Actes de la recherche en sciences sociales, n°260
Du côté obscur de la famille (1)
Seuil
2025
Présentation de l'éditeur
La vie familiale n’est pas un long
fleuve tranquille, ni un sanctuaire protégé des logiques capitalistes,
un espace du « bonheur » et du « désir » fait de liens électifs, comme
l’ont pensé les théoriciens de la modernité et post-modernité. Certes la
famille peut être le support de rôles sociaux valorisés comme ceux de
père ou de mère. Mais elle est parfois le lieu d’exercice de violences
extrêmes – féminicide, inceste –, comme l’a rappelé récemment le procès
des viols de Mazan. La famille est plus généralement un espace de
transactions symboliques et économiques quotidiennes, marquées par des
rapports asymétriques, entre parents et enfants, conjoint et conjointe
ou encore aîné·es et cadet·tes.
Ce numéro, qui sera suivi d’un
second volet, propose justement de (re)penser les rapports de domination
à l’œuvre dans la famille pour comprendre l’ensemble des modes
d’exercice du pouvoir qui s’y jouent. Comment expliquer leur relative
stabilité au-delà des formes singulières qu’ils revêtent selon les
contextes ? Les contributions réunies dans ce volume – depuis un
entretien avec Dorothée Dussy autour de ses travaux sur l’inceste
jusqu’à un examen des données statistiques sur les inégalités de
patrimoine dans les couples – montrent que la famille constitue un lieu
central d’apprentissage et de reproduction des rapports de pouvoir, en
particulier ceux liés au genre, à la classe et à l’âge. Il explore ainsi
la reconfiguration des relations entre enfants et parents quand ces
derniers recourent à une aide à domicile, celle des rapports conjugaux
en migration ou encore les formes de résistance de parents «
progressistes » des classes supérieures à la transition de genre de leur
enfant. Ces travaux soulignent que les familles ne sont pas isolées :
elles sont aussi traversées par d’autres institutions, comme l’État
social ou le droit, qui les encadrent, les contrôlent, et participent
parfois à renforcer les inégalités plutôt qu’à les réduire. L’espace
domestique, de ce point de vue, n’est qu’en apparence un monde clos.