« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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mardi 1 avril 2025

Jean-Jacques Rosat, L'esprit du totalitarisme. 1984 et la pensée d’Orwell

 

Jean-Jacques Rosat 

L'esprit du totalitarisme

George Orwell et 1984

face au XXIè siècle 

Hors d'atteinte

Hors d'atteinte

Littératures

2025

 

Présentation de l'éditeur

Au-delà de son œuvre d’écrivain, Orwell a laissé une pensée politico-philosophique forte, cohérente et novatrice sur l’esprit du totalitarisme. Jean-Jacques Rosat la relie aux régimes totalitaires de la seconde génération, de Xi Jinping à Poutine en passant par des entreprises de domination des esprits à l’œuvre dans les démocraties libérales.Orwell était hanté par la crainte que les totalitarismes de son époque en engendrent d’autres. Ses idées offrent sur les régimes totalitaires d’aujourd’hui un éclairage qu’on ne trouve chez aucun autre auteur. C’est un penseur pour le XXIe siècle. « La morale à tirer de ce dangereux cauchemar est simple, déclarait-il en juin 1949 à propos de son roman: Ne permettez pas qu’il arrive. Cela dépend de vous. »

Agrégé de philosophie et ancien élève de l’ENS-Ulm, Jean-Jacques Rosat a enseigné la philosophie au lycée pendant vingt ans. Il a traduit La Connaissance objective de Karl Popper (Flammarion, 2009 [1991]) et publié un livre d’entretiens avec Jacques Bouveresse, Le Philosophe et le Réel (Hachette, 1998).

  

jeudi 2 décembre 2021

audio: Jean-Jacques Rosat, 1984 : la pensée d’un roman

 

audio: 
Jean-Jacques Rosat, 1984 : la pensée d’un roman
présenté par Véronique Chatenay-Dolto 
Citéphilo 
25 novembre 2021
Auditorium du Palais des Beaux-Arts
Lille

 

jeudi 14 janvier 2021

George Orwell, Mille neuf cent quatre-vingt-quatre (Nouvelle édition corrigée et augmentée)

 


George Orwell 

Mille neuf cent quatre-vingt-quatre 

Nouvelle édition établie par Thierry Discepolo 

Traduction de l’anglais par Celia Izoard 

Postface de Thierry Discepolo & Celia Izoard 

Agone

Littératures

2021

 

Présentation de l'éditeur

« Le pouvoir nous enseigne à rejeter l’évidence de nos yeux et de nos oreilles. C’est son commandement ultime, le plus essentiel. Winston sentit son cœur lui manquer à la pensée de la puissance démesurée qui était déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel le remettrait à sa place avec des arguments subtils qu’il serait incapable de comprendre, et plus encore de contrer.
   Et pourtant, il avait raison ! Ils avaient tort, il avait raison. Il fallait défendre les évidences, les platitudes, les vérités. Les truismes sont vrais, accrochons-nous à cela ! Le monde physique existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est liquide, tout objet lâché est attiré par le centre de la terre.
   Avec le sentiment de s’adresser à O’Brien, et aussi d’énoncer un axiome important, Winston écrivit : La liberté est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. »

Dans la mégapole d’une superpuissance mondiale, Winston Smith vit, cadenassé dans sa solitude, sous le regard constant du télécran. Employé au ministère de la Vérité, il réécrit quotidiennement les archives de presse pour les rendre conforme avec la ligne officielle du moment. Mais un jour, le petit employé de bureau se rebelle, commence un journal, tombe amoureux et flâne dans les quartiers où vivent les proles, soustraits à la discipline du Parti. Dans ces lieux où subsistent quelques fragments du passé aboli, il va s’engager dans la rébellion…

« Novlangue », « police de la pensée », « Big Brother »... Soixante-dix ans après la publication du roman de George Orwell, les concepts clés de 1984 sont devenus des références essentielles pour comprendre les ressorts totalitaires des sociétés contemporaines. Dans un monde où la télésurveillance s’est généralisée, où la numérisation a donné un élan sans précédent au pouvoir des grandes entreprises et à l’arbitraire des États, où le passé tend à se dissoudre dans l’éternel présent de l’actualité médiatique, le chef-d’œuvre d’Orwell est à redécouvrir dans une nouvelle traduction et une édition critique.

Parue pour la première fois au Québec en 2019 aux éditions de la rue Dorion (Québec), cette nouvelle version corrige les lacunes de la traduction initiale réimprimée à l’identique depuis 1950 (une quarantaine de phrases manquantes, de nombreux contresens) ; et, au contraire de la traduction « moderne » parue en 2018, restitue la dimension philosophique et la fulgurance politique du roman d’Orwell dans les termes que des millions de lecteurs se sont appropriés depuis plus d’un demi-siècle ; tout en rendant hommage à la dimension poétique de cette œuvre pleine d’humour, d’amertume et de nostalgie.

 

 

 

mercredi 14 octobre 2020

George Orwell, Œuvres

 


George Orwell
Œuvres
Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski 
avec la collaboration de Véronique Béghain, Marc Chénetier et Patrice Repusseau
Gallimard
Collection Bibliothèque de la Pléiade
2020
 
 
Présentation de l'éditeur
 

mardi 11 juillet 2017

écouter: Jean-Jacques Rosat, à propos de George Orwell


écouter: Jean-Jacques Rosat, à propos de George Orwell

Peut-on dire la vérité en littérature ?
Avoir raison avec George Orwell par Brice Couturier, 04.07.2017
La novlangue, instrument de destruction intellectuelle
Avoir raison avec George Orwell par Brice Couturier, 06.07.2017





lundi 8 juillet 2013

en ligne: Agone 45, George Orwell, entre littérature et politique


en ligne: Agone 45, George Orwell, entre littérature et politique
Coordination Olivier Esteves & Jean-Jacques Rosat

lundi 22 octobre 2012

James Conant, Orwell ou le pouvoir de la vérité

James Conant
Orwell ou le pouvoir de la vérité
Traduit de l’anglais et préfacé
par Jean-Jacques Rosat
AGONE
2012

Présentation de l'éditeur
Pour Orwell, « le concept de vérité objective est celui de quelque chose qui existe en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment ». Le plus effrayant dans le totalitarisme n’est pas qu’il commette des « atrocités » mais qu’il s’attaque à ce concept. Pourtant, cette perspective d’un monde d’où l’idée de vérité objective aurait disparu n’effraie guère la plupart des intellectuels de gauche. Qu’ils se réclament de Rorty le « libéral » ou de Foucault le « subversif », ils y travaillent activement en proclamant que ces idées sont dépassées, dogmatiques et finalement réactionnaires.
Cet essai montre que « préservation de la liberté et préservation de la vérité représentent une seule et indivisible tâche, commune à la littérature et à la politique ». Celle-ci ne présuppose aucun postulat métaphysique mais seulement la reconnaissance du rôle fondamental que joue dans nos vies le concept commun et ordinaire de « vérité ».
De tels débats ne sont pas « purement philosophiques ». O’Brien, le dirigeant politique qui torture méthodiquement le héros de 1984, n’est pas un colonel parachutiste mais un philosophe cultivé, ironiste et courtois, professant qu’il n’y a pas de réalité objective et que « tout est construit ».
James Conant enseigne la philosophie à l’université de Chicago. Il est l’auteur d’essais qui ont constitué un tournant dans l’interprétation contemporaine de Wittgenstein, et de nombreux travaux notamment sur Kant, Emerson, Nietzsche, Kierkegaard, William James, Frege, Carnap, Cavell. On peut lire de lui en français une longue introduction à Hilary Putnam, Le Réalisme à visage humain, Seuil, 1994, p. 17–107.

mercredi 4 avril 2012

en ligne: Jean-Jacques Rosat, Chroniques orwelliennes


Jean-Jacques Rosat
Chroniques orwelliennes
Collection :Rationalité, vérité et démocratie
site éditorial « La philosophie de la connaissance au Collège de France »
2012


 

Les articles, préfaces et conférences ici réunis sont les chroniques d’une réflexion engagée depuis 2003 sur les idées et les écrits de George Orwell. Cette recherche s’est développée principalement selon trois axes.
(1) Le penseur politique. Sur les relations entre liberté et vérité, les mécanismes du contrôle des esprits, la « décence commune » comme ressort fondamental de l’action, l’importance décisive des expériences politiques et du langage permettant de les dire, ou la critique des formes de domination qu’exercent les intellectuels, l’originalité de ses idées et leur fécondité pour la réflexion contemporaine sont évidentes.
(2) Le militant politique. Quel a été son itinéraire et quelles positions a-t-il défendues. Loin d’avoir été celles de l’« anarchiste tory » qu’on prétend souvent, sa pensée et son action se sont inscrites dans un courant politique aujourd’hui largement refoulé : la gauche socialiste révolutionnaire dissidente, antistalinienne, radicale et égalitaire.
(3) L’écrivain politique. Quelles sont ses idées sur les relations entre littérature et politique, et comment les a-t-il mises en pratique dans son activité de romancier, journaliste, essayiste et critique littéraire ? Il l’a déclaré en 1946 : « Ce que j’ai voulu plus que tout, c’est faire de l’écriture politique un art. »

  • Avant-propos [Texte intégral]
  • Chronique 1
    Réflexions sur 1984
    1. Quel genre de roman est 1984 ? • 2. L’expérience de lecteur du roman comme source de connaissance • 3. Quel genre de connaissance nous donne 1984 ?
  • Chronique 2
    Orwell et la défense de l’homme ordinaire
    1. Il y a un monde ordinaire • 2. Qui est l’homme ordinaire ? • 3. L’homme totalitaire • 4. Le totalitarisme, « vœu secret de l’intelligentsia » • 5. « Honnêteté commune » et politique • 5. Le patriotisme des déracinés • 6. Devenir des intellectuels ordinaires
  • Chronique 3
    1. Un itinéraire politique et littéraire • 2. Qu’est-ce qu’une expérience politique ? • 3. Ni anarchiste ni tory • 4. Les motifs d’être socialiste • 5. L’homme ordinaire et la décence commune • 6. Le différend Chomsky-Foucault
  • Chronique 4
    Quelques notes de lecture
    1. Orwell et la critique littéraire • 2. Ni artiste pur, ni écrivain engagé • 3. Écrire à partir de ses expériences politiques • 4. Littérature et totalitarisme • 5. Deux défenses de la littérature • 6. Le critère de la durée • 7. Les bons mauvais livres • 8. « Tout art est propagande » • 9. Comment Orwell lit Dickens • 10. Contre l’immunité artistique • 11. La maxime de sincérité • 12. Le libéralisme, condition de possibilité de la littérature • 13. La tension irréductible entre politique et littérature
  • Chronique 5
    Préface à Orwell, À ma guise.
    1. La critique du journalisme • 2. La réinvention de la chronique • 3. « Dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre » • 4. Journalisme et combat politique
  • Chronique 6
    1. L’humiliation sociale et l’exigence d’égalité • 2. Classe sociale et identité • 3. L’égalitarisme • 4. Classe, race et nation • 5. La lutte de classes : lutte pour la richesse ou pour le pouvoir ?
  • Chronique 7
    Sur le contrôle des esprits [Texte intégral]
    1. Le nouveau contrôle des esprits • 2. Théorie, littérature et expérience • 3. Première objection : en quoi ce mode de domination est-il nouveau ? • 4. Deuxième objection : nous avons déjà le concept d’« idéologie dominante » • 5. Troisième objection : le concept de totalitarisme est un concept contesté • 6. Ce mode de domination peut s’articuler à des systèmes économiques, sociaux et politiques très divers • 7. Critiquer son propre camp
  • Chronique 8
    Ni anarchiste ni tory [Texte intégral]
    Orwell et « la révolte intellectuelle »
    1. Hétérodoxie et vérité • 2. Pourquoi Orwell n’est pas devenu un Waugh • 3. Orwell et l’échec du socialisme • 4. « Anarchiste tory » ? L’enjeu du débat • 5. « La révolte intellectuelle » • 6. Premier débat : optimisme contre pessimisme • 7. Deuxième débat : La question philosophique et politique du bonheur • 8. Troisième débat : socialisme et religion • 9. La définition orwellienne de l’anarchisme tory. Orwell contre Swift
  • Chronique 9
    1. Qu’est-ce qu’un libéral ? • 2. Libéralisme, socialisme, anarchisme • 3. « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre » • 4. A-t-on besoin d’une théorie en politique ? • 5. Des intellectuels ordinaires
  • Chronique 10
    Comment Eric Blair est devenu George Orwell
    1. Sur quelques malentendus concernant George Orwell • 2. La route de Mandalay à Wigan • 3. Ceux qu’Eric Blair n’est pas devenu
  • Chronique 11
    1. La violence d’un grand écrivain • 2. Quelques mots sur Les Géorgiques • 3. La structure du chapitre IV des Géorgiques • 4. Trois méthodes de réécriture et leurs effets • 5. Orwell et O
  • Abréviations • Ouvrages

  • Maitre de conférences en philosophie au Collège de France, attaché à la chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance.

samedi 30 avril 2011

revue Agone 45, George Orwell, entre littérature et politique

Agone 45
George Orwell, entre littérature et politique
Agone
2011
Numéro issu du premier colloque consacré à George Orwell en France, à l’université de Lille III, en mars 2010 : « Orwell, une conscience politique du XXe siècle ». voir les videos du colloque


Présentation de l'éditeur

Orwell n’a peut-être pas été ce prophète que d’aucuns aimeraient voir en lui, mais sa critique de la gauche offre toujours une base à partir de laquelle repenser la crise des gauches contemporaines. L’honnêteté sans faille de cette critique, la haine de tout ce qui prend l’apparence du politique en éludant les vraies questions ne nécessitent qu’un léger ajustement aujourd’hui.
Ce qui mérite d’être ravivé, dans ce monde mielleux de tolérance, de réforme modeste et de gauche « propre sur elle », c’est la colère qu’Orwell puisait dans sa haine de l’indécence. La disparition des pauvres et des parias du discours politique montre que la gauche, au bout du compte, accepte les distinctions de classe. Il nous faut réapprendre auprès d’Orwell cette décence qui naît de la colère : son indignation face à l’état du monde, mais également face aux excès des intellectuels de gauche, qui, à bien des égards, ont l’indécence d’ignorer le « peuple » et ses contradictions.


SOMMAIRE
Orwell le moderniste, Patricia Rae
Comme John Rodden nous l’a rappelé dans un livre novateur publié en 1989 sur la réputation de George Orwell, quantité d’étiquettes lui ont été appliquées : « La Voix de la Vérité », « le Rebelle », « l’Homme ordinaire », « le Prophète », « l’Homme vertueux », ou encore « le Saint ». Les critiques en ont ajouté une myriade d’autres, souvent contradictoires en apparence : le Socialiste, le Libéral, le Conservateur, l’Anarchiste Tory. Dans cet article, je me propose d’ajouter à cette liste une épithète qui pourrait même réconcilier certaines de ces appellations contradictoires : le Moderniste. Selon moi, Orwell a sa place aux côtés d’auteurs comme Joseph Conrad, James Joyce, T.S. Eliot, T.E. Hulme et Ezra Pound, qui sont autant de figures canoniques du modernisme littéraire anglo-américain.
Ni anarchiste ni tory. Orwell et « la révolte intellectuelle », Jean-Jacques Rosat
Qu’est-ce qui a détourné Orwell de l’anticonformisme de droite d’un Swift ou d’un Waugh, un destin politique qui était particulièrement probable étant donné ses origines sociales, son éducation, et ce qu’il était à dix-huit ans ? (On se souvient du portrait qu’il a rétrospectivement tracé de lui-même : « À dix-sept, dix-huit ans, j’étais à la fois un petit snob poseur et un révolutionnaire. Je n’hésitais pas à me parer de la qualité de “socialiste”, mais il m’était toujours impossible de me représenter les ouvriers comme des êtres humains. J’ai l’impression d’avoir passé une moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste, et l’autre moitié à pester contre les receveurs d’autobus. »)
À mon avis, trois choses au moins l’ont détourné de cette trajectoire : (1) un ensemble de sentiments moraux et sociaux égalitaires, profondément enracinés dans sa propre expérience ; (2) un rapport politique, et non intellectuel ou théorique, au politique : son souci premier n’était pas les idées mais la volonté et l’action ; (3) une analyse rationnelle de l’état du monde en 1936.
Le peuple d’Orwell, John Crowley & S. Romi Mukherjee
La référence au « peuple » est omniprésente dans l’œuvre d’Orwell, aussi bien dans ses romans que dans ses essais et articles. Une certaine idée du « peuple » est sous-jacente à ses nombreuses remarques sur des entités collectives plus concrètes comme la classe ouvrière ou la classe moyenne, ou sur des figures représentatives comme le travailleur, l’homme de la rue ou « celui qui gagne cinq livres par semaine », ou encore sur des notions comme celles de décence commune et de sens commun.
Pourtant, loin d’être systématique ou même cohérent, le populisme politique d’Orwell est avant tout un espace conflictuel, un espace de lutte. Cette lutte résulte de son refus d’invoquer un « peuple » abstrait, messianique et utopique, et de son attention constante aux hommes et aux femmes tels qu’ils sont, à leurs odeurs, leurs angoisses, leur laideur et leurs espoirs. Cette lutte représente bel et bien la tentative opiniâtre d’Orwell pour affronter l’impossibilité apparente d’une conscience politique véritable.
George Orwell et la question palestinienne, Giora Goodman
Cet article analyse l’attitude de George Orwell vis-à-vis du sionisme et de la question palestinienne – un sujet qui, aujourd’hui comme de son vivant, n’est pas sans susciter émotions et controverses au sein des milieux de gauche. Si quelques études ont été publiées sur son attitude par rapport aux Juifs et à l’antisémitisme, il reste que sa position sur la question palestinienne mérite qu’on y regarde de plus près, principalement pour deux raisons. Premièrement, sur ce sujet comme sur d’autres, les opinions d’Orwell – où domine l’antisionisme – le plaçaient en porte-à-faux par rapport à beaucoup d’intellectuels de gauche de son époque, qui comptaient pour certains parmi ses amis les plus proches, et pour d’autres parmi ses alliés politiques. D’autre part, il a exprimé ces opinions alors que le conflit palestinien connaissait une véritable flambée en cette dernière décennie du mandat britannique – moment historique clef dont, faut-il le rappeler, les conséquences se font sentir aujourd’hui encore.
L’anticolonialisme de George Orwell et Bertrand Russell, Olivier Esteves
Je propose d’étudier ici la pensée anticolonialiste de ces deux intellectuels, en prenant en compte le contexte historique dans lequel chacun d’eux a ­évolué : en effet, si Russell a été témoin de la guerre des Boers (1899–1902) avant de pourfendre, une soixantaine d’années plus tard et notamment pendant sa période dite « guévariste », l’impérialisme américain au Vietnam, l’anticolonialisme d’Orwell s’est surtout nourri de son expérience en Birmanie (1922–1927) et de celle des années 1920 et 1930, avant qu’il puisse assister, au soir de sa vie, à la partition de l’Inde (1947). On n’oubliera pas que, malgré toutes les affinités qui seront relevées, la question de l’Empire est proprement centrale chez Orwell, tandis qu’elle se trouve, chez Russell, en quelque sorte subsumée dans une réflexion plus générale sur des questions aussi diverses que la technologie et l’industrialisme, le libre-échange, les droits de l’homme, la nature du pouvoir, la démocratie et l’internationalisme.
La fabrication d’une icône : « Orwell l’européen », Christophe Le Dréau
Au mois de janvier 1947, la rédaction de Partisan Review envoie une ­proposition éditoriale à quelques auteurs qui incarnent la gauche anti­stalinienne : Arthur Koestler, James Burnham, Granville Hicks, Arthur Schlesinger, Victor Serge et George Orwell. Elle leur demande d’y ­répondre sous la forme de contributions qui sont toutes publiées sous un titre ­identique, « The Future of Socialism ».
Au-delà du sous-titre « Toward European Unity », à première vue sans ambiguïté et qui résonne comme un programme, le contenu de l’article d’Orwell est assez problématique. Il défend avant tout le socialisme et George Orwell s’y montre assez critique à l’égard de l’Europe : s’il approuve le slogan « États-Unis d’Europe », il ne croit absolument pas à sa réalisation ; c’est pour lui un beau rêve, un slogan parfait mais utopique. Donc, si l’unité européenne pourrait être un moyen, elle n’est en aucun cas une fin. L’unité européenne n’est pas bonne en soi ; elle serait bonne si elle devenait le moyen d’imposer le socialisme démocratique en Europe.
French Orwellians ? La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, François Bordes
Dans l’étrange et spectaculaire reconnaissance de la figure d’Orwell, le patient travail de lecture et d’interprétation, les enquêtes minutieuses que peuvent mener les historiens et les philosophes avec leurs modestes moyens restent d’une évidente nécessité. À son échelle, le présent article propose d’apporter quelques éléments sur la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, de 1945 à 1948. Il espère ainsi éclairer un peu cette « énigme » que constitue la situation longtemps faite en France à cette œuvre majeure.
Existe-t-il un courant orwellien en France ? George Orwell, cette grande « conscience politique du XXe siècle », a longtemps été méconnu en France où son œuvre fut le plus souvent réduite à 1984. Ce n’est qu’à partir du « moment antitotalitaire » des années 1970 et du chantier éditorial lancé par les éditions Champ libre que la situation d’Orwell s’est réellement « débloquée ». Il faut donc repartir de ce moment-là.
Un peu partout avec G. Orwell, interview de George Orwell par William G. Corp
HISTOIRE RADICALE
Lewis Mumford, philosophe de l’environnement, présentation par Charles Jacquier
Pour une technologie démocratique, Lewis Mumford
Lewis Mumford, un écologiste nord-américain oublié, Ramachandra Guha

samedi 18 décembre 2010

à paraître: Agone 45, George Orwell, entre littérature et politique


Agone 45
George Orwell, entre littérature et politique
Agone
À paraître le 15/04/2011 
Numéro issu du premier colloque consacré à George Orwell en France, à l’université de Lille III, en mars 2010 : « videos du colloque  Orwell, une conscience politique du XXe siècle ».

Tout ce que j’ai écrit d’important depuis 1936 a été écrit contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique. Dans une époque comme la nôtre, il me paraît inimaginable que l’on puisse s’abstenir d’aborder ces problèmes. Toute la question est de savoir quel camp on choisit et quelle méthode on adopte. Et plus on a conscience de ses propres partis pris politiques, plus on a de chances d’agir politiquement sans rien renier de sa personnalité esthétique ou intellectuelle. Ce à quoi je me suis le plus attaché au cours de ces dix dernières années, c’est à faire de l’écriture politique un art à part entière. Ce qui me pousse au travail, c’est toujours le sentiment d’une injustice et l’idée qu’il faut prendre parti. C’est toujours là où je n’avais pas de visée politique que j’ai écrit des livres sans vie.
De 1936 à sa mort en 1950, Orwell a inscrit sa réflexion dans une culture politique aujourd’hui largement refoulée, émanant de petits groupes qui ont pris acte, dès les années 1930, du double échec historique du mouvement ouvrier et révolutionnaire sans cesser pour autant de chercher les voies d’une transformation socialiste de la société.
Au sommaire
La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France, François Bordes
Russell, Orwell et l’impérialisme britannique, Olivier Estèves
Orwell et la question de la Palestine, Giora Goodman
George Orwell, icône de l’Europe unie, Christophe Le Dréau
Le peuple d’Orwell, John Crowley et S. Romi Mukherjee
Orwell moderniste, Patricia Rae
Orwell et la révolte intellectuelle, Jean-Jacques Rosat
Histoire radicale
Dossier « Ville & écologie. Retour sur Lewis Mumford »
Pour une technologie démocratique, Lewis Mumford
Lewis Mumford : un écologiste nord-américain oublié, Ramachandra Guha

vendredi 17 décembre 2010

videos: Colloque "George Orwell, une conscience politique au XXe siècle"

videos: Colloque "George Orwell, une conscience politique au XXe siècle", Lille, 19-20 mars 2010.



Vendredi 19 mars 2010
Atelier 1 : L’identité politique d’un intellectuel


Atelier 2 : Témoin de son temps
 
Charles Holdefer (Université de Poitiers), “ ‘As surely doomed as the hippopotamus’, George Orwell and the anachronistic writer”

 Joseph Maslen (University of Manchester), “Inside the whale of British communism”

Antoine Capet (Université de Rouen), “George Orwell and the ‘phoney left’, 1939-1945”

Atelier 3 : Adapter Orwell
 
Dominic Cavendish (The Daily Telegraph, metteur en scène) : “Coming Up for Air revisited, Orwell, England, and the idea of escape”


Samedi 20 mars
Atelier 4 : Orwell et l’étranger

Giora Goodman (Kinneret College, Israel), “George Orwell and the question of Palestine”

François Bordes (IEP Paris), « La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France au début de la guerre froide »

Christophe Le Dréau (IEP Paris), « George Orwell, icône de l’Europe unie »

Dolores Martin (Cité des Sciences et de l’industrie), “George Orwell’s Homage to Catalonia, Rethinking the Spanish Civil War”

Atelier 5 : L’art orwellien
 
Marina Rémy Abrunhosa (Université de Paris 4) : “Face-to-face encounters in Orwell’s early works : an easthetics of the contemporary”

John Crowley (UNESCO), S. Romi Mukherjee (Institut d’Etudes Politiques de Paris/ Université de Chicago) : “Orwell’s people”

  Patricia Rae (Queen’s University, Ontario), “Modernist Orwell”

  John Baxendale (Sheffield University), “Orwell and Priestley : two ways of being a left-wing writer in XXth century England”

Nick Cohen (The Guardian), “George Orwell and the British left today”

Jeremy Tranmer (Nancy 2), “Big brother watching friends and foes ? George Orwell and the British Left”

Philippe Vervaecke (Université de Lille III), “Orwell as heritage. Commemorations of Orwell in contemporary Britain, c. 1994-2010”

jeudi 8 avril 2010

28 mai, colloque organisé par Jacques Bouveresse - Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky

Vendredi 28 mai, colloque organisé par le Pr. Jacques Bouveresse
Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky

Collège de France
Amphithéâtre Marguerite de Navarre
11 place Marcelin-Berthelot, Paris 5ème

Accès libre sans réservation dans la limite des places disponibles.

Ce colloque sera intégralement retransmis en direct (vidéo) sur le site web du Collège de France

Des vidéos intégrales en français et en anglais seront téléchargeables une semaine plus tard sur la page de la chaire de Philosophie du langage et de la connaissance.

Programme

9 heures : Jean-Jacques ROSAT, maître de conférences au Collège de France
Russell, Orwell, Chomsky : une famille de pensée et d’action

10 heures : Pascal ENGEL, professeur à l’université de Genève
La vérité peut-elle survivre à la démocratie ?

11 heures : Pause

11h15 : Thierry DISCEPOLO, directeur de la revue et des éditions AGONE
Tout ça n'est pas seulement théorique. Notes sur la pratique d'une ligne éditoriale

14 heures : Jacques BOUVERESSE, professeur au Collège de France
Bertrand Russell, la science, la démocratie et la poursuite de la vérité

15 heures : John NEWSINGER, professeur à Bath Spa University
George Orwell and Democratic Socialism (conférence en anglais)

16 heures : Noam CHOMSKY, professeur au MIT
'Power-hunger tempered by self-deception' (conférence en anglais)

17 heures : Discussion générale

18 heures : Fin du colloque