« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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jeudi 9 mai 2019

Michael Burawoy, Conversations avec Bourdieu

 
Michael Burawoy
Conversations avec Bourdieu
Amsterdam
2019


Présentation de l'éditeur
Comment se perpétue la domination ? Comment les dominés peuvent-ils s’y soustraire ? Et comment les intellectuels peuvent-ils y contribuer ? Si les réponses apportées par Bourdieu ont fait de lui un classique des sciences sociales, les débats que suscitent ses travaux en France sont souvent pris dans une fausse alternative entre une option polémique qui rejette en bloc son analyse de la reproduction sociale et une lecture académique à tendance hagiographique, sinon strictement instrumentale.
Pour sortir de cette ornière, le sociologue Michael Burawoy confronte cette œuvre aux théories les plus ambitieuses qui lui disputent la compréhension de la domination de classe, du racisme et du patriarcat, mobilisant les apports de Gramsci sur l’hégémonie, de Freire sur la pédagogie, de Beauvoir sur la domination masculine ou encore de Fanon sur le colonialisme. Lecture originale autant qu’introduction magistrale, ces Conversations soulignent les omissions et les contradictions d’une œuvre qui théorise la domination sans penser l’émancipation. Elles posent ainsi les bases d’un nécessaire renouvellement de la sociologie critique.


Traduction : Juan Sebastian  Carbonell, Ugo Palheta, Anton Perdoncin, Quentin Ravelli
Préface : Juan Sebastian Carbonell, Aurore Koechlin, Ugo Palheta, Quentin Ravelli

 

mardi 21 février 2017

Stéphane Beaud et Gérard Mauger (dir.), Une génération sacrifiée ? Jeunes des classes populaires dans la France désindustrialisée

 
Stéphane Beaud et Gérard Mauger (dir.)
Une génération sacrifiée ? 
Jeunes des classes populaires dans la France désindustrialisée
Postface de Florence Weber
Rue d'Ulm 
Sciences sociales
2017

Présentation de l'éditeur
La massification scolaire, la désindustrialisation, les transformations du paysage politique et culturel ont provoqué une crise de reproduction de longue durée des classes populaires, dont les « jeunes des cités  ;» constituent le point focal. Sans les exclure ni se réduire à leur cas, les enquêtes rassemblées dans ce livre analysent les inadaptations et les tentatives d’ajustement, les engagements et les désengagements, les espoirs et les déboires, les quêtes de compensation et les conversions, mais aussi les formes de reproduction au sein des nouvelles générations de jeunes des classes populaires. La menace du chômage, la précarité et le chantage à la docilité qu’elle permet, l’emprise des valeurs consuméristes, ont d’autant plus détérioré leurs capacités de mobilisation que beaucoup se vivent comme « de passage ». Faut-il en conclure qu’à la culture de rébellion de la « génération ouvriérisée » des années 1970 s’opposerait aujourd’hui « l’individualisme négatif » d’une « génération désouvriérisée » ?
La postface de Florence Weber revient sur le tabou du déclassement qui enferme depuis quinze ans les perdants de la mondialisation dans la colère, le retrait et la honte. La croissance des inégalités territoriales s’est aggravée en France depuis la crise économique de 2008, tandis que la course au diplôme sans création d’emplois qualifiés, notamment dans le secteur de la culture, minait la confiance dans l’école, jusque chez les jeunes des classes moyennes sans patrimoine. 

Stéphane BEAUD est sociologue, professeur de science politique à l’Université Paris-Ouest Nanterre, chercheur à l’Institut des sciences sociales du politique (CNRS-Nanterre). Ses recherches portent sur les classes populaires, la démocratisation scolaire, les descendants d’immigrés avec un détour par la sociologie du football. Il a notamment publié, avec M. Pialoux, Retour sur la condition ouvrière (La Découverte-poche, 2011), Violences urbaines, Violence sociale (Fayard, 2003).
Gérard MAUGER est sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS-Paris I). Ses recherches concernent, pour l’essentiel, les générations et les âges de la vie (jeunesse), les pratiques déviantes et délinquantes, les classes populaires, les pratiques culturelles (lecture) et l’œuvre de Pierre Bourdieu. Il a récemment publié Lectures de Bourdieu (codir. F. Lebaron, Ellipses, 2012), Repères pour résister à l’idéologie dominante (Le Croquant, 2013), Lectures numériques. Une enquête sur les grands lecteurs (avec P. Gaudric et X. Zunigo, Bibliothèque du Centre Pompidou, 2014) et Âges et générations (La Découverte, 2015).
Avec la collaboration de Lorenzo BARRAULT-STELLA, Thomas BEAUBREUIL, Clémentine BERJAUD, Charles BERTHONNEAU, Samuel BOURON, Vincent BURCKEL, Benoît COQUARD, Pierig HUMEAU, Sophie ORANGE, Akim OUALHACI, Ugo PALHETA, Martin THIBAULT.
 


mardi 25 août 2015

vidéo: Médias et extrêmes droites, avec Bernard Schmid et Ugo Palheta (Jeudi d’Acrimed, 16 avril 2015)

vidéo : Médias et extrêmes droites
avec Bernard Schmid (membre de VISA) et Ugo Palheta (membre de la rédaction d’Acrimed)
Jeudi d’Acrimed, 16 avril 2015



(source: Acrimed)

samedi 31 janvier 2015

Collectif ACIDES, Arrêtons les frais ! Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur

 
Collectif ACIDES 
Arrêtons les frais !
Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur
Raisons d'agir
2015


Présentation de l'éditeur
Alors que dans les pays anglo-saxons, les frais d'inscription à l'université ne cessent d'augmenter au point de représenter l'une des principales sources d'endettement des étudiants et de leurs familles, ils constituent l'espoir secret d'universités françaises exsangues. Ce livre montre que s'engager ainsi dans la voie de la financiarisation de l'enseignement supérieur ne permet ni d'augmenter les ressources des universités ni de rendre leur financement plus juste.
Cela conduit au contraire à une explosion du coût des études, à une subordination des choix d'orientation à la logique marchande et à un accroissement considérable des inégalités entre étudiants, filières et établissements. Refusant la fatalité, ce livre montre qu'un autre modèle de financement des universités est possible. Plus juste et plus efficace, il garantirait également l'autonomie réelle du monde universitaire, conçue non pas comme un privilège indu mais comme la condition de sa capacité à défendre la connaissance et la citoyenneté, sans lesquelles innovation et progrès social ne peuvent exister.
Collectif ACIDES  (Séverine Chauvel, Pierre Clément, David Flacher, Hugo Harari-Kermadec, Sabina Issehnane, Léonard Moulin, Ugo Palheta)


jeudi 30 octobre 2014

vidéo: L'école est-elle encore une priorité ? avec Ugo Palheta, Danièle Trancart, Philippe Lemistre

L'école est-elle encore une priorité ?

 Les ÉCONOMISTES ATTERRÉS
Conférence-débat du Jeudi 16 Octobre 2014, à Paris avec :
- Danièle Trancart, chercheure au Centre d'études de l'emploi, Maître de conférences à l'Université de Rouen, « Quel impact des ségrégations socio-spatiales sur la réussite scolaire ? »
- Ugo Palheta, sociologue, Maître de conférences à l’Université de Lille 3, « Idéologie méritocratique et politique éducative »
- Philippe Lemistre, économiste, sociologue et Ingénieur de recherche au CEREQ, « Le déclassement des jeunes : mythe ou réalité ? »
Le débat a été animé par : Sabina Issehnane, membre du CA des Économistes atterrés, Maître de conférences à l'Université Rennes 2 & Léonard Moulin, membre du CA des Économistes atterrés, docteur en économie.

mardi 29 octobre 2013

en ligne: Agone 46, Apprendre le travail

mardi 24 septembre 2013

Séminaire 50 ANS APRES LES HÉRITIERS (séance 3), "Savoirs, disciplines et pratiques d’études", Poitiers, 18 octobre 2013

Séminaire 50 ANS APRES LES HÉRITIERS

Séminaire inter-laboratoires
Organisé par le CENS (Université de Nantes), le CESSP-CSE (CNRS/Université de Paris-1 Panthéon Sorbonne), le CRESSPA-CSU (CNRS-Université de Paris 8), le CURAPP (CNRS-Université de Picardie Jules Verne), le Circeft Escol (Université de Paris 8) et le GRESCO (Universités de Poitiers et de Limoges)
La parution en 1964 du premier livre écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers. Les étudiants et la culture apparaît aujourd’hui comme un des actes fondateurs de la sociologie de l’éducation française. L’ouvrage est en effet rapidement au cœur des discussions sociologiques et politiques qui s’intensifient autour de l’augmentation des effectifs étudiants et des inégalités scolaires. Au fur et à mesure que la sociologie s’institutionnalise et s’enseigne à l’université, le livre devient même, aux côtés de La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, publié par les mêmes auteurs en 1970, un classique de la discipline. Ce projet de séminaire part du constat que cet ouvrage classique demeure paradoxalement peu connu pour ses conclusions sur l’université et l’enseignement supérieur. Il semble dès lors opportun d’entrer dans la mécanique des Héritiers pour comprendre la rupture qu’il représente dans l’espace académique de l’époque mais aussi en matière de perspectives de recherches et de résultats.


PROGRAMME DE LA JOURNÉE "Savoirs, disciplines et pratiques d’études" (séance 3) ORGANISÉE A POITIERS, 18 octobre 2013


L’idée de la journée organisée par le GRESCO (EA3815 – Universités de Poitiers et Limoges) est de revisiter Les Héritiers à l’aune de la question des savoirs disciplinaires et des pratiques d’études. L’entrée choisie par les auteurs du livre consistait à prendre l’ habitus littéraire comme exemplaire du rapport à la culture des étudiants. Partant de ce constat, les interventions de la journée réinterrogeront ce choix descriptif sous l’angle des variations dans les formes de savoirs et de cultures disciplinaires. Seront ainsi abordés un ensemble de questions, ouvertes ou fermées par Les Héritiers , autour de l’ancrage social et cognitif différentiel des pratiques d’études et des socialisations scolaires ou universitaires


vendredi 12 juillet 2013

écouter: Le Lycée, avec Stéphane Lembré et Ugo Palheta


écouter:

- L’intervention de Stéphane Lembré : « Les écoles pratiques de commerce et d’industrie de filles et de garçons (1892-1914) »
- L’intervention d’Ugo Palheta : “Genre de la formation, formation du genre. Filles et garçons de l’enseignement professionnel au monde du travail”
- La discussion avec la salle.

15 mars 2013, Séminaire « Genre et classes populaires » – 2012 / 2013, Genre et Classes Populaires in situ
Stéphane Lembré, L’école des producteurs: Aux origines de l’enseignement technique en France (1800-1940), P.U.Rennes, 2013

Ugo Palheta, La domination scolaire: Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public, PUF, 2012


(source: Genre et Classes Populaires)

lundi 20 mai 2013

video-audio: Festival Raisons d’agir 2013, «Éducation et émancipation»


Festival Raisons d’agir 2013 : «Éducation et émancipation»




SAMEDI 23 MARS
PLACE DU MARCHÉ NOTRE-DAME
Présentation festive
Avec la participation de la Brigade d’Intervention Poétique et de la Maison de la poésie.

MERCREDI 3 AVRIL
PRÉAMBULE À L’UFR DE SCIENCES HUMAINES ET ARTS, AMPHI BOURDIEU
Une école pour émanciper?
Table-ronde avec Choukri Ben Ayed, professeur à l’université de Limoges (GRESCO), Samuel Bouron, doctorant (CURAPP), Bertrand Geay, professeur à l’université de Picardie (CURAPP) et Stanislas Morel, maître de conférences à l’université de Saint-Etienne (ECL).

À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
« Sur l’école »
Étienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO)
Intervention – lecture par un groupe d’étudiants de lettres de l’université de Poitiers. Présentation par Véronique Rauline, maître de conférences, universités Paris-Ouest Nanterre et Poitiers.
Projections
Présentation par Benoit Perraud, réalisateur et programmateur.
100 Jours+ 41 de Delphine V. Lambert & William Lambert, France / 2012 / 4 min
Issu de la série « 100 jours ». http://100jours2012.org


France, détours, ce trait, c’est ton parcours de Frédéric Moser & Philippe Schwinger, France / 2011/ 53 min

Le film se décline dans le concret des actions pédagogiques d’une structure pionnière qui accueille les élèves exclus temporairement de l’école pour des raisons de discipline. Le local se situe dans l’enceinte d’un collège ZEP (zone d’éducation prioritaire) en banlieue parisienne. Des éducateurs encadrent ces écoliers récalcitrants et abordent les raisons de leur sanction. Il est question de contrat, de rôles donnés et de rôles à prendre. Les réalisateurs observent attentivement comment les en- fants reçoivent la parole des adultes, leur écoute, leur ennui, leur refus, leur acquiescement…

L’éducation à l’épreuve du libéralisme
Discussion animée par Jean-Charles Royer, GFEN, enseignant de philosophie, et Alexis Cukier, doctorant en philosophie, SOPHIAPOL.

JEUDI 4 AVRIL
À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
L’École : fabrique de l’impuissance ou apprentissage de la citoyenneté ?
Conférence-débat avec Charlotte Nordmann, essayiste et traductrice
Discutante : Marie-Hélène Motard, professeur de philosophie, institut de recherche de la FSU.
Savoirs et inégalités
Table-ronde avec Charles Soulié, maître de conférences à l’université Paris 8 et Jean-Pierre Terrail, sociologue, professeur des universités, Université de Versailles, St Quentin en Yvelines : Comment rendre aux savoirs leur portée émancipatrice ? Comment les transmettre pour lutter contre les inégalités ? Points de vue croisés du CP à l’université.
Discutant : Pascal Canaud, enseignant.
AU CINÉMA TAP CASTILLE
Projection-débat
Tempête sous un crâne de Clara Bouffartigue France / 2012 / 78 min

En présence de Clara Bouffartigue, réalisatrice.
Présentation du film par Benoît Perraud, réalisateur et programmateur, débat animé par Etienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO) et Cyril Nazareth, enseignant et doctorant en sociologie.
Au collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en Seine-Saint- Denis, Alice et Isabelle enseignent à la même classe tour à tour agitée, timide, joyeuse, turbulente, mélancolique et vivante: la Quatrième C. La première est professeure de lettres, la seconde d’arts plastiques. Tempête sous un crâne nous plonge le temps d’une année scolaire au coeur de ce collège tenu par une équipe énergique et soudée, dans ses couloirs et dans ses classes où les deux professeures sont bien déterminées à trans- mettre à leurs élèves les moyens de s’exprimer.

VENDREDI 5 AVRIL
À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
Pratiques scolaires et universitaires
Conférence-débat avec Stéphane Bonnéry, maître de conférences, université Paris 8 (ESCOL) : « Démocratisation scolaire: quels défis?» ; Frédéric Neyrat, maître de conférences, université de Limoges (sous réserve) ; Sylvain Broccolichi, maître de conférences, université d’Artois (RECIFES): «Émancipation versus disqualification: enjeux, contraintes et pratiques usuelles en situation scolaire ».
Discutant : Ludovic Marchand, directeur d’école.
Changer l’école ?
Table-ronde avec Ugo Palheta, maître de conférences, université Lille-3, membre du comité de rédaction de Contretemps ; Christine Passerieux, formatrice, responsable nationale du GFEN ; Arnaud Tiercelin, responsable national de la Ligue de l’enseignement.
Face aux ségrégations, aux difficultés à apprendre et à tous les gadgets qui encombrent les politiques scolaires, quelles perspectives tracer pour une école de l’égalité et de l’émancipation pour tous ?
Discutants : Magali Espinasse, professeur de lettres, co-secrétaire académique du SNES-FSU et Tanguy Le Bolloc’h, lecteur dans le Plac’Art.
Espérer ou désespérer de l’école ?
Débat avec des élèves et des étudiants animé par Etienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO) et Bertrand Geay, professeur à l’université de Picardie (CURAPP).
À partir de quelques extraits d’entretien avec des élèves ou anciens élèves, on propose ici d’explorer la mise en mots de la difficulté ou de la réussite, des heurs et des malentendus qui peuvent se nouer dans les parcours d’apprentissage, dans et hors l’école. La parole est ici d’abord celle des principaux intéressés, les jeunes.
AU CRDP
Projection-débat
L’école buissonnière de Jean-Paul Le Chanois, France / 1948 / 99 min

Présentation du film par Benoît Perraud, réalisateur et programmateur, débat en présence de Stéphane Bonnéry, maître de conférences, université de Paris 8, et de M et Mme Geminey, instituteurs Freinet de l’après-guerre (sous réserve)
1920, dans un petit village de Provence. M. Pascal, jeune instituteur, se heurte au manque d’intérêt de ses élèves. Il décide de changer radicalement ses méthodes. Il écoute les enfants, s’inspire de leurs découvertes, les emmène dans la nature. Les élèves vont retrouver le plaisir d’apprendre, et lui celui d’enseigner. Mais des parents et les notables ne voient pas cette petite révolution d’un bon œil…
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voir également:
écouter: Festival Raisons d’agir 2012 : «Démocratie(s) aujourd’hui»


lundi 11 mars 2013

Programme: Festival Raisons d’agir 2013 : «Éducation et émancipation»


Festival Raisons d’agir 2013 : «Éducation et émancipation»


Poitiers, du 3 avril au 5 avril 2013 - 
Pour sa huitième édition, le Festival Raisons d’Agir réfléchira aux rapports entre «éducation» et «émancipation». Fidèle à sa formule, le festival associe le regard objectivant des chercheurs à celui, plus subjectif, des artistes, des militants et des étudiants, afin de mener une réflexion collective sur les débats politiques contemporains et ainsi d’y prendre part.
Éduquer pour émanciper. Instruire le peuple, les femmes, les reclus, les opprimés contre l’emprise des traditions et de toutes les formes de domination. Apprendre par soi-même, les uns des autres, pour conquérir sa liberté, pour le plaisir d’apprendre. Tels furent les mots d’ordre des luttes pour l’instruction publique et des mouvements d’éducation populaire, avec ou contre l’action conduite par l’Etat, en lien ou non avec les prophéties révolutionnaires.
Longtemps, il fut surtout question d’instituer l’égal accès à l’instruction. Des « Lumières » aux luttes ouvrières et féministes, de la création de l’école républicaine aux vagues de démocratisation scolaire du XXe siècle, l’idée s’est peu à peu imposée que l’éducation était un droit pour tous et que chaque citoyen devait disposer des moyens de son autonomie. La contestation est également venue de l’intérieur ou des marges du système d’enseignement, contre les formes d’autoritarisme et de compétition que drainaient avec elles les traditions pédagogiques et les structures scolaires. Il s’agissait alors d’instaurer une « éducation nouvelle », plus coopérative, plus sociale. Hors les murs, les mouvements de jeunesse s’essayaient aux « méthodes actives ». Les enseignants eux-mêmes se divisaient entre « anciens » et « modernes ». La révolution éducative se retournait contre le pouvoir des clercs.
Mais déjà, un autre bouleversement était à l’œuvre. L’instauration de « l’école pour tous » finissait elle-même par produire son lot de désillusions. La critique sociologique mettait à mal le mythe de « l’école libératrice ». Et la statistique scolaire ne cessait de confirmer que la massification de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur ne réduisait en rien les inégalités. Dans le fonctionnement ordinaire du système d’enseignement, chacun était en quelque sorte renvoyé à lui-même, à ses « talents », à sa « nature ». La réforme scolaire contribuait malgré tout à des mouvements d’émancipation, à celui des femmes tout particulièrement. Mais le progressisme scolaire perdait peu à peu de sa force d’entraînement, en même temps que s’installait un climat de consumérisme et d’individualisme cynique. Les mouvements pédagogiques et les associations d’éducation populaire voyaient leur base militante s’effriter peu à peu.
À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, la révolte est revenue par un autre côté, contre la montée en puissance d’une vision marchande, utilitariste et instrumentaliste de l’éducation. L’école serait de plus en plus conçue comme un moyen d’améliorer l’employabilité des futurs travailleurs et la croissance économique. Les luttes scolaires reprirent de la vigueur en même temps que s’inventait l’altermondialisme. Alors que le mouvement d’extension de la scolarisation semblait être durablement bloqué, le droit à l’éducation était exigé sous de multiples formes, dans les luttes des territoires déshérités comme dans la défense de programmes scolaires universalistes, dans la solidarité avec les enfants de sans-papiers comme dans la défense de l’organisation nationale de l’institution scolaire.
Où en est-on exactement aujourd’hui? Quels sont les enjeux actuels de la réforme éducative dans le contexte de la refondation de l’école annoncée par le nouveau pouvoir en place ? Quelles formes prennent les tensions contemporaines entre tendances objectives au maintien des inégalités, renoncement ou désenchantement et volontarisme politique? Par quelles voies s’invente aujourd’hui une école ambitieuse pour tous, démocratique? Quels faux-semblants mais aussi quels espoirs se dessinent sous nos yeux, s’expérimentent ici ou là ?

Programme

SAMEDI 23 MARS
PLACE DU MARCHÉ NOTRE-DAME
10h30 – 12h30 – Présentation festive
Avec la participation de la Brigade d’Intervention Poétique et de la Maison de la poésie.

MERCREDI 3 AVRIL
PRÉAMBULE À L’UFR DE SCIENCES HUMAINES ET ARTS, AMPHI BOURDIEU
13h30 – Une école pour émanciper?
Table-ronde avec Choukri Ben Ayed, professeur à l’université de Limoges (GRESCO), Samuel Bouron, doctorant (CURAPP), Étienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO), Bertrand Geay, professeur à l’université de Picardie (CURAPP) et Stanislas Morel, maître de conférences à l’université de Saint-Etienne (ECL).
Au moment où le projet de loi d’orientation pour la « refondation » de l’école va entrer dans les faits, on peut s’interroger sur ce qu’il en est des conceptions explicites ou implicites qui caractérisent la politique gouvernementale sur l’éducation. Et s’efforcer de les mettre en perspective à partir des connaissances sociologiques.
À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
17h – « Sur l’école »
Intervention – lecture par un groupe d’étudiants de lettres de l’université de Poitiers. Présentation par Véronique Rauline, maître de conférences, universités Paris-Ouest Nanterre et Poitiers.
18h30 – Projections
Présentation par Benoit Perraud, réalisateur et programmateur.
100 Jours+ 41 de Delphine V. Lambert & William Lambert, France / 2012 / 4 min
Issu de la série « 100 jours ». http://100jours2012.org


France, détours, ce trait, c’est ton parcours de Frédéric Moser & Philippe Schwinger, France / 2011/ 53 min

Le film se décline dans le concret des actions pédagogiques d’une structure pionnière qui accueille les élèves exclus temporairement de l’école pour des raisons de discipline. Le local se situe dans l’enceinte d’un collège ZEP (zone d’éducation prioritaire) en banlieue parisienne. Des éducateurs encadrent ces écoliers récalcitrants et abordent les raisons de leur sanction. Il est question de contrat, de rôles donnés et de rôles à prendre. Les réalisateurs observent attentivement comment les en- fants reçoivent la parole des adultes, leur écoute, leur ennui, leur refus, leur acquiescement…
Les films de Frédéric Moser et Philippe Schwinger interrogent le présent à partir de faits politiques et sociaux issus de l’histoire récente. Ils remettent alors en scène les sources de la réalité contemporaine, pour les placer dans le lieu de discussion d’un conflit. En 2009, Moser et Schwinger initient le projet d’une série de quatre épisodes intitulée «France, détours» et partent là où ils sont invités à «interroger la France» et capturer des situations emblématiques de la société d’aujourd’hui. Le 1er épisode a été réalisé à la Cité du Mirail de Toulouse. Nous vous présentons ici le second épisode, alors que le 3e épisode, en cours de finalisation, se tient à Marseille avec des adolescents issus de milieux aisés.
POSSIBILITÉ DE RESTAURATION PAYANTE SUR PLACE
21h – L’éducation à l’épreuve du libéralisme
Conférence-débat avec Grégory Chambat, enseignant en collège à Mantes-la-Ville, membre du comité de rédaction de la revue N’Autre école : « De l’école de Jules Ferry à ses contestations politiques, syndicales et pédagogiques » ; et Pierre Clément, doctorant (CURAPP) : « Les racines nationales et internationales du néo-libéralisme à l’école ».
Discussion animée par Jean-Charles Royer, GFEN, enseignant de philosophie, et Alexis Cukier, doctorant en philosophie, SOPHIAPOL.

JEUDI 4 AVRIL
À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
14h – L’École : fabrique de l’impuissance ou apprentissage de la citoyenneté ?
Conférence-débat avec Charlotte Nordmann, essayiste et traductrice
Discutante : Marie-Hélène Motard, professeur de philosophie, institut de recherche de la FSU.
15h30 – Savoirs et inégalités
Table-ronde avec Charles Soulié, maître de conférences à l’université Paris 8 et Jean-Pierre Terrail, sociologue, professeur des universités, Université de Versailles, St Quentin en Yvelines : Comment rendre aux savoirs leur portée émancipatrice ? Comment les transmettre pour lutter contre les inégalités ? Points de vue croisés du CP à l’université.
Discutant : Pascal Canaud, enseignant.
AU CINÉMA TAP CASTILLE
21h – Projection-débat – 5 euros
Tempête sous un crâne de Clara Bouffartigue France / 2012 / 78 min

En présence de Clara Bouffartigue (sous réserve), réalisatrice.
Présentation du film par Benoît Perraud, réalisateur et programmateur, débat animé par Etienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO) et Cyril Nazareth, enseignant et doctorant en sociologie.
Au collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en Seine-Saint- Denis, Alice et Isabelle enseignent à la même classe tour à tour agitée, timide, joyeuse, turbulente, mélancolique et vivante: la Quatrième C. La première est professeure de lettres, la seconde d’arts plastiques. Tempête sous un crâne nous plonge le temps d’une année scolaire au coeur de ce collège tenu par une équipe énergique et soudée, dans ses couloirs et dans ses classes où les deux professeures sont bien déterminées à trans- mettre à leurs élèves les moyens de s’exprimer.
Issue d’une longue lignée d’enseignants, la monteuse devenue réalisatrice Clara Bouffartigue trouve la juste distance dans ce documentaire vibrant sur l’acte de transmission. Sans angélisme ni misérabilisme, elle cherche sa place au sein de situations difficiles, où l’acte de filmer devient urgence devant la passion d’enseigner. Un espace et un temps où l’éducation est un enjeu majeur, entre refus et découvertes, entre cris de rage et fous rires.

VENDREDI 5 AVRIL
À L’ESPACE MENDÈS-FRANCE
9h30 – Pratiques scolaires et universitaires
Conférence-débat avec Stéphane Bonnéry, maître de conférences, université Paris 8 (ESCOL) : « Démocratisation scolaire: quels défis?» ; Frédéric Neyrat, maître de conférences, université de Limoges (sous réserve) ; Sylvain Broccolichi, maître de conférences, université d’Artois (RECIFES): «Émancipation versus disqualification: enjeux, contraintes et pratiques usuelles en situation scolaire ».
Discutant : Ludovic Marchand, directeur d’école.
14h – Changer l’école ?
Table-ronde avec Ugo Palheta, maître de conférences, université Lille-3, membre du comité de rédaction de Contretemps ; Christine Passerieux, formatrice, responsable nationale du GFEN ; Arnaud Tiercelin, responsable national de la Ligue de l’enseignement.
Face aux ségrégations, aux difficultés à apprendre et à tous les gadgets qui encombrent les politiques scolaires, quelles perspectives tracer pour une école de l’égalité et de l’émancipation pour tous ?
Discutants : Magali Espinasse, professeur de lettres, co-secrétaire académique du SNES-FSU et Tanguy Le Bolloc’h, lecteur dans le Plac’Art.
17h – Espérer ou désespérer de l’école ?
Débat avec des élèves et des étudiants animé par Etienne Douat, maître de conférences à l’université de Poitiers (GRESCO) et Bertrand Geay, professeur à l’université de Picardie (CURAPP).
À partir de quelques extraits d’entretien avec des élèves ou anciens élèves, on propose ici d’explorer la mise en mots de la difficulté ou de la réussite, des heurs et des malentendus qui peuvent se nouer dans les parcours d’apprentissage, dans et hors l’école. La parole est ici d’abord celle des principaux intéressés, les jeunes.
AU CRDP
21h – Projection-débat
L’école buissonnière de Jean-Paul Le Chanois, France / 1948 / 99 min

Présentation du film par Benoît Perraud, réalisateur et programmateur, débat en présence de Stéphane Bonnéry, maître de conférences, université de Paris 8, et de M et Mme Geminey, instituteurs Freinet de l’après-guerre (sous réserve)
1920, dans un petit village de Provence. M. Pascal, jeune instituteur, se heurte au manque d’intérêt de ses élèves. Il décide de changer radicalement ses méthodes. Il écoute les enfants, s’inspire de leurs découvertes, les emmène dans la nature. Les élèves vont retrouver le plaisir d’apprendre, et lui celui d’enseigner. Mais des parents et les notables ne voient pas cette petite révolution d’un bon œil…
Ce film marque un temps fort de l’histoire du cinéma d’après-guerre : produit par la Coopérative Générale du Cinéma Français, et tourné suivant des méthodes nouvelles (les enfants pouvaient décou- vrir les postes techniques du tournage…), il relate aussi les débuts du célèbre pédagogue que fut Célestin Freinet, interprété avec brio par Bernard Blier. Jean-Paul Chanois (1909-1985) est connu pour son grand engagement politique et cinématographique: résistant, syndicaliste dans le milieu du cinéma, il sera un important réalisateur engagé des années 50 mais aussi un homme de théâtre recon- nu. Il est notamment un des co-scénaristes et co- réalisateurs de « La Vie est à Nous », film culte du Front Populaire.

Informations pratiques

Le festival est ouvert à tous. L’accès à l’ensemble des manifestations est libre et gratuit, hormis à la projection de Tempête sous un crâne au cinéma TAP Castille, le jeudi soir au tarif unique de 5 euros. La librairie La Belle Aventure est partenaire du festival et proposera une sélection de livres.

Les lieux

UNIVERSITÉ DE POITIERS – UFR SCIENCES HUMAINES ET ARTS
Hôtel Fumé, 8 rue René Descartes
tel. 05 49 45 45 45 – sha.univ-poitiers.fr
ESPACE MENDÈS FRANCE
1 Place de la Cathédrale
tel. 05 49 50 33 08 – emf.fr
LA BELLE AVENTURE
15 rue des Grandes Écoles
tel. 05 49 01 32 21
CINEMA TAP CASTILLE
24 place du Maréchal Leclerc
tel. 05 49 39 40 00 – tap-poitiers.com
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Documents

vendredi 31 août 2012

Ugo Palheta, La domination scolaire

Ugo Palheta
La domination scolaire 
Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public
PUF
2012

Présentation de l'éditeur
Le système éducatif a connu des transformations très profondes ces trente dernières années, en lien notamment avec les politiques visant à mener 80 0/o d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat mais aussi avec les transformations du système productif. Les promesses de démocratisation scolaire ont fait long feu. Non seulement la majorité des enfants appartenant aux classes populaires continue d'être orientée, au sortir du collège, vers l'enseignement professionnel, mais ces réformes n'ont en rien remis en cause la division entre filières générales et professionnelles, renforçant au contraire la domination symbolique des premières sur les secondes. 
L'enseignement professionnel constitue ainsi un cas privilégié pour étudier l'évolution de l'emprise des hiérarchies scolaires, ainsi que les modalités selon lesquelles les jeunes d'origine populaire s'approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s'opèrent leur orientation scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu'ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s'y prennent-ils pour aménager leur condition présente ? Quels clivages internes aux classes populaires l'étude de l'enseignement professionnel permet-elle de révéler ?
Ugo Palheta est maître de conférences à l'université Lille 3, docteur en sociologie de l'Institut d'études politiques de Paris, chercheur associé au Groupe de recherches et d'études sociologiques du Centre-Ouest (université de Poitiers) et à l'Observatoire socioloque du changement (CNRS/Sciences po Paris)

lundi 24 octobre 2011

Agone 46, Apprendre le travail

Agone 46
Apprendre le travail
Coordination Sylvain Laurens & Julian Mischi
Agone
2011


SOMMAIRE
Éditorial : L’école & la clôture des destins sociaux, Sylvain Laurens & Julian Mischi
L’ensemble de l’expérience scolaire mérite d’être analysée en prêtant attention non seulement aux savoirs pédagogiques mais aussi aux comportements des élèves, en dévoilant les rapports de domination mais aussi d’insubordination qui s’y expriment. Quelles sont les inclinations personnelles incorporées au fil des ans à travers la répétition métronomée des séquences, les injonctions à « tenir en place », rester assis pendant des heures, obéir à des ordres, « rendre un travail dans les temps », « s’exprimer dans un niveau de langage adéquat », etc. ? En quoi ces dispositions peuvent-elles faciliter des orientations scolaires et professionnelles et être transposées dans d’autres univers sociaux ? Quelles sont les formes de sociabilité tissées entre élèves face à l’autorité pédagogique ? Quels rapports aux ordres, aux injonctions professorales, aux valeurs et savoirs des classes dominantes sont intériorisés au fil des cursus ?
L’ordre technique et l’ordre des choses, Claude Grignon
Les oppositions « manuel »/« intellectuel », « concret »/« abstrait » constituent pour ainsi dire la monnaie de l’opposition générale entre « naturel » et « homme cultivé », entre « nature » et « culture ». Ce qui définit en propre l’homme cultivé, l’homme « véritablement homme », c’est qu’il est censé ne jamais agir – et ne jamais subir – à la manière d’un animal ou d’une chose : exercer une fonction de commandement, ou « de conception », c’est mettre en œuvre ce qui est censé appartenir en propre à l’homme, le langage et la pensée. Inversement, parce que leur mode de vie, leurs manières de sentir, d’agir et de penser reflètent nécessairement leur type d’activité professionnelle, ceux qui sont réputés se servir plutôt de leur corps que de leur esprit dans l’exercice de leur métier ne peuvent jamais être considérés comme des hommes tout à fait « accomplis ».
Les politiques de « revalorisation du travail manuel » (1975–1981), Sylvain Laurens & Julian Mischi
« Maintenant la priorité est aux travailleurs manuels ! ». C’est sous ce slogan qu’une politique gouvernementale s’engage en janvier 1976 sous l’impulsion de Lionel Stoléru, nommé par Valéry Giscard d’Estaing secrétaire d’État à la Condition des travailleurs manuels. Il se retrouve ainsi au cœur d’une vaste campagne de valorisation médiatique en direction de « ceux qui travaillent avec leurs mains » : il évoque leur sort dans les journaux ou lors de débats télévisés, mais aussi à l’occasion de rencontres organisées avec des ouvriers dans le cadre d’un tour de France des usines ou lors de la remise de la médaille du meilleur ouvrier de France. Les discours publics sur les formes d’opposition entre travail « intellectuel » et « manuel » sont bien sûr bien plus anciennes ; mais elles semblent toutefois subitement (re)devenir d’actualité dans une conjoncture marquée par les débats publics autour de la « crise » et par les différentes stratégies gouvernementales et patronales de réponse aux conflits sociaux qui éclatent dans le sillage de mai-juin 68.
La division « intellectuel / manuel » ou le recto-verso des rapports de domination, Entretien avec Paul Willis, Sylvain Laurens & Julian Mischi
Je n’en appelle pas à porter attention aux « frémissements d’en bas » avec une sorte de romance, de nostalgie ou même dans l’espoir de répondre à la question d’Howard Becker « De quel côté sommes nous ? » J’en appelle à une compréhension des rapports sociaux proprement scientifique. Nous avons besoin d’une nouvelle façon de penser les classes, laissant derrière nous cette vision d’une opposition entre des blocs homogènes qui se font face comme des armées. Maintenant que nous n’avons plus les garanties offertes par ces structures immuables proposées par le marxisme, l’étude des sentiments de classe et de la production de sens doit être construite empiriquement depuis le bas afin de comprendre comment il est possible pour des individus de faire face de façon imaginative au fait de ne devoir qu’à leur force de travail de ne pas tomber dans une forme de déchéance. C’est à ce prix que l’on comprendra que ce qui s’apparente à une solution dans un lieu social peut être un problème dans un autre.
Retour sur le paradoxe de Willis : les destins scolaires des jeunes d’origine populaire dans l’École massifiée, Ugo Palheta
Même si ce qui interpelle Willis tient non dans la mesure des inégalités de destin scolaire et social, mais dans les modalités concrètes de la reproduction sociale, il nous semble nécessaire de revenir sur ce soubassement dans la mesure où celui-ci est aujourd’hui contesté (et pas seulement par les idéologues libéraux de la méritocratie scolaire). L’argument mobilisé consiste à affirmer que les vagues de « démocratisation scolaire », même limitées quant à leurs effets égalisateurs, auraient permis à une fraction significative des jeunes d’origine populaire d’accéder à l’enseignement supérieur, et auraient ainsi rendu crédible pour les familles populaires la perspective d’une mobilité sociale par l’École, à tel point que ces dernières se seraient « converties » au modèle des études longues. Il n’est pas possible de réfuter en un court article cet argument mais, en mobilisant quelques résultats issus d’une étude sur l’enseignement professionnel et son public, on voudrait montrer que la thèse de Willis demeure pertinente pour analyser le système d’enseignement français contemporain.
Entre lycée professionnel et travail ouvrier : la « culture anti-école » à l’œuvre ou la formation des destins sociaux, Audrey Mariette
Ce que les membres de l’institution scolaire interprètent comme des « démotivations » qui seraient elles-mêmes liées à des « orientations par défaut » dans la voie professionnelle et qui expliqueraient les « décrochages scolaires » et les « déscolarisations » s’éclairent de manière différente à l’aune de la culture propre aux jeunes enquêtés, comme des attitudes « anti-conformistes » non réductibles à la notion d’ « échec scolaire ». En effet, « en pénétrant les contradictions qui forment le noyau de l’école ouvrière, la “culture anti-école” aide à libérer ses membres du poids du conformisme et des réussites conventionnelles. » La mise en équivalence entre arrêt d’études et « échec scolaire » est ainsi le fait de l’institution scolaire, de même que « l’orientation par défaut », la « démotivation » ou encore le « décrochage » sont des catégories de pensée relevant du langage institutionnel. La notion elle-même d’échec nécessite dès lors d’être déconstruite (voire refusée) parce qu’elle impose l’idée que les jeunes concernés seraient du côté des « vaincus » alors que ce qui est considéré par l’institution comme un « échec » peut être vécu comme un « succès », une « réussite » par ces mêmes jeunes, à travers l’accès et la valorisation de l’indépendance.
Les enjeux de l’apprentissage du métier d’agriculteur pour la reproduction sociale du groupe, Lucie Alarcon
À la famille et l’école, s’ajoute un troisième acteur placé en situation d’intermédiaire dans la formation des agriculteurs : la profession, à travers entre autres le rôle joué par les maîtres de stage. En effet, dans l’enseignement agricole et plus largement dans l’enseignement professionnel, les élèves effectuent des stages en entreprise, de durée variable en fonction du type d’établissements. Les organismes agricoles, comme les syndicats, les coopératives, les centres de gestion ou les chambres d’agriculture interviennent ainsi à travers les formations continues et réunions d’information qu’ils proposent. On le pressent : le métier d’agriculteur tel qu’il est transmis dans les familles, les centres de formations et les stages pratiques n’est peut être pas toujours exactement le même. Entre transmission familiale, scolaire et « experte » du métier, les jeunes agriculteurs sont soumis à des injonctions contradictoires et des façons différentes d’appréhender le métier.
Se trouver à sa place comme ouvrier ? L’ajustement progressif au travail d’ouvrier qualifié, Séverine Misset
Si dans le cas des ouvriers non qualifiés, on constate un rejet massif du destin ouvrier associé à une dévalorisation de l’enseignement professionnel, au sein de la population des ouvriers professionnels, on est au contraire frappés par l’apparition de discours positifs sur l’école ainsi que par l’affirmation récurrente d’une « fierté » relative au travail exercé. Au cours des entretiens, ces ouvriers professionnels semblent mettre en avant leur appartenance à une forme d’ « élite ouvrière » tant au sein du lycée professionnel qu’au sein de l’atelier de fabrication. Cet article se fixe alors pour objectif d’analyser ce rapport positif au travail exprimé par la plupart de ces ouvriers qualifiés, et pour une partie d’entre eux le rapport positif à l’enseignement professionnel, en montrant comment s’opère un ajustement progressif à la condition d’ouvrier qualifié.
HISTOIRE RADICALE
Victorio Vidali, Tina Modotti, le stalinisme et la révolution, Claudio Albertani, traduit de l’italien par Miguel Chueca, présentation de Charles Jacquier
LA LEÇON DES CHOSES
Dossier « Actualités de Perry Anderson. Portrait d’un intellectuel marxiste britannique »
Perry Anderson et les « nouvelles gauches » française et britannique, Philippe Olivera
Sur la réaction en chaîne dans le monde Arabe, Perry Anderson, traduit de l’anglais par Étienne Dobenesque