"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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jeudi 25 septembre 2014

David Stuckler & Sanjay Basu, Quand l'austérité tue. Epidémies, dépressions, suicides: l'économie inhumaine

David Stuckler 
Sanjay Basu 
Quand l'austérité tue 
Epidémies, dépressions, suicides:
l'économie inhumaine 
Préface des Économistes atterrés
Autrement
2014

Lire un extrait

Présentation de l'éditeur
Traduction de l’anglais (américain) par Samuel Sfez 
Pour répondre à la crise, de nombreux pays ont fait Le choix de l'austérité. S'appuyant sur l'analyse de statistiques internationales de santé publique, David Stuckler et Sanjay Basu examinent les conséquences de ces décisions politiques pour les populations. 
À force de coupes sombres dans les aides sociales et la prévention, les maladies prolifèrent, les suicides augmentent, la consommation de drogues et d'alcool progresse et l'espérance de vie diminue. En Grèce, le taux d'infection par le VIH et le nombre de suicides ont explosé. À l'inverse, dans les pays nordiques, les mesures de soutien aux plus vulnérables ont des effets positifs, humainement et économiquement. 
Refusant le discours dominant, les auteurs explorent les vices du système et prouvent par les chiffres que l'austérité a un coût humain : elle rend malade et tue. 
David Stuckler, docteur en sociologie, est spécialiste en santé publique et en économie politique. Il est chercheur à l'université d'Oxford et à l'Ecole d'hygiène et de médecine tropicale de Londres. 
Sanjay Basu, titulaire d'un doctorat d'épidémiologie, est professeur de médecine au Centre de recherche sur la prévention à Stanford et membre de l'Académie des sciences de New York. 
Les Economistes atterrés est un collectif de chercheurs qui s'est fait connaître en 2010 en publiant le Manifeste d'économistes atterrés (LLL).

vendredi 11 avril 2014

vidéo: Mark Blyth, Austerity: The History of a Dangerous Idea

Mark Blyth
Austerity
The History of a Dangerous Idea
Oxford University Press
2013

Présentation de l'éditeur
Politicians today in both Europe and the United States have succeeded in casting government spending as reckless wastefulness that has made the economy worse. In contrast, they have advanced a policy of draconian budget cuts–austerity–to solve the financial crisis. We are told that we have all lived beyond our means and now need to tighten our belts. This view conveniently forgets where all that debt came from. Not from
an orgy of government spending, but as the direct result of bailing out, recapitalizing, and adding liquidity to the broken banking system. Through these actions private debt was rechristened as government debt while those responsible for generating it walked away scot free, placing the blame on the state, and the burden on the taxpayer.
That burden now takes the form of a global turn to austerity, the policy of reducing domestic wages and prices to restore competitiveness and balance the budget. The problem is, I argue here, that austerity is a very dangerous idea. First of all, it doesn’t work. As the past four years and countless historical examples from the last 100 years show, while it makes sense for any one state to try and cut its way to growth, it simply cannot work when all states try it simultaneously: all we do is shrink the economy. In the worst case, austerity policies worsened the Great Depression and created the conditions for seizures of power by the forces responsible for the Second World War: the Nazis and the Japanese military establishment. The arguments for austerity are tenuous and the evidence thin. Rather than expanding growth and opportunity, the repeated revival of this dead economic idea has almost always led to low growth along with increases in wealth and income inequality. Written not for the academy, but for all of us with an interest in how we’ve come to our current disastrous economic situation, this book demands that we recognize austerity for what it is, and what it costs us.
Mark Blyth is Professor of International Political Economy at Brown University. His books include Great Transformations: Economic Ideas and Institutional Change in the Twentieth Century.

samedi 30 novembre 2013

en ligne: Savoir/agir n° 23, Europe : la dictature de l’austérité

Savoir/agir n° 23
Europe : la dictature de l’austérité
éd. du Croquant
2013

Éditorial

La droite française, l’Europe et l’ « effet phobie », par Frédéric Lebaron

Dossier

Europe : la dictature de l’austérité, coordonné par Frédéric Lebaron et Louis Weber
Un millefeuille pour la gouvernance économique, par Louis Weber
L’Union par le droit, par Antoine Vauchez
Un césarisme bureaucratique Entretien, avec Cédric Durand
Du Forum social européen à l’Altersummit, par Pierre Khalfa
Une Europe post-démocratique ?

Grand entretien avec Annie Collovald

Trois décennies de travaux sur les mobilisations politiques et sociales

Paroles

De Sciences Po aux prud’hommes

Chronique de la gauche de gauche

Front de gauche, par Louis Weber

Enquête (2)

Sociogenèse du «  Front de Gauche  ». Entretien avec Patrice Bessac

La rhétorique réactionnaire

Le PS est-il « de gauche » ? par Gérard Mauger

Alterindicateurs

Rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, suite… et fin ? par Frédéric Lebaron

Actualité

L’UMP, par Anne-Sophie Petitfils

Chronique écossaise

Nova Scotia ? par Keith Dixon

Culture

Le monde des choses matérielles, par Gérard Mauger
Robert Castel (1933–2013), par Gérard Mauger

mercredi 21 août 2013

video: David Stuckler & Sanjay Basu, The Body Economic. Why Austerity Kills

David Stuckler & Sanjay Basu
The Body Economic
Why Austerity Kills
Allen Lane
2013

Présentation de l'éditeur
The Body Economic is the first, agenda-shaping, look at the human costs of financial crisis - the culmination of ten years' work by two pioneering researchers - Sanjay Basu and David Stuckler
The global financial crisis has had a seismic impact upon the wealth of nations. But we have little sense of how it affects one of the most fundamental issues of all: our physical and mental health.
This highly significant new book, based on the authors' own groundbreaking research, looks at the daily lives of people affected by financial crisis, from the Great Depression of the 1930s, to post-communist Russia, to the US foreclosure crisis of the late 2000s.
Why, it asks, did Sweden experience a fall in suicides during its banking crisis? What triggered a mosquito-borne epidemic in California in 2007? What caused 10 million Russian men to 'disappear' in the 1990s? Why is Greece experiencing rocketing HIV rates? And how did the health of Americans actually improve during the catastrophic crisis of the 1930s?
The conclusions it draws are both surprising and compelling: remarkably, when faced with similar crises, the health of some societies - like Iceland - improves, while that of others, such as Greece, deteriorates. Even amid the worst economic disasters, negative public health effects are not inevitable: it's how communities respond to challenges of debt and market turmoil that counts.
The Body Economic puts forward a radical proposition. Austerity, it argues, is seriously bad for your health. We can prevent financial crises from becoming epidemics, but to do so, we must acknowledge what the hard data tells us: that, throughout history, there is a causal link between the strength of a community's health and its social protection systems. Now and for generations to come, our commitment to the building of fairer, more equal societies will determine the health of our body economic.

David Stuckler, MPH, PhD, is a Senior Research Leader at Oxford University and Honorary Research Fellow at the London School of Hygiene & Tropical Medicine. He lives in Oxford, England. (Pictured top)
Sanjay Basu, MD, PhD, is an Assistant Professor of Medicine and an epidemiologist at the Prevention Research Center of Stanford University. A former Rhodes Scholar, he lives in San Francisco. (Pictured bottom)


dimanche 16 juin 2013

video: Les Economistes atterrés, L'austérité ne marche pas..... comment en sortir?


Conférence-débat  « L’austérité ne marche pas....... : comment en sortir ? »
avec Benjamin Coriat, Catherine Mathieu, Henri Sterdyniak, Pierre Concialdi, Jean- Marie Harribey
Samedi 1 er juin 2013,  Université Paris 1







 

mercredi 10 avril 2013

Savoir/agir n° 23, Europe : la dictature de l’austérité

Savoir/agir n° 23
Europe : la dictature de l’austérité
éd. du Croquant
2013

Présentation de l'éditeur
Quelle que soit la façon dont on l’exprime, l’Europe est de plus en plus perçue comme une construction lointaine, hostile aux citoyens, source de politiques néfastes pour les populations et, singulièrement, pour les salariés. Les réunions successives du Conseil européen sont présentées par les médias comme autant d’échecs, laissant entendre que les chefs d’État seraient incapables de trouver des solutions à la crise qui touche l’Europe mais qui est aussi une crise de l’Europe. C’est en partie un leurre visant à dissimuler le fait que les politiques d’austérité sont imposées dans tous les pays membres de l’Union européenne. Après les référendums en France et aux Pays-Bas et le rejet du projet de Traité constitutionnel européen en 2005, la « législation » européenne est en effet en train de changer à marches forcées sous l’effet de la crise. Après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en décembre 2009, les pactes et traités se sont multipliés, au prétexte de venir en aide aux pays en difficulté et de tenter de « sauver » l’euro. En réalité, ces dispositifs visent tous à contraindre les États membres à généraliser les politiques d’austérité et, à travers elles, à casser définitivement ce qui reste du modèle social européen, le droit du travail, les services publics, etc.
Le plan de « sauvetage » de Chypre, adopté au forceps et au petit jour le 25 mars 2013, va plus loin que les mesures imposées par la Troïka (Banque centrale et Commission européennes, Fonds monétaire international) jusqu’ici à d’autres pays de la périphérie Sud de l’Union européenne ou à l’Irlande. On peut certes se réjouir que la résistance dans l’île, marquée par le vote unanime du Parlement, ait contraint la Troïka à renoncer à taxer les petits déposants, comme il en était question dans la première mouture du plan, particulièrement scandaleuse de ce point de vue. S’il n’est pas question de se plaindre ici du fait que les plus gros clients des banques chypriotes vont y laisser des plumes, on notera cependant que sont épargnées les banques européennes, notamment allemandes, qui ont pourtant et pendant des années tiré profit du paradis fiscal que constituait Chypre. Et en fin de compte, comme c’est le cas en Grèce, au Portugal ou en Irlande, ce sont finalement les Chypriotes qui vont payer les conséquences de l’effondrement de l’économie qui sera la conséquence immédiate de ce « sauvetage ».
Cet épisode a montré aussi l’ampleur de la dérive vers une gestion autoritaire de l’Union européenne. Pour la première fois en effet, c’est un organisme non élu, la Banque centrale européenne, qui a dicté ouvertement les termes de l’accord, adressant au passage un véritable ultimatum au Parlement élu de Chypre. Celui-ci, qui avait rejeté le plan initial une semaine auparavant, n’aura même pas à se prononcer cette fois, les lois nécessaires à la mise en œuvre du plan ayant déjà été adoptées.
Même les ministres des Finances de la zone euro (le Conseil EcoFin), qui constituent pourtant l’instance politique en principe compétente en dernier ressort dans ce domaine, ont en réalité fait tapisserie toute la nuit, en attendant les résultats d’une « négociation » avec le président chypriote, à laquelle seuls le président du Conseil européen, ceux de la Banque centrale et de la Commission européennes et Christine Lagarde pour le Fonds monétaire international, ont participé effectivement. Ce qui resserre encore le cercle de celles et ceux qui prennent en réalité les décisions, sous la pression – le cas de Chypre l’a montré de façon particulièrement éclatante – de la puissance économique dominante en Europe. Le « couple franco-allemand » est en l’occurrence tout à fait hors-circuit au bénéfice de la seule partie allemande, avec le soutien actif des pays riches du Nord du continent.
Dans ce nouveau dossier sur l’Europe, nous avons cherché précisément à faire le point sur cet « entêtement austéritaire », alors que tant de voix, d’horizons très divers, se sont fait entendre ces derniers mois pour mettre en garde contre l’impasse et même le risque qu’il présente pour la zone euro et même pour l’Union européenne dans son ensemble.
En décrivant le « millefeuille de la gouvernance européenne », Louis Weber présente le nouveau dispositif institutionnel qui, de l’introduction du semestre européen à l’adoption du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), en passant par le Mécanisme européen de solidarité, vise concrètement à renforcer la mise sous tutelle européenne (plus précisément de la Commission) des gouvernements des États membres en matière de politique budgétaire. Dans ce cadre strictement contraint, la décision économique échappe de plus en plus aux instances élues pour revenir aux experts et à la bureaucratie européenne.
Antoine Vauchez reprend dans son article la question de la prise de décision et du pouvoir sous un autre angle en mettant à nu le fonctionnement et le nouveau rôle de la Cour de Justice de l’Union européenne (la Cour de Luxembourg). Pour lui, il n’est pas exagéré de dire que le destin de la démocratie européenne se joue de plus en plus dans ce prétoire. Ce qui, pour l’instant tout au moins, déroute en partie la critique en France, où la tendance est plutôt à rechercher le pouvoir dans les institutions « politiques ». Il montre à travers de nombreux exemples qu’il n’est que temps de « chausser les lunettes de la politique européenne » et prendre la mesure du pouvoir judiciaire qui s’y est développé à mesure que déclinaient le projet et les ambitions politiques au plan communautaire.
Dans un entretien réalisé pour ce dossier, Cédric Durand revient sur les fondements mêmes de la construction européenne. Pour lui, il n’y a pas de doute : le modèle qui s’est imposé de plus en plus est celui théorisé il y a plusieurs décennies par l’ordolibéralisme allemand. Il ne se confond pas avec celui des libéraux et de la croyance aux vertus de la main invisible du marché. Pour que le marché puisse fonctionner et l’équilibre être atteint, les États doivent mettre en place et maintenir un cadre institutionnel et juridique contraignant permettant aux mécanismes de marché de fonctionner. Comme il faut fixer des règles du jeu à cette fin, ce rôle revient aux experts plutôt qu’aux politiques. Ce que les textes récemment adoptés en Europe illustrent parfaitement.
Pierre Khalfa montre que le mouvement de résistance à l’Europe néolibérale que nous connaissons aujourd’hui a déjà une longue histoire. Paradoxalement, il a connu un développement important dans un cadre plus large avec l’émergence du mouvement altermondialiste. Mais le Forum social européen, qui avait pour ambition de créer un mouvement social européen, s’est progressivement enlisé dans des procédures et des rencontres sans prise réelle sur les luttes dans les divers pays et au niveau européen. Sous l’impulsion principale du mouvement syndical, avec la participation de la Confédération européenne des syndicats qui a fini par franchir le Rubicon en condamnant pour la première fois de son histoire un traité européen avec le TSCG, un processus nouveau est en cours à travers la Joint social conference. Le projet d’Altersummit est une première initiative qui, avec le soutien de quelques forces politiques, visent à dépasser le stade de la résistance pour élaborer des propositions communes rassemblées dans un Mémorandum des peuples en cours d’élaboration. Ce texte est repris dans ce dossier, au titre de la documentation.

Sommaire

Éditorial

La droite française, l’Europe et l’ « effet phobie », par Frédéric Lebaron

Dossier

Europe : la dictature de l’austérité, coordonné par Frédéric Lebaron et Louis Weber
Un millefeuille pour la gouvernance économique, par Louis Weber
L’Union par le droit, par Antoine Vauchez
Un césarisme bureaucratique Entretien, avec Cédric Durand
Du Forum social européen à l’Altersummit, par Pierre Khalfa
Une Europe post-démocratique ?

Grand entretien avec Annie Collovald

Trois décennies de travaux sur les mobilisations politiques et sociales

Paroles

De Sciences Po aux prud’hommes

Chronique de la gauche de gauche

Front de gauche, par Louis Weber

Enquête (2)

Sociogenèse du «  Front de Gauche  ». Entretien avec Patrice Bessac

La rhétorique réactionnaire

Le PS est-il « de gauche » ? par Gérard Mauger

Alterindicateurs

Rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, suite… et fin ? par Frédéric Lebaron

Actualité

L’UMP, par Anne-Sophie Petitfils

Chronique écossaise

Nova Scotia ? par Keith Dixon

Culture

Le monde des choses matérielles, par Gérard Mauger
Robert Castel (1933–2013), par Gérard Mauger