 1995 et au mouvement des chômeurs et des travailleurs précaires

publications de Pierre Bourdieu: autour de Mai-Juin 1968

Interventions de Pierre Bourdieu: en soutien aux mobilisations étudiantes et lycéennes


Interventions de Pierre Bourdieu: Des utopies rationnelles (une économie du bonheur, une vraie Europe sociale)

Publications de Pierre Bourdieu, Sociologie historique et analyse du changement

  
Publications de Pierre Bourdieu: Sociologie de la domination et dispositions à résister

Pierre Bourdieu: un Intellectuel global

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

Interventions de Pierre Bourdieu: Pour un savoir engagé (Les chercheurs et le mouvement social)

Publications de Pierre Bourdieu: « Je crois en effet que l'univers de la science est menacé aujourd'hui d'une redoutable régression. »

Pierre Bourdieu, "L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil"

Interventions de Pierre Bourdieu: L'imposition du modèle américain et ses effets

Interventions de Pierre Bourdieu: La culture est en danger

Interventions de Pierre Bourdieu: La nouvelle vulgate planétaire (les ruses de la raison impérialiste)

Publications de Pierre Bourdieu: Nous sommes dans une époque de restauration (une révolution conservatrice)

Interventions de Pierre Bourdieu: "ce sont des gens qui invoquent le socialisme pour faire du néolibéralisme"

Interventions de Pierre Bourdieu: Contre le "fléau néo-libéral"

Interventions de Pierre Bourdieu: Les "intellectuels médiatiques" sont une parodie


mardi 6 décembre 2016

Agone 60, Nouvelles masses, nouveaux mouvements ?

Agone, 60, Nouvelles masses, nouveaux mouvements ?
Agone
2016 

Présentation de l'éditeur
Coédition avec la New Left Review
Coordination : Philippe Olivera
Quelles sont les mobilisations politiques et sociales suscitées par la crise financière mondiale de 2008 ? Auraient-elles un air de famille ? En quoi prolongent-elles – ou au contraire tranchent-t-elles avec – la vague précédente de mouvements inspirés par l’alter-mondialisme autour de l’an 2000 ?
Dans un monde où, pour la première fois depuis cent cinquante ans, le capitalisme ne semble plus contesté par aucune force sociale de premier plan, de très nombreux mouvements de masses ne cessent d’émerger. Par-delà tout ce qui les distingue, notamment entre ceux des pays dits « riches » et ceux des pays qu’on appelle « émergents », ils partagent presque tous la caractéristique de mêler des membres des classes populaires et des classes moyennes. Tout l’enjeu est alors de savoir s’il y a convergence ou simple coexistence des luttes. Si cette réelle diversité sociale est une force ou au contraire une faiblesse où la résistance des uns est confisquée par les intérêts des autres.
Ce numéro est la cinquième livraison thématique d’Agone exclusivement tirée de la New Left Review. Conformément à la lucidité dont elle se réclame – qui la conduisait par exemple à relativiser la portée du mouvement alter-mondialiste en 2000 –, la NLR refuse de se raconter des histoires à propos des mobilisations actuelles. Tout en donnant plusieurs éléments d’analyse transversaux, ce numéro reprend pour l’essentiel la série en cours qu’elle consacre depuis 2014 aux new masses et qui brosse un large panorama mondial des principaux mouvements de résistance à l’ordre dominant. Fidèle à ce qui fait sa marque depuis sa création, la New Left Review les passe au crible d’une lecture résolument sociologique rarement faite ailleurs : c’est l’approche des forces sociales mobilisées qui est ici privilégiée.
Sommaire : Goran Therborn, « Nouvelles masses ? Les fondements sociaux d’une résistance » ; Zhanna Andreasyan et Georgi Derluguian, « Protestations électriques en Arménie » ; Suhas Palshikar, « Qui est “l’homme ordinaire” de Dehli ? » ; André Singer, « Révolte brésilienne. La nature sociale et politique des événements de juin 2013 » ; Erdem Yörük et Murat Yüksel, « Classes et politique dans les manifestations de Gezi en Turquie » ; Daniel Finn, « Guerres de l’eau en Irlande » ; Nancy Fraser, « Un triple mouvement ? Penser un projet politique face à la crise après Polanyi » ; Susan Watkins, « Oppositions » ; Boris Mellow, « “On ne peut pas payer et on ne payera pas !” Comment la lutte contre la poll tax bouleversa la Grande-Bretagne et fit chuter Margaret Thatcher » ; Haringey Solidarity Group, « La révolte de Haringey contre la poll tax ».


jeudi 15 septembre 2016

écouter: Caroline Rolland-Diamond, Black America Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle)


écouter: Caroline Rolland-Diamond, Black America Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle)
La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin, 09.09.22016

Caroline Rolland-Diamond
Black America 
Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle) 
La Découverte
2016

Présentation de l'éditeur
Martin Luther King, Malcolm X, Rosa Parks. Dans la mémoire collective, ces trois noms résument trop souvent à eux seuls le long combat des Noirs américains pour l’égalité, la justice et la dignité. Au-delà du récit convenu centré sur ces grandes figures héroïques, Black America retrace la lutte des Afro-Américains, depuis l’émancipation des esclaves en 1865 jusqu’à nos jours, en redonnant toute leur place aux acteurs – et aux actrices – anonymes mais essentiels de cette histoire inachevée.
Proposant une analyse globale des mouvements de revendications noirs, l’auteure décrit avec talent la longue sortie de la ségrégation dans l’ancien Sud esclavagiste et les luttes radicales engagées par les Noirs pour y mettre un terme. Mais elle raconte aussi une histoire moins connue : celle de l’« apartheid américain » dans le Nord et l’Ouest et des mobilisations quotidiennes des Afro-Américains pour l’amélioration de leurs conditions de vie.
Alors que l’élection de Barack Obama en 2008 à la Maison-Blanche semblait annoncer l’avènement d’une Amérique post-raciale, le mouvement Black Lives Matter, né en réaction aux violences policières dont les Noirs sont victimes, rappelle que le problème des discriminations et des inégalités raciales reste entier.
Grâce à des recherches originales dans les archives, à une analyse minutieuse de la presse afro-américaine et à un suivi précis des recherches les plus récentes sur ces sujets, l’auteure offre avec Black America une grande fresque appelée à devenir une référence incontournable sur cette question essentielle de l’histoire des États-Unis.  
Caroline Rolland-Diamond, historienne des États-Unis à l’université Paris-Ouest-Nanterre, est spécialiste des mouvements sociaux américains. Elle est notamment l’auteure de Chicago : le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politique (Syllepse, 2011).
extrait

 

mardi 22 décembre 2015

écouter: Héloïse Nez, Podemos de l’indignation aux élections


Les Glaneuses,Radio Campus Tours, 15.03.2016

Héloïse Nez
Podemos de l’indignation aux élections
Les Petits matins
2015

Présentation de l'éditeur
« C’était quand, la dernière fois que vous avez voté avec espoir ? » Avec ce slogan, Podemos a créé la surprise aux élections européennes de mai 2014, en remportant cinq sièges de députés européens et près de 8 % des suffrages. Un an plus tard, le parti s’implique dans les « candidatures d’unité populaire » qui gagnent les villes de Madrid et de Barcelone.
Comment expliquer un tel succès ? Ce livre revient sur les origines de Podemos, créé par des universitaires et des militants d’extrême gauche en janvier 2014, et interroge ses relations avec le mouvement des Indignés. Il analyse les raisons de son ascension rapide, en particulier sa volonté de renouveler le débat politique et de mettre en avant la figure d’un leader, mais aussi ses limites.
En quoi l’expérience espagnole peut-elle inspirer la gauche française ? Podemos peut-il être à l’origine d’un autre gouvernement anti-austérité, après les tentatives de Syriza en Grèce, et contribuer à une nouvelle orientation politique de l’Union européenne ?
Héloïse Nez est sociologue, maître de conférences à l’université de Tours et membre du laboratoire Citeres. Spécialiste de la démocratie participative et des mouvements sociaux, elle mène des recherches depuis plus de quatre ans sur les Indignés et Podemos en Espagne.