« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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lundi 21 octobre 2024

Gérard Mauger, Les classes sociales en France

 

Gérard Mauger
Les classes sociales en France 
La Découverte
Repères 
2024
 
 
 
 
 Présentation de l'éditeur
La sociologie des classes sociales se réduit le plus souvent à des controverses théorico-politiques. Un des attraits de La Distinction de Pierre Bourdieu résidait dans la description et l'analyse qu'il proposait des classes sociales en France à la fin des années 1970.
L'ambition de ce livre est d'établir une carte actualisée de la société française contemporaine et d'analyser les principaux mécanismes de son fonctionnement. Dans cette perspective, il mobilise la boîte à outils conceptuels disponibles de Marx à Bourdieu en les confrontant aux enquêtes statistiques et ethnographiques les plus récentes (mais parfois lacunaires). Il se propose ainsi d'aider chacun et chacune à se repérer dans l'espace social et à mieux comprendre les rapports qui s'y nouent. Il invite également les sociologues à situer tel ou tel problème qui retient aujourd'hui leur attention dans le contexte où il s'inscrit : la clé de sa compréhension se situe souvent, en effet, dans le contexte des classes sociales et de leurs luttes. Virtuellement, il pourrait évidemment rencontrer l'intérêt des politiques et les inciter à la réflexion.
 
 
Gérard Mauger, sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, est chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS-EHESSParis-I). Il est l'auteur, dans la collection " Repères ", de La Sociologie de la délinquance juvénile (2009) et Âges et générations (2015). Il a récemment publié Avec Bourdieu. Un parcours sociologique (PUF, 2023).
 

jeudi 22 février 2024

Revue Savoir/Agir n° 63, L’engagement sociologique

 

 

Revue Savoir/Agir n° 63, L’engagement sociologique

du Croquant

2024

 

Présentation de l'éditeur

Parce qu’elle cherche à représenter et à rendre compte du monde social ou de tel ou tel de ses aspects, la sociologie est inévitablement prise dans les luttes symboliques (scientifiques, politiques, médiatiques) qui ont pour enjeu la vision légitime du monde social. C’est pourquoi l’engagement sociologique n’est au fond qu’une façon de tirer les conséquences d’un état de fait. Mais cette forme d’engagement porte elle-même à conséquences. Outre qu’elle implique la défense de l’autonomie de la recherche contre les tentatives récurrentes d’arraisonnement politique, elle impose un devoir de réflexivité qui a pour corollaire un devoir de scientificité. Le souci de préserver la spécificité de l’engagement sociologique impose, en effet, de ne pas réduire la tâche du sociologue à celle d’un militant comme un autre. Il ne s’agit pas seulement, en effet, de positions à prendre ou d’indignation à faire entendre, mais de choses à savoir et à comprendre. C’est pourquoi l’engagement sociologique, loin d’affranchir des contraintes et des compétences exigées des chercheurs, implique la défense des valeurs de vérité et de désintéressement qui sont celles de la science.

 

sur Cairn.info

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Culture

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Paroles

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Varia

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samedi 7 octobre 2023

Revue Savoir/Agir n° 61-62, Les usages sociaux de l’anglais

 

Revue Savoir/Agir n° 61-62

Les usages sociaux de l’anglais 

du Croquant

2023


Présentation de l'éditeur

Matière scolaire et universitaire, pratique linguistique incorporée, mais aussi langue associée, par les groupes qui la pratiquent ou la valorisent, à un style de vie et à une vision du monde, l’anglais contribue à la (re)production des écarts entre les groupes sociaux et à la recomposition des formes de domination. À travers l’association des formes internationalisées de capital (social, culturel, symbolique) à des modèles d’organisation économique et politique et aux transformations du capitalisme, c’est tout un ordre symbolique et les mécanismes de son imposition que les articles de ce dossier étudient, en proposant des études de cas centrées tour à tour sur les styles de vie et les styles éducatifs des familles, sur le système d’enseignement, le champ scientifique et divers univers professionnels.

 

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Paroles

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Chroniques du monde

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Pédagogie

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mardi 11 avril 2023

Revue Savoir/Agir, n° 59-60, L'université n'est pas une entreprise !

 

Savoir/Agir,  n° 59-60, L'université n'est pas une entreprise !
du Croquant
2023
 
 
 
Présentation de l'éditeur
« L’université n’est pas une entreprise ! » Ce slogan a scandé les dernières mobilisations contre les réformes des universités, qui se sont multipliées ces dernières décennies. Pourtant, à y regarder de plus près, force est de constater que l’enseignement supérieur et la recherche se distinguent de moins en moins des entreprises dans ses modes de gouvernance : la collégialité se voit concurrencée par la centralisation du pouvoir dans les mains de gestionnaires, l’autonomie par l’évaluation constante et le financement sur projet, ou encore la solidarité par un morcellement croissant des corps des salarié-e-s et de leurs intérêts respectifs. Ce numéro entend revenir sur ces métamorphoses, de leur esprit à celles et ceux qui les appliquent et les vivent au quotidien.
 

Table des matières

5 Dossier. 

États d’esprit

Quentin Fondu, Mélanie Sargeac, Aline Waltzing

7 Étudier les universités pour mieux les réformer. Le programme sur la gestion des établissements d’enseignement supérieur de l’OCDE (1969-2016)

Quentin Fondu, Mélanie Sargeac, Aline Waltzing

17 Pourquoi l’impuissance des réformes universitaires en France ?

Christophe Charle

29 Les réformes de l’université et de la recherche : une affaire de doctrine ?

Joël Laillier, Christian Topalov 

39 La consécration. Jalons pour une socio-histoire de la Conférence des présidents d’université (1971-2022)

Étienne Bordes

49 Enrôler la « communauté universitaire » la conversion managériale de l’encadrement intermédiaire

Mathieu Uhel

59 Qui sont les relais de l’excellence au sein des établissements ? Audrey Harroche

69 Les réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche et la marginalisation des sciences humaines et sociales) à l’échelle d’une université

Jay Rowell

81 Réformes de l’imaginaire social et contrôle des subjectivités

RogueESR et Camille Noûs

Grand entretien avec Heela Najibullah

91 « Que reste-t-il de la politique de réconciliation nationale en  Afghanistan ? » 

propos recueillis par Gaia Lassaube 

Pédagogie

103 Sociologie et sociologies spontanées. À propos des « savoirs expérientiels » et des « injustices épistémiques »

Gérard Mauger

Idées

117 À propos de Arthur BORRIELLO, Abolition et permanence du discours de crise en Italie et en Espagne (2010-2013), Jean-Paul FITOUSSI, Comme on nous parle. L’emprise de la novlangue sur nos sociétés

Frédéric Lebaron

Culture

121 L’amour de l’art. À propos de Lydie Salvayre, Marcher jusqu’au soir

Gérard Mauger

133 À propos de Jean-Paul Delahaye, Exception consolante. Un grain de pauvre dans la machine .

Gérard Mauger

Varia

145 Une vision polanyienne du capitalisme contemporain 

Marie-France Garcia

161 Les conditions de l’orthodoxie

Marie Quarrey

161 Les cadres intermédiaires de la fonction publique en relais du new public management dans les politiques éducatives

Marie-Pierre Chopin, Jérémy Sinigaglia  

 

 
 

mardi 7 février 2023

Le je, l’entre-soi, le nous dans les classes populaires. Sous la direction de Marie-Hélène Lechien, Olivier Masclet, Gérard Mauger

 

 

Le je, l’entre-soi, le nous dans les classes populaires

Sous la direction de

Marie-Hélène Lechien, Olivier Masclet, Gérard Mauger
 du Croquant
Champ social
2023



Présentation de l'éditeur
Le nous populaire a longtemps été confondu avec « la classe ouvrière ». Or, depuis la deuxième moitié des années 1970, de multiples mécanismes ont contribué à le dé-faire objectivement et subjectivement. Ce délitement est renforcé par de nouvelles incitations à être soi. Comment cerner les effets de ces processus sur les je dans les classes populaires d’aujourd’hui ? Quelle place ces ego accordent-ils à l’entre-soi familial ? Comment peuvent-ils se préserver au travail et en dehors du travail ? Alors que ces questions convoquent souvent des réponses abstraites en termes d’individualisation ou encore de subjectivation, les contributions réunies dans cet ouvrage livrent des analyses empiriquement étayées sur les rapports du je, de l’entre-soi et du nous dans les classes populaires au sein de la société française contemporaine, mais aussi dans des configurations antérieures aux années 1970. Ces analyses montrent que si le délitement du nous populaire favorise le repli sur la sphère privée et une plus forte exposition aux normes individualistes, les je populaires qui s’affirment aujourd’hui témoignent d’une revendication de reconnaissance indissociablement collective et personnelle.

Sommaire

Introduction

Marie-Hélène Lechien, Olivier Masclet, Gérard Mauger

Des « individus » dans l’ancienne culture ouvrière ?

Olivier Schwartz

Retour critique sur l’« attention oblique ». Une contribution à l’étude des individualités populaires

Olivier Masclet

Actualité du familialisme populaire. « Bien élever ses
enfants »

Gérard Mauger

Surveiller et servir. Rester soi-même dans une position
professionnelle subalterne

Séverine Misset

Moi, nous et les autres. Sur quelques enjeux de lutte dans
le monde des « hommes du fer »

Gérard Noiriel

Un nous contrarié ?

Henri Eckert

Travailler sur soi pour mieux vendre

Marie-Pierre Pouly

« Avoir le courage de faire des choses ». Usages du « psy » par des ménages de classes populaires stables

Anne-Marie Arborio & Marie-Hélène Lechien

Les interventions institutionnelles auprès des jeunes de milieu populaire : entre « travail de soi » et « travail des relations familiales »

Isabelle Coutant

Un « individu » à l’usage des sociologues

Gérard Mauger

 

 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 30 janvier 2023

Gérard Mauger, Avec Bourdieu. Un parcours sociologique

 
Gérard Mauger

Avec Bourdieu

Un parcours sociologique

PUF

2023

 

 

Présentation de l'éditeur

L’œuvre de Bourdieu, souvent perçue comme une révolution symbolique dans les sciences sociales, est aujourd’hui une référence qui y occupe, y compris pour ses détracteurs, une position dominante.

Non sans hésitations, je me suis décidé à expliciter, classer puis synthétiser des réflexions dispersées sur mes usages des outils conceptuels propres à Bourdieu – habitus, violence symbolique, champ, capital, classes sociales – au fil d’un ensemble d’enquêtes sur les classes populaires, les pratiques déviantes, les effets d’âge et de génération ou encore les usages sociaux de la lecture. Initialement, il s’agissait d’expliquer pourquoi « l’engagement sociologique » est une conséquence pratique, assumée ou non, de la pratique de la recherche. Étant entendu que ce genre d’engagement récuse la confusion entre le métier de sociologue et le métier politique et impose une démarche réflexive. Mais, en définitive, ce retour sur un parcours sociologique m’a également conduit à tirer les conséquences théoriques de ces usages. Les questions abordées concernent ainsi les limites du « sens pratique », la distribution sociale de la « conscience réflexive », les mécanismes et les effets de la « violence symbolique », l’extension du concept de « champ », la multiplication des espèces de « capital » et la définition des « classes sociales ».

D’où le caractère hybride d’un travail nécessairement pédagogique, mais qui propose une « reprise » en sou­mettant à l’épreuve de l’enquête les versions successives des principaux concepts de l’œuvre de Bourdieu.

Gérard Mauger est sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS - EHESS - Paris 1)
 

 

 

jeudi 20 octobre 2022

Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations. Pascal Depoorter, Nathalie Frigul, Thomas Venet, Sébastien Vignon (dir.)

 

 

Les mondes ouvriers : 

figures de (dé)mobilisations

Pascal Depoorter

Nathalie Frigul

Thomas Venet

Sébastien Vignon 

(dir.)

Septentrion

Paradoxa

2022



Présentation de l'éditeur

De la fragilisation de la classe ouvrière et de l'affaiblissement des organisations syndicales et politiques qui entendaient parler en son nom, n'en conclut-on pas trop rapidement à la « fin des ouvriers » ? Les conflits sociaux qui surgissent dans les médias à l’aube des années 2000 braquent les projecteurs sur un monde que l’on disait disparu. Quels acteurs se mobilisent ? Quelles alliances sont opérées ? Quels sont leurs modes d’action ? Quelles ressources sont nécessaires ?

Reposant sur des enquêtes réalisées au plus près des réalités vécues des mondes ouvriers et celles et ceux qui en sont issus (agents de la RATP, pompiers), cet ouvrage appréhende des figures de (dé)mobilisations – individuelles et collectives – et restitue des phénomènes visibles et invisibles d’engagement autant dans le rapport au politique que dans d’autres univers sociaux.

 

Sommaire

Préface — L'histoire ouvrière du second Vingtième siècle : trois temps et quelques mouvements ?
Nicolas Hatzfeld

Introduction
Pascal Depoorter, Nathalie Frigul, Thomas Venet et Sébastien Vignon

Première partie — Mobilisations et fermetures

Des actions collectives atypiques. Quand l’activité productive devient la cause à défendre
Matéo Sorin

Crise, mobilisations salariales et judiciarisation des conflits de travail
Pascal Depoorter et Nathalie Frigul

Les verriers de Givors entre l’emploi et la santé : de l’intérêt d’étudier les contradictions de la condition ouvrière
Pascal Marichalar

Les sentinelles : mobilisations sociales et scientifiques pour la santé des travailleurs exposés à la radioactivité
Annie Thébaud-Mony

La documentation des expositions cancérogènes dans les métiers portuaires : histoire d’une mobilisation ouvrière et scientifique
Christophe Coutanceau

Deuxième partie — Transformations économiques et styles de vie

Le refus du travail comme seul accès à l’identité sociale : ouvrier et… ou ouvrier mais
Martin Thibault

Désindustrialisation, employabilité et passage à l’âge adulte de la jeunesse rurale Picarde
Thomas Venet

Rapports à la contrainte budgétaire et rapports au politique. Ce que l’ethnographie économique peut apporter à la sociologie politique
Ana Perrin-Heredia

Troisième partie — Recompositions politiques et engagements

Comment la politique vient aux pompiers ou pourquoi il ne faut pas être (trop) légitimiste en sociologie politique ?
Romain Pudal

Les recompositions du militantisme ouvrier à distance du PCF : réflexions sur la constitution d’un capital culturel à base militante
Julian Mischi

Agir sur la scène intercommunale. La marginalisation politique des maires des catégories populaires dans les mondes ruraux
Sébastien Vignon

Postface — (dé)mobilisations ouvrières
Gérard Mauger

 

 
 
 
 


vendredi 7 octobre 2022

Pierre Bourdieu. Points de vue . Sous la direction de Simon Borja et Christian de Montlibert

 


Pierre Bourdieu

Points de vue

Sous la direction de Simon Borja et Christian de Montlibert

du Croquant

Champ social

2022


Présentation de l'éditeur

Si la collection « Champ social » des éditions du Croquant réédite le n°47-48 de février -mars 2015 consacré à Pierre Bourdieu de la revue Regards sociologiques, c’est à la fois parce que ce numéro est devenu introuvable, mais surtout parce qu’il rassemble un dossier d’une grande diversité et d’une exceptionnelle densité.

La revue Regards sociologiques avait consacré un numéro à Pierre Bourdieu pour honorer une dette symbolique à un chercheur dans lequel elle se reconnaissait et qui l’avait soutenue dès ses débuts, mais surtout parce qu’elle voyait, comme beaucoup d’autres, dans le travail de Bourdieu une contribution majeure au développement de la sociologie.

Les contributions rassemblées dans cet ouvrage, agrémentées de l’œuvre d’artistes qui se sont intéressés à Bourdieu, multiplient les perspectives sur son œuvre : étude des conditions de production des enquêtes, des concepts et des modèles, développement des concepts-clés, construction d’un modèle cohérent de l’État, retour sur tel aspect de la domination masculine, explicitation de ce qu’implique un engagement politique réflexif, restitution de la vivacité de ses cours et de la cérémonie de remise de la médaille d’or du CNRS, exploration des rapports de Bourdieu avec l’œuvre de Mauss, de Wittgenstein et de Marx, etc. 

Un premier ensemble d’articles montre dans quelles conditions Bourdieu réalise ses premiers travaux en Algérie où il est confronté aux effets du colonialisme, du racisme et de la guerre. La contribution d’Andrea Rapini retrace les déplacements de Bourdieu et de Sayad au cours de leur enquête sur Le Déracinement. Elle est complétée par un entretien de Tassadit Yacine avec Jacques Budin (un étudiant enquêteur de l’équipe de Bourdieu et de Sayad). Christian de Montlibert met en évidence un triple combat dans les travaux « algériens » de Bourdieu : contre la méconnaissance des cultures qui coexistent alors en Algérie, contre le mépris raciste et contre des conceptions politiques dont il pensait qu’elles risquaient d’obérer l’avenir. 

Dans le contexte des années 1980, Remi Lenoir s’interroge ensuite sur « le dit et l’écrit » dans l’œuvre de Bourdieu : quel statut accorder aux transcriptions de ses cours et séminaires ? Comment restituer par écrit la vivacité verbale qui caractérisait Bourdieu enseignant ? À propos du discours qu’il prononce à l’occasion de la cérémonie de la remise de la médaille d’or du CNRS, Loïc Wacquant souligne l’accent qu’il met sur les tensions entre science, autorité et pouvoir, la puissance symbolique de l’État et les raisons qui conduisent le sociologue à s’engager dans le débat civique. 

Rémi Lenoir développe les différents niveaux impliqués dans le concept de capital social et montre l’importance qu’a eue pour Bourdieu l’œuvre de Mauss. À propos du concept d’habitus Gaspard Fontbonne met en évidence les effets épistémologiques de la lecture de Wittgenstein. Quant à la domination masculine, Rose-Marie Lagrave éclaire les contradictions, paradoxes et malentendus engendrés par ce livre : il faut tenir compte, selon elle, du contexte scientifique et du rapport de Bourdieu aux recherches féministes. 

Un autre ensemble de travaux présente son modèle d’analyse de l’État et s’interroge sur l’engagement politique de Bourdieu. Patrick Champagne analyse le cheminement de Bourdieu pour penser la construction de l’État au fil d’un double processus de concentration des différentes espèces de capital dans un petit nombre de mains. En grande partie par le système scolaire, l’État unifie, homogénéise, standardise les manières de faire et de penser. À propos d’une intervention de Bourdieu sur la crise de l’État, Rémi Lenoir souligne l’importance qu’il attribuait aux transformations des représentations des agents dominants. Lucien Braun, alors directeur des Presses Universitaires de Strasbourg, questionne Bourdieu sur l’avenir de l’autonomie universitaire dans un contexte où l’édition universitaire est de plus en plus dépendante de groupes financiers.

Cet ouvrage se clôture par des analyses de la dimension critique de la sociologie de Pierre Bourdieu qui n’a pas cessé d’insister sur la nécessité d’une démarche réflexive. Après avoir rappelé les prises de position « messianiques » de Marx sur l’avènement d’une société sans classes, Gérard Mauger souligne l’importance accordée par Bourdieu au « travail de représentation » dans toutes mobilisations collectives, à commencer par celle du « peuple », objet de prédilection pour des intellectuels. Après avoir rappelé les confusions autour de l’appellation « sociologie critique », Louis Pinto montre qu’elle n’est ni un accessoire, ni un abus de pouvoir, mais une sorte de nécessité qui conduit à s’interroger premièrement sur les pouvoirs, les limites et les prétentions de la connaissance, deuxièmement sur les capacités à dire le vrai des connaissances « indigènes » , troisièmement sur les effets de dévoilement de l’ordre social.

Enfin ce livre est ponctué par le travail de deux artistes, Joëlle Labiche et Yves Carreau, qui offrent leurs interprétations des «  regards  » de Pierre Bourdieu  : de ceux de prédécesseurs, de contemporains et de membres de ses équipes de travail.

Liste des auteurs : Lucien Braun, Jacques Budin, Patrick Champagne, Gaspard Fontbonne, Rose-Marie Lagrave, Remi Lenoir, Gérard Mauger, Christian de Montlibert, Louis Pinto, Andrea Rapini, Loïc Wacquant. Illustration de Joëlle Labiche et Yves Carreau.

 

mercredi 5 octobre 2022

Gérard Mauger, Repères (III) pour résister à l'idéologie dominante

 

 

Gérard Mauger

Repères (III) pour résister à l'idéologie dominante

du Croquant

Savoir/agir

2022



Présentation de l'éditeur

Les Gilets jaunes ne furent pas ce que la « classe ouvrière » n’a jamais été ailleurs que dans l’imagination des intellectuels. Pourtant, ouvriers et employés représentent encore plus de la moitié de la population active. Mais il est vrai que l’effritement de la condition salariale depuis quarante ans, le chômage de masse, la précarisation et la délinquance endémique qui peut en résulter ont creusé le clivage entre établis et marginaux.

Par ailleurs, après Mai-Juin 1968, l’essor de la petite bourgeoisie nouvelle, la promotion de nouvelles causes dites sociétales accompagnent le déclin de la croyance au messianisme ouvrier qui s’est inversé en un racisme de classe, résumé dans la figure du beauf.

Mobilisés en dehors des organisations syndicales et politiques, semblant de ce fait incontrôlables, les Gilets jaunes ont ressuscité la peur des classes dangereuses dans les beaux quartiers. Le mouvement a été d’emblée réprimé avec une violence physique et symbolique spectaculaire.

Rassemblant des textes dont certains ont été écrits au fil du mouvement, l’auteur en propose une lecture sociologique renouvelée.

Table des matières

Introduction

Prologue. Neutralité axiologique et engagement sociologique

Première partie. Les classes populaires : « établis » et « marginaux »

Introduction. Les classes populaires : « établis » et « marginaux »

Les transformations des classes populaires en France

Les classes populaires ont elles perdu la partie ?

La menace du chômage

« Jeunes de cités ». Délinquance, émeutes et « radicalisation islamiste »

Deuxième partie. « Mépris de classe » et « respectabilité »

Introduction. « Mépris de classe » et « respectabilité »

Sociogenèse et usages de la figure du « beauf »

Domination et résistance

En quête de « respectabilité »

« Foule sentimentale ». Sur l’hommage populaire à Johnny Hallyday

Briser les barreaux de « la cage d’acier »

Troisième partie. Le mouvement des Gilets jaunes

Introduction. Le mouvement des « Gilets jaunes »

Les Gilets Jaunes. Sociogenèse d’une mobilisation

L’État face aux Gilets jaunes. Violence physique et violence symbolique

Des Gilets jaunes aux syndicalistes en grève. La question de la représentation

Gilets jaunes : « horizontalité », « manifs-émeutes » et « insurrection »

Quatrième partie. « Le monde d’après »

Introduction. « Le monde d’après »

L’ordre des « grandeurs »

Sauver « le monde d’avant »

« Les eaux glaciales du calcul égoïste »

 

Gérard Mauger, sociologue, est directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CNRS-EHESS-Paris I)