Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



samedi 28 décembre 2013

Eric Soriano, La fin des Indigènes en Nouvelle-Calédonie. Le colonial à l'épreuve du politique 1946-1976

Eric Soriano
La fin des Indigènes en Nouvelle-Calédonie
Le colonial à l'épreuve du politique 1946-1976
Préface de Alban Bensa
Karthala
2013

Présentation de l'éditeur
Comment peut-on se décoloniser ? L’action politique peut-elle contribuer à une émancipation ? Peu après 1946, après plus d’un siècle de répression, de spoliations foncières et de cantonnement dans des réserves, les populations colonisées de Nouvelle-Calédonie accèdent au suffrage universel. L’expérience est unique dans l’Empire colonial français. Elle l’est aussi si on la compare à d’autres sociétés coloniales.
Des élus « indigènes » apparaissent et accèdent à ce statut nouveau de représentants. Jusque dans les années soixante-dix, cette première génération de dirigeants invente « la » politique dans le monde « indigène ». Ils pénètrent dans des assemblées représentatives, organisent des réunions publiques, défendent des intérêts, font campagne. Pourtant, ils ne se révoltent pas. Ils ne parlent pas des injustices dont ils ont été les victimes et se disent Indigènes et Français. Pendant trente ans, alors que la plupart des colonies françaises deviennent indépendantes, ils proclament au contraire leur attachement à la France. C’est à croire que le cadre démocratique a fini par produire un consentement.
En réalité, se jouent les conditions d’une révolte impossible. Lorsque l’on se situe au plus près de leur trajectoire et de leurs expériences, on saisit mieux les logiques de leur positionnement, de même que les tensions sociales et personnelles qui traversent leur histoire mouvementée. En s’engageant dans ce monde colonial, ces élus portent et supportent tout ce qu’il a de contradictoire. Ils franchissent des frontières sociales et coloniales jusqu’alors interdites. Ils usent de toutes les formes de légitimité politique, religieuse, coutumière. Avec eux, des certitudes vacillent : c’est la fin des « Indigènes » et l’avènement d’un autre possible.
Éric Soriano, anthropologue et historien de formation, est maître de conférences en science politique à l’Université Paul-Valéry de Montpellier. Il est chercheur au Centre d’études et de recherches comparatives en Ethnologie (CERCE-Montpellier 3) et au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA-Paris 8).

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