« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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dimanche 10 avril 2016

Pierre Bourdieu, "Après tout, l’Assemblée constituante de 1789 et l’Assemblée de Philadelphie étaient composées de gens comme vous et moi, qui avaient un bagage de juriste, qui avaient lu Montesquieu et qui ont inventé des structures démocratiques"



"Les chercheurs peuvent aussi faire un chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l’apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l’intention d’inventer un projet politique et, deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l’invention d’un tel projet politique ; qui sera évidemment un projet collectif. Après tout, l’Assemblée constituante de 1789 et l’Assemblée de Philadelphie étaient composées de gens comme vous et moi, qui avaient un bagage de juriste, qui avaient lu Montesquieu et qui ont inventé des structures démocratiques. De la même façon, aujourd’hui, il faut inventer des choses... "
Pierre Bourdieu, in Pour un savoir engagé, Athènes,  mai 2001, Raisons d'agir-Grèce, Le Monde Diplomatique, février 2002 — Page 3, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002, P.465-469



(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 16.04.2017,  Gilbert Quélennec)
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Interventions de Pierre Bourdieu: Pour un savoir engagé (Les chercheurs et le mouvement social)

Interventions de Pierre Bourdieu: Des utopies rationnelles (une économie du bonheur, une vraie Europe sociale)

Interventions de Pierre Bourdieu: Pour une gauche de gauche

Interventions de Pierre Bourdieu: Retrouver la tradition libertaire de la gauche



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voir également:


Publications de Pierre Bourdieu, Sociologie historique et analyse du changement

Publications de Pierre Bourdieu: Sociologie de la domination et dispositions à résister  


Pierre Bourdieu: un Intellectuel global

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif
 

 

dimanche 5 mai 2013

audio-video: Pierre Bourdieu, Pour un mouvement social européen ( Contre le "fléau néo-libéral" )

audio-video: Pierre Bourdieu, Pour un mouvement social européen ( Contre le "fléau néo-libéral" )



(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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" Für ein Österreich als Vorreiter des sozialen Europas ", Dem hier vorliegenden Text liegt eine Ansprache zugrunde, die Pierre Bourdieu in Form einer Video-Grußbotschaft für sektor3/kultur (voir la video ci-dessus), eine Veranstaltung der österreichischen IG Kultur zu den zivilgesellschaftlichen Facetten des kulturellen Feldes in Wien am 31.3.2000 verfaßt hat. Der Standard (Vienne), 3 avril 2000, p. 26 ; aussi, (tr. S. Egger), in Sektor3/kultur (IG Kultur Österreich, Vienne, mars-avril 2000), pp.13-19 ; aussi, in S. Stoller, E. Nemeth, G. Unterthurner (eds), Philosophie in Aktion, Wien, Turia+Kant, 2000, pp. 123-128. aussi, in P. Bourdieu, Gegenfeuer 2, (tr. de P. Bourdieu, Contre-feux 2, 2001), p.43-49. trad. grecque, (tr. N. Panayotopoulos), in To Vima, 16 avril 2000, p.21. in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002, P.437-439



Message video diffusé à Zurich le 27 janvier 2001 à l'occasion du contre-sommet L'autre Davos, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.457-460

écouter: L’émission « Chronique Hebdo » sur Radio libertaire recevait Pierre Bourdieu le 1er mars 2001  , à propos de Contre-Feux 2. Pour un mouvement social européen


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voir également:
video: Pierre Bourdieu, Pour une gauche de gauche ( pour une économie du bonheur )

video: Pierre Bourdieu, Pour un savoir engagé

audio-video: Pierre Bourdieu, La souffrance sociale

video+transcription: Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire

video: Pierre Bourdieu, analyste des médias

video+transcription: Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Introduction à la sociologie I et II

Pierre Bourdieu: un Intellectuel global
 
Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

jeudi 2 mai 2013

video: Pierre Bourdieu, Pour un savoir engagé

video: Pierre Bourdieu, Pour un savoir engagé


 (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure,, Gilbert Quélennec )
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Pierre Bourdieu, entretien avec Konstantinos Tsoukalas, ET1, mars 1995, entretien en français, sous-titré en grec


conférence de Pierre Bourdieu à HEC, Honoris Causa, 27/11/1995, aussi Pierre Bourdieu, Sciences sociales et démocratie (version modifiée), in P. Combenale, J.P. Piriou (eds), Nouveau manuel de sciences économiques et sociales (terminale ES), Paris, Ed. La Découverte, 1995, p.673-674 ; aussi, Les sciences sociales et la démocratie (Paris-HEC, novembre 1995), in Conférences des professeurs Honoris Causa du Groupe HEC, Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, 1997, p.9-23.


Pierre Bourdieu, extraits du Grand Oral à l'Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux dans le cadre des rencontres I.E.P/Sud Ouest le 15 mars 2001


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voir également:

audio-video: Pierre Bourdieu, La souffrance sociale

video+transcription: Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire

video: Pierre Bourdieu, analyste des médias
 
video+transcription: Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Introduction à la sociologie I et II

Pierre Bourdieu: un Intellectuel global

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

vendredi 27 juillet 2012

Interventions de Pierre Bourdieu: Pour un savoir engagé (Les chercheurs et le mouvement social)


Interventions de Pierre Bourdieu: Pour un savoir engagé



(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure,  Gilbert Quélennec)
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Les chercheurs, la science économique et le mouvement social, Intervention lors de la séance inaugurale des Etats généraux du mouvement social, Paris, 23-24 novembre 1996, aussi in Contre-feux, Raisons d'agir, 1998, p.58-65

A scholarship with committment. Pour un savoir engagé, (intervention de Pierre Bourdieu au Modern Language Association Meetings, à Chicago en décembre 1999), revue Agone, 23 | 2000, P.205-211, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001,  p.33-41

Contre la politique de la dépolitisation, Vienne, novembre 2000, aussi in Contre-feux 2, p.57-67

Les chercheurs et le mouvement social, Athènes, mai 2001, Raisons d'agir-Grèce,  in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.465-469, aussi  Pour un savoir engagé,  Le Monde Diplomatique, février 2002 — Page 3


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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: « Je crois en effet que l'univers de la science est menacé aujourd'hui d'une redoutable régression. »

Pierre Bourdieu, "L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil"

 Interventions de Pierre Bourdieu: L'imposition du modèle américain et ses effets

Interventions de Pierre Bourdieu: La culture est en danger

Interventions de Pierre Bourdieu: La nouvelle vulgate planétaire (les ruses de la raison impérialiste)

Publications de Pierre Bourdieu: Nous sommes dans une époque de restauration (une révolution conservatrice)

Interventions de Pierre Bourdieu: "ce sont des gens qui invoquent le socialisme pour faire du néolibéralisme"

Interventions de Pierre Bourdieu: en soutien au mouvement des chômeurs et des travailleurs précaires

 Pierre Bourdieu: un Intellectuel global

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

lundi 13 février 2012

en ligne: Pierre Bourdieu, intervention au colloque Pour un mouvement social européen, mai 2001 à Athènes

Exposé-débat et participation aux tables-rondes du colloque "Pour un mouvement social européen", Athènes, Raisons d'agir-Grèce, Ta-Nea, Confédération générale des travailleurs grecs, Institut français d'Athènes, 3-5 mai 2001, in Le Monde Diplomatique, février 2002 — Page 3, aussi  in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002,  P.465-469


Pierre Bourdieu


S’il est aujourd’hui important, sinon nécessaire, qu’un certain nombre de chercheurs indépendants s’associent au mouvement social, c’est que nous sommes confrontés à une politique de mondialisation. (Je dis bien une « politique de mondialisation », je ne parle pas de « mondialisation » comme s’il s’agissait d’un processus naturel.) Cette politique est, pour une grande part, tenue secrète dans sa production et dans sa diffusion. Et c’est déjà tout un travail de recherche qui est nécessaire pour la découvrir avant qu’elle soit mise en œuvre. Ensuite, cette politique a des effets que l’on peut prévoir grâce aux ressources de la science sociale, mais qui, à court terme, sont encore invisibles pour la plupart des gens. Autre caractéristique de cette politique : elle est pour une part produite par des chercheurs. La question étant de savoir si ceux qui anticipent à partir de leur savoir scientifique les conséquences funestes de cette politique peuvent et doivent rester silencieux. Ou s’il n’y a pas là une sorte de non assistance à personnes en danger. S’il est vrai que la planète est menacée de calamités graves, ceux qui croient savoir à l’avance ces calamités n’ont-il pas un devoir de sortir de la réserve que s’imposent traditionnellement les savants ?
Il y a dans la tête de la plupart des gens cultivés, surtout en science sociale, une dichotomie qui me paraît tout à fait funeste : la dichotomie entre scholarship et commitment- entre ceux qui se consacrent au travail scientifique, qui est fait selon des méthodes savantes à l’intention d’autres savants, et ceux qui s’engagent et portent au dehors leur savoir. L’opposition est artificielle et, en fait, il faut être un savant autonome qui travaille selon les règles du scholarship pour pouvoir produire un savoir engagé, c’est-à-dire un scholarship with commitment. Il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s’acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante.
Autrement dit, il faut faire sauter un certain nombre d’oppositions qui sont dans nos têtes et qui sont des manières d’autoriser des démissions : à commencer par celle du savant qui se replie dans sa tour d’ivoire. La dichotomie entre scholarship et commitment rassure le chercheur dans sa bonne conscience car il reçoit l’approbation de la communauté scientifique. C’est comme si les savants se croyaient doublement savants parce qu’ils ne font rien de leur science. Mais quand il s’agit de biologistes, ça peut être criminel. Mais c’est aussi grave quand il s’agit de criminologues. Cette réserve, cette fuite dans la pureté, a des conséquences sociales très graves. Des gens comme moi, payés par l’État pour faire de la recherche, devraient garder soigneusement les résultats de leurs recherches pour leurs collègues ? Il est tout à fait fondamental de donner la priorité de ce qu’on croit être une découverte à la critique des collègues, mais pourquoi leur réserver le savoir collectivement acquis et contrôlé ?
Il me semble que le chercheur n’a pas le choix aujourd’hui : s’il a la conviction qu’il y a une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de délinquance, une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de criminalité, une corrélation entre les politiques néolibérales et tous les signes de ce que Durkheim aurait appelé l’anomie, comment pourrait-il ne pas le dire ? Non seulement il n’y a pas à le lui reprocher, mais on devrait l’en féliciter. (Je fais peut-être une apologie de ma propre position...)
Maintenant, que va faire ce chercheur dans le mouvement social ? D’abord, il ne va pas donner des leçons - comme le faisaient certains intellectuels organiques qui, n’étant pas capables d’imposer leurs marchandises sur le marché scientifique où la compétition est dure, allaient faire les intellectuels auprès des non-intellectuels tout en disant que l’intellectuel n’existait pas. Le chercheur n’est ni un prophète ni un maître à penser. Il doit inventer un rôle nouveau qui est très difficile : il doit écouter, il doit chercher et inventer ; il doit essayer d’aider les organismes qui se donnent pour mission - de plus en plus mollement, malheureusement, y compris les syndicats - de résister à la politique néolibérale ; il doit se donner comme tâche de les assister en leur fournissant des instruments. En particulier des instruments contre l’effet symbolique qu’exercent les « experts » engagés auprès des grandes entreprises multinationales. Il faut appeler les choses par leur nom. Par exemple, la politique actuelle de l’éducation est décidée par l’UNICE, par le Transatlantic Institute, etc.(1) Il suffit de lire le rapport de l’Organisation mondiale pour le commerce (OMC) sur les services pour connaître la politique de l’éducation que nous aurons dans cinq ans. Le ministère de l’Éducation nationale ne fait que répercuter ces consignes élaborées par des juristes, des sociologues, des économistes, et qui, une fois mises en forme d’allure juridique, sont mis en circulation.
Les chercheurs peuvent aussi faire un chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l’apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l’intention d’inventer un projet politique et, deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l’invention d’un tel projet politique ; qui sera évidemment un projet collectif. Après tout, l’Assemblée constituante de 1789 et l’Assemblée de Philadelphie étaient composées de gens comme vous et moi, qui avaient un bagage de juriste, qui avaient lu Montesquieu et qui ont inventé des structures démocratiques. De la même façon, aujourd’hui, il faut inventer des choses... Évidemment, on pourra dire : « Il y a des parlements, une confédération européennes des syndicats, toutes sortes d’institutions qui sont sensées faire ça. » Je ne vais en pas faire ici la démonstration, mais on doit constater qu’ils ne le font pas. Il faut donc créer les conditions favorables à cette invention. Il faut aider à lever les obstacles à cette invention ; obstacles qui sont pour une part dans le mouvement social qui est chargé de les lever - et notamment dans les syndicats...
Pourquoi peut-on être optimiste ? Je pense qu’on peut parler en termes de chances raisonnables de succès, qu’en ce moment c’est le kairos, le moment opportun. Quand nous tenions ce discours autour de 1995, nous avions en commun de ne pas être entendus et de passer pour fous. Les gens qui, comme Cassandre, annonçaient des catastrophes, on se moquait d’eux, les journalistes les attaquaient et ils étaient insultés. Maintenant, un peu moins. Pourquoi ? Parce que du travail a été accompli. Il y a eu Seattle et toute une série des manifestations. Et puis, les conséquences de la politique néolibérale - que nous avions prévues abstraitement - commencent à se voir. Et les gens, maintenant, comprennent... Même les journalistes les plus bornés et les plus butés savent qu’une entreprise qui ne fait pas 15 % de bénéfices licencie. Les prophéties les plus catastrophistes des prophètes de malheur (qui étaient simplement mieux informés que les autres) commencent à être réalisées. Ce n’est pas trop tôt. Mais ce n’est pas non plus trop tard. Parce que ce n’est qu’un début, parce que les catastrophes ne font que commencer. Il est encore temps de secouer les gouvernements sociaux-démocrates, pour lesquels les intellectuels ont les yeux de Chimène, surtout quand il en reçoivent des avantages sociaux de tous ordres...
Un mouvement social européen n’a, selon moi, de chance d’être efficace que s’il réunit trois composantes : syndicats, mouvement social et chercheurs - à condition, évidemment, de les intégrer, pas seulement de les juxtaposer. Je disais hier aux syndicalistes qu’il y a entre les mouvements sociaux et les syndicats dans tous les pays d’Europe une différence profonde concernant à la fois les contenus et les moyens d’action. Les mouvements sociaux ont fait exister des objectifs politiques que les syndicats et les partis avaient abandonnés, ou oubliés, ou refoulés. D’autre part, les mouvements sociaux ont apporté des méthodes d’action que les syndicats ont peu à peu, encore une fois, oubliées, ignorées ou refoulées. Et en particulier des méthodes d’action personnelle : les actions des mouvements sociaux recourent à l’efficacité symbolique, une efficacité symbolique qui dépend, pour une part, de l’engagement personnel de ceux qui manifestent ; un engagement personnel qui est aussi un engagement corporel.
Il faut prendre des risques. Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage. Mais je vais dire aussi : « Attention, pas de “syndicalophobie”. Il y a une logique des appareils syndicaux qu’il faut comprendre. » Pourquoi est-ce que je dis aux syndicalistes des choses qui sont proches du point de vue que les mouvements sociaux ont sur eux et pourquoi vais-je dire aux mouvements sociaux des choses qui sont proches de la vision que les syndicalistes ont d’eux ? Parce que c’est à condition que chacun des groupes se voie lui-même comme il voit les autres qu’on pourra surmonter ces divisions qui contribuent à affaiblir des groupes déjà très faibles. Le mouvement de résistance à la politique néo-libérale est globalement très faible et il est affaibli par ses divisions : c’est un moteur qui dépense 80 % de son énergie en chaleur, c’est-à-dire sous forme de tensions, de frictions, de conflits, etc. Et qui pourrait aller beaucoup plus vite et plus loin si...
Les obstacles à la création d’un mouvement social européen unifié sont de plusieurs ordres. Il y a les obstacles linguistiques, qui sont très importants, par exemple dans la communication entre les syndicats ou les des mouvements sociaux - les patrons et les cadres parlent les langues étrangères, les syndicalistes et les militants beaucoup moins. De ce fait, l’internationalisation des mouvements sociaux ou des syndicats est rendue très difficile. Puis il y a les obstacles liés aux habitudes, aux modes de pensée, et à la force des structures sociales, des structures syndicales. Quel peut être le rôle des chercheurs là-dedans  ? Celui de travailler à une invention collective des structures collectives d’invention qui feront naître un nouveau mouvement social, c’est-à-dire des nouveaux contenus, des nouveaux buts et des nouveaux moyens internationaux d’action.