"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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jeudi 31 mai 2018

Luc Sigalo Santos, L'administration des vocations. Enquête sur le traitement public du chômage artistique en France

Luc Sigalo Santos
L'administration des vocations
Enquête sur le traitement public du chômage artistique en France 
Préface de Vincent Dubois et Laurent Jeanpierre
Dalloz
Nouvelle Bibliothèque de Thèses
2018

Présentation de l'éditeur
Si les mobilisations collectives d’intermittents ont été abondamment étudiées par les sciences sociales, ce n’est pas le cas des politiques publiques de « retour à l’emploi » qui ciblent spécifiquement les artistes chômeurs et allocataires du RSA.
Or, depuis le début des années 1990, comédiens, musiciens, plasticiens et autres graphistes font l’objet d’une prise en charge sur mesure de la part de Pôle emploi et de nombreux conseils généraux. Pourquoi et comment l’État social s’est-il adapté aux artistes ? Quelles relations ces usagers enclins à faire valoir leur singularité entretiennent-ils à ces administrations au fonctionnement réputé standardisé ? À l’inverse, que disent et font les agents publics d’insertion confrontés aux artistes en l’absence d’opportunités concrètes d’embauche ?
Voici quelques-unes des questions auquel répond cet ouvrage, qui explore la face cachée du travail de création à partir d’une enquête au long cours conduite à Paris et dans d’autres métropoles régionales. 
 

mercredi 30 mai 2018

audio: Joël Laillier, Entrer dans la danse. L’envers du Ballet de l’Opéra de Paris



deuxième partie de l'émission 'Léonore Baulac, danse avec les étoiles'
Vous m'en direz des nouvelles !  par Jean-François Cadet, 4 mai 2017 


Joël Laillier 
Entrer dans la danse
L’envers du Ballet de l’Opéra de Paris
Préface de Charles Suaud
CNRS Éditions
2017 


Présentation de l'éditeur

La représentation du monde de la danse classique oscille entre fascination et condamnation. Fascination pour les danseurs et danseuses qui se consacrent « corps et âme » à la recherche de l’excellence artistique. Condamnation de la souffrance et des sacrifices d’une vie d’ascète dans un univers compétitif à l’extrême. Le cinéma, la littérature et les médias véhiculent sans cesse une telle tension, comme en témoigne le fi lm à succès Black Swan.
Le Ballet de l’Opéra de Paris est au cœur de cette représentation fantasmatique, au point d’en être le modèle. Dévoilement des coulisses de cette institution prestigieuse, cet ouvrage montre comment les désirs des jeunes aspirants sont façonnés, entretenus ou remis en cause au fil d’une vie tout entière consacrée à la danse malgré des chances de réussite très incertaines.
L’enquête menée auprès des élèves et de leurs parents, des professeurs et des anciens danseurs permet de saisir sur le vif les mécanismes sociaux qui amènent les danseurs à donner du sens à leur engagement. En suivant les danseurs et les danseuses dès l’entrée dans la pratique, durant la scolarité et jusqu’à leur départ à la retraite, Joël Laillier donne à voir la fabrique d’une élite artistique.

Sociologue, Joël Laillier est maître de conférences à l’Université de Toulouse, membre du CreSco et chercheur associé à l’IDHES (Université Paris 1 – CNRS).


mercredi 8 octobre 2014

Lire les sciences sociales: présentation et discussion de l’ouvrage de Vincent Dubois “La culture comme vocation” (Raisons d’Agir, 2013) par Wenceslas Lizé, en présence de l’auteur, 14 Octobre 2014




Dans le cadre des rencontres Lire les sciences sociales, présentation et discussion de l’ouvrage de Vincent Dubois “La culture comme vocation” (Raisons d’Agir, 2013) par Wenceslas Lizé, en présence de l’auteur

   Dans un sondage établissant « les métiers préférés des jeunes de 18 à 25 ans », celui de « manager culturel » arrive ainsi en 7e position (acteur et chanteur occupant respectivement les 1re et 4e places). Et dans les collectivités territoriales, les postes « culturels » sont généralement parmi les plus demandés. Certains métiers semblent attirer pour leur image plus que pour la stabilité d’emploi ou le niveau de revenus qu’ils garantissent. Ce sont des métiers dits « vocationnels », c’est-à-dire des activités professionnelles reposant sur un fort engagement personnel, qui peut être subjectivement vécu sur le double mode de la passion et du désintéressement. On n’y entre pas pour l’argent, mais pour la beauté du métier ou par amour de l’art.
   Qu’est-ce qui rend ces métiers de la culture si attractifs ? C’est à cette question que ce livre propose de répondre.
   Sur la base d’une enquête originale sur un échantillon d’étudiants qui se destinent à l’administration de la culture, Vincent Dubois répond à cette question en analysant les transformations depuis les années 1960 de l’espace des gratifications symboliques associées à ces métiers, transformations liées à la constitution d’un secteur public de la culture et des formations qui y mènent.
   Ce faisant, le livre rompt avec une lecture individualisante et psychologisante, faite de passion et de désir, pour mettre en évidence la logique et la dynamique d’un univers de positions sociales construites par la politique culturelle de l’État. Les métiers de la culture se trouvent ainsi bien ajustées aux attentes et aux aptitudes professionnelles des générations issues de la deuxième explosion scolaire. Le système universitaire lui-même invite ainsi à concevoir l’orientation vers les métiers de la culture comme une manière d’optimiser le rendement professionnel d’un capital scolaire (notamment littéraire et artistique) dévalué.
   Deux facteurs ont un rôle prépondérant. La chronologie du développement de ces métiers, initié au milieu des années 1960 et amplifié à partir du début des années 1980, fait que ceux qui s’y destinent dans les années 2000-2010 sont les enfants des générations qui occupent aujourd’hui une part importante des postes, voire les petits-enfants des « pionniers » parmi les premiers à les occuper. La « passion » pour les métiers de la culture peut donc bien être héritée, et correspondre à un mécanisme classique de reproduction professionnelle. Si les métiers de la culture sont « attractifs », c’est donc aussi qu’ils peuvent être envisagés comme une voie de salut dans un contexte de massification de l’enseignement supérieur et de fort chômage des jeunes. Les filles connaissant cette situation davantage que les garçons, elles sont, pour cette raison également, plus nombreuses à viser de telles positions.
   Ainsi est-on dans le cas qui nous intéresse conduit à retourner le syntagme habituel : ce n’est pas à une « crise des vocations » que l’on a affaire mais à des « vocations de crise ».
   Retrouvez l’ouvrage sur le site de l’éditeur
  • Vincent Dubois, sociologue et politiste, est actuellement membre de l’Institute for Advanced Studies à Princeton et professeur à l’Institut d’études politiques de Strasbourg. Ses travaux de sociologie de l’action publique portent sur les rapports entre le champ culturel et l’État et sur le traitement bureaucratique de la misère. Il a notamment publié sur ces questions La Politique culturelle (Belin, 1999) et La Vie au guichet (Economica, 2e éd., 2003). 
  • Wenceslas Lizé est sociologue, maître de conférences à l’Université de Poitiers (Groupe de recherches et d’études sociologiques du Centre Ouest). Ses travaux portent notamment sur l’art et la musique et plus particulièrement sur le Jazz. Il a notamment publié Intermédiaires du travail artistique. A la frontière de l’art et du commerce avec D. Naudier et O. Roueff (La Documentation Française, 2011).
Mardi 14 Octobre
14 h 00 – 16 h 00
CNRS/Site Pouchet
Salle 255
59 – 61, rue Pouchet, 75017 Paris
métro ligne 13 – Guy Moquet | Brochant , Bus 66 – La Jonquière



samedi 20 juillet 2013

écouter: Vincent Dubois, La culture comme vocation


écouter: Vincent Dubois, La culture comme vocation, Cours & Travaux, Raisons d'agir, 2013
La suite dans les idées, 20.07.2013

Vincent Dubois
La culture comme vocation
Raisons d'agir
Cours & Travaux
2013

Présentation de l'édteur
Certains métiers sont attractifs, moins pour le confort matériel qu’ils garantissent qu’en raison de l’image valorisée et valorisante qui leur est associée, ou de l’épanouissement dont ils portent la promesse. Ils reposent sur un fort engagement personnel, qui peut être subjectivement vécu sur le mode de la passion et du désintéressement. L’orientation professionnelle vers le secteur culturel participe de cette logique vocationnelle. Quelles sont les modalités de cet appel ? Qu’est-ce qui prédispose à y répondre ? Quels sens ces orientations revêtent-elles ? Pour répondre à ces questions, Vincent Dubois a enquêté sur les étudiants qui se destinent à l’administration culturelle. En révélant qui et ce qui s’y investit, ce livre apporte un éclairage inédit sur ces métiers. Ces positions intermédiaires où se croisent héritages familiaux et investissements scolaires, espoirs d’ascension sociale et lutte contre le déclassement, offrent plus largement un point de vue privilégié pour l’analyse des modes de reproduction dans la France contemporaine.

jeudi 13 juin 2013

Vincent Dubois, La culture comme vocation


Vincent Dubois
La culture comme vocation
Cours & Travaux
Raisons d'agir
2013

Présentation de l'édteur
Certains métiers sont attractifs, moins pour le confort matériel qu’ils garantissent qu’en raison de l’image valorisée et valorisante qui leur est associée, ou de l’épanouissement dont ils portent la promesse. Ils reposent sur un fort engagement personnel, qui peut être subjectivement vécu sur le mode de la passion et du désintéressement. L’orientation professionnelle vers le secteur culturel participe de cette logique vocationnelle. Quelles sont les modalités de cet appel ? Qu’est-ce qui prédispose à y répondre ? Quels sens ces orientations revêtent-elles ? Pour répondre à ces questions, Vincent Dubois a enquêté sur les étudiants qui se destinent à l’administration culturelle. En révélant qui et ce qui s’y investit, ce livre apporte un éclairage inédit sur ces métiers. Ces positions intermédiaires où se croisent héritages familiaux et investissements scolaires, espoirs d’ascension sociale et lutte contre le déclassement, offrent plus largement un point de vue privilégié pour l’analyse des modes de reproduction dans la France contemporaine.

Some occupations are attractive, not s o much in terms of material comfort as in terms of prestige and self - fulfillment . Among them, some imply a strong personal commitment, which can be subjectively experie nced in the mode of passion and selflessness. The combinations of these aspects define a vocational logic , of which the choice of a career in the cultural sector c an provide a good example . What are the terms of this call ing ? What predisposes individuals t o answer it ? What are the meanings of such an orientation ? To answer these questions, this book focuses on would - be cultural manage r s . By identifying the ir social patterns , by revealing the resources, expectations and visions of the world they invest in th eir choice, it sheds new light on these occupations . I n these intermediary and indeterminate social positions , family he ritages intersect with educational strategies ; aspirations of upward mobility with tactics against downward mobility. Career choices in cultur al management constitute therefore a revealing case , f o r a renewed analysis of modes of social reproduction . The empirical findings of this research conducted in France are set in a broader comparative perspective, at the European level and with the USA .


mardi 18 mai 2010

Pierre-Emmanuel SORIGNET, Danser. Enquête dans les coulisses d'une vocation


Pierre-Emmanuel SORIGNET
Danser.
Enquête dans les coulisses d'une vocation

Collection : Textes à l'appui / Enquêtes de terrain
La Découverte
2010



Présentation de l'éditeur
Si les professions artistiques sont, d'une manière générale, soumises à la précarité, celle-ci est encore plus prégnante dans le cas des danseurs. En effet, pour ces derniers, la possibilité d'assurer des performances tout au long de la vie active dépend avant tout de leur capacité corporelle. Pourtant, de plus en plus de jeunes se présentent sur ce marché du travail. Comment comprendre cet apparent paradoxe ? Pour saisir les motivations qui conduisent des individus à choisir cette voie et à s'y maintenir, il faut en fait tenir compte des rétributions symboliques propres à ce métier associant « prestige » et « précarité ». Le plaisir de la scène, la jubilation d'éprouver son corps, la relative absence de routine expliquent que les danseurs vivent leur profession comme une vocation, parfois façonnée dès l'enfance.
L'auteur, sociologue et danseur, s'est immergé dans l'univers de la danse contemporaine pendant dix ans, partageant l'activité professionnelle des danseurs et danseuses enquêtés, mais aussi tous les moments hors travail qui souvent prolongent une façon d'être artiste. Ce livre, qui donne la part belle aux témoignages, offre un éclairage inédit du métier de danseur et du style de vie qui lui est lié (le choix du conjoint, l'orientation sexuelle...). Le moment de l'audition, l'entraînement quotidien, le travail de création, le rapport à la scène et au public sont ainsi analysés « de l'intérieur ». Grâce à une approche très fine des trajectoires des personnes enquêtées, cet ouvrage permet d'ouvrir la boîte noire de la « vocation », d'en montrer les recompositions tout au long des cycles professionnels traversés, jusqu'à la sortie du métier.

DANCING
Investigating behind the scenes
A sociologist and a dancer, the author has immersed himself in subject for ten years. This sociological study of an artistic profession and a lifestyle allows the reader to access this « vocation's » black box, showing the different reconstructions that may take place during dancers' professional life, right up to the time when they leave the career, an experience that can vary greatly according to the social options open to them. Pierre-Emmanuel Sorignet is a sociologist, a senior lecturer at the University of Toulouse-III. He has been working with different contemporary dance companies for nearly ten years.



Pierre-Emmanuel Sorignet est sociologue, maître de conférences à l’université Toulouse-III. Il collabore en tant qu’interprète, depuis une dizaine d’années, avec différentes compagnies de danse contemporaine.