Robert
Darnton
De la censure
Essai d'histoire comparée
Gallimard
2014
Présentation de l'éditeur
Qu'est-ce que la censure? L'historien croit disposer d'un concept
unitaire mais plonge-t-il dans les archives qu'il est alors saisi par la
diversité des expériences qu'en firent ceux qui la subirent – en
l'occurrence, dans la France des Bourbons, dans l'Inde coloniale et dans
la République démocratique allemande.
Peut-on cependant dégager des trais communs à ces trois situations?
La
première dimension est la répression : Mlle Bonafon, treize ans
d'internement dans un couvent pour avoir écrit un conte de fées
politique (Tanastès) ; Mukunda Lal Das, trois ans
d'«emprisonnement rigoureux» pour avoir entonné la très suggestive
«Chanson du rat blanc» ; Walter Janka, cinq ans d'isolement carcéral
pour avoir publié Lukács, un auteur tombé en disgrâce.
La seconde
dimension comparative est l'herméneutique : la censure est une lutte sur
le sens. Elle implique le décodage de références dans un roman à clé ou
des querelles sur la grammaire sanskrite, elle suppose toujours des
débats interprétatifs qui conduisent peu ou prou à une collaboration
entre censeurs et auteurs. Les deux parties comprennent la nature du
donnant-donnant : la coopération, la complicité et la négociation
caractérisent la façon dont les auteurs et les censeurs opèrent, au
moins dans les trois systèmes étudiés ici. Plus qu'un simple
affrontement entre création et oppression, la censure, en particulier
aux yeux du censeur, apparaît coextensive à la littérature, au point de
s'en croire la source.
L'écrivain Norman Manea, quand il reconsidérait les coupes qu'il avait acceptées afin que son roman L'enveloppe noire
parût dans la Roumanie de Ceauşescu, ne regrettait pas tant
l'amputation des passages critiques que le processus de compromis et de
complicité qui lui faisait conclure au «succès à plus long terme de la
Censure, là où il n'était pas visible...».

Robert
Darnton
L'Affaire des Quatorze
Poésie, police et réseaux de communication à Paris au XVIIIe siècle
Gallimard
2014
Présentation de l'éditeur
C'est un étrange dossier des archives de la Bastille et l'un des plus
fascinants, fait de paperolles, qu'ouvre, pour la première fois, Robert
Darnton.
Au printemps de 1749, le lieutenant général de police à
Paris reçut l'ordre de capturer l'auteur d'une ode moquant le roi et sa
maîtresse. Le mot fut passé aux légions d'informateurs, ou mouches, et
bientôt quatorze personnes croupirent dans les geôles – des prêtres, des
clercs et des étudiants.
Griffonnés sur des bouts de papier, les
vers circulaient de cabarets en dîners avec grand succès. Robert Darnton
ne reconstitue pas seulement une affaire de création collective ; il
tire les mailles d'un étonnant filet : celui de la communication orale,
politique, dans le Paris populaire du XVIIIe siècle. La
plupart des hommes et surtout des femmes ne maîtrisant pas la lecture,
le moyen mnémotechnique le plus efficace était la musique. Les poèmes
étaient composés pour être chantés sur des airs célèbres que l'on
retrouve dans les recueils connus sous le nom de chansonnier.
Voici
une occasion exceptionnelle d'écrire une histoire de la communication à
partir de son élément majeur, l'oralité, qui d'habitude ne laissait
aucune trace.
Ancien professeur à l'Université Princeton, Robert Darnton est à l'heure
actuelle le président des Bibliothèques de l'Université Harvard. On lui
doit des travaux majeurs sur l'histoire du livre, de la lecture et de
la Bohême littéraire au siècle des Lumières. Il est notamment l'auteur,
aux Editions Gallimard, de Edition et sédition. L'univers de la
littérature clandestine au XVIIIe siècle ; Le Diable dans un bénitier.
L'art
de la calomnie en France 1650-1800 ; Apologie du livre. Demain,
aujourd'hui, hier. Robert Darnton sera l'invité d'honneur, chargé de la
conférence inaugurale, aux rendez-vous de l'Histoire à BLois, en octobre
2014.