"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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mardi 27 mars 2018

Programme du festival Raisons d’agir, Révolution(s) (28, 29 et 30 mars 2018 à Poitiers)



Programme du 13e édition du festival Raisons d’agir
Révolution(s) 
 (28, 29 et 30 mars 2018 à Poitiers) 

Présentation
Il y a dans l’air comme un parfum de rejet des institutions, des clivages et des manières de faire du passé. Le pouvoir en place semble pourtant s’être consolidé. Alors que les élections présidentielles avaient donné l’impression d’ouvrir la voie à une expression plus directe des aspirations populaires, il n’est plus question que d’assumer la « verticalité » du pouvoir, de restaurer « l’autorité » ou de satisfaire notre supposé goût pour les « ors de la République ».
En France, les mobilisations sociales n’ont pour autant jamais véritablement cessé, des coordinations de la fin des années 1980 aux luttes pour la défense de la Protection Sociale, des mouvements de chômeurs et précaires aux grands rassemblements altermondialistes et aux manifestations contre la loi El Khomri. Depuis une dizaine d’années, de nouvelles formes d’action voient le jour, mobilisant tout particulièrement les jeunes, aussi bien sur les enjeux écologiques que sur la question du travail ou de l’accueil des réfugiés.
Mais qu’en est-il des aspirations à une transformation d’ensemble de l’organisation économique, sociale et politique ? Les forces politiques sont-elles seules en mesure d’offrir cette alternative ? Ou l’action à l’échelle locale, sur son lieu de travail ou dans son quartier est-elle la meilleure façon de prendre le pouvoir ? À l’heure de l’explosion des « réseaux sociaux », qu’en est-il de nos capacités à démocratiser nos sociétés ? Alors que le dégoût du vieux monde semble avoir refait surface, qu’en est-il de la possibilité de construire un monde nouveau ?
50 ans après mai 1968 et un peu plus de 100 ans après la révolution d’octobre 1917, ces questions doivent être reprises à frais nouveau. En revenant à l’histoire, mais sans rabâchage et sans culte du passé. Ainsi, nous ne ferons pas de commémoration de la révolte sociale et libertaire de « mai ». Mais nous discuterons de l’actualité des luttes pour l’émancipation sociale. Nous ne déposerons nulle couronne en souvenir des soulèvements populaires qui suivirent la grande guerre de 1914-18. Mais, en prenant appui sur les films documentaires et sur les travaux d’historiens et de sociologues, nous remettrons en lumière les passions de l’époque. Et nous débattrons dans le même mouvement l’héritage de la Révolution française, de la Commune et du Front Populaire, pour interroger les dynamiques, remettre en scène les croyances, relancer les débats qui ont traversé ces moments révolutionnaires.
En mobilisant les savoirs et les œuvres sensibles, nous voulons comprendre ce qui fait l’actualité des aspirations à renverser l’ordre des choses, à se réapproprier le monde, la planète, nos vies.
Le festival Raisons d’agir est organisé par l’association Raisons d’agir-Poitiers, en partenariat avec l’Espace Mendès France et le cinéma Le Dietrich, avec le soutien financier de la ville de Poitiers, de l’U.F.R Lettres et Langues et de l’U.F.R. S.H.A de l’université de Poitiers, et de la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de l’appel à projet de culture scientifique, technique et industrielle « À prendre et à débattre ».

vendredi 21 octobre 2016

En quête des classes populaires. Un essai politique, Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert, Denis Merklen

En quête des classes populaires 
Un essai politique
Sophie Béroud
Paul Bouffartigue
Henri Eckert
Denis Merklen 
La Dispute
2016

Présentation l'éditeur
Les classes populaires n’apparaissent que par éclipses dans les discours politiques et médiatiques. Il est difficile cependant d’ignorer leur poids électoral ou de rester sourd à leurs révoltes, qu’elles viennent gonfler les rangs des cortèges syndicaux ou enflammer les banlieues. Quant aux sociologues, sont-ils toujours suffisamment attentifs aux formes de la conflictualité sociale au travers desquelles elles se mobilisent et se construisent ? Prendre acte de l’effacement de la « classe ouvrière » d’hier dans le paysage social et politique doit-il conduire à négliger les formes contemporaines des luttes de classes ?
Ce livre, qui s’inscrit dans les efforts de réinvention d’un horizon d’émancipation sociale, réunit les expériences de quatre sociologues pour mettre à l’épreuve la catégorie « classes populaires ». Il revient sur la manière dont s’est construite puis défaite l’hégémonie ouvrière sur ces classes, s’interroge sur les clivages qui les travaillent et sur ce que nous disent les « banlieues » du populaire contemporain. Face à un ordre social de plus en plus injuste et à un pouvoir de plus en plus autoritaire, quelles sont les potentialités de résistance et de transformation sociale portées par les catégories qui en souffrent le plus ? Les forces d’alternative ne doivent-elles pas à nouveau relever le défi majeur d’organiser leur représentation et leur action politiques ?

Maîtresse de conférences en science politique à l'université Lumière Lyon 2 et membre duu laboratoire Triangle, Sophie Béroud est spécialiste de l'histoire syndicale, ses recherches portent sur le syndicalisme et la précarité, l'évolution des conflits du travail et des grèves...
Sociologue du travail, Paul Bouffartigue est directeur de recherche au CNRS. Il travaille au Laboratoire d'économie et de sociologie du travail (LEST : CNRS et Aix-Marseille université) depuis 1994.
Sociologue, professeur à l'Université de Poitiers, Henri Eckert est membre du Groupe de REcherches Sociologiques sur les sociétés COntemporaines, est un laboratoire de recherche en sociologie (Gresco). Ses recherches ont pour thème l'insertion professionnelle des jeunes, l'insertion sociale et parcours de vie, les jeunes ouvriers et la socialisation ouvrière, les classes populaires, la discrimination à l’école et sur le marché du travail, la massification et/ou démocratisation de l’école, la sociologie de l’éducation / de la jeunesse / des professions.
Sociologue, enseignant-chercheur à l’Université Paris 7 Diderot, Denis Merklen est membre du Centre d’Etude des Mouvements Sociaux (EHESS/CNRS). Ses recherches portent sur les classes populaires, leurs modes d’inscription collective, d’individuation et de socialisation politique.

vendredi 23 mars 2012

Changements et pensées du changement. Échanges avec Robert Castel

Changements et pensées du changement 
Échanges avec Robert Castel
Sous la direction de
Robert CASTEL
Claude MARTIN
La Découverte
2012

Présentation de l'éditeur
La question du changement a toujours représenté un défi pour la réflexion sociologique. Elle a généralement été appréhendée sous l'angle d'une opposition entre innovations à effets limités et ruptures paradigmatiques. En insistant sur les continuités et les lentes recompositions, Robert Castel a proposé une lecture originale de cette question, interprétant le changement comme une métamorphose, une synthèse du passé et du présent. De ses premiers travaux sur la psychiatrie, la psychanalyse et la diffusion de la culture psychologique à ses études sur l'effritement de la condition salariale, qui est pour lui le symptôme d'une nouvelle « grande transformation », Robert Castel a composé une fresque précieuse, incontournable, pour penser notre présent. 
Constitué d'une vingtaine de textes, cet ouvrage propose une réflexion essentielle sur la sociologie de Robert Castel. Chacun des auteurs y interroge la relation théorique et intellectuelle qu'il entretient à son travail. À la fin de chaque partie, Robert Castel revient sur ces analyses, répondant aux critiques, discutant les propositions. Ce livre-laboratoire, lieu d'un véritable échange, revient sur l'ensemble du travail théorique de l'un des plus grands sociologues français ; il met en lumière sa richesse, ses apports, ses impulsions, tout comme ses besoins de prolongement.