« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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vendredi 30 décembre 2016

Abderrahmane Rachik, La société contre l’état. Mouvements sociaux et stratégie de la rue au Maroc

 
Abderrahmane Rachik
La société contre l’état
Mouvements sociaux et stratégie de la rue au Maroc
La Croisée des Chemins
Essais
2016
Présentation de l'éditeur
L’analyse des mouvements sociaux permet d’examiner le processus du changement social et la nature de la relation qui lie l’Etat au citoyen. Après l’explosion des différentes émeutes au Maroc (1981, 1984 et 1990), la conquête pacifique de l’espace public urbain devient subitement un enjeu politique de taille.
Depuis, la politique ne se déroule plus seulement dans les sphères conventionnelles. Elle se fait également dans la rue. Face à l’augmentation des mouvements sociaux protestataires, le pouvoir politique hésite, tolère, autorise, dialogue, mais interdit également avec violence des marches et des sit-in non autorisés.
En 2005, les actions collectives des différents mouvements sociaux dans l’espace public (sit-in, manifestation, marche, etc.) se sont traduites en 700 protestations, soit une moyenne de deux sit-in par jour. Ce chiffre passe de 5.000 actions en 2008 à 6.438 en 2009 pour atteindre 8.600 en 2010 et plus de 18.000 actuellement, soit 50 protestations collectives par jour. Sous le gouvernement mené par le PJD, le nombre de protestations a été multiplié par 26 par rapport à l’année 2005.
En cherchant l’intégration sociale et spatiale d’une population fragile, les politiques publiques engagées provoquent des effets pervers. Elles ont pour conséquence de nourrir l’espoir et multiplier les attentes sociales, et les revendications collectives.

mardi 28 janvier 2014

Jean Zaganiaris, Queer Maroc: Sexualités, genres et (trans)identités dans la littérature marocaine

Jean Zaganiaris
Queer Maroc
Sexualités, genres et (trans)identités dans la littérature marocaine
Des ailes sur un tracteur
2013

Présentation de l'éditeur
Loin d’un exotisme littéraire, c’est un miroir que tendent les artistes, aux sociétés. Les formes de vie hybrides et métissées viennent faire contrepoids aux différents normativismes identitaires, les œuvres littéraires marocaines mettent la lumière sur quatre grands enjeux politiques : le renversement des rapports de domination des hommes sur les femmes ; la présence d’une sexualité hors mariage déculpabilisée à l’égard du sentiment religieux ; la force du désir homosexuel ; la beauté des corps transidentitaires. Rompant à la fois avec les postures culturalistes et néo-colonialistes, cet ouvrage entend restituer sociologiquement et philosophiquement – donc sans tabou - les représentations plurielles de la sexualité, du genre et de l’identité au sein des productions littéraires marocaines. 
Où l'on découvre ou décortique les images, miroirs et personnages proposées par les auteurs marocains : Driss Chraïbi, Badia Haj Nasser et Lamia Berrada Berca, Mamoun Lahbabi, Abdellah Taïa et de Mohamed Leftah, Fatima Mernissi, Rajae Benchemsi, Stéphanie Gaou et de Valérie Morales Attias, Ghita El Khayat et Chrysultana Rivet, Siham Bouhlal, Rajae Benchemsi et Siham Benchekroun, Mohamed Choukri et El Mostafa Bouignane, Mohamed Nedali, Baha Trabelsi, Tahar Benjelloun, Ghita El Khayat, Abdelkébir Khatibi et Bouchra Boulouiz, Hicham Tahir... 
 Jean Zaganiaris est enseignant-chercheur au CERAM/EGE Rabat. Il est l’auteur de Penser l’obscurantisme aujourd’hui, Casablanca, Afrique Orient, 2009.
Postface d’Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, les auteur.e.s de la Transyclopédie

samedi 10 novembre 2012

Manuel Schotté, La construction du « talent ». Sociologie de la domination des coureurs marocains

Manuel Schotté
La construction du « talent »
Sociologie de la domination des coureurs marocains
Cours & travaux
Raisons d'agir
2012

Présentation de l'éditeur
 Depuis le milieu des années 1980, les coureurs kenyans, éthiopiens et marocains opèrent une mainmise dans le domaine de la course de demi-fond et de fond. Les succès de ces athlètes sont rapportés de façon quasi-invariable à leur supposé talent inné : les sportifs les plus talentueux sortiraient automatiquement du lot des pratiquants, en vertu de leurs exceptionnelles qualités. La suprématie des coureurs d’Afrique de l’Est et du Nord au niveau mondial est alors décrite comme le produit d’une sélection naturelle qui tournerait à l’avantage de ces populations prétendument plus douées pour les efforts prolongés.
  Plutôt que de naturaliser la performance sportive, il s’agit dans cet ouvrage de rendre compte des logiques sociales qui sous-tendent la réussite athlétique. La surreprésentation des coureurs marocains parmi les champions du demi-fond repose sur une double construction sociale : construction de l’offre de travail d’un côté, avec le façonnement d’ambitions et de compétences dans le domaine de la course à pied chez des jeunes Marocains ; construction de la demande ensuite, avec l’émergence du professionnalisme en Europe au début des années 1980. Aucune de ces conditions, ni leur juxtaposition d’ailleurs, ne suffit à expliquer le succès international des coureurs marocains à compter de ce moment. C’est effectivement à la seule condition de mettre en relation les deux versants que l’on peut rendre compte de la répartition socialement construite des populations telle qu'elle se donne à voir en athlétisme depuis environ 25 ans.
  Mettre en doute l’idée d’un « talent » préexistant et intangible, ne revient pas à voir dans la réussite le pur produit d’un jeu social qui aurait propulsé le « champion » au sommet, indépendamment de ses qualités athlétiques. Or si jeu social il y a bien, il repose sur une compétence spécifique qui en est à la fois le support et l’issue. L’une des caractéristiques de cette compétence est d’être objectivement mesurable : le sport constitue un formidable laboratoire pour comprendre comment celui-ci se façonne. Du fait de « l’objectivité » des hiérarchies sportives — en particulier en athlétisme, sport qui classe les concurrents sur un étalon chronométrique universel —, on peut définir, précisément et à tout moment, le niveau de performance d’un sportif.
Même s’il est centré sur la fabrique du « talent », l’ouvrage peut également être lu comme une ethnographie de la jeunesse urbaine marocaine de milieux populaires et des conditions d’émigration/immigration d’une partie d’entre elle. Organisé autour de cas finement dépeints et replacés dans toute l’épaisseur de leur quotidien, il donne à voir ce que sont les univers de vie et de sens de jeunes marocains devenus coureurs. En les suivant dans leurs espoirs, leurs efforts et leurs échecs, c’est le portrait de la jeunesse sans avenir d’un pays dominé qui se dessine en creux : comprendre pourquoi et comment la course à pied peut devenir pour quelques-uns une voie de salut donne des indications plus générales sur le groupe dont ils sont issus. Et décrire l’intensité des attentes et des investissements associés à la pratique sportive donne une idée du dénuement des classes populaires maghrébines dont certains membres en viennent à tenter de courir leur chance.
  Au total, parce qu’il se fonde sur une enquête méthodique et approfondie, réalisée par un universitaire qui est aussi coureur de fond lui-même, cet ouvrage intéressera tous les spécialistes tant de sociologie du sport que des inégalités et des formes de relégations vécues par une partie de la jeunesse d’Afrique du Nord. Mais, il renvoie aussi à la question de la capacité des sciences sociales à comprendre le singulier et même le plus singulier des singuliers quand il s’agit de l’athlète d’exception et de l’homme hors norme.
Manuel Schotté est enseignant chercheur à l’Université de Lille 2. Ses travaux portent sur la sociologie du sport. Il est l’auteur de Sportifs en danger. La condition des travailleurs sportifs (avec Sébastien Fleuriel), Edition du Croquant, "Savoir/Agir", 2008.

vendredi 6 juillet 2012

écouter: Pierre Vermeren, Misère de l'historiographie du "Maghreb" post-colonial (1962-2012)

écouter: Pierre Vermeren, Misère de l'historiographie du "Maghreb" post-colonial (1962-2012), La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin, 09.04.2012
Pierre Vermeren
Misère de l'historiographie du "Maghreb" post-colonial (1962-2012)
Publications de la Sorbonne
2012

Présentation de l'éditeur
Cet essai de synthèse est consacré à l'historiographie du Maghreb contemporain. Qui a écrit, et qui écrit l'histoire de l'Afrique du Nord, devenue Maghreb, depuis la fin du XIXe siècle ? Un demi-siècle après les indépendances, sans doute est-il nécessaire de revenir sur ce champ de recherches extrêmement idéologique. L'historiographie du Maghreb en langue française se présente comme une succession de séquences politiques et idéologiques qui se chevauchent rapidement. Pour éclairer ces interrogations, Pierre Vermeren dresse le portrait des générations d'historiens et autres spécialistes de ce champ. Cette histoire d'hommes, d'écoles et de réseaux est d'autant plus nécessaire, en ce début de XXIe siècle revenu des grandes idéologies, que la cohorte des historiens du Maghreb est résiduelle. Cette peau de chagrin scientifique peine à dépasser le cadre des spécialistes de la guerre d'Algérie. Or l'histoire de la région ne s'est pas arrêtée en 1962. En dépit de la forte demande sociale des héritiers et porteurs de cette histoire, le Maghreb s'est-il échappé du champ des préoccupations françaises ? Et pourquoi ?
Pierre Vermeren est maître de conférences HDR à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l'histoire du Maghreb, en particulier du Maroc ; membre du CEMAf, il encadre des recherches consacrées à cette histoire. Après huit ans de vie au Maghreb, il a écrit une thèse consacrée à la formation des élites maghrébines au XXe siècle (2000), et plusieurs ouvrages sur le Maroc et le Maghreb contemporains.
Ce présent ouvrage est la version publiée de son habilitation à diriger les recherches (2010).