« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ». Pierre Bourdieu (1992)
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mercredi 11 novembre 2015

Les contre-cultures - Genèses, circulations, pratiques. Sous la direction de Bernard Lacroix, Xavier Landrin, Anne-Marie Pailhès, Caroline Rolland-Diamond

Les contre-cultures
Genèses, circulations, pratiques 
Bernard Lacroix, Xavier Landrin, Anne-Marie Pailhès
Caroline Rolland-Diamond (dir.)
Syllepse
La politique au scalpel
2015

Présentation de l'éditeur
Prendre la route, s’installer en communauté, adopter un mode de vie alternatif, militer pour les droits civiques ou contre la guerre du Vietnam, s’engager dans les luttes féministes ou écologistes… Autant de pratiques contestataires que le regard rétrospectif associe spontanément aux «contre-cultures» des années 1960-1970.
Est-il pertinent de reconnaître dans ces deux décennies l’équivalent d’un Âge d’or de la critique sociale et de l’invention utopique ?
Comment rendre compte aujourd’hui de la diversité et de la portée des styles contre-culturels qui voient le jour dans cette période ?
Sous quelles formes et par quelles trajectoires ces styles sont-ils hérités et retravaillés ?
L’analyse conduite ici par des universitaires d’origines géographique et disciplinaire différentes se propose de mettre en perspective, par-delà la diversité des scènes contre-culturelles, des processus rarement interrogés : la formation d’un canon contre-culturel recouvrant aussi bien des productions littéraires, artistiques et musicales (la beat generation, Susan Sontag ou Herbert Marcuse, le free-jazz ou le punk, le situationnisme ou le living theatre) ; la circulation internationale des mots d’ordre et des modes de rassemblement (du «retour à la terre» au Do it yourself, des sit-ins aux différentes formes d’autogestion) ; le dépassement par la pratique elle-même des alternatives (exit ou protestation, critique ou récupération) dans lesquelles on enferme souvent le destin des contre-cultures.

Bernard Lacroix est professeur de  science politique à l’Université Paris-Ouest-Nanterre. Il a notamment publié  L’Utopie  communautaire  (PUF, 1981, 2e  éd., 2006).
Xavier Landrin est enseignant chercheur  en sciences politiques à l’Université Paris -Ouest-Nanterre. Il a publié différents  articles et chapitres d’ouvrages sur la  circulation transnationale des idées. Anne-Marie Pailhès, germaniste, est maître de conférences à l’Université Paris -Ouest-Nanterre et spécialiste de l’histoire  culturelle de l’Allemagne de l’Est.
Caroline Rolland-Diamond, historienne  des États-Unis, est maître de conférences  à l’Université Paris Ouest-Nanterre. Elle  est notamment l’auteure de Chicago : le  moment 68.  (Syllepse, 2011)

jeudi 22 octobre 2015

Nouveau manuel de science politique, Sous la direction de Bernard Lacroix, Antonin Cohen, Philippe Riutort (Nouvelle édition revue et augmentée)


Nouveau manuel de science politique
Sous la direction de Bernard Lacroix, Antonin Cohen, Philippe Riutort
Nouvelle édition revue et augmentée
La Découverte
Grands Repères Manuels
2015 



Présentation de l'éditeur
Cette nouvelle édition propose une présentation, entièrement revue et augmentée, des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 80 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés.
La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux thèmes les plus contemporains, le traitement novateur de certaines questions, l’attention particulière accordée aux relations transnationales et à la politique comparée, la discussion des auteurs de sociologie, l’historicisation des processus sociaux qui ont donné corps à la politique moderne font de cet ouvrage un outil de travail indispensable et incomparable.
Il s’adresse aux étudiants en science politique et aux étudiants de droit, histoire, sociologie, économie ayant des options de science politique au programme dans le cadre de leur cursus LMD, au sein des universités comme des instituts d’études politiques, en France et dans les pays francophones. Par sa clarté pédagogique et son exhaustivité thématique et bibliographique, il est destiné aux étudiants de tous niveaux, de la L1 au M2 (incluant la préparation aux concours). 
Avant-propos
Chapitre introductif : L'analyse des phénomènes politiques
Introduction
1. Qu’est-ce que la politique ?, par Antonin Cohen, Bernard Lacroix, Philippe Ruitort

1. Une question de définition
2. Un point de vue wébérien
L’anthropologie politique, par Alban Bensa
2. Qu’est-ce que la science politique ?, par Antonin Cohen, Bernard Lacroix, Philippe Ruitort
1. La quête illusoire des origines
2. Une lente et partielle autonomisation académique
3. Une « vraie » science
I / Genèses des groupements politiques
Introduction
1. Vie et mort des groupements et des formes politiques, par Xavier Landrin

1. La construction de l’ordre féodal
2. L’invention du passé national
2. Genèses et constructions de l’État moderne, par Bernard Lacroix
1. La monopolisation : conquête des monopoles et conquête territoriale
2. La puissance publique : serviteurs de l’État et raison d’État
3. Constructions pratiques et symboliques des frontières politiques, par Arnault Skornicki
1. Borner, mesurer, compter l’État
2. Représenter l’État
II / Figures historiques de l'État parlementaire
Introduction
1. La division du travail en politique, par Éric Phélippeau

1. Mandants et mandataires : la différenciation de rôles politiques
2. L’autonomisation et laspécialisation de la politique moderne
3. La professionnalisation des auxiliaires du travail politique
2. L’apprivoisement du suffrage universel, par Alain Garrigou
1. Politisation et démocratisation
2. Émancipation et domestication des dominés
3. Vote et science de la politique
3. La genèse de la concurrence pour la ratification : les partis politiques, par Hervé Fayat
1. Une question de définition et de méthode
2. Sociogenèse des partis et configuration des rapports de représentation
3. L’établissement d’une concurrence partisane
III / Différenciations des formes de pouvoir
Introduction
1. Concurrence entre élites et champ du pouvoir, par Christophe Charle

1. Bilan historiographique
2. Modèle napoléonien et modèle prussien
3. L’impossible modèle anglais
4. Le compromis républicain
5. Une spécificité française : la bourgeoisie de robe
6. Les nouveaux conflits de légitimité
2. Les formes de concurrence non démocratique
2.1 Le fascisme et le nazisme, par Enzo Traverso

1. Aux origines du fascisme
2. L’idéologie fasciste
3. Fascisme italien et nazisme allemand : quelles différences ?
2.2 Le soviétisme, par Bernard Pudal

1. Une fausse piste : le concept de totalitarisme
2. La matrice soviétique
3. La question de la bureaucratie
4. Dictatures, violences politiques et reproduction du régime politique
3. Les concurrences « ailleurs »
3.1 La Chine, par Stéphanie Balme

1. Que faire de la géographie et de l’Histoire ?
2. Le triptyque institutionnel : État, Parti, Armée
3. Conflits de légitimité : le droit au cœur du politique
3.2 L’Inde, par Roland Lardinois
1. Religions, castes et langues
2. Société et politique
3.3 La Russie, par Marie Mendras
1. Le conflit inégal, nerf du régime
2. L'affaiblissement des institutions publiques et le « contrat social »
3. La radicalisation dans un contexte de récession
3.4 Le monde arabe, par Bernard Rougier
1. Concurrences régionales et pluralisme politique
2. La gestion volontaire de la conflictualité sociale
3. Les contradictions internes du bloc autoritaire
4. Les concurrences au sein de l’État corporatiste
5. Les concurrences au sein de l’espace religieux
3.5 L’Afrique, par Luc Sindjoun
1. La concurrence politique comme concurrence guerrière
2. La concurrence politique comme concurrence pacifique
4. Les transitions démocratiques
4.1 La transitologie, par Frédéric Zalewski
4.2 L'Amérique latine, par David Garibay

Des transitions paradigmtiques
Des changements politiques en quête de légitimation
4.3 En Europe centrale et orientale, par Frédéric Zalewski
1. Une variété de voies de sorties du communisme
2. Les enjeux du postcommunisme
4.2 En Afrique, par Mamoudou Gazibo
1. La dynamique de la transition en Afrique
2. La problématique de la consolidation des transitions africaines
IV / Le champ du pouvoir
Introduction
1. Le pouvoir de la force
1.1 Les forces armées, par Jean Joana

1. Genèses de l’administration militaire
2. Pouvoir militaire et pouvoir politique : quelles relations ?
1.2 Les forces de police, par Laurent Bonelli
1. Police des villes, police de l’État
2. Les métiers policiers
2. Le pouvoir judiciaire, par Antoine Vauchez
1. Justice et Politique
2. Sociologie politique de la judiciarisation
3. Le pouvoir économique
3.1 Les groupes d’intérêt, par Hélène Michel

1. Genèse et pérennisation des groupes d’intérêt
2. Les groupes d’intérêt dans des configurations étatiques
3. Pratiques de défense et enjeux de l’action collective
3.2 Les grands patrons et la politique, par François-Xavier Dudouet, Hervé Joly et Antoine Vion
1. L'engagement des patrons en politique
2. Le soutien patronale aux entreprises poliques
3. La circulation des dirigeants entre l'État et l'entreprise
4. Le pouvoir religieux et l’État en France, par Yann Raison du Cleuziou
1. Deux universalismes concurrents
2. Entre émancipation et dépendance
3. Un espace de socialisation politique paradoxal
4. Recompositions du « croire » et recompositions politiques
5. La politique religieuse et l’impensé de la laïcité
6. Les enjeux du symbolique
V. La domination bureaucratique
Introduction
1. Les hauts fonctionnaires et la politique, par Françoise Dreyfus

1. Élite administrative, élite sociale ?
2. Des nominations politisées ?
3. L’élite administrative en politique
4. Les hauts fonctionnaires, acteurs des politiques publiques ?
2. Administration et pouvoir local, par Christian Le Bart

1. Le temps des notables et de l’administration locale
2. Le temps des entrepreneurs politiques
3. L’action publique, par Vincent Dubois
1. Les héritages d’une discipline appliquée
2. Les configurations sociales de l’action publique
3. De la construction des problèmes publics aux modes de gouvernement
VI / Le champ politique
Introduction
1. Le recrutement social des professionnels de la politique, par Nicolas Hubé

1. Classe, élite(s), oligarchie ? Les professionnels de la politique
2. La politique comme profession
3. La sélection sociale du personnel politique
2. Les institutions politiques, par Delphine Dulong
1. La fondation des institutions
2. La socialisation institutionnelle
3. La légitimation des institutions politiques
3. Les rapports ordinaires à la politique, par Pierre Lefébure
1. L’enjeu d’une définition extensive du rapport au politique
2. Les propriétés sociales comme sources des rapports ordinaires au politique
3. Les situations et les contextes dans l’activation des rapports ordinaires au politique
4. Apports interdisciplinaires pour saisir les rapports ordinaires au politique
VII / Le phénomène électoral
Introduction
1. L’opération électorale, par Christophe Voilliot

1. Genèse de l’opération électorale
2. Le vote en actions et en représentations
3. Les aléas d’un modèle
2. Le travail de mobilisation électorale, par Rémi Lefebvre
1. L’invention des campagnes électorales
2. Professionnalisation des campagnes et bricolages électoraux
3. Transformations et continuité de la mobilisation électorale
3. Les explications du vote, par Patrick Lehingue
1. André Siegfried : le précurseur en France
2. Lazersfeld et l’École de Columbia : la naissance des grandes enquêtes
3. Un héritage controversé
4. Variables sociales objectives et subjectives
VIII / L’entreprise partisane
Introduction
1. Partis et configurations partisanes, par Michel Offerlé

1. Typologies et travaux de terrain
2. Définir les partis politiques
3. Configurations partisanes
4. Les partis comme relation sociale
5. Caractéristiques partisanes
2. Le leadership partisan, par Julien Fretel
1. L’institutionnalisation du leadership partisan
2. Devenir dirigeant de parti
3. Ce que gouverner un parti veut dire
3. Investissements et désinvestissements partisans, par Philippe Juhem
1. L’investissement au sein des partis de gestion gouvernementale
2. Flux et reflux des investissements partisans amateurs
IX / Les mobilisations
Introduction
1. Répertoires d’action des mobilisations, par Erik Neveu

1. Le modèle de Tilly
2. Le répertoire comme mobilisation de ressources
3. Varier les répertoires
4. Un répertoire de troisième génération ?
2. Émergence et développement des mobilisations, par Olivier Fillieule
1. Structures et infrastructures du mécontentement
2. Dynamiques de la mobilisation
3. Dynamiques et effets des mobilisations, par Erik Neveu
1. Les dispositifs de filtrage et d’accueil
2. Identifier des impacts
3. Des mobilisations aux révolutions
4. Les effets des mouvements sur les groupes mobilisés
X / Le travail de mise en forme symbolique de la politique
Introduction
1. Mises en scène du pouvoir politique, par Philippe Riutort

1. Récits du pouvoir et pouvoir du récit : les mises en forme de l’autorité politique
2. Le pouvoir politique et ses contestations symboliques
2. Intellectuels et politique, par Frédérique Matonti
1. Les intellectuels avant les « intellectuels »
2. Les intellectuels et leurs engagements politiques
3. Médias et politique, par Philippe Riutort
1. La lancinante question des effets : médias et comportements politiques du public
2. L’activité politique sous contrainte médiatique
XI / La construction européenne
Introduction
1. Construction des espaces de pouvoir transnationaux en Europe, par Antonin Cohen

1. La dynamique des concurrences entre États européens
2. La genèse de l’espace de pouvoir transnational européen
3. Institutionnalisation des espaces de pouvoir transnationaux européens
2. La dynamique endogène des institutions européennes, par Antonin Cohen
1. Les transformations politiques et sociales des institutions
2. La formation d’un « milieu communautaire »
3. La fabrique de la décision supranationale
3. L’Europe au quotidien, par Romain Pasquier et Julien Weisbein
1. L’Europe au quotidien : quels acteurs ?
2. L’Europe au quotidien : les mécanismes de changements
3. L’Europe au quotidien : quels effets ?
XII / Les relations internationales
Introduction
1. La théorie des relations interétatiques, par Dario Battistella

1. Les relations interétatiques comme rapports de puissance : la théorie (néo)réaliste
2. Les relations interétatiques comme rapports de coopération : l’antithèse (néo)libérale
3. Les relations interétatiques comme rapports d’identité : la tentative de synthèse constructiviste
2. Espaces de pouvoirs nationaux, espaces de pouvoir internationaux, par Yves Dezalay et Mikael Rask Madsen
1. Des réseaux transnationaux sans ancrage national
2. World Society et dynamique de découplage
3. Les flux internationaux : ordre politique et changement social, par Didier Bigo
1. Flux, État, ordre et changement
2. La gestion des flux par les États : le récit réaliste de l’ordre gouvernemental
3. Penser les flux et le changement : liquidité et/ou lignes de fuite ? Sociologie politique de l'international
Conclusion. Le rapport savant à la politique
Bibliographie
Lexique
Index des noms
Index des notions
Les directeurs
Les auteurs.

Bernard Lacroix est professeur émérite de sciences politiques à l'université de Paris-X-Nanterr et membre senior honoraire de l'Institut universitaire de France. Il a publié notamment L'utopie communautaire (PUF, 2eédition 2006), et Durkheim et le politique (PFSP, 1981), ainsi qu'en collaboration Le président de la République. Usages et genèses d'une institution avec Jacques Lagroye (PFNSP, 1992) et Norbert Elias, la politique et l'histoire avec Alain Garrigou (1997).
Antonin Cohen est professeur agrégé des universités en science politique. Il enseigne àl'université de Rennes-I et est membre de recherches de l'action politique en Europe (Crape/CNRS). Il a codirigé le Nouveau manuel de science politique aux Éditions La Découverte (2009 ; 2015).
Philippe Riutort est professeur de chaire supérieure en sciences sociales au lycée Henri-IV à Paris et membre du Laboratoire communication et politique (LCP/IRISSO/CNRS). Il a codirigéLes Formes de l’activité politique (PUF, 2006), Nouveau manuel de science politique (avec A. Cohen et B. Lacroix, La Découverte, "Grands Repères/manuels", 2009), et est l’auteur du Précis de sociologie (PUF, 2004).

jeudi 24 janvier 2013

Gauche-droite - Genèse d'un clivage politique, Sous la direction de Jacques Le Bohec & Christophe Le Digol

Gauche-droite
Genèse d'un clivage politique
Sous la direction de
Jacques Le Bohec & Christophe Le Digol
Puf
2012

Présentation de l'éditeur
Étudier le clivage gauche-droite n’est pas chose aisée tant il a été érigé en horizon indépassable de la politique. De la Révolution française à nos jours, il aurait traversé l’histoire presqu’inchangé, jusqu’à devenir la clé de compréhension de la politique. Et de la France aux grandes démocraties de la planète, il aurait traversé nos frontières pour devenir quasi universel.
Cet ouvrage interroge cette familiarité qui masque un arbitraire politique et une histoire infiniment plus complexe qu’on ne l’a écrit. Souvent considéré comme un principe d’analyse et de description de la politique, le clivage gauche-droite est au contraire traité ici comme un objet dont il faut instruire l’histoire afin d’en découvrir les usages et les fonctions politiques, manifestes ou cachées. Les citoyens que nous sommes trouveront ici un voyage dans l’inconscient démo&shycratique que l’histoire politique nous a légué.

Table des matières

Avant-propos (Jacques Le Bohec et Christophe Le Digol)
Introduction générale Comment penser le clivage gauche-droite ? (Christophe Le Digol)

Partie 1. — Éléments pour une genèse du clivage en France
Chapitre 1 : Du « côté gauche » et du « côté droit » à la Constituante. Retour sur les origines d’un clivage (1789-1791) (Christophe Le Digol)
Chapitre 2 : « Gauche », « Droite », « Juste-milieu ». La sémantique politique de l’entre-deux au XIXe siècle (Xavier Landrin)
Chapitre 3 : Ni droite ni gauche ? La Ligue républicaine nationale et le travail de classement politique (1924-1927) (Alexandre Dauphin et Xavier Landrin)
Chapitre 4 : Le clivage gauche-droite comme effet émergent des luttes électorales (Philippe Juhem)
Chapitre 5 : Bernard Tapie est-il de gauche ? (Philippe Riutort)
Chapitre 6 : La ligne de démarcation droite/extrême droite. A` propos du phénomène Le Pen (Jacques Le Bohec)

Partie 2. — Un universalisme en questions
Chapitre 7 : Les usages tactiques de l’appartenance droite-gauche en Italie (Carmela Lettieri)
Chapitre 8 : Sur le rejet et l’instrumentalisation péronistes du clivage gauche-droite en Argentine (Erwan Sommerer)
Chapitre 9 : L’importation de la gauche et de la droite dans les luttes de classement au sein de l’ANC dans l’Afrique du Sud postapartheid (Vincent Darracq)
Chapitre 10 : Les laboratoires de la Troisième Voie britannique. Genèse et fonctionnement de l’espace de théorisation d’un « dépassement de la gauche et de la droite » (Jérôme Tournadre-Plancq)

Partie 3. — Les usages sociaux des catégories politiques
Chapitre 11 : De l’usage des catégories de « droite » et de « gauche » dans le champ littéraire (Gisèle Sapiro)
Chapitre 12 : Les élections législatives de 1849, entre incertitudes historiographiques et « modernité démocratique » (Christophe Voilliot)
Chapitre 13 : L’amphithéâtre parlementaire idéal. Le clivage gauche-droite dans l’analyse politique (Christophe Le Digol)
Chapitre 14 : Des « revues de gauche ». Réflexions sur l’attribution d’un qualitatif singulier dans le monde intellectuel (Kil-ho Lee)

Partie 4. — Des catégories de perception et de classement
Chapitre 15 : Des socialisations politiques différenciées. Contribution à l’analyse des représentations politiques des étudiants (collectif)
Chapitre 16 : La perception militante du clivage gauche-droite dans la fédération PS de la Vienne (Blaise Magnin)
Chapitre 17: Droite ou gauche ? Usages et non usages d’instruments courants d’orientation politique (Daniel Gaxie)

Conclusion Générale. Comment faire avec la distinction gauche/droite en science politique ? (Bernard Lacroix)

jeudi 16 septembre 2010

LES FORMES DE LA CRITIQUE SOCIALE DANS LES ANNÉES 1970

LES FORMES DE LA CRITIQUE SOCIALE DANS LES ANNÉES 1970

Vendredi 24 septembre 2010, 14h00 - 16h00

VIe Congrès Marx International – Université Paris Ouest Nanterre – Bâtiment L, salle 318





Présidence : Xavier LANDRIN (Université Paris Ouest, GAP)


Discussion : Bernard LACROIX (Université Paris Ouest, GAP / IUF)


Julien HAGE (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, CHCSC). Une nouvelle tribune pour des sciences humaines et sociales plus militantes : l’investissement et le traitement éditorial des éditions François Maspero
À la fin des années 1950, de nouveaux genres éditoriaux font leur apparition : d’une part, les collections de documents politiques, de « Frontières ouvertes » aux éditions du Seuil à « Cahiers Libres » chez François Maspero ; d’autre part, de nouvelles séries de théorie critique, d’« Arguments » chez Minuit à « Médiations » chez Denoël Gonthier. Ces collections, faisant écho à l’avènement de nouvelles disciplines au sein des sciences humaines et sociales, connaissent un essor rapide ensuite amplifié par Mai 68, qui leur permet de rencontrer un succès et un écho absolument inédits en termes de tirages, notamment grâce aux collections de poche. Elles permettent à des auteurs restés inédits ou dans l’ombre jusque-là d’être publiés, et même à quelques-uns d’entre eux d’acquérir une consécration publique qui change complètement leur statut et leur permet ainsi une « sortie du ghetto académique », pour reprendre les termes du philosophe grec Nicos Poulantzas. De nouveaux types de livres font alors leur apparition : des recueils d’articles, des études plus réactives sur l’actualité, ainsi que des ébauches théoriques de recherche en cours, volontiers polémiques, sur de nouveaux objets tels que l’immigration, les diasporas ou l’écologie. Les éditions Maspero seront l’un des initiateurs privilégiés de ces renouvellements, avec un investissement aussi substantiel que précurseur dans les sciences humaines et sociales, avec les collections « Textes à l’appui » (1960), « Théorie » de Louis Althusser ou « Économie et socialisme » de Charles Bettelheim (toutes deux en 1964). Nous nous intéresserons à la nouvelle manière de conjuguer le savoir et l’intervention durant ces années-là, au succès de textes qui sortent du seul champ académique pour intégrer le circuit de la plus grande diffusion, ainsi qu’aux nombreux transferts culturels à l’œuvre –ou comment la « petite collection maspero » s’inspire du modèle de la collection « edition suhrkamp », sans doute le plus grand vecteur éditorial contemporain de théorie critique en Europe –, ainsi qu’à la promotion de nouveaux auteurs et chercheurs dans le champ universitaire et académique via le vecteur éditorial.


José Luis MORENO PESTAÑA (Université de Cadix / CSE-CESSP). Langage politique et langage savant dans les années 70 : Michel Foucault en situation
Une grande partie des travaux consacrés aux trajectoires d’auteurs académiques ou de producteurs culturels qui s’associent, dans les années 1970, au travail collectif de la critique sociale, délaisse très souvent la question des modalités de circulation et de retraduction des mots d’ordre politique dans l’univers intellectuel et des concepts savants dans l’univers politique. Il est bien sûr nécessaire de prêter une attention particulière aux réfractions et aux censures qu’exercent les champs intellectuel et académique pour comprendre la transformation des discours académiques et intellectuels qui prennent souvent l’aspect, si l’on se donne la peine de les observer sous cet angle, de discours doubles, destinés à fonctionner sur des scènes multiples, et recélant des clins d’œil ou des micro-distinctions que seul le regard indigène peut percevoir. C’est toute l’historicité du discours foucaldien qu’il s’agira ici d’appréhender en mettant en perspective, pour mieux comprendre les enchaînements conceptuels de ce discours, les relations que Foucault établit entre les dilemmes intellectuels auxquels il est confronté et les conflits de l’univers politique. Pour saisir ce mécanisme propre aux conjonctures de transformation idéologique et politique, dont les « années 1970 » sont une illustration particulière, on montrera avec le plus de précision possible comment la conjoncture politique produit des tensions, des hésitations et une complexité nouvelles dans le discours de Foucault. On verra ainsi que la substitution du concept de gouvernementalité à celui de biopolitique, l’abandon d’une perspective de classe, ou encore le privilège accordé par Foucault au modèle de la sécurité sur celui de la discipline, renvoient à des phénomènes intellectuels (les conflits avec Deleuze et le gauchisme, l’alliance avec les « nouveaux philosophes », la démarcation par rapport à la sociologie critique), aussi bien que politiques (l’émergence d’une nouvelle gauche incarnée notamment par Michel Rocard, l’assimilation de plus en plus courante du marxisme au socialisme réel). On espère de cette façon, à partir d’un cas qui n’est pas isolé, mettre au jour les formes de réorientation, de reconversion ou de transformation du discours intellectuel « critique » dans les années 1970.


Fabien CARRIÉ (Université Paris Ouest, GAP). Spécisme et libération animale : la genèse d’une cause « non-humaine » dans les années 70
Véritable « croisade morale » au nom des bêtes, le mouvement de libération animale regroupe militants et intellectuels autour d’une même revendication, l’arrêt de toute forme d’exploitation d’un animal représenté comme un sujet à part entière, quel que soit son espèce d’appartenance. S’il est possible de situer les prémices de cette mobilisation sociale avec la création des collectifs anglais de « Hunt sabotage » au début des années 60, c’est au cours des années 70 que le mouvement se structure, avec la diffusion en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis d’articles et d’ouvrages consacrés à la « question animale » par des intellectuels nouveaux entrants comme Peter Singer et Tom Regan ou encore l’ancien expérimentateur Richard Ryder. Ces travaux, les concepts comme « spécisme » ou « droit des animaux » qui y sont développés, les considérations philosophiques et les découvertes en éthologie, biologie et psychologie animale qui y sont exposées, vont constituer un stock initial que les militants vont rapidement s’approprier, contribuant à la structuration de la mobilisation et à sa formalisation idéologique. Etudier les conditions de production et de diffusion de ces travaux ainsi que les trajectoires de leurs auteurs et de leurs promoteurs revient dès lors à dégager certaines des stratégies et des logiques sociales au principe de l’émergence de ce mouvement dans les années 70, à mettre en lumière les conditions de possibilité d’une mobilisation collective questionnant le bien-fondé de rapports de force naturalisés.


Jean-François MICHEL (Journaliste free lance). Comment et pourquoi fait-on une revue underground généraliste? Retour sur une expérience individuelle et collective (entretien avec Xavier Landrin)
La « presse underground » ou « contre-culturelle » des années 1970 est l’un des phénomènes aujourd’hui les plus délaissés par les sciences sociales, qu’il s’agisse de la sociologie du journalisme, de l’histoire des mouvements sociaux ou de la sociologie des utopies. En revenant sur la création, la trajectoire et les contenus de la revue Quetton, revue underground cherbourgeoise, qui voit le jour à la fin des années 60, on montrera que les interprétations sollicitant une vision réifiée du militantisme des années 1970 (authenticité ou reconversion, réussite ou échec de l’utopie critique, militantisme gauchiste ou contre-culturel, etc.) sont inopérantes pour rendre compte de ce type d’activités et de trajectoires, et qu’elles doivent être au mieux amendées par une interprétation plus sensible aux phénomènes locaux et aux études de cas, sans oublier les mécanismes génériques qui structurent des activités et des trajectoires analogues. On évoquera ainsi le parcours d’obstacles que constitue la mise en place et la pérennisation d’une revue underground, rétrospectivement labellisée « contre-culturelle » par la presse spécialisée, en insistant sur les conditions matérielles (souvent négligées par l’historiographie), sur les motivations et les cadres idéologiques qui y président, sur la dimension collective d’une telle entreprise, et les opportunités positives ou négatives qu’elle produit. On s’interrogera parallèlement sur ce qui a fait durer cette publication de la fin des années 1960 à nos jours, en empruntant un autre diagnostic que celui, binaire et simplificateur, de la réussite ou de l’échec. C’est notamment le retour sur la formation et l’évolution d’un « conatus artistique » singulier, mais propre à l’univers de la critique sociale des années 60 et 70 qui permet le brouillage des classements et les rencontres artistiques apparemment improbables, que l’on peut ressaisir les raisons d’une persévérance dans une forme d’art anti-institutionnelle.



Présentation :

Cet atelier s’insère dans le cadre des réflexions politistes du sixième Congrès Marx International sur le thème des « crises, révoltes et utopies ». Il traitera en particulier, à la suite de travaux sociologiques plus ou moins récents portant sur les années 68, des formes et des temporalités de la critique sociale dans les années 1970. On évitera d’engager un choix parmi les terminologies ou les typologies disponibles, pour appréhender la « critique sociale » comme un ensemble, forcément hétérogène, de formulations et de pratiques contestataires renvoyant à des répertoires ou des traditions artistiques et militantes dont les particularités sont notamment l’articulation des effets locaux, nationaux et transnationaux et le déplacement des frontières du légitime et de l’illégitime dans les espaces culturels. On s’interrogera collectivement sur les modalités, la portée et les différents labels que revêt la critique sociale dans les différents univers où elle émerge et se transforme. On questionnera parallèlement le problème de la continuité et de la discontinuité de ces entreprises critiques par rapport aux ruptures de légitimité et de consentement révélées par la conjoncture de mai-juin 68. Dans quelles dynamiques s’enracinent-elles ? Comment rendre compte des mécanismes collectifs de structuration de la critique sociale sans araser toute la richesse et les spécificités des cas évoqués ? On accordera une attention particulière à certains phénomènes qui paraissent sous ce rapport essentiels :


- La circulation transnationale des références, des textes et des pratiques culturelles ou militantes, les espaces qu’ils empruntent, les médiations qui les transforment, et les retraductions dont ils sont l’objet. Il ne suffit pas en effet de poser d’emblée l’uniformité ou la parenté, au moins pour certains pays européens, de la critique sociale, mais au contraire de revenir sur des phénomènes de circulation et de réappropriation régionaux qui fabriquent une apparence d’homogénéité internationale. Quels que soient les terrains (l’édition de livres critiques, les fanzines et les revues « underground » ou « contre-culturels », le militantisme « écologique », la formation de nouvelles alliances dans l’univers intellectuel), ces modalités spécifiques d’appropriation et de recréation des références étrangères livrent des enseignements indispensables sur la construction de la critique sociale.


- La redéfinition des frontières entre les espaces culturels, politiques et savants, qui est elle-même un facteur de circulation des productions et des pratiques. Cette redéfinition des frontières, dont les effets varient en fonction de la situation des acteurs, de leurs investissements et des ressources dont ils disposent, engendre entre eux une proximité qui, dans une période antérieure, pouvait sembler improbable ou inespérée. Cela produit non seulement des effets sur la perception de la légitimité politique, intellectuelle ou artistique, mais aussi un brouillage plus ou moins temporaire des hiérarchies et des classements.


- La fonction pratique des labels et des désignations utilisés par les acteurs. Ceux-ci renferment évidemment des polémiques, des clins d’œil, des entreprises de promotion ou d’appropriation ; c’est ce que l’on observe à travers la trajectoire de labels désignant des groupes comme les « nouveaux philosophes », des concepts savants répondant notamment à des transformations exogènes comme le « biopouvoir », des formules recouvrant des productions et des références incommensurables comme l’ « underground » ou la « contre-culture ». L’attention portée à ces désignations permettra non seulement de mieux suivre les logiques sociales et discursives de la critique sociale, mais aussi de prévenir contre certaines formes d’anachronisme toutes les fois où elles sont invoquées comme catégories d’analyse.

Cet atelier s’adresse aux sociologues, historiens et anthropologues travaillant sur les transformations de la critique depuis les années 68 dans les domaines du journalisme, de l’édition et du militantisme. Il est ouvert aux chercheurs sensibles à la richesse du phénomène contestataire des années 70.


Eléments bibliographiques :
- Philippe Artières, Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective (1962-1981), Paris, 2008, La Découverte.
- Bennett M. Berger, The Survival of a Counterculure, Los Angeles – Berkeley, University of California Press, 1981.
- Pierre Bourdieu, La Distinction : critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979.
- Pierre Bourdieu, Homo Academicus, Paris, Minuit, 1984.
- Dominique Cardon, Fabien Granjon, « Médias alternatifs et médias activistes », in Eric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France : la longue histoire d’une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2005.
- Patrick Combes, La littérature et le mouvement de Mai 68, Paris, Seghers, 1984.
- Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti, Bernard Pudal (dir.), Mai – Juin 68, Paris, Les Editions de l’Atelier / Editions ouvrières, 2008.
- Justine Faure, Denis Rolland (dir.), 68 hors de France : histoire et constructions historiographiques, Paris, L’Harmattan, 2009.
- Genre, sexualité & société, « Révolution / Libération », 3, 2010.
- Ingrid Gilcher-Holtey, « Die Phantasie an die Macht » : Mai 68 in Frankreich, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1995.
- Ingrid Gilcher-Holtey, Die 68er Bewegung : Deutschland, Westeuropa, USA, München, C.H. Beck, 2001.
- Todd Gitlin, The Sixties: Years of Hope, Days of Rage, New York, Bantham Books, 1987.
- Boris Gobille, « La parabole du Fils retrouvé : remarques sur le ‘deuil de 68’ et la ‘génération de 68’ », Mots, 54, 1998.
- Claude Grignon, Jean-Claude Passeron, Le savant et le populaire : misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Gallimard / Seuil, 1989.
- Stuart Hall, Tony Jefferson (eds.), Resistance through Rituals, London, Routledge, 1993.
- Dick Hebdige, Sous-culture : le sens du style, Paris, Zones, 2008.
- Thomas Hecken, Gegenkultur und Avantgarde, 1950-1970 : Situationisten, Beatniks, 68er, Tübingen, Francke, 2006.
- Richard Hoggart, La culture du pauvre: étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Paris, Minuit, 1970.
- Laurent Jeanpierre, « ‘Modernisme’ américain et espace littéraire français : réseaux et raisons d’un rendez-vous différé », in Anna Boschetti (dir.), L’espace culturel transnational, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010.
- Perrine Kervran, Anaïs Kien, Les années Actuel, Marseille, Le Mot et le Reste, 2010.
- Bernard Lacroix, L’Utopie communautaire: histoire sociale d’une révolte, Paris, PUF, 2006.
- Bernard Lacroix, « A contre-courant : le parti pris du réalisme », Pouvoirs, « Mai 68 », 39, 1986.
- Danièle Léger, « Les utopies du retour », Actes de la recherche en sciences sociales, 30, 1979.
- Henning Marmulla, « Internationalisierung der Intellektuellen ? Möglichkeiten und Grenzen einer ‘communauté internationale’ nach dem Algerienkrieg », in Ingrid Gilcher-Holtey, (Hrsg.), Zwischen den Fronten : Positionskämpfe europäischer Intellektueller im 20. Jahrhundert, Berlin, Akademie Verlag, 2006.
- Lilian Mathieu, Les années 70, un âge d’or des luttes?, Paris, Textuel, 2009.
- Gérard Mauger, « Gauchisme, contre-culture et néo-libéralisme : pour une histoire de la ‘génération de mai 68’ », CURAPP, « L’identité politique », 1994.
- Gérard Mauger, Claude F. Poliak, Bernard Pudal, Histoires de lecteurs, Paris, Nathan, 1999.
- Christian de Montlibert, Crise économique et conflits sociaux, Paris, L’Harmattan, 1989.
- Nicolas Pas, « Images d’une révolte ludique », Revue historique, 2, 2005.
- Georges Perec, Un homme qui dort, Paris, Denoël, 1967.
- SCALPEL, Cahiers de sociologie politique de Nanterre, « Mai 68, trente ans après », 4-5, 1999.
- Kristina Schulz, Der lange Atem der Provokation, Frankfurt am Main, Campus Verlag, 2002.

(merci à Xavier Landrin pour l'info)