« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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vendredi 17 août 2012

Publications de Pierre Bourdieu: La circulation internationale des idées


Publications de Pierre Bourdieu
 La circulation internationale des idées



(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, augmentée le 24.02.2023,  Gilbert Quélennec)
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Les conditions sociales de la circulation internationale des idées, [Conférence prononcée le 30 octobre 1989 pour l’inauguration du Frankreich-Zentrum de l’université de Fribourg. Ce texte a été publié en 1990 dans les Cahiers d’histoire des littératures romanes (14e année, 1-2, p.1-10); in Actes de la recherche en sciences sociales, La circulation internationale des idées (2002/5, 145, p. 3-8) ; sur le site du projet Espace des Sciences Sociales Européen (ESSE); in Forschen und Handeln/Recherche et action (Rombach-Verlag, 2004, p.21-33) et dans L'espace intellectuel en Europe (La Découverte, 2009, p.27-39)

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de la revue Liber

Programme pour une sociologie de la circulation internationale des œuvres culturelles, texte introductif au colloque La circulation internationale des idées, organisé par Pierre Bourdieu et Joseph Jurt, Paris, Fondation Hugot du Collège de France, 7-9 février 1991, et Discussion finale, dans Pierre Bourdieu Impérialismes. Circulation internationale des idées et luttes pour l'universel, Raisons d'agir, Microcosmes, 2023, Conférence p.83-96, et Discussion p. 97-100
 
Die determinierenden Faktorendes internationalen Literatur- und Ideenaustausches
Gemeinsames Projekt mit Pierre Bourdieu , Centre de sociologie européenne du Collège de France .
Förderungszeitraum: 1996-1998
Fördernde Institution: Universität Freiburg
Joseph Jurt, Markus Gerlach, Judith Kasper, Claudia Schalke

Recherche sur l'édition et la traduction de la littérature moderne et des sciences sociales en Russie contemporaine (Natalia Chmatko, Julia Markova et Alexandre Bikbov en coopération avec Pierre Bourdieu et Joseph Jurt). 1997- 1998 (rapport, Natalia Chmatko (dir.), "Facteurs déterminants de la circulation des idées et des oeuvres: éditions et traductions de la littérature moderne et des sciences sociales en Russie contemporaine")


Une révolution conservatrice dans l'édition, Actes de la recherche en sciences sociales, 1999, Numéro 126-127

et al. « Quelles langues pour une Europe démocratique ? »,  Ce débat s'est tenu le 9 juin 1998 à l'ENS, Raisons politiques 2/2001 (no 2), p. 41-64.



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voir également:

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

Interventions de Pierre Bourdieu: Contre le "fléau néo-libéral"

Publications de Pierre Bourdieu: un programme de recherche comparatif

vendredi 2 mars 2012

Les rencontres de Tinos, Systèmes d'enseignement et emploi en Méditerrannée: crise de reproduction - crise d'État, juillet 2012

Les rencontres de Tinos

Fondation Pierre Bourdieu, 29.02.2012
Thème de l’année 2012: Systèmes d'enseignement et emploi en Méditerrannée: crise de reproduction - crise d'État
À partir de l’année 2012, la Fondation Pierre Bourdieu en coopération avec la mairie de l’Ile de Tinos propose la mise en place d’un dispositif de recherche consacrée à des rencontres et des échanges entre intellectuels, producteurs culturels et scientifiques autour de questions de société et d’enjeux culturels actuels. Un séminaire se déroulera tous les deux ans à Tinos pour la durée d’une semaine et réunira des représentants de différents pays, disciplines et pratiques intellectuelles et artistiques partageant un point de vue critique inspiré par Pierre Bourdieu et sa sociologie mais aussi par la forme d’intervention intellectuelle associée au nom de "Raisons d’agir“ dont il était le fondateur. En même temps, l’esprit de TINOS se situera dans le prolongement des échanges et productions collectives du réseau ESSE (6ème programme cadre de l’UE), formé par un grand nombre des collaborateurs de Pierre Bourdieu issus de pays et disciplines divers, a été une première occasion pour la Fondation de réunir les conditions de possibilité sociale de "l’intellectuel collectif international“ cher à Pierre Bourdieu.
Chacune des rencontres de TINOS tournera autour d’une thématique définie par un comité de pilotage. Le nombre de participants sera restreint à 20 personnes venant de différents pays afin de permettre un échange interculturel large. Les discussions et publications se feront en anglais et en français. Tous les participants sont sensés s’exprimer dans l’une des deux langues et comprendre la deuxième.
La première rencontre de ce type aura lieu au début du mois de juillet 2012 et prendra comme objet la crise des modes de reproduction sociale et les bouleversements politiques concomitants tels qu’ils se manifestent actuellement dans différents pays autour de la Méditerranée.
Autant cette crise peut renvoyer à des contextes économiques particuliers, des conditions socio-structurales variables et des régimes et des dynamiques politiques divers, autant il semble légitime de s’interroger sur un certain nombre de parallélismes tels que le chômage structurel et chronique touchant tout particulièrement une jeunesse hautement qualifiée dans les pays de l’Afrique du Nord tout comme dans les pays de l’Europe du Sud tels que la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou la France.
La crise actuelle, tant économique que politique et sociale, sera appréhendée en tant que „crise de reproduction“, crise de reproduction à la fois sur le plan familial et intergénérationnel (précarité des jeunes, spécialement des jeunes hautement diplômés), par-là aussi crise de reproduction des classes moyennes, mais aussi crise étatique (mises en question des modes de régulation politique face aux marchés, crise de la protection sociale et des systèmes d’enseignement et, last but not least, crise de légitimité d’ores et déjà manifeste sous forme de révoltes et de protestations des jeunes générations dans les pays du Maghreb, en Espagne ou en France).
Le séminaire de TINOS va réunir des chercheur(e)s de différents pays spécialement ceux qui sont touchés par la problématique visée. Nous proposons donc de prendre comme cadre géopolitique les pays du Maghreb, l’Espagne, le Portugal, la France, l’Italie et la Grèce, qui connaissent actuellement des symptômes de crise relativement convergents et de réunir des chercheurs de ces pays.
Il leur sera demandé d’arriver à TINOS avec un dossier de travail préparé à l’avance à base d’un ensemble d’interrogations sociologiques transversales qui auront été définies comme des enjeux-clé de la rencontre par le groupe de pilotage. Il s’agira de créer un contexte de travail collectif pour offrir un espace approprié à l’intellectuel collectif que Pierre Bourdieu appelait de ses vœux avec tant d’insistance.
Dans ces rapports préparatoires nationaux les participants livrent les uns aux autres des données et des informations disponibles dans leurs contextes respectifs, mais souvent difficiles d’accès pour les „étrangers“ pour des raisons linguistiques ou pratiques, mais surtout en du fait de leur contextualité spécifique. Comme disait si bien Durkheim: „Les données ne sont jamais données mais construites“ et, par exemple, ce que chômage des jeunes“ veut dire dans la statistique de tel ou tel pays n’est bien souvent guère compatible avec ce qui se mesure ailleurs sous le même terme. Chacun des participants offrira ensuite en tant qu’informateur ethnographique de son propre contexte culturel un diagnostique théorique des données présentées afin de parvenir à un échange interculturel bien fondé et des conclusions concernant les analogies et homologies avec les autres contextes présentés.
Les fruits de travail collectif seront publiés d’abord sur le site web mise en place par nos partenaires grecs sous la direction de Nikos Panayotopoulos et ensuite sous forme de livre collectif en langue anglaise et française.

mercredi 7 décembre 2011

en ligne: Pierre Bourdieu, de la recherche comparative internationale au réseau ESSE

en ligne: Pierre Bourdieu, de la recherche comparative internationale au réseau ESSE


Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 14.08.2012,  Gilbert Quélennec
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publications de Pierre Bourdieu: sur l'Algérie

Preface to the English Edition, Homo Academicus (Cambridge, Polity Press), 1988,  xi-xxvi.

The Corporatism of the Universal: The Role of Intellectuals in the Modern World', (Turin mai 1989) Telos 81, 1989, 99-11, aussi Fourth Lecture. Universal Corporatism: The Role of Intellectuals in the Modern World, 6 octobre 1989, in Anthropologie transdisciplinaire (H. Kato (éd.), Fujiwara, 1990, aussi in Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), (pp. 655-669) , aussi Der Korporatismus des Universellen in Die Intellektuellen und die Macht, I. DÖlling (éd.), VSA-Verlag, 1991,  aussi Pour un corporatisme de l'universel in Les  Règles de l'art, aussi Pour une internationale des intellectuels, in Politis, 1 hiver 1992, p.9-15, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.257-266

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de la revue Liber

First Lecture. Social Space and Symbolic Space: Introduction to a Japanese Reading of Distinction, (octobre 1989), Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), pp. 627-638, aussi Espace social et espace symbolique in Raisons pratiques, P.15-29,  (1994), 1996, aussi Social Space and Symbolic Space, in Practical reason: on the theory of action, Stanford University Press, 1998 

Second Lecture. The New Capital: Introduction to a Japanese Reading of State Nobility, 5 octobre 1989, Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), pp. 643-653, aussi Le nouveau capital in Raisons pratiques, P.39-51,  (1994), 1996

Supplement. Distinction Revisited: Introduction to an East German Reading, 26 octobre 1989, Poetics Today, Vol. 12, No. 4, (Winter, 1991), pp. 639-641, aussi Annexe: La variante "soviétique" et le capital politique in Raisons pratiques, P.31-35,  (1994), 1996, aussi The "Soviet" Variant and Political Capital, in Practical reason: on the theory of action, Stanford University Press, 1998

Les conditions sociales de la circulation internationale des idées, [Conférence prononcée le 30 octobre 1989 pour l’inauguration du Frankreich-Zentrum de l’université de Fribourg. Ce texte a été publié en 1990 dans les Cahiers d’histoire des littératures romanes (14e année, 1-2, p.1-10); dans Actes de la recherche en sciences sociales, La circulation internationale des idées (2002/5, 145, p. 3-8) ; sur le site du projet Espace des Sciences Sociales Européen (ESSE); dans Forschen und Handeln/Recherche et action (Rombach-Verlag, 2004, p.21-33) et dans L'espace intellectuel en Europe (La Découverte, 2009, p.27-39)

colloque La circulation internationale des idées, organisé par Pierre Bourdieu et Joseph Jurt, Paris, Fondation Hugot du Collège de France, 7-9 février 1991

Quelques remarques sur les conditions et les résultats d'une entreprise collective et internationale de recherche comparative, in Monique de Saint-Martin et Mihaï Gheorghiu, Les Institutions de formation des cadres dirigeants, Msh, 1992, P.281-283

Pierre Bourdieu, autour du Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA)

en ligne: Pierre Bourdieu, interventions pour le Parlement international des écrivains

& CHARLE C. & KAELBLE H. & KOCKA J., «Dialogue sur l'histoire comparée», Deux séminaires (Paris-Gôttingen), Actes de la recherche en sciences sociales, 1995, n°106-107, pp.102-104

Sur les rapports entre la sociologie et l'histoire en Allemagne et en France, Entretien avec Lütz Raphaël, Actes de la recherche en sciences sociales, 1995, Numéro 106-107, pp. 108-122


Interventions de Pierre Bourdieu: Contre le "fléau néo-libéral"

Die determinierenden Faktorendes internationalen Literatur- und Ideenaustausches
Gemeinsames Projekt mit Pierre Bourdieu , Centre de sociologie européenne du Collège de France (Paris).
Förderungszeitraum: 1996-1998
Fördernde Institution: Universität Freiburg
Joseph Jurt, Markus Gerlach, Judith Kasper, Claudia Schalke

Recherche sur l'édition et la traduction de la littérature moderne et des sciences sociales en Russie contemporaine
(Natalia Chmatko, Julia Markova et Alexandre Bikbov en coopération avec Pierre Bourdieu et Joseph Jurt). 1997- 1998 (rapport de fin d'une recherche, Natalia Chmatko (dir.), "Facteurs déterminants de la circulation des idées et des oeuvres: éditions et traductions de la littérature moderne et des sciences sociales en Russie contemporaine")

Les nouvelles formes de gestion publique de la déviance en Europe
(Recherche européenne sous contrat avec la Commission européenne; Ètude comparative, France, Belgique, Pays-Bas, Grèce, Allemagne, contrat nƒ SOE2-CT98-3069 (décembre 1998-novembre 2001), in: Archives de la Commission européenne, Bruxelles/BEL

et al. « Quelles langues pour une Europe démocratique ? »,  Ce débat s'est tenu le 9 juin 1998 à l'ENS, Raisons politiques 2/2001 (no 2), p. 41-64.

Interventions de Pierre Bourdieu: La nouvelle vulgate planétaire (les ruses de la raison impérialiste)

M–glichkeitsbedingungen und Barrieren eines gewerkschaftlichen Internationalismus am Fallbeispiel der Debatten um das Thema Arbeitszeitverk¸rzung in Deutschland und Frankreich, Deutsch-franz–sische Forschungskooperation des "Zentrums f¸r Europ”ische Gesellschaftsforschung", Konstanz (Franz Schultheis) und des "Centre de sociologie europÈenne" (Pierre Bourdieu), bislang unver–ff. 1999


Interventions de Pierre Bourdieu: Pour un mouvement social européen

Post-scriptum: Du champ national au champ international, in Les structures sociales de l'économie, Seuil, 2000, P.273-280

l'objectivation participante, Discours prononcé le 6 décembre 2000 lors de la remise de la Huxley Memorial Medal for 2000 au Royal Anthropological Institute de Londres, Actes de la recherche en sciences sociales, 2003, N° 150, pp. 43-58, aussi Participant Objectivation, The Journal of the Royal Anthropological Institute, 9-2, juin 2003, p. 281-294, aussi in Esquisses algérienne, P.323-339

avec Olivier Christin et Pierre-Etienne Will, Sur la science de l'État, Actes de la recherche en sciences sociales, 2000, Numéro   133, pp. 3-11

L'inconscient d'école, Actes de la recherche en sciences sociales, 2000, Numéro 135, pp. 3-5

Pour un Espace des Sciences Sociales Européen, 2004-2009

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voir également:

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international
 
Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

mercredi 18 mai 2011

Des littératures combatives. L'internationale des nationalismes littéraires. Sous la direction de Pascale Casanova

Des littératures combatives
L'internationale des nationalismes littéraires
Sous la direction de Pascale Casanova
Collection : Cours et travaux
Éditions Raisons d'agir
2011


Présentation de l'éditeur
La question du nationalisme en littérature est souvent traitée ici comme une vieillerie que la mondialisation aurait définitivement balayée. Une chose périmée et passée de mode. Anti-littéraire. Il faut presque se disculper d’en parler comme si aborder ce sujet était s’apprêter à justifier l’injustifiable. Mais curieusement, on a beau secouer ces vieux oripeaux, on n’arrive pas à s’en débarrasser. Surtout si on prétend réfléchir sur la littérature en tant qu’elle est mondiale. La nation, et la croyance qui l’accompagne, reviennent nous hanter encore et encore. Posée par de nombreux « petits » pays qui revendiquent leur droit à l’existence, à la reconnaissance, à l’égalité littéraire sous cette inévitable forme.

Ce livre, qui ne pouvait qu’être collectif, est donc issu des réflexions d’une équipe de chercheurs internationaux (Brésil, Inde, Suisse, Autriche, Allemagne, France). Afin d’internationaliser véritablement la réflexion sur le national, et ne pas s’enfermer dans une pensée nationale du nationalisme, ce volume propose deux directions de travail : d’une part la publication d’instruments théoriques et pratiques sur le nationalisme littéraire, et notamment un inédit en français de Fredric Jameson, et une étude des positions et des propositions sur ce sujet (capitales dans le monde anglo-saxon) d’Antonio Gramsci ; et d’autre part l’analyse historiques de différents nationalismes littéraires à travers de grandes figures d’écrivains : le jeune Borges (Sergio Miceli), l’apparition du roman national au Maghreb dans la foulée des indépendances, nationales, avec Driss Chraïbi (Michael Einfalt) ; la critique de la pensée nationaliste en Allemagne et en Autriche dans l’après-coup de la première guerre mondiale chez le jeune Musil (Norbert Christian Wolf), l’évocation d’une grande figure du nationalisme culturel dans l’Etat indien du Kerala : Balakrishna Pillai (Dilip Menon), sans oublier l’analyse du travail de l’écrivain chinois Lu Xun en termes de production d’ « allégories nationales » (Jameson).

sommaire
Pascale Casanova 9
La guerre de l’ancienneté
ou il n'y a pas d'identité nationale

Fredric Jameson 33
La littérature du Tiers-monde à l’époque du capitalisme multinational

Laurent Jeanpierre 73
Bourdieu ou Gramsci ?

Michael Einfalt 97
Le nationalisme littéraire au Maghreb : un concept et ses apories

Dilip M. Menon 115
Un cosmopolitisme local

Sergio Miceli 131
Le nationalisme culturel du jeune Borges

Ursula Bähler 147
Universalisme universel ou universalisme particulariste ?

Gisèle Sapiro 173
Littérature et moralisme national en France, de la IIIe République aux procès de l’épuration

Norbert Christian Wolf 195
Contre le nationalisme littéraire
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voir également: Actes des colloques ESSE

dimanche 27 mars 2011

Actes des colloques ESSE

 (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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Colloque "Champ littéraire et nation [ Colloque préparatoire ]", Freiburg [ 23-25 juin 2004 ], Actes in:  
Joseph Jurt (éd.), Champ littéraire et nation. Freiburg i. Br., Frankreich-Zentrum, 2007 (Coll. Journées d'étude, 7)


Colloque "Echanges littéraires internationaux", Lausanne [ 27-29 janvier 2005 ], Actes in:
Revue «Etudes de lettres», 273 (2006/1-2) La circulation internationale des littératures - Edité par Jérôme Meizoz



Colloque "Les systèmes d’enseignement et les catégories nationales de pensée", Château de Coppet et Genève [ 10-12 mars 2005 ], Actes in:
Clément, Fabrice, Roca i Escoda, Marta, Schultheis, Franz and Berclaz, Michel (eds.) (2006), L’inconscient académique, Zurich: Seismo.


Table ronde BOLOGNE, 11 mars 2005, Actes in:
Schultheis, Franz et al. (eds.) (2008), Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l'enseignement supérieur européen. Paris: Raisons d'agir.


Colloque "Traditions nationales en sciences sociales", Amsterdam [ 6 et 7 mai 2005 ], Actes in:
Heilbron, Johan (ed.) (2008), Traditions nationales en sciences sociales. Special volume of the journal “Revue d’histoire des sciences humaines” (no.18). Auxerre: Sciences humaines Éditions.


Colloque "Circulation internationale des idées en sciences sociales européennes",  Crète [ 1-2 juillet 2005 ], Actes in:
Traduction et circulation internationale des idées en sciences sociales européennes' ,Faculte des Etudes Philosophiques et Sociales, Universite de CRETE, ED. Politropon, 2007.


Université d'été - Crète, 4-9 juillet 2005
Autour de la notion de Champ. Actes de l'école d'été ESSE 4-9 Juillet 2005, Présentation Nikos PANAYOTOPOULOS Service de Presse de l'Université de Crète, 2006


Colloque "Pour un espace littéraire européen", Bielefeld [ 20-22 octobre 2005 ], Actes in:
Gilcher-Holtey, Ingrid (Hg.): Zwischen den Fronten. Positionskämpfe europäischer Intellektueller im 20. Jahrhundert, Berlin (Akademie Verlag) 2006


Colloque "Rapports ambivalents entre les sciences sociales européennes et américaines", Liège [ 16-18 février 2006 ], Actes in:
Rapports ambivalents entre sciences sociales européennes et américaines, Milan, Arcipelago Edizioni, 2007


«Les discours en contexte. théories des champs et analyse de disocurs. Recherches européennes»
Rencontre organisée par l’Ecole doctorale interdisciplinaire IRIS 4-UNIL et soutenue par le réseau européen ESSE «Pour un espace des sciences sociales européennes» vendredi 17 et samedi 18 mars 2006, UNIL, Actes in: 
Contextes n°1, septembre 2006, Discours en contexte


Colloque "Les contradictions de la globalisation éditoriale"
Paris [ 23-25 Mars 2006 ], Actes in:
Sapiro, Gisèle (ed.) (2009), Les contradictions de la globalisation éditoriale. Paris: Nouveau Mondes Éditions.


STRUCTURES SOCIALES EN TRANSFORMATION, 4 au 9 septembre 06, Université d'été, Actes in:
 Roca i Escoda, Marta et Panayotopoulos, Nikos (eds.) (2007), Structures sociales en transformation. Approches théoriques, méthodologiques et empiriques, Rethymno: Presse de l'Université de Crète, 2007.


Atelier A, « Import-export des idées et concepts philosophiques» , Colloque "Circulation internationale des produits scientifiques et culturels : ouvertures et obstacles", : IUKB - Sion (Suisse) [ 21-23 septembre 2006 ], Actes in:
Pinto, Louis (ed.) (2009), Le commerce des idées philosophiques. Paris: Editions du Croquant


Représentations sociales de la déviance dans les sciences sociales européennes
Séminaire organisé par ESSE et l'Université de Cadiz, 18 décembre 06 à l'Université de Cadi, Actes in:
 Gérard Mauger, José Luis Moreno Pestaña, Marta Roca i Escoda, Normes, déviances, insertions, Seismo, 2008


Colloque "Champs littéraires nationaux et espace européen", Venise [ 03-05 Mai 2007 ], Actes in:
Boschetti, Anna (ed.) (2010), L'espace culturel transnational. Paris: Nouveau Mondes Éditions.


troisième école d’été du réseau européen ESSE, Crète en septembre 2007 , Actes in:
Regards Sociologiques n°37-38 Production culturelle et ordre symbolique (2009)


Colloque "Les nationalismes littéraires", Paris [ 19-20 octobre 2007 ], Actes in:
Pascale Casanova, Des littératures combatives. L'internationale des nationalismes littéraires., Raisons d'agir, 2011


Colloque "Cas d’espèces, cas d’écoles", ENS Lyon [ 6-8 mars 2008 ] Actes in :
Christin, Olivier (ed.) (2010), Dictionnaire des Concepts Nomades des Sciences Sociales. Paris: Métailié.


Colloque "L’espace intellectuel en Europe 19e – 21e siècles : bilan et perspectives", Strasbourg [ 9-10 janvier 2009 ], actes in:
Sapiro, Gisèle (ed.) (2009), L'espace intellectuel en Europe. De la formation des États-nations à la mondialisation. XIXe-XXIe siècle. Paris: La Découverte.
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voir également: en ligne: Pierre Bourdieu, du réseau européen des artistes et des savants au mouvement social européen

samedi 18 septembre 2010

ESSE Final activity report

The Project ESSE – For a European Research Space in Social Sciences has been completed (2004-2009).





ESSE Final activity report

The Foundation Bourdieu succeeds ESSE in the coordination of the international network of researchers and critical social research associated with Pierre Bourdieu.

vendredi 17 septembre 2010

Dictionnaire des concepts nomades en Sciences Humaines + Introduction et foreword


Dictionnaire des concepts nomades en Sciences Humaines
Sous la direction d'Olivier Christin
Editions Métailié
2010



Présentation de l'éditeur
En partie inspiré d’entreprises antérieures, ce Dictionnaire regroupe des textes consacrés à quelques-uns des termes ou des concepts à travers lesquels les sciences sociales et l’histoire pensent le monde social et se pensent elles-mêmes. Mais à la différence des précédents ouvrages qui avaient choisi un champ bien précis (le vocabulaire des groupes sociaux, les concepts centraux des idéologies ou des formes constitutionnelles…) et surtout une seule aire linguistique, aucune discipline, aucune nation, aucune langue n’est privilégiée. Au contraire, les articles rassemblés ici et confiés à des spécialistes reconnus et de nationalités différentes décrivent la naissance, la carrière et la circulation, à travers les époques et les langues, de noms communs, d’expressions idiomatiques ou de termes apparemment techniques dont on
porte au jour le caractère de constructions idéologiques et de produits de l’activité des acteurs sociaux. On y rencontrera donc des vocables, des concepts, des expressions de nature très hétérogène et ne présentant pas les mêmes caractères de variabilité : certains relèvent de la description des groupes sociaux par eux-mêmes et par les sciences sociales (Avant-gardes, Mouvement ouvrier, Junker…), d’autres des sciences de l’État et du savoir administratif (Administration, Moyenne, Droit musulman…), d’autres encore de constructions idéologiques particulières dont les conditions d’émergence et d’imposition de sens appellent à une mise en perspective (Occident, Laïcité, Absolutisme…). L’essentiel n’est donc ni dans le choix des termes, ni dans la poursuite d’une forme d’encyclopédisme. Seules importent la démarche et l’exemplarité de l’analyse, tournées vers la dénaturalisation et l’historicisation des usages lexicaux qui font des exemples retenus autant de cas d’école, c’est-à-dire de cas exemplaires sur lesquels penser ce que les structures académiques, les usages linguistiques, les routines et les inconscients intellectuels imposent de manière subreptice.

Renonçant à tout but normatif, ce Dictionnaire a l’ambition d’apporter sur quelques cas significatifs des exemples d’enquêtes méticuleuses, associant sémantique historique, comparatisme et objectivation critique des conditions sociologiques et historiques de possibilité et d’opérationnabilité des concepts et des usages lexicaux des sciences sociales, qui montrent que les rapports et les conflits de sens sont également des rapports et des conflits de force. En mettant en avant la dimension « nomade » des concepts historiques, il s’agit ainsi de favoriser les bases d’un dialogue dans les sciences sociales européennes, conscient du poids des héritages socio-linguistiques.


Liste des concepts :
Absolutisme, Administration, Ancien Régime, Avant-garde, Cacique/Cacicazgo, Cacique/Caciquisme/Caudillisme, Confession, Droit musulman, Fortuna, Frontière, Grand Tour, Haut Moyen Âge, Histoire contemporaine, Humanisme civique, Humanitaire, Intelligentsia/Intellectuels, Junker, Laïcité, Mouvement ouvrier, Moyenne, Narratio/récit, Occident, Opinion publique, Travail.


Liste des contributeurs (universitaires) :
Giorgia Vocino (Université Ca’ Foscarini de Venise), Simone Bellezza (Université de San Marino), Anna Boschetti, Gilda Zazzara (Université Ca’ Foscari de Venise), Michele Nanni (Université de Padoue), Sandro Landi (EHESS), Guillermo Zermeno Padilla (Université El Colegio, Mexico), Alfonso Mendiola (Université Ibéro-américaine de Mexico), Irène Herrmann (Université de Genève), Lothar Schilling (Université de Fribourg). Naima Ghermani (Université Grenoble II), Thierry Jacob, Nadine Beligand (Université Lyon II Lumière), Gilles Bertrand (Université Grenoble II), Laurent Jeanpierre (IEP de Strasbourg), Etienne Couriol (Université Lyon III), Laurent Baggioni (ENS-Lsh Lyon), Claude Prud’homme (Université Lyon II Lumière), Florence Buttay (Université Bordeaux III), Benedicte Zimmerman (EHESS), Eric Brian (INED), Oissila Saaidia (IUFM de Strasbourg), Samim Akgönül (Université Marc Bloch Strasbourg II-CNRS), Igor Moullier (ENS-Lsh Lyon).

foreword by Franz Schultheis

Lire l'Introduction

Olivier CHRISTIN
Né en 1961, ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, membre de l’Institut universitaire de France (1999-2004), président de l’Université Lumière Lyon II (2008-2009), il est spécialiste de l'histoire religieuse du début de l'époque moderne. Il est actuellement professeur d'histoire moderne à l'Université de Neuchâtel.



RENCONTRE AUTOUR DU DICTIONNAIRE DES CONCEPTS NOMADES EN SCIENCES HUMAINES

Lundi 18 octobre, 19h30 : rencontre à la Villa Gillet (25 rue Chazière, 69004 Lyon, tél. 04 78 27 02 48) en partenariat avec la librairie Coquillettes de Lyon en présence de Igor Moullier, Raphaël Barat, Oissila Saaidia et Claude Prudhomme. Infos : Librairie Coquillettes (6 place Fernand Rey, 69001 Lyon, tél. 04.78.29.02.77)

Jeudi 28 octobre, 18h : rencontre à la librairie Compagnie (58 rue des Ecoles, 75005 Paris) en présence d’Olivier Christin, Laurent Jeanpierre et Eric Brian.

Samedi 30 octobre, 15h-17h : rencontre à la librairie Kléber (1 rue des Francs Bourgeois à Strasbourg) en présence d’Olivier Christin, Raphaël Barat et Samim Akgönül

dimanche 18 juillet 2010

à paraître: Dictionnaire des Concepts Nomades des Sciences Sociales + foreword par Franz Schultheis

Depuis cette annonce l'ouvrage est publié

On peut écouter: Olivier Christin à propos du Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines

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The foreword reprinted here has been writted by Franz Schultheis


Dictionnaire des Concepts Nomades des Sciences Sociales
Sous la direction de Olivier Christin
Metailie
(7 octobre 2010)


Présentation de l'éditeur
En partie inspiré d'entreprises antérieures, ce dictionnaire regroupe des textes consacrés à quelques-uns des termes ou des concepts à travers lesquels les sciences sociales et l'histoire pensent le monde social et se pensent elles-mêmes.
Mais à la différence des précédents ouvrages qui avaient choisi un champ bien précis (le vocabulaire des groupes sociaux, les concepts centraux des idéologies ou des formes constitutionnelles...) et surtout une seule aire linguistique, aucune discipline, aucune nation, aucune langue n'est privilégiée. Au contraire, les articles rassemblés ici et confiés à des spécialistes reconnus et de nationalités différentes décrivent la naissance, la carrière et la circulation, à travers les époques et les langues, de noms communs, d'expressions idiomatiques ou de termes apparemment techniques dont on porte au jour le caractère de constructions idéologiques et de produits de l'activité des acteurs sociaux.
On y rencontrera donc des vocables, des concepts, des expressions de nature très hétérogène et ne présentant pas les mêmes caractères de variabilité : certains relèvent de la description des groupes sociaux par eux-mêmes et par les sciences sociales (Avant-garde, Mouvement ouvrier, Junker...), d'autres des sciences de l'Etat et du savoir administratif (Administration, Moyenne, Droit musulman...), d'autres encore de constructions idéologiques particulières dont les conditions d'émergence et d'imposition de sens appellent à une mise en perspective (Occident, Laïcité, Absolutisme...). L'essentiel n'est donc ni dans le choix des termes, ni dans la poursuite d'une forme d'encyclopédisme. Seules importent la démarche et l'exemplarité de l'analyse, tournées vers la dénaturalisation et l'historicisation des usages lexicaux qui font des exemples retenus autant de cas d'école, c'est-à-dire de cas exemplaires sur lesquels penser ce que les structures académiques, les usages linguistiques, les routines et les inconscients intellectuels imposent de manière subreptice.

Renonçant à tout but normatif, ce dictionnaire a l'ambition d'apporter sur quelques cas significatifs des exemples d'enquêtes méticuleuses, associant sémantique historique, comparatisme et objectivation critique des conditions sociologiques et historiques de possibilité et d'opérationnabilité des concepts et des usages lexicaux des sciences sociales, qui montrent que les rapports et les conflits de sens sont également des rapports et des conflits de force. En mettant en avant la dimension " nomade " des concepts historiques, il s'agit ainsi de favoriser les bases d'un dialogue dans les sciences sociales européennes, conscient du poids des héritages socio-linguistiques.

Liste des contributeurs (universitaires) :
Giorgia Vocino (Université Ca' Foscarini de Venise), Simone Bellezza (Université de San Marino), Anna Boschetti, Gilda Zazzara (Université Ca' Foscari de Venise), Michele Nanni (Université de Padoue), Sandro Landi (EHESS), Guillermo Zermeno Padilla (Université El Colegio, Mexico), Alfonso Mendiola (Université Ibéro-américaine de Mexico), Irène Herrmann (Université de Genève), Lothar Schilling (Université de Fribourg).

Naima Ghermani (Université Grenoble II), Thierry Jacob, Nadine Beligand (Université Lyon II Lumière), Gilles Bertrand (Université Grenoble II), Laurent Jeanpierre (IEP de Strasbourg), Etienne Couriol (Université Lyon III), Laurent Baggioni (ENS-Lsh Lyon), Claude Prud'homme (Université Lyon II Lumière), Florence Buttay (Université Bordeaux III), Benedicte Zimmerman (EHESS), Eric Brian (INED), Oissila Saaidia (IUFM de Strasbourg), Samim Akgönül (Université Marc Bloch Strasbourg II-CNRS), Igor Moullier (ENS-Lsh Lyon).

Liste des concepts :
Absolutisme, Administration, Ancien Régime, Avant-garde, Cacique/Cacicazgo, Cacique/Caciquisme/Caudillisme, Confession, Droit musulman, Fortuna, Frontière, Grand Tour, Haut Moyen Âge, Histoire contemporaine, Humanisme civique, Humanitaire, Intelligentsia/Intellectuels, Junker, Laïcité, Mouvement ouvrier, Moyenne, Narratio/récit, Occident, Opinion publique, Travail.



Olivier CHRISTIN, né en 1961, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud, agrégé d'histoire, membre de l'Institut universitaire de France (1999-2004), président de l'Université Lumière Lyon II (2008-2009), est spécialiste de l'histoire religieuse du début de l'époque moderne. Il est actuellement professeur d'histoire moderne à l'Université de Neuchâtel.
Il est l'auteur entre autres de Une révolution symbolique : l'iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Minuit, 1991 ; Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Gallimard, 1995 ; La Paix de religion. L'autonomisation de la raison politique au XVIe siècle, Le Seuil, 1997 ; Les Yeux pour le croire. Les Dix commandements en image (XVe-XVIIe siècle), Le Seuil, 2003 ; Confesser sa foi, Champ Vallon, 2009.

actes du colloque ESSE Cas d’espèces, cas d’écoles

Réseau « Champ littéraire » - II - Traduction et circulation internationale des idées

[6-8 mars 2008]

Responsable : O. Christin Lieu : ENS Lyon

vendredi 8 janvier 2010

L'espace culturel transnational, Sous la direction d'Anna Boschetti






L'espace culturel transnational
Sous la direction d'Anna Boschetti
Nouveau Monde Éditions






Actes du colloque ESSE "Champs littéraires nationaux et espace européen", Venise [ 03-05 Mai 2007 ] http://www.espacesse.org/fr/coll-6.html

Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage est issu d'un échange entrepris depuis plusieurs années par un groupe d'historiens de la culture et de la littérature, de politistes et de sociologues confrontés aux défis qu'implique aujourd'hui l'étude des faits culturels.
L'internationalisation de la recherche a enrichi l'espace des perspectives et a posé des questions nouvelles. Les Cultural Studies et d'autres travaux nous ont appris à nous affranchir du cadre national et à l'appréhender comme une modalité historiquement située de processus plus larges ou plus étroits. La théorie des champs, l'histoire des concepts et la réflexion sur les échelles d'analyse nous ont permis de mieux comprendre les dynamiques et les tensions traversant les individus et les groupes.
Une communauté de recherche transnationale se doit d'élaborer des hypothèses collectives pour échapper au piège de la miniaturisation sans fin qu'induit la spécialisation. Un mode de pensée partagé a été soumis ici à l'épreuve de terrains empiriques très variés, répartis sur plusieurs siècles et sur différents espaces géographiques et sociaux : l'Europe et l'Amérique, les champs littéraire et théâtral, universitaire et artistique, les mondes de l'édition et de la politique, des auteurs majeurs (Brecht, Henry James, Primo Levi) et des seconds rôles, des avant-gardes et des intermédiaires culturels, des pays historiquement centraux et des nations périphériques.
L'effort d'intégration et de transposition théorique a permis d'aboutir à des acquis comparables et cumulables, par-delà la diversité des thèmes, au croisement des cultures et des disciplines.


Sommaire

Anna Boschetti – Pour un comparatisme réflexif………7


GENESE ET USAGES SOCIAUX DES CATEGORIES DE PERCEPTION

Olivier Christin - L’invention de la province artistique : la fin des Puys
amiénois (1723)………55

Xavier Landrin - La sémantique historique de la Weltliteratur : genèse
conceptuelle et usages savants………73

Christophe Charle - Exportations théâtrales et domination culturelle : Paris
dans la seconde moitié du XIXe siècle………135


INTERSECTIONS ET DECALAGES

Blaise Wilfert-Portal - L'internationalité d'un nationaliste de Paris : Paul
Bourget entre Paris, Londres et Rome………165

Anna De Biasio - L’Art du (dans le) Roman comme Coup d’Etat Symbolique ? Henry
James croise Paul Bourget………195

Michele Nani - Bruxelles 1891: le socialisme international à l’épreuve de la
“question juive”………223


L’INDIVIDUEL ET LE SOCIAL

Louis Pinto - Le tracé des frontières : sociologie et psychologie chez les
durkheimiens………243

Jérôme Meizoz - «Posture» et champ littéraire………269


CONSTRUIRE UNE LITTERATURE NATIONALE

Sergio Miceli - Avant-gardes littéraires en perspective comparée (Brésil et
Argentine)………287

Antón Figueroa - Le processus d'autonomisation et l'évolution des fonctions des
rapports extérieurs dans les littératures minoritaires : le cas galicien………313

Gisèle Sapiro - De la construction nationale à la mondialisation : les
traductions du français en hébreu………327


FACTEURS, AGENTS ET ENJEUX DES TRANSFERTS TRANSNATIONAUX

Pier Carlo Bontempelli - De la philologie allemande à la littérature comparée :
un cas de transfert de capital culturel………369

Laurent Jeanpierre - « Modernisme » américain et espace littéraire français :
réseaux et raisons d’un rendez-vous différé………385

Ingrid Gilcher-Holtey - Une révolution du regard : Bertolt Brecht à Paris,
1954-55………427

Giorgio Alberti - L’agent littéraire Erich Linder : création, définition et
légitimation d’une nouvelle profession dans l’édition italienne après la
deuxième guerre mondiale………469

Anna Baldini - «La recherche des racines» : Primo Levi et l’importation de la
culture juive d’Europe centrale et orientale en Italie………483



Anna Boschetti est l'auteure de nombreuses publications, dont Sartre et les " Temps modernes " (Minuit, 1985) et La poésie partout.
Apollinaire, " homme époque ", 1898-1918 (Seuil, 2001).
http://www.nouveau-monde.net/

lundi 4 janvier 2010

Regards Sociologiques n°37-38, Production culturelle et ordre symbolique (2009)





Regards Sociologiques n°37-38 Production culturelle et ordre symbolique (2009)

Numéro bientôt en téléchargement sur le site de la revue, voir en bas de cette page

Actes de la troisième école d’été du réseau européen ESSE, Crète en septembre 2007 http://www.espacesse.org/fr/art-206.html

sommaire

Johan Heilbron, Gisèle Sapiro
“Les sciences sociales et les transformations des systèmes universitaires”
[Lire http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article1] [Version pdf http://www.regards-sociologiques.com/wp-content/uploads/rs_37-38_2009_1_heilbron_sapiro.pdf]

1ère partie : perspectives théoriques et problèmes méthodologiques

Georges Steinmetz (traduction par Joël Cabalion et Mathieu Hauchecorne)
“Pour une sociologie transdisciplinaire et non-impériale”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article2]

Simon Borja, Séverine Sofio
“Productions artistiques et logiques économiques : quand l’art entre en régime entrepreneurial”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article3]

Pierig Humeau, Yechezkel Rachamim
“Quand le chercheur est ‘one of the boys’…”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article4]

2e partie : placements et déplacements des productions symboliques et culturelles

Camille Mazé
“Les ‘musées de l’Europe’, outils de production d’un ordre symbolique européen ?”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article5]

Clément Beaufort
“Le sous-champ de l’objet primitif. Eléments introductifs à une sociologie du musée du Quai Branly”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article6]

Sandra Fontanaud
“La généalogie, une pratique culturelle”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article7]

Mathieu Hauchecorne
“Libéral-communiste ? Chiche ! Les usages des ‘théories de la justice’ chez les intellectuels marxistes français”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article8]

Eric Brun
“L’internationalisation des avant-gardes littéraires et artistiques. Le cas de ‘l’Internationale situationniste’”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article9]

3e partie : ordres et désordres dans les champs littéraire et intellectuel

Gisèle Sapiro
“Antisémitisme et antiféminisme dans le champ intellectuel”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article10]

Claire Ducournau
“Des consécrations sous conditions. Trois cas d’écrivaines africaines contemporaines : Ken Bugul, Calixthe Beyala, Fatou Diome”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article11]

Vanessa Gémis
“Discours croisés de femmes écrivains belges (1880-1940). Entre image de soi et représentations collectives”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article12]

Johannes Angermüller
“Citer les autorités du discours intellectuel. Tel Quel et la création de la Théorie”
[résumé http://www.regards-sociologiques.com/sommaires/rs-37-38/article13]

http://www.regards-sociologiques.com/

vendredi 1 janvier 2010

Pierre Bourdieu, Les conditions sociales de la circulation internationale des idées

Pierre Bourdieu, Les conditions sociales de la circulation internationale des idées

[Conférence prononcée le 30 octobre 1989 pour l’inauguration du Frankreich-Zentrum de l’université de Fribourg. Ce texte a été publié en 1990 dans les Cahiers d’histoire des littératures romanes (14e année, 1-2, p.1-10); dans Actes de la recherche en sciences sociales, La circulation internationale des idées (2002/5, 145, p. 3-8) ; sur le site du projet Espace des Sciences Sociales Européen (ESSE); dans Forschen und Handeln/Recherche et action (Rombach-Verlag, 2004, p.21-33) et dans L'espace intellectuel en Europe (La Découverte, 2009, p.27-39)]

Je souhaite aujourd'hui vous proposer quelques réflexions qui voudraient échapper au rituel de la célébration de l'amitié franco-allemande et des considérations obligées sur l'identité et l'altérité. Je pense qu'en matière d'amitié comme en toute matière la lucidité n'est pas du tout antinomique avec l'affection, tout au contraire. Je voudrais donc essayer de proposer quelques réflexions sur les conditions sociales de la circulation internationale des idées ; ou, pour employer un vocabulaire économique qui produit toujours un effet de rupture, sur ce qu'on pourrait appeler l'import-export intellectuel. Je voudrais essayer de décrire sinon les lois – parce que je n'ai pas suffisamment travaillé pour pouvoir utiliser un langage aussi prétentieux – du moins les tendances de ces échanges internationaux que nous décrivons d'ordinaire dans un langage qui doit plus à la mystique qu'à la raison. Bref, je vais essayer aujourd'hui de présenter un programme pour une science des relations internationales en matière de culture.

Dans un premier temps, j'aurais pu évoquer l'histoire des relations entre la France et l'Allemagne depuis la Deuxième Guerre Mondiale, et plus précisément tout le travail qui, au niveau du champ politique notamment, a pu être fait pour favoriser la communication et la compréhension entre les deux pays. Il y aurait à mener une analyse historique sans complaisance du travail symbolique qui a été nécessaire pour exorciser, au moins dans une certaine fraction des populations des deux pays, tous les fantasmes du passé. Il faudrait analyser, outre le travail officiel des instances officielles dans sa dimension symbolique et pratique, les actions diverses qui ont pu favoriser la transformation des attitudes des Français et des Allemands, considérés dans leur diversité sociale. On pourrait par exemple en se situant au niveau du champ intellectuel, décrire les étapes de ce travail de conversion collective ; avec, dans le cas des intellectuels français, la réconciliation, puis la fascination à l'égard du miracle allemand et la phase actuelle qui serait celle de l'admiration ambivalente, sublimée dans une sorte d'européanisme volontariste à travers lequel beaucoup d'ouvriers de la onzième heure essayent de trouver un substitut à leur nationalisme défunt. Mais vous comprendrez que je ne puisse me satisfaire de pareilles considérations, aussi superficielles que sommaires.

Que peut-on faire aujourd'hui, si l'on a un souci réel de favoriser l'internationalisation de la vie intellectuelle ? On croit souvent que la vie intellectuelle est spontanément internationale. Rien n'est plus faux. La vie intellectuelle est le lieu, comme tous les autres espaces sociaux, de nationalismes et d'impérialismes et les intellectuels véhiculent, presque autant que les autres, des préjugés, des stéréotypes, des idées reçues, des représentations très sommaires, très élémentaires, qui se nourrissent des accidents de la vie quotidienne, des incompréhensions, des malentendus, des blessures (celles par exemple que peut infliger au narcissisme le fait d'être inconnu dans un pays étranger). Tout cela me fait penser que l'instauration d'un véritable internationalisme scientifique qui, à mes yeux, est le début d'un internationalisme tout court, ne peut pas se faire toute seule. En matière de culture comme ailleurs, je ne crois pas au laisser-faire et l'intention de mon propos est de montrer comment, dans les échanges internationaux, la logique du laisser-faire conduit souvent à faire circuler le pire et à empêcher le meilleur de circuler. Je m'inspire, en ces matières comme ailleurs, d'une conviction scientiste qui n'est pas de mode aujourd'hui, parce qu'on est post-moderne... Cette conviction scientiste me porte à penser que si l'on connaît les mécanismes sociaux, on n'en est pas maître pour autant, mais on augmente, tant soit peu, les chances de les maîtriser, surtout si les mécanismes sociaux reposent sur la méconnaissance. Il y a une force autonome de la connaissance qui peut détruire, dans une certaine mesure, la méconnaissance. Je dis bien, dans une certaine mesure, parce que la « force intrinsèque des idées vraies » se heurte à des résistances dues aux intérêts, aux préjugés, aux passions. Cette conviction scientiste m'incline à penser qu'il est important de faire un programme de recherche scientifique européen sur les relations scientifiques européennes. Et je pense que c'était le lieu et le moment de dire cela puisque je sais, à travers Joseph Jurt et les textes qu'il m'a donné à lire, qu'un des objectifs du Centre qui est aujourd'hui inauguré est précisément de travailler à une connaissance mutuelle des deux pays, des deux traditions. Et je voudrais apporter ma contribution, en disant, très modestement, comment je verrais l'entreprise, et ce que je ferais si j'avais à la mener.

Les échanges internationaux sont soumis à un certain nombre de facteurs structuraux qui sont générateurs de malentendus. Premier facteur : le fait que les textes circulent sans leur contexte. C'est une proposition que Marx énonce en passant dans Le Manifeste Communiste, où il n'est pas de règle d'aller chercher une théorie de la réception... Marx fait remarquer que les penseurs allemands ont toujours très mal compris les penseurs français, parce qu'ils recevaient des textes qui étaient porteurs d'une conjoncture politique comme des textes purs et qu'ils transformaient l'agent politique qui était au principe de ces textes en sujet transcendantal. Ainsi, beaucoup de malentendus dans la communication internationale viennent du fait que les textes n'emportent pas leur contexte avec eux. Par exemple, au risque de vous surprendre et de vous choquer, je pense que seule la logique du malentendu structural permet de comprendre ce fait stupéfiant qu'un Président de la République socialiste ait pu venir remettre une décoration française à Ernst Jünger. Autre exemple : Heidegger consacré par certains marxistes français dans les années cinquante. Je pourrais aussi prendre des exemples contemporains, mais comme, bien souvent, je suis impliqué dans ces exemples, je ne le ferai pas, parce que vous pourriez penser que j'abuse du pouvoir symbolique qui m'est provisoirement imparti pour régler des comptes avec des adversaires absents.

Le fait que les textes circulent sans leur contexte, qu'ils n'emportent pas avec eux le champ de production, – pour employer mon jargon – dont ils sont le produit et que les récepteurs, étant eux-mêmes insérés dans un champ de production différent, les réinterprètent en fonction de la structure du champ de réception, est générateur de formidables malentendus. Evidemment, de ma description, que je crois objective, on peut tirer des conclusions optimistes ou pessimistes : par exemple du fait que quelqu'un qui est une autorité dans son pays n'emporte pas son autorité avec lui, la lecture étrangère peut parfois avoir une liberté que n'a pas la lecture nationale, soumise à des effets d'imposition symbolique, de domination ou même de contrainte. C'est ce qui fait penser que le jugement de l'étranger est un peu comme le jugement de la postérité. Si, en général, la postérité juge mieux, c'est que les contemporains sont des concurrents et qu'ils ont des intérêts cachés à ne pas comprendre et même à empêcher de comprendre. Les étrangers, comme la postérité, ont, dans certains cas, une distance, une autonomie à l'égard des contraintes sociales du champ. En réalité, cet effet est beaucoup plus apparent que réel et, très souvent, les autorités d'institution, ce que Pascal appelle les « grandeurs d'établissement », passent assez bien les frontières, parce qu'il y a une internationale des mandarins qui fonctionne très bien.

Ainsi, le sens et la fonction d'une oeuvre étrangère sont déterminés au moins autant par le champ d'accueil que par le champ d'origine. Premièrement, parce que le sens et la fonction dans le champ originaire sont souvent complètement ignorés. Et aussi parce que le transfert d'un champ national à un autre se fait au travers une série d'opérations sociales : une opération de sélection (qu'est-ce qu'on traduit ? Qu'est-ce qu'on publie ? Qui traduit ? Qui publie ?) ; une opération de marquage (d'un produit préalablement « dégriffé ») à travers la maison d'édition, la collection, le traducteur et le préfacier (qui présente l’œuvre en se l'appropriant et en l'annexant à sa propre vision et, en tout cas, à une problématique inscrite dans le champ d'accueil et qui ne fait que très rarement le travail de reconstruction du champ d'origine, d'abord parce que c'est beaucoup trop difficile) ; une opération de lecture enfin, les lecteurs appliquant à l’œuvre des catégories de perception et des problématiques qui sont le produit d'un champ de production différent.

Je vais reprendre chacun de ces points rapidement. L'entrée dans le champ d'accueil est un objet de recherche tout à fait capital et tout à fait urgent, à la fois pour des raisons scientifiques et pratiques, c'est-à-dire pour intensifier et améliorer la communication entre les nations européennes. J'espère pouvoir organiser un colloque, qui aurait pour fin d'analyser les processus de sélection : qui sont les sélectionneurs, ceux qu'une sociologue de la science américaine appelle les « gate-keepers » ? Qui sont les découvreurs et quels intérêts ont-ils à découvrir ? Je sais bien que le mot intérêt choque. Mais je pense que celui qui s'approprie, en toute bonne foi, un auteur et qui s'en fait l'introducteur a des profits subjectifs tout à fait sublimés et sublimes, mais qui sont néanmoins déterminants pour comprendre qu'il fasse ce qu'il fait. (Je pense qu'un petit peu de matérialisme ne ferait pas de mal, n'enlèverait rien, au contraire, à l'enchantement). Ce que j'appelle « intérêt », ce peut être l'effet des affinités liées à l'identité (ou l'homologie) des positions dans des champs différents : ce n'est pas par hasard que Benet, le grand romancier espagnol, paraît aux Éditions de Minuit. Faire publier ce que j'aime, c'est renforcer ma position dans le champ – cela que je le veuille ou non, que je le sache ou non, et même si cet effet n'entre en rien dans le projet de mon action. Il n'y a pas de mal à ça, mais il faut le savoir. Les élections mutuelles et pures se font souvent sur la base d'homologies de position dans des champs différents auxquels correspondent des homologies d'intérêts, et des homologies de styles, de partis intellectuels, de projets intellectuels. On peut comprendre ces échanges comme des alliances, donc dans la logique des rapports de force, comme, par exemple, des manières de donner de la force à une position dominée, menacée.

À côté des affinités électives entre « créateurs », pour lesquelles, vous le sentez bien, j'ai une certaine indulgence, il y a les clubs d'admiration mutuelle, qui me paraissent moins légitimes parce qu'ils exercent un pouvoir de type temporel dans l’ordre culturel ou, si l’on veut, spirituel – ce qui est la définition même de la tyrannie selon Pascal. Je pense par exemple à l'Internationale de l'establishment, c'est-à-dire à tous les échanges qui s'instaurent entre détenteurs de positions académiques importantes : une bonne part des traductions ne peuvent être comprises que si on les resitue dans le réseau complexe d'échanges internationaux entre détenteurs de positions académiques dominantes, échanges d'invitations, de titres de docteur honoris causa, etc. Il faut donc se demander quelle est la logique des choix qui font que tel éditeur ou tel auteur se désigne pour devenir l'importateur de telle ou telle pensée. Pourquoi est-ce un tel qui a publié un tel ? Il y a évidemment les profits d'appropriation. Les importations hérétiques sont souvent le fait de marginaux dans le champ, qui importent un message, une position qui a de la force dans un autre champ, avec pour effet de renforcer leur position de dominés dans le champ. Les auteurs étrangers sont souvent l'objet d'usages très instrumentalistes ; ils sont souvent utilisés pour des causes que peut-être ils réprouveraient ou récuseraient dans leur propre pays. On pourra par exemple se servir d'un étranger pour abaisser des nationaux. Je prends l'exemple de Heidegger. Tout le monde ici se demande comment les Français ont pu s'intéresser tellement à Heidegger. En fait, il y a beaucoup, beaucoup de raisons, presque trop... Mais il y a une explication qui saute aux yeux, c'est le fait que, comme l'a montré Anna Boschetti dans son livre sur Sartre et Les Temps modernes, le champ intellectuel des années cinquante était dominé de façon écrasante par Sartre. Et une des fonctions majeures de Heidegger, c'était de servir à disqualifier Sartre (les professeurs disaient : « Tout Sartre est dans Heidegger et en mieux »). Vous aurez ainsi, d’un côté, Beaufret, qui a dû être un contemporain de Sartre à l'École Normale, dans une position de rivalité avec lui et qui, professeur dans une khâgne à Henri IV, s'est fait une stature de quasi-philosophe en important Heidegger en France. Et de l'autre, du côté du champ littéraire, Blanchot. Vous avez une troisième catégorie : les gens d'Arguments, espèce d'hérésie marxiste mineure. Comme le marxisme renvoyait trop visiblement du côté du vulgaire, ils ont réalisé une combinaison chic du marxisme et de Heidegger.

Très souvent, avec les auteurs étrangers, ce n'est pas ce qu'ils disent qui compte, mais ce qu'on peut leur faire dire. C'est pourquoi certains auteurs particulièrement élastiques circulent très bien. Les grandes prophéties sont polysémiques. C'est une de leurs vertus et c'est pour cela qu'elles traversent les lieux, les moments, les âges, les générations, etc. Donc, les penseurs à grande élasticité sont pain béni, si je peux dire, pour une interprétation annexioniste et pour les usages stratégiques.

Après la sélection, il y a le marquage qui, en quelque sorte, achève le travail. On ne vous donne pas seulement Simmel ; on vous donne Simmel avec la préface de X. Il faudrait faire une sociologie comparée des préfaces : ce sont des actes typiques de transfert de capital symbolique, au moins dans le cas le plus fréquent, par exemple Mauriac écrivant une préface à un livre de Sollers : l'aîné célèbre écrit une préface et transmet du capital symbolique, et en même temps, il manifeste sa capacité de découvreur et sa générosité de protecteur de la jeunesse qu'il reconnaît et qui se reconnaît en lui. Il y a tout un tas d'échanges, où la mauvaise foi joue un rôle énorme, et que la sociologie un peu objectivante rend plus difficile. Mais le sens dans lequel circule le capital symbolique n'est pas toujours le même. C'est ainsi que, en s'appuyant sur la règle du genre qui veut que le préfacier s'identifie à l'auteur, Lévi-Strauss écrit une préface à l’œuvre de Mauss par laquelle il s'approprie le capital symbolique de l'auteur de l'Essai sur le don. Je vous laisse réfléchir sur tout ça. (Les gens ont souvent une lecture dramatique de ce genre d'analyses : je voudrais donc profiter des situations orales pour montrer qu'en fait c'est très amusant, et qu'en tout cas je m'amuse beaucoup...).

Au terme de tout cela, le texte importé reçoit une nouvelle marque. Il était marqué par la couverture : vous avez une intuition des couvertures des différents éditeurs et même des différentes collections de chaque éditeur et vous savez ce que chacune d'elles signifie par référence à l'espace des éditeurs allemands que vous avez dans la tête. Si, par exemple, vous remplacez la couverture Suhrkamp par la couverture Seuil, le sens de la marque imposée à l’œuvre change complètement. S'il y a homologie structurale, le transfert peut se faire assez bien, mais il y a souvent des ratés ; il y a des gens qui tombent « à côté de la plaque ». Soit par l'effet du hasard ou de l'ignorance, mais souvent aussi parce qu'ils sont l'objet d'actes d'annexion, d'appropriation. Dans ce cas, le simple effet de la couverture est déjà une imposition symbolique. Je prends un exemple très beau, celui de Chomsky qui a été publié au Seuil dans une collection de philosophie. Pour moi, Seuil, c'est « catho de gauche » et, en gros, personnaliste. Chomsky s'est trouvé aussitôt marqué, à travers une stratégie d'annexion typique. Publier Chomsky au Seuil, dans un environnement marqué par Ricoeur, c'était opposer au structuralisme « sans sujet », comme on disait à l'époque, un sujet générateur, créateur, etc. Ainsi, avec l'insertion dans une collection, l'adjonction d'une préface, du fait du contenu de la préface, mais aussi du fait de la position du préfacier dans l'espace, c'est toute une série de transformations, voire de déformations du message originaire qui se trouvent opérées.

En réalité, les effets structuraux qui, à la faveur de l'ignorance, rendent possibles toutes les transformations et les déformations liées à des usages stratégiques des textes et des auteurs, peuvent s'exercer en dehors de toute intervention manipulatrice. Les différences sont si grandes entre les traditions historiques, tant dans le champ intellectuel proprement dit que dans le champ social pris dans son ensemble, que l'application à un produit culturel étranger des catégories de perception et d'appréciation acquises à travers l'expérience d'un champ national peut créer des oppositions fictives entre des choses semblables et de fausses ressemblances entre des choses différentes. Pour le montrer, il faudrait analyser en détail l'exemple de ce qu'ont été les rapports entre les philosophes français et les philosophes allemands depuis les années soixante et montrer comment des intentions tout à fait semblables se sont exprimées, par référence à des contextes intellectuels et sociaux très différents, dans des prises de position philosophiques en apparence tout à fait opposées. Et, pour dire les choses de manière plus frappante, mais aussi plus évidemment farfelue, il faudrait se demander si Habermas n'aurait pas été beaucoup moins éloigné de ce qu'a dit Foucault qu'il ne l'est en apparence s'il s'était formé et affirmé comme philosophe dans la France des années cinquante-soixante et Foucault beaucoup moins différent de ce qu'a été Habermas s'il s'était formé et affirmé comme philosophe dans l'Allemagne des mêmes années. (C'est dire, entre parenthèses, que l'un et l'autre penseur, sous les apparences de la liberté à l'égard du contexte, ont en commun d'avoir été très profondément marqués par ce contexte, entre autres raisons parce que, dans leur intention hégémonique, ils se sont affrontés aux traditions intellectuelles propres à chacun des pays, et profondément différentes). Par exemple, avant de s'indigner vertueusement, avec certains Allemands, de l'usage que certains philosophes français (Deleuze et Foucault notamment) ont fait de Nietzsche, il faudrait comprendre la fonction que Nietzsche – et quel Nietzsche ? celui de la Généalogie de la morale chez Foucault – a pu remplir, dans un champ philosophique dominé, du côté de l'université, par un existentialisme subjectiviste-spiritualiste. La Généalogie de la morale donnait une caution philosophique, propre à les rendre philosophiquement acceptables, à ces vieilles démarches scientistes, voire positivistes, incarnées par l'image vieillotte de Durkheim, que sont la sociologie de la connaissance et l'histoire sociale des idées. C'est ainsi que, dans son effort pour opposer à un rationalisme anhistorique une science historique des raisons historiques (avec l'idée de « généalogie » et une notion comme celle d'épistémè), Foucault a pu contribuer à ce qui peut apparaître, vu d'Allemagne, où Nietzsche a un tout autre sens, comme une restauration de l'irrationalisme contre lequel Habermas, entre autres (je pense par exemple à Otto Appel), a constitué son projet philosophique. Et si je puis m'introduire en tiers dans ce débat, je ne suis pas sûr que l'opposition soit aussi radicale qu'il peut le sembler, à première apparence, entre le rationalisme historiciste que je défends – avec l'idée d'histoire sociale de la raison ou de champ scientifique comme lieu de la genèse historique des conditions sociales de la production de la raison – et le rationalisme néo-kantien, qui tente de se fonder en raison scientifique en s'appuyant sur les acquis de la linguistique, comme chez Habermas. Le relativisme rationaliste et l'absolutisme éclairé peuvent se rencontrer dans la défense de l'Aufklärung... Peut-être parce qu'ils expriment la même intention au système près. J'exagère, évidemment, dans mon effort pour « tordre le bâton dans l'autre sens ». Mais je pense en tout cas que les différences ne sont pas du tout ce qu'on croît aussi longtemps que l'on ignore l'effet de prisme déformant qu'exercent, tant sur la production que sur la réception, les champs intellectuels nationaux et les catégories de perception et de pensée qu'ils imposent et inculquent.

C'est pourquoi les discussions qui s'instituent aujourd'hui directement (ce qui constitue déjà un progrès par rapport à la période antérieure, où les savants européens ne communiquaient que par Amérique interposée) restent si souvent artificielles et irréelles : les effets d'allodoxia qui résultent du décalage structural entre les contextes fournissent des ressources inépuisables aux polémiques de la mauvaise foi et aux condamnations mutuelles du pharisaïsme dans lesquelles excellent les essayistes médiocres et irresponsables tels que les inventeurs du mythe de « la pensée 68 » ou les dénonciateurs vertueux du « cynisme ». Il suffit d'avoir un peu de culture historique pour connaître la propension des petits intellectuels à s'instaurer en justiciers ou, plus exactement, en Fouquier-Tinville et en Jdanov, de droite ou de gauche, qui, comme on l'a vu, tout récemment, à propos de l'affaire Heidegger, substituent à la logique de la discussion critique, attachée à comprendre les raisons – ou les causes – de la pensée adverse, la logique du procès.

La Realpolitik de la raison que je ne cesse de défendre doit donc se donner le projet de travailler à créer les conditions sociales d'un dialogue rationnel. C'est-à-dire de travailler à élever la conscience et la connaissance des lois de fonctionnement des différents champs nationaux, les déformations du texte étant d'autant plus probables que l'ignorance du contexte d'origine est plus grande. Projet qui peut paraître banal aussi longtemps que l'on n'entre pas dans les détails de sa réalisation. Il s'agit en effet de produire une connaissance scientifique des champs de production nationaux et des catégories nationales de pensée qui s'y engendrent et de diffuser largement cette connaissance, à travers notamment les professeurs chargés d'enseigner les langues et les civilisations étrangères. Pour donner une idée de la difficulté de l'entreprise, il suffira d'indiquer qu'elle rencontrera sans doute son premier obstacle dans les sociologies spontanées des différences entre les traditions nationales que les « spécialistes » des échanges internationaux, germanistes et romanistes par exemple, produisent et reproduisent sur la base d'une familiarité mal armée et mal réfléchie et qui a souvent pour principe la condescendance amusée, si proche d'un racisme doux, de celui qui « les connaît bien », « à qui on ne la fait pas », et qui, « les trouvant affreux, les aime bien malgré tout » (attitude très fréquente chez les spécialistes de civilisations étrangères, « japonologues » ou « orientalistes »).

La liberté à l'égard des catégories nationales de pensée – à travers lesquelles nous pensons les différences entre les produits de ces catégories – ne peut venir que d'un effort pour penser, et rendre explicites, ces catégories ; donc d'une sociologie et d'une histoire sociale réflexives et critiques – au sens de Kant – qui se donneraient pour objet de porter au jour, pour les maîtriser, par une socio-analyse scientifique, les structures de l'inconscient culturel national, de dévoiler, grâce à l'anamnèse historique des deux histoires nationales, et plus spécialement, de l'histoire des institutions éducatives et des champs de production culturelle, les fondements historiques des catégories de pensée et des problématiques que les agents sociaux mettent en oeuvre, sans le savoir (« l'inconscient, c'est l'histoire », disait Durkheim), dans leurs actes de production ou de réception culturelles.

Rien n'est plus urgent que d'entreprendre une histoire comparée des différentes disciplines sur le modèle de ce qui a été fait, sous la direction de Isaac Chiva et Utz Jeggle, pour l'ethnologie. Seule en effet une histoire sociale comparée des sciences sociales peut libérer des modes de pensée hérités de l'histoire en donnant les moyens de s'assurer une maîtrise consciente des formes scolaires de classification, des catégories de pensée impensées et des problématiques obligées. Comme on le voit bien dans le cas de l'anthropologie, la comparaison fait apparaître comme arbitraire ou comme lié au contexte d'une tradition contingente tout ce qui était tenu pour nécessaire : les mots mêmes, ethnologie ou Volkskunde, qui désignent la discipline, sont chargés de tout un passé de traditions implicites qui fait que ces deux termes théoriquement équivalents sont séparés par toute l'histoire des deux champs. Comprendre adéquatement les objets et les programmes de recherche engagés dans ces deux disciplines, ce serait comprendre toute l'histoire du rapport qu'elles ont entretenu avec le champ politique, et que condense la différence entre le français « populaire » (Musée des arts et traditions populaires) et l'allemand « Volk » ou « völkisch », entre une tradition de gauche, liée à l'État et défendue contre une tradition de droite, vouée au folklore et au peuple à la manière de Le Play, et une tradition conservatrice, identifiant le peuple à la nation et à la Heimat ou à la Gemeinschaft paysanne. Ce serait comprendre aussi la position de la discipline dans l'espace hiérarchisé des disciplines : du côté des sciences positives, un peu méprisées, dans le cas de la France du côté de la « germanistique », dans le cas de l'Allemagne. Et examiner toutes les différences qui découlent de ces oppositions principielles.

Le système d'enseignement est un des lieux où, dans les sociétés différenciées, se produisent et se reproduisent les systèmes de pensée, l'équivalent, en apparence plus raffiné, de ce que sont les « formes primitives de classification », dont Durkheim et Mauss, en kantiens conséquents, faisaient l'inventaire, pour le cas des sociétés sans écriture et sans institution d'enseignement. Aux oppositions structurantes entre le sec et l'humide, l'est et l'ouest, le cuit et le cru, que recense le tableau des catégories de l'entendement archaïque correspondent les oppositions entre expliquer et comprendre ou entre quantité et qualité que l'histoire collective d'un système d'enseignement et l'histoire individuelle d'une trajectoire scolaire ont déposées dans l'entendement cultivé de chacun des produits achevés du système d'enseignement.

Ces systèmes d'opposition comportent des invariants (tels que les oppositions que je viens de citer par exemple et qui, à travers un enseignement philosophique profondément dominé par la tradition allemande, dans laquelle, si l'on en croit Ringer, elles se sont constituées, ont pénétré l'enseignement français) ; ils comportent aussi des variations nationales. Ou, plus exactement, les traditions dominantes dans chacune des nations peuvent donner des valeurs inverses aux termes des mêmes oppositions. Je pense par exemple à toutes les oppositions secondaires qui gravitent autour de l'opposition centrale, si importante dans la pensée académique allemande, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, entre la Kultur et la Civilization et qui servent à distinguer la tradition germanique, noble et authentique, de la tradition française, frelatée et superficielle : l'opposition, précisément, entre le profond ou le sérieux et le brillant ou le superficiel, ou l'opposition entre le fond et la forme, entre la pensée ou le sentiment et le style ou l'esprit, entre la philosophie ou la philologie et la littérature, etc. Opposition que la tradition dominante de la France (qui réconciliait l'hypokhâgne d'Henri IV, cœur du système scolaire, et la NRF, Alain et Valéry) reprenait à son compte, mais en inversant les signes : la profondeur devenant lourdeur, le sérieux pédantisme scolaire et le superficiel clarté française. Il faut avoir tout cela à l'esprit, – je veux dire, à la conscience, et non dans l'inconscient – pour comprendre que Heidegger est un Alain au système près – et inversement. Alors que le premier a pu être perçu, et utilisé en France comme l'antithèse parfaite du second...

Et de fait, par une de ces ruses de la raison historique qui rendent si difficile l'accès à la liberté intellectuelle, l'opposition mythique entre les deux traditions, allemande et française, s'est imposée autant à ceux qui se révoltaient contre elle, en chacun des pays, qu'à ceux qui la reprenaient naïvement à leur compte, à ceux qui entendaient trouver une forme de liberté à l'égard des formes de pensée imposées en inversant simplement le signe de l'opposition dominante, acceptée telle quelle par les nationalistes satisfaits. C'est ainsi qu'en Allemagne, pendant tout le XIXe siècle, et encore aujourd'hui (comment expliquer autrement certains succès de certains postmodernes ?...), nombre de jeunes intellectuels progressistes ont cherché dans la pensée française l'antidote à tout ce qu'ils détestaient dans la pensée allemande. Cependant que les jeunes français progressistes en faisaient autant dans l'autre sens. Ce qui ne laissait aux uns et aux autres que très peu de chances de se rencontrer en chemin...

En fait, s'il n'est pas question de nier l'existence de profonds nationalismes intellectuels, fondés sur de véritables intérêts intellectuels nationaux, il reste que les luttes internationales pour la domination en matière culturelle et pour l'imposition du principe de domination dominant – je veux dire pour l'imposition d'une définition particulière de l'exercice légitime de l'activité intellectuelle, fondée par exemple sur le primat de la culture, de la profondeur, de la philosophie, etc., plutôt que sur la civilisation, la clarté, la littérature, etc. – trouvent leur plus sûr fondement dans les luttes au sein de chaque champ national, luttes à l'intérieur desquelles la définition nationale (dominante) et la définition étrangère sont elles-mêmes mises en jeu, en tant qu'armes ou en tant qu'enjeux. On comprend que, dans ces conditions, les chassés-croisés et les quiproquos sont quasiment la règle. Il faut beaucoup d’indépendance intellectuelle et de lucidité théorique pour voir par exemple que Durkheim, en révolte contre le régime intellectuel dominant, dans lequel s'inscrit parfaitement Bergson, est « dans le même camp » que Cassirer (celui-ci rapproche explicitement, dans une note de The Myth of the State, ses « formes symboliques » des « formes primitives de classification » de Durkheim) contre qui Heidegger développe une variante de la Lebensphilosophie bergsonnienne… On pourrait multiplier les exemples de ces effets de chiasme qui, en favorisant des alliances ou des refus également fondés sur le malentendu, interdisent ou minimisent la cumulation des acquis historiques des différentes traditions et l'internationalisation (ou la « dénationalisation ») des catégories de pensée qui est la condition première d'un véritable universalisme intellectuel.