« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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samedi 21 octobre 2023

en poche: Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Libre-Échange

 


Pierre Bourdieu
Hans Haacke
Libre-Échange 
Points
Essais
2023 

Contre la multinationale néoconservatrice des nouveaux croisés de la culture occidentale, pourfendeurs du relativisme et de l’avant-gardisme, contre les intrusions perverses du patronage d’État, contre le nihilisme esthète des révolutionnaires en trompe-l’œil, comment affirmer l’indépendance de l’intellectuel et de l’artiste critiques, capables d’engager les ressources les plus raffinées de la recherche formelle dans la défense de la liberté créatrice, comment sauvegarder les franchises de cet univers de libre-échange qu’est et doit être le monde des artistes, des écrivains et des savants ? Telles sont quelques-unes des questions dont l’artiste et le sociologue débattent ici, avec le franc-parler qui devrait, selon eux, être de règle dans tous les échanges intellectuels.

Pierre Bourdieu (1930-2002)

Professeur au Collège de France, il a écrit de nombreux ouvrages qui ont une influence majeure dans les sciences sociales aujourd’hui.

Hans Haacke

Artiste. Né en 1936 en Allemagne, il vit à New York depuis 1965. Un grand nombre d’expositions lui sont consacrées dans les musées internationaux.

 

vendredi 25 novembre 2022

Publications de Pierre Bourdieu, dans la revue Art Press

 

Publications de Pierre Bourdieu, dans la revue Art Press

 

 

 (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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La photo de mariage (entretien avec Carole Naggar), dans Contrejour, N°9, 1976, aussi La photographie de mariage  , Art Press International, octobre 1978, N°21

Pierre Bourdieu , à propos des Règles de l'art,  Cinémathèque française,  le 15 décembre 1992, vingtième anniversaire d’Art Press, avec Philippe Sollers, Art Press, film de Jean-Paul Fargier, 1992

entretien avec Inès Champey, Pour une science des œuvres, Art Press, spécial 20 ans, novembre 1992, p.124-129


entretien avec Inès Champey, "Résistance" (sur Patrick Saytour), Art Press , 181 (Juin 1993), p.58-60

C'est trop beau, in Art Press, 184, octobre 1993, p.5,7, aussi Comme aux plus beaux jours des années 30, in Liber-Revue européenne des livres, 16, décembre 1993, aussi in Libre-Echange, Seuil/Presses du réel, 1994, p.117-119, aussi in  Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Free Exchange , Polity press, 1995

 

 

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voir également:

Voir également: Publications de Pierre Bourdieu: dans Études rurales, Sociologie du travail, Les Temps Modernes , Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Sociologie et sociétés, Art Press, Les Cahiers du Musée national d'art moderne, Liber, Regards Sociologiques, Awal

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de la Photographie

Pierre Bourdieu: entretiens avec Inès Champey, et publications d'Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Marcel Duchamp, Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren et Andrea Fraser

 

 

 

dimanche 5 janvier 2020

en ligne: Penser l'art et la culture avec les sciences sociales. En l'honneur de Pierre Bourdieu Sous la direction d'Eveline Pinto



Sous la direction d'Eveline Pinto
Publications de la Sorbonne
Philosophie
2002


Présentation de l'éditeur
Séminaire 2001-2002 : Centre de recherche sur la philosophie des activités artistiques contemporaines
« À Pierre Bourdieu, la philosophie reconnaissante ». Préfacé par Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, ce livre réunit les travaux d’un séminaire dirigé par Eveline Pinto, professeur de philosophie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ils visent à mesurer l’apport des sciences sociales à la philosophie de l’art, et à expliquer pourquoi il est devenu impossible de penser les biens de culture autrement qu’avec les catégories construites par le sociologue brutalement disparu. Christophe Charle, professeur d’histoire à l’Université Paris I, rend hommage à celui dont il fut l’élève en ajoutant à l’ouvrage son premier exposé au séminaire du maître à l’ENS Ulm, sur Zola, de la figure du savant à celle du prophète.
Il y a comme un effet de réverbération entre des textes (études théoriques et analyses de cas) qui partagent les mêmes orientations épistémologiques.
Littérature et sciences, même visée ? Par une pratique qui unit la critique littéraire et la réflexivité critique, Pierre Bourdieu montre leur convergence jusqu’à un certain point (Eveline Pinto). Vues d’Allemagne, les études littéraires en France ont paru longtemps décalées, jusqu’au moment où, grâce à leurs liens avec les sciences sociales, elles ont comblé leur retard (Joseph Jurt). À propos de « l’économie temporelle de la représentation théâtrale », est analysée la relation entre spectateurs et acteurs en termes d’attentes réciproques (Emmanuel Bourdieu). De l’écrivain de l’État monarchique à l’intellectuel moderne, l’évolution de cette figure apparaît étroitement liée à l’histoire de l’autonomisation du champ littéraire (Gisèle Sapiro).
Les cas étudiés sont tous empruntés à la modernité littéraire et artistique : la naissance d’Ibsen, écrivain européen (Pascale Casanova) ; Proust, sociologue du particulier, dans la confrontation de l’habitus bourgeois et aristocratique (Jacques Dubois) ; Mallarmé/Manet et le face-à-face de l’artiste et de son public à l’âge des foules (Pascal Durand) ; les usages politiques paradoxaux de la référence à Sade dans le champ littéraire de l’après 1945 (Anne Simonin) ; l’autonomie de l’artiste affirmée par Hans Haacke (Inès Champey).



vendredi 5 janvier 2018

Pierre Bourdieu: Entretiens avec une critique d'art (Inès Champey) et une critique littéraire (Pascale Casanova)



Pierre Bourdieu 
Entretiens avec 
une critique d'art (Inès Champey
et 
une critique littéraire (Pascale Casanova)






(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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Pierre Bourdieu: entretiens avec Inès Champey, et publications d'Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art

Pierre Bourdieu: entretiens avec Pascale Casanova, et Pascale Casanova à propos de Bourdieu





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voir également:

Pierre Bourdieu: Entretiens avec des écrivain-e-s (Morisson, Grass) et un artiste (Haacke)

Pierre Bourdieu: Entretiens avec des historiens

Pierre Bourdieu: Entretiens avec des ethnologues et anthropologues

Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Marcel Duchamp, Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren et Andrea Fraser

Publications de Pierre Bourdieu, sur Manet

 
Publications de Pierre Bourdieu: autour de la revue Liber- Revue européenne des livres (Revue internationale des livres à partir de 1994)

Interventions de Pierre Bourdieu: avec le Parlement International des Ecrivains 

Publications de Pierre Bourdieu: autour du livre Les règles de l'art  



vendredi 3 avril 2015

Initiales n° 05 – Initiales A.F. (Andrea Fraser)

Initiales n° 05 Initiales A.F. (Andrea Fraser)
Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon
2015

Présentation de l'éditeur
Le cinquième numéro de la revue d'art et de recherche « rétro-prospective » est consacré à l'artiste et performeuse Andrea Fraser, figure clé de l'art des années 1990 et 2000 et du courant de la « critique institutionnelle » (une monographie complétée par une grande enquête sur l'espace critique réalisée auprès d'une cinquantaine d'artistes, critiques et philosophes internationaux).
Très influencée par la pensée de Pierre Bourdieu (qui signa la préface de son anthologie de textes) et porte-parole d’une critique institutionnelle « deuxième génération », qui après les travaux menés par Daniel Buren, Hans Haacke ou Michael Asher, a élargi la réflexion à d’autres espaces et acteurs institutionnels, ainsi qu’à des méthodologies empruntées à d’autres champs, Andrea Fraser fait partie de ceux qui, au tournant des années 2000, s’est interrogée sur la réconciliation entre la question des affects, du sujet, et celle de l’institution.
Cette question centrale dans le travail de Fraser s’incarne chez elle, dans les changements d’identité et les attributs dont elle se pare : costume strict et «genré» de médiatrice de musée (Museum Highlights - 1989) ; tenue d’Eve quand elle se vend, littéralement, à son collectionneur (Untitled -2003) ; visage nu et en pleurs quand ce sont ses affects d’artiste qu’elle met en pâture chez son psychanalyste (Projection – 2008). A travers ses textes et performances, Andrea Fraser décortique les mécanismes à l’œuvre dans le champ de l’art, son contexte économique, social et politique pour mieux en révéler les ressorts cachés.
Au sommaire de cet Initiales AF, qui a bénéficié du concours actif et précieux de Marie de Brugerolle, la traduction de trois textes inédits en français d’Andrea Fraser, ainsi qu’un grand entretien inédit avec elle ; des essais de Kader Attia, François Cusset, Inès Champey, Ida Soulard, Vincent Normand ; des contributions visuelles signées Philippe Durand, Jean-Luc Moulène, Gerald Petit ou Jean-Baptiste Sauvage. Un cahier spécial dédié à l’actualité et aux formes de l’espace critique vient compléter le numéro. Il comprend des contributions inédites de Dora Garcia, Thomas Hirschhorn, Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós (le peuple qui manque), Council, Yann Moulier Boutang, Michel Surya etc.


jeudi 3 octobre 2013

Inès Champey et Christian Besson, Patrick Saytour

Patrick SAYTOUR
IAC Editions
2013

Visite d'atelier, texte de Christian Besson
Patrick Saytour, texte de Inès Champey
Œuvres choisies 1967-1977 / 2005-2013
Une biogaphie
Une liste des expositions
Une bibliographie
Il existe une version anglaise de cet ouvrage

Extrait:
Patrick Saytour a contribué à une remise en question collective du tableau et de la peinture à la fin des années 1960 comme membre fondateur du mouvement Supports/Surfaces. Ce qui dès cet instant caractérise son œuvre, et en constituera le fil rouge, est un lien circulaire et indivisible unissant la théorie et la pratique. La trajectoire artistique de Saytour prend appui sur des remises en question qui consistent chaque fois pour leur auteur à « s’y prendre autrement », et l’on pourrait aussi bien dire que ce sont le désir et la décision de « s’y prendre autrement » qui conduisent à ces remises en question. 
Plutôt que de théorie proprement dite, peut-être serait-il plus juste de parler réflexivité critique et autocritique. Quoi qu’il en soit, les enjeux de la pratique artistique de Saytour touchent aux problématiques les plus fondamentales : celles du statut de l’œuvre d’art et de l’artiste.  

Ouvrage publié à l'occasion de l'exposition éponyme programmée à la galerie Bernard Ceysson Luxembourg, du 21 septembre au 16 novembre 2013.


vendredi 4 mai 2012

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à la Culture, à l'Art et à la Littérature



en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à la Culture, à l'Art et à la Littérature




Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 09.08.2014, Gilbert Quélennec)
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Publications de Pierre Bourdieu: autour de Manet. Une révolution symbolique. Cours au Collège de France (1998-2000)



en ligne: Pierre Bourdieu, autour du livre Libre-Echange (avec Hans Haacke)



Pierre Bourdieu, autour de The Field of Cultural Production. Essays on Art and Literature



en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Règles de l'art



Pierre Bourdieu, autour de Economia bunurilor simbolice, 1986



en ligne: Pierre Bourdieu, autour de La distinction



en ligne: Pierre Bourdieu, autour d' Un art moyen et de L'amour de l'art



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voir également:
en ligne: Publications de Pierre Bourdieu sur: le champ littéraire, le champ artistique, la musique

en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de Marcel Duchamp, Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren et Andrea Fraser

en ligne: Pierre Bourdieu, sur Manet

en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de Flaubert

Pierre Bourdieu, à propos de Balzac, Baudelaire, Zola, Mallarmé, Gide, Proust, Apollinaire, Joyce, Woolf, Kafka, Faulkner, Ponge, Gombrowicz, Simon, Bernhard

en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de Beethoven et de Boulez + publications de Bourdieu sur la musique

en ligne: Pierre Bourdieu, interventions pour le Parlement international des écrivains

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de la revue Liber

publications de Pierre Bourdieu sur la sociologie du langage

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'Enseignement

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'Économie

dimanche 4 mars 2012

Publications de Pierre Bourdieu: autour du livre Libre-Echange avec Hans Haacke, et Haacke à propos de Bourdieu (vidéo de la présentation de l'ouvrage à la télévision en 1994)

Publications de Pierre Bourdieu
autour du livre 
Libre-Echange 
avec Hans Haacke, Seuil/Presses du réel, 1994
 en poche: Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Libre-Échange, aux éditions Points, Collection Essais, 2023
 
 
et Haacke à propos de Bourdieu




 Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, augmentée le 21.10.2023, Gilbert Quélennec
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Pierre Bourdieu, à propos de Hans Haacke, et autour du livre Libre-Echange
 

The Corporatism of the Universal: The Role of Intellectuals in the Modern World', (Turin mai 1989) Telos 81, 1989, 99-11, aussi Fourth Lecture. Universal Corporatism: The Role of Intellectuals in the Modern World, 6 octobre 1989, in Anthropologie transdisciplinaire (H. Kato (éd.), Fujiwara, 1990, aussi in Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), (pp. 655-669) , aussi Der Korporatismus des Universellen in Die Intellektuellen und die Macht, I. DÖlling (éd.), VSA-Verlag, 1991,  aussi Pour un corporatisme de l'universel in Les Règles de l'art, aussi Pour une internationale des intellectuels, in Politis, 1 hiver 1992, p.9-15, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.257-266

Invitation à la sociologie réflexive (avec Loïc Wacquant) , deuxième édition, traduction intégrale, corrigée et augmentée, (première édition en 1992 au Seuil dans une version abrégée), Seuil, Collection Liber, 2014, p.156-157

Les murs mentaux, (Berlin, 2 octobre 1992), Liber-Revue européenne des livres, n° spécial,janvier 1993, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002, p. 276

C'est trop beau, in Art Press, 184, octobre 1993, p.5,7, aussi Comme aux plus beaux jours des années 30, in Liber-Revue européenne des livres, 16, décembre 1993, aussi in Libre-Echange, Seuil/Presses du réel, 1994, p.117-119, aussi in  Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Free Exchange , Polity press, 1995
 
Conférence donnée à la Librairie du musée du jeu de Paume par Pierre BOURDIEU, et Hans HAACKE,  avec Catherine DAVID, commissaire d'exposition au Jeu de Paume. A propos du livre Libre échange, 01/01/1994 (Fonds Fred Forest)

Radio:  Hans Haacke pour "Libre- échange", L'actualité des arts plastiques, La radio dans les yeux, par Alain Veinstein, France Culture, 17/01/1994





Télévision:  Pierre Bourdieu et Hans Haacke à propos de Libre-échange, Le cercle de minuit , par Michel Field, 20/01/1994
 
Intellectuels et médias, modes d'emploi, avec Philippe Royer, La Croix, 22 février 1994, p.10

Was bin ich? entretien par Isabelle Graw, in The Thing, Avril 1996, aussi Que suis-je? Traduction pour le site MHM par Véronique Gola
 
 

Hans Haacke, à propos de Pierre Bourdieu


Hans Haacke, A Public Servant, October, Summer 2002, No. 101: 4–6, aussi "Pierre Bourdieu au service du public", in Rencontres avec Pierre Bourdieu, éditions du Croquant, 1995





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voir également:
Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Marcel Duchamp, Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren et Andrea Fraser

Publications de Pierre Bourdieu, sur Manet

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à la Culture, à l'Art et à la Littérature

Publications de Pierre Bourdieu, autour du livre Sur la télévision

en ligne: Pierre Bourdieu, entretiens avec Inès Champey + publications d'Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

Interventions de Pierre Bourdieu: La culture est en danger 

lundi 19 décembre 2011

Pierre Bourdieu: entretiens avec Inès Champey, et publications d'Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art


Pierre Bourdieu: entretiens avec Inès Champey
publications d'Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art




(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version revue le 16.01.2022,  Gilbert Quélennec)
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Pierre Bourdieu: entretiens avec Inès Champey

entretien avec Inès Champey, Pour une science des oeuvres, Art Press, spécial 20 ans, novembre 1992, p.124-129

entretien avec Inès Champey, "Résistance" (sur Patrick Saytour), Art Press , 181 (Juin 1993), p.58-60


Inès Champey sur Pierre Bourdieu et l'art

Inès Champey, Présentation , in Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Libre-échange, Seuil/Presses du réel, 1994, aussi Pierre Bourdieu et Hans Haacke, Free Exchange , Polity press, 1995 

Inès Champey, introduction à" Questions sur l'art pour et avec les élèves d'une école d'art mise en question ", 3 juin 1999, in Penser l'art à l'école, Arles, Actes Sud-Ecole supérieure des Beaux-arts de Nîmes, 2001, p. 13-58.

Inès Champey, L’art selon Pierre Bourdieu, Le Journal des Arts - n° 142 - 8 février 2002.

Inès Champey, The Sociologist's Eye, October Summer 2002, No. 101, Pages 12-18, aussi L'oeil du sociologue, in Rencontres avec Pierre Bourdieu, Sous la direction de Gérard Mauger, du Croquant, 2005.

Inès Champey, L'art et le sociologue in Art et Savoir, de la connaissance à la connivence, 2004 L'Harmattan (actes colloque 2002)
 
Inès Champey, gebrauch und Nichtgebrauch von Pierre Bourdieus selbstkritischem erbe im feld der Kunst, in Nach Bourdieu : Visualität, Kunst und Politik, Beatrice von Bismarck, Therese Kaufmann, Ulf Wuggenig (Hg.), Wien: Turia + Kant, 2008.




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voir également:

Pierre Bourdieu, " je pourrais dire que l'art a sûrement toujours été pour moi une question vitale. La musique, d'abord, puis les arts plastiques... "

Critique d'Art: publications d'Inès Champey

Pierre Bourdieu: Sur Manet

Publications de Pierre Bourdieu: la notion de Révolution symbolique

Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique

Publications de Pierre Bourdieu, autour des Règles de l'art

Publications de Pierre Bourdieu: L'économie des biens symboliques

Publications de Pierre Bourdieu, Sociologie historique et analyse du changement

Pierre Bourdieu: entretiens avec Pascale Casanova, et Pascale Casanova à propos de Bourdieu 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




dimanche 18 décembre 2011

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Marcel Duchamp, Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren, Paul Devautour, Andrea Fraser


Publications de Pierre Bourdieu
à propos de
Marcel Duchamp 
Patrick Saytour, Hans Haacke, Daniel Buren 
Paul Devautour, Andrea Fraser





(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version revue  le 19.08.2016 , Gilbert Quélennec)
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Marcel Duchamp

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Marcel Duchamp


Patrick Saytour

entretien avec Inès Champey : "Résistance" (sur Patrick Saytour), Art Press, 181 (Juin 1993), p.58-60
  
Science de la science et réflexivité, Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2001, p.217


Hans Haacke

Publications de Pierre Bourdieu, autour du livre Libre-Echange (avec Hans Haacke), et Haacke, à propos de Bourdieu


Daniel Buren

Pierre Bourdieu, à propos de son intervention avec Daniel Buren, et Buren à propos de Bourdieu



Paul Devautour

Méditations Pascaliennes, Seuil,  Liber, 1997, Points Essais, 2003, P. 10

Questions sur l'art pour et avec les élèves d'une école d'art mise en question , 3 juin 1999, in Penser l'art à l'école, Arles, Actes Sud-Ecole supérieure des Beaux-arts de Nîmes, 2001, p. 13-58. Introduction par Inès Champey

Yoon Ya et Paul Devautour, à propos de Bourdieu:

entretien in, Les Inrockuptibles, n°323, p. 18


Andrea Fraser

Publications de Pierre Bourdieu: à propos d'Andrea Fraser, et Fraser à propos de Bourdieu



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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Flaubert et Manet, des fondateurs de champs

Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique  

Publications de Pierre Bourdieu: la notion de Révolution symbolique

Publications de Pierre Bourdieu: L'économie des biens symboliques

Publications de Pierre Bourdieu: Sociologie du désintéressement  

 
Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Culture (sociologie, champ, revue Liber, Parlement International des Ecrivains, la culture est en danger, livres)



Publications de Pierre Bourdieu: Sur les Intellectuels (champ, intellectuel collectif, les "intellectuels médiatiques" sont une parodie)

Publications de Pierre Bourdieu: Sur l'Éducation (sociologie, Mai 68, surnuméraires, rapports officiels, l'ARESER, livres)





dimanche 17 janvier 2010

re-découvrir: Pierre Bourdieu & Hans Haacke, Libre-échange


















Pierre Bourdieu & Hans Haacke
Libre-échange
préface d'Inès Champey
Les Presses du Réel-Coédition Seuil.
1993


Présentation de l'éditeur
Contre la multinationale néoconservatrice des nouveaux croisés de la culture occidentale, pourfendeurs du relativisme et de l'avant-gardisme, contre les intrusions perverses du patronage d'Etat, contre le nihilisme esthète des révolutionnaires en trompe-l'oeil, comment affirmer l'indépendance de l'intellectuel et de l'artiste critiques, capables d'engager les ressources les plus raffinées de la recherche formelle dans la défense de la liberté créatrice, comment sauvegarder les franchises de cet univers de libre-échange qu'est et doit être le monde des artistes, des écrivains et des savants ? Telles sont quelques-unes des questions dont l'artiste et le sociologue débattent ici, avec le franc-parler qui devrait, selon eux, être de règle dans tous les échanges intellectuels.

Lire le compte rendu par Vincent Dubois ( Politix, Année 1995, Volume 8, Numéro 30, pp. 199-203)
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polix_0295-2319_1995_num_8_30_2074


Free Exchange
By: Pierre Bourdieu (Collège de France) and HANS HAACKE (Visual Artist)
Polity Press


In this book, leading social thinker Pierre Bourdieu and the artist Hans Haacke discuss contemporary art and the relations between art, politics and society. Their dialogue ranges widely from censorship and obscenity to the social conditions of artistic creativity, and focusses on the central themes in the work of both authors.

vendredi 15 janvier 2010

Critique d'Art: publications d'Inès Champey


Quelques publications d'Inès Champey, pour découvrir ce que la critique d'art en langue française peut faire de mieux.



(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 16.01.2022,  Gilbert Quélennec)
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Andrea Fraser, l'art et la vie revisited, in Initiales n° 05 Initiales A.F. (Andrea Fraser), Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, 2015

Patrick Saytour, in Patrick SAYTOUR, IAC Editions, 2013

gebrauch und Nichtgebrauch von Pierre Bourdieus selbstkritischem erbe im feld der Kunst, in Nach Bourdieu : Visualität, Kunst und Politik, Beatrice von Bismarck, Therese Kaufmann, Ulf Wuggenig (Hg.), Wien: Turia + Kant, 2008.

L’abstraction sans regrets ni progrès.  (1990)
Critique d’art et jugement de valeur: quelques clés pour apprécier la peinture de Bernard Piffaretti.  (1992)
Rien à voir/Tout à voir.  (1993)
Problématiser l’inspiration artistique. (2001)
ces articles sont publiés in
Bernard Piffaretti, Si vous avez manqué la première partie… – Fortune critique, écrits et entretiens, 1982-2007, Les presses du réel – domaine Mamco, 2008.

Intervention, Table ronde Instrumentalisation de la culture, Colloque international « À propos de la culture », 4 novembre 2004, Lille, 04.11.2004 (source: webTV de l'Université Lille1)

Intervention, Table ronde Quelles résistances à l’instrumentalisation ? Colloque international « À propos de la culture », 4 novembre 2004, Lille, 04.11.2004, (source: webTV de l'Université Lille1)

La valeur "art", in A PROPOS DE LA CULTURE
Tome 2

Sous la direction de Nabil El-Haggar
Les rendez-vous d'Archimède, L'Harmattan, 2008, pp. 71-101.
(Actes du Colloque international « À propos de la culture » 2, 3 et 4 novembre 2004, Aéronef – Lille)
article en version numérique (pdf texte) sur le site de L'Harmattan.

Matthieu Laurette, «La vie d'artiste»,  entretien: Matthieu Laurette, la critique d'art Inès champey et Catherine Francblin, décembre 2003

L'oeil du sociologue, in Rencontres avec Pierre Bourdieu, 2005. (traduction de The Sociologist's Eye, voir plus bas)

L'art et le sociologue, in Art et Savoir, de la connaissance à la connivence, 2004 L'Harmattan (actes colloque 2002)

Discussion du livre de Lionel Richard, L’aventure de l’art contemporain de 1945 à nos jours, aux éditions du Chêne, Association Il faut le faire, 2002

The Sociologist's Eye, October Summer 2002, No. 101, Pages 12-18

L’art selon Pierre Bourdieu, Le Journal des Arts - n° 142 - 8 février 2002.

L'autonomie de l'artiste, in Penser l'art et la culture avec les sciences sociales en l'honneur de Pierre Bourdieu. Sous la direction d' Eveline Pinto, Publications de La Sorbonne, 2002

pertes et profit + texte de l'artiste Puer senex, Poivre - Sel, Pour-suivre, Post-Scriptum - in  Patrick Saytour - 90.00 Livre édité par le Musée de L'objet de Blois, 2001.

Un formalisme réaliste, in Formalisme, jeux de formes, Sous la direction d'Eveline Pinto, Publications de La Sorbonne, 2001

L'art sous le signe du "regardeur", in PENSER L’ART À L’ÉCOLE, Actes Sud, 2001
(colloque 1999 Ecole des Beaux-Arts de Nîmes)

Contribution au débat Art et Politique 2 (centre commercial des Flanades de Sarcelles, 1999.

Première-1996
Textes de Inès Champey, Maxime Matray, Maria Wutz
Catalogue d’exposition collective
Avec Ariane Combe, Lucile Ferrare, Catherine Gontier, Christophe Longchambon, Emmanuel Reuzé, Magalie Soule
Centre d'art contemporain (Meymac),1998

Artistes sans « oeuvres » ou maîtres sans art? , Revue ECT No 30 - La critique d'art:enjeux actuels 2, 1995.

Préface Pierre Bourdieu & Hans Haacke Libre-Échange, Seuil/Presses du réel, 1994

Toni Grand - Bernard Piffaretti: Rien à voir - Tout à voir
Inès Champey, Auteur
Editeur: Interface (Marseille)
1993

Interview de Pierre Bourdieu par Inès Champey : Résistance sur Patrick Saytour, ART PRESS, 181 (Juin 1993)

Pierre Bourdieu entretien avec Inès Champey, Pour une science des oeuvres, Art Press, spécial 20 ans, novembre 1992, p.124-129

Texte, in Zone libre, [exposition, 23 mai-18 juin 1989, Fondation nationale des arts graphiques, Paris], Centre national des arts plastiques, 1989

plusieurs articles dans la revue internationale des livres Liber 1989-1998 (Directeur Pierre Bourdieu)

CHAMPEY Inès : "Pierre Buraglio : Galerie Jean Fournier" in Art Press, n°114, mai 1987, p. 77

Pierre Buraglio, textes d’Ines Champey, Dominique Bozo et Yves Michaud, Centre d’art, Flaine, 1986

A propos de l'exposition Watteau : une réponse, Actes de la recherche en sciences sociales, 1985, Numéro 60, p. 89

Maurice et Marguerite, cat. exp. 1975-1985, Beauvais. Edward
Baran

Inès Champey, Art Press, n° 72. 1983

De la matérialité à l'invisible, Inès Champey s'entretient avec Edward Baran, 16
avril 1981, cat exp, Aix-en-Provence et Angers.

La démarche et l'oeuvre d'Édward Baran, cat. exp. Aix-en-Provence et Angers.

et Dominique Fourcade, préface de l'exposition Fil. papier, espace,
Aix-en-Provence, musée des Tapisseries, et Angers, musée des Beaux-Arts.

Michel Thomas, “ Edward Baran ou la peinture par soustraction “, Textile/art, n°15. 1981

Inés Champey, Art Press, n° 43, 1980

Dominique Fourcade, préface du catalogue Art d'aujourd'hui, Copenhague,
Ordrupgaar, 1980

mercredi 13 janvier 2010

Eveline Pinto, Venise, été 2009. En revenant de la Biennale.

Eveline Pinto
Venise, été 2009
En revenant de la Biennale



Comme tout ce que vous faites, Monsieur, votre Cygne est une idée. Comme toutes les idées vraies, il a des profondeurs. Ce cygne dans la poussière a sous lui plus d’abîmes que le cygne des eaux sans fond du lac de Gaube…
(Victor Hugo à Charles Baudelaire, 18 décembre 1859, de Hauteville House)




Venise, nouveau look. Les ressources de la Ville ne sont ni le gaz ni le pétrole, mais un passé artistique glorieux faisant d’elle l’un des hauts lieux de l’attraction touristique. En 2009, l’instrumentalisation de l’un des plus beaux sites du monde à des fins qui n’ont plus avec l’art qu’un rapport nominal s’effectue à ciel ouvert. Pas question d’admirer les dentelles de pierre et les stores tendus entre quadrilobes et rinceaux des fenêtres gothiques ou, à l’angle du Palais des Doges et du Pont des Soupirs, L’Ivresse de Noé, adorable sculpture du XV°siècle. « La publicité la plus vulgaire du monde », au dire du ministre italien de la Fonction publique, Renatto Brunetta (1) , celle de la campagne Sisley, marque de prêt-à-porter affiliée au Groupe Benetton, réhabille la façade sur une bonne partie de sa largeur et toute sa hauteur. Ce qui « crée l’événement », c’est le heurt chic et choc avec des « images fortes et provocatrices » comme disent les fervents de la culture pub, photos de mannequins amaigries et languides, qui, dans cette braderie des trésors patrimoniaux au bénéfice d’une marque, « communiquent » au passant l’agressivité gagnante-gagnante de la « griffe ». Le Maire de Venise, Massimo Cacciari, justifie cette publicité par la nécessité d’un sponsorat privé pour financer une rénovation du pont de l’Académie en faveur des handicapés, évaluée à cinq millions d’euros. Cinq millions d’euros qu’est-ce, quand on sait ce qu’un chef d’État européen dépense en frais de déplacements et de représentation ! Pour cette somme, donc, la privatisation de l’espace public et la métamorphose du palais ducal en support publicitaire géant. Ce choix qui manifeste la collusion d’intérêts politiques et économiques, trahit le mépris du Pouvoir (l’Italie n’étant pas seule en cause) à l’égard de la vie intellectuelle et culturelle.

Ce mépris, le citoyen ordinaire l’éprouve non seulement lorsque des acquis sociaux comme la sécurité sociale et le salaire minimum sont menacés, mais lorsque des « institutions de liberté culturelle », selon l’expression de P. Bourdieu, sont soumises à ce que Marcel Duchamp appelait « l’immixtion du commercialisme ». Alors, disait ce dernier, « l’art est un produit, comme les haricots (2) », à ceci près que le prix de ce produit est négocié à beaucoup plus que quelques millions de dollars par des hommes d’affaires dont les enjeux sont beaucoup plus complexes que le simple intérêt financier.
[1] Ambroise Bouleis, « Sisley sur le pont Venise soupire », Rue 89 http:// www.rue89.com, 5/8/2009
[2] cité par Inès Champey, « La valeur ‘art’ »p.71-101 in Nabil El-Haggar dir., À propos de la culture, Paris, L’Harmattan,2008, cf p.72 et p.98.

En 1986, Alain- Dominique Perrin, Président des destinées de la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Président de l’Établissement Public du Jeu de Paume depuis 2004, membre du Conseil International de la Tate Gallery de Londres, vendait la mèche : « Le mécénat n’est pas seulement un formidable outil de communication, mais beaucoup plus que cela ; c’est un outil de séduction de l’opinion »(3) . Bénéficie du mécénat celui qui pratique l’art de « séduire »,ou de plaire au prix d’un leurre.

Le leurre consiste à faire passer comme authentique oeuvre d’art, ce qui en est le faux-semblant, et à faire croire que tout produit placé sous le signe de la rupture avec la tradition, procède de l’activité artistique. Certes, le privilège accordé à ce qui est contemporain est une manière de déclasser les œuvres et les artistes qui ont fait date, et de lutter pour faire exister une nouvelle idée de l’art reléguant dans le passé des modes de perception défraichis par le temps et son usure. À l’avènement de la modernité littéraire et artistique, ce déclassement relève de la logique du changement, inscrite dans la structure d’un champ de production artistique relativement autonome par rapport aux univers sociaux où se recrutent les consommateurs, c’est-à-dire les différentes fractions de la classe dirigeante (4) . Dans le monde de l’art contemporain où beaucoup d’artistes sont des businessmen avertis (5) dirigeant des entreprises à cycles courts destinés à engranger des profits rapides par une circulation accélérée de produits destinés à très vite se démoder, la logique du développement artistique cède souvent la place à une autre logique (6). Le regardeur, qui d’après Duchamp « fait » la valeur artistique de l’œuvre d’art (tableau, film, installation ou sculpture, peu importe), perd la possibilité de la juger selon les propriétés objectives qu’elle possède et selon ses goûts, plus ou moins éduqués par l’intériorisation des critères internes au champ artistique, à sa tradition et à sa longue histoire cumulative.Ce qu’Inès Champey appelle la « valeur ‘art’ » fait place au poids « réputationnel » et économique des artistes, poids établi d’après des grilles évaluatives extérieures à l’art. Le leurre consiste à substituer, aux catégories de jugement que le champ de production artistique, à chaque époque, constitue par lui-même, des critères inappropriés, étrangers à la logique spécifique qui caractérise ce domaine d’activité. Christian Boltanski, artiste reconnu par ses pairs, se définissant lui-même comme un artiste du XX° siècle (et non du XXI°), très attaché à la croyance collective au caractère auratique ou « mystique » de l’art, montre à son insu l’étendue de la mystification dont les artistes les plus lucides sont à la fois les victimes et les agents. Parlant d’un « grand tournant » marqué par « le changement des collectionneurs » dont la plupart, « à Londres ou à New York, travaillent à la Bourse », il déclare : ceux-ci « sont habitués à faire des coups,c’est leur fonctionnement, trouver le truc auquel personne n’a pensé et qui va rapporter encore plus. Et il y a une sorte de relation entre la nouvelle scène anglaise et les gens de la City, centrée autour de ce jeu sur le coup, et sur le coup très rapide »(7) . Le leurre consiste à relativiser l’étendue du changement, à le juger gênant du seul point de vue subjectif, et à l’identifier à l’une des constantes de l’histoire de l’art. Boltanski ramène ainsi ce qui oppose les artistes de la fin du XX° siècle et ceux de « la nouvelle scène anglaise » des débuts du XXI° siècle, à ce qui sépare David et Watteau. Réduire la différence entre la manière de « faire des coups » et la manière de faire de l’art à la distinction entre deux manières de comprendre et pratiquer la peinture, peut s’expliquer par la position dominée de l’artiste contemporain, oeuvrant dans un microcosme qui a perdu son autonomie.
[3]Alain-Dominique Perrin, « Le mécénat français : la fin d’un préjugé »,Galeries Magazine, n° 15, Paris, octobre-novembre1986, p 74, cité par Pierre Bourdieu, Hans Haacke, Libre échange, Paris, Seuil,1989,p. 27.
[4] Pierre Bourdieu, Les règles de l’art, Paris, Seuil, 1992.-« Mais qui a créé les créateurs ? in Questions de sociologie, Paris, Ed de Minuit, p 212.
[5] Comme l’illustrent les cas de Hirst et de Koons, évoqués plus loin
[6] Pierre Bourdieu, in Les règles… « Le marché des biens symboliques »,p.201-245.
[7] Christian Boltanski, Catherine Grenier, La vie possible de Christian Boltanski, Paris, Seuil, 2007 ,p.182

Le parcours ici proposé ne se veut pas exhaustif, mais réflexif et critique. Il ne s’agit pas de tirer argument de la diversité du medium utilisé, peinture ou nouvelles technologies, et de la pluralité des déterminations anthropologiques pesant sur les artistes venus de tous les points de la planète, pour adopter un point de vue relativiste et sceptique qu’entretient également l’illusion de la nouveauté permanente. Il s’agit de se détacher du fétichisme qui sacralise sous l’étiquette « art contemporain » tout objet que le pouvoir d’institution réussit à imposer comme œuvre d’art, et d’attirer l’attention sur les productions qui fortifient la croyance à l’universalité d’un gain dans l’ordre du plaisir, de la connaissance et de la compréhension.

« Nouveaux départs » par gros temps de crise économique.- Le pavillon Germania
Placée sous le signe des ruptures et des « commencements », la Biennale 2009 tend à faire oublier l’installation de l’artiste allemand Hans Haacke, qui en 1993 transforma avec une très grande économie de moyens formels le site du pavillon Germania, inauguré en 1934 par Hitler en compagnie du comte Volpi de Misurata, Ministre des Finances de Benito Mussolini, Président de la CONFINDUSTRIA, Président de l’Union du patronat italien, et Président de la Biennale. Il lui suffit d’apporter au décor des modifications minimes, de placer dans l’entrée du pavillon une photographie grandeur nature d’Hitler et au dessus de la porte sur l’aigle impérial, la reproduction agrandie du Deutsche Mark 1990. Son projet n’était pas simplement la « remise en mémoire du passé », mais la « mise en question critique du présent »(8). En 1934, la rencontre de deux dictatures dans ce lieu scellait l’alliance des pouvoirs, politique, économique et médiatique. En 1993, le visiteur pouvait se demander si l’alliance de ces trois pouvoirs n’est pas toujours au fondement des systèmes démocratiques actuels. En 2009, alors que l’État vole au secours des Banques privées en puisant largement dans les fonds publics et justifie cette générosité à grands renforts de communication, ce questionnement critique est éludé par l'invitation "décalée" de l'artiste anglais Liam Gillick pour représenter l'Allemagne dans le pavillon Germania, cela avec une partie du support financier assurée par l'État fédéral.


Les médias se trompent quand ils associent à tort Liam Gillick aux Young British Artists du fait de son âge et de sa nationalité. On peut comprendre aisément pourquoi lui-même récuse toute appartenance à ce groupe. Le Young British Artists est une notion forgée par les média, pour désigner des artistes anglais de jeune génération mis sur le marché dans les années 90 par Charles Saatchi, co-fondateur d’une agence de publicité classée comme la première au monde jusqu’à sa vente à Publicis en 2001. Devenu milliardaire, collectionneur et marchand d’art contemporain, il a formé aux affaires un vedetariat d’artistes, avec en tête dans un Hit parade très Post Pop, l’anglais Damien Hirst et l’américain Jeff Koons (9). Le maire de New York, Rudolph Giulani, a fait grimper à son insu la cotation et la notoriété de ce groupe, en ne s’abstenant pas de réagir à l’effet de provocation recherchée par l’exposition Sensation, lorsque celle-ci dans son itinérance pour présenter la collection Saatchi, arriva dans la Cité : il menaçait de retirer toute contribution financière au Brooklyn Museum of Art, si l’institution lui ouvrait ses portes. Les œuvres qui firent scandale étaient notamment celles de l’artiste Tracey Emin exhibant un lit défait rempli de préservatifs, et de Damien Hirst, présentant un requin de 4 mètres dans une vitrine remplie de formol. L’artiste avait exposé précédemment à la Biennale de Venise une vache coupée en deux dans le sens de la longueur et conservée dans du formol. Par la suite il fit mieux, lors de l’inauguration de la Fondation Pinault au Palazzo Grassi (10), avec deux vaches tronçonnées placées dans douze conteners. Et depuis Hirst, au sommet de sa cote, a entrepris de faire lui-même ses affaires, mettant dans une vente aux enchères chez Sotheby’s en septembre 2008 ses œuvres les plus récentes, ce qui lui aurait rapporté environ 89 millions d’euros (11). Ne négligeant pas les petits profits, ce businessman averti se trouve à la tête d’une entreprise de cent personnes employées à la production des œuvres et produits dérivés portant sa marque, commericialisés à New York sur la Madison Avenue et sur le web (12) .
[8] Pierre Bourdieu, Hans Haacke, op.cit. p.118-119.
[9] Pierre Haski, art.cit.
[10]« Where are we going ? », un choix d’œuvres de la Collection Pinault, Palazzo Grassi, Skira, 2006
[11] Pierre Haski, art.cit.
[12] voir son site sur le web. Alors que j’écris ces lignes, il semble que le vent de la renommée soit à l’orage, à la suite de l’exposition à la Wallace Collection de vingt cinq peintures faites de la main de ce rénégat de la peinture. La médiocrité de ces tableaux permet enfin à la presse anglaise unanime de dénoncer la peopolisation de l’art contemporain dans son rapport à l’argent. Cf Mark Hudson 14 Oct 2009, Telegraph.co.uk

Liam Gillick n'entretient aucun rapport avec Charles Saatchi, et il est loin de partager la réputation sulfureuse d'un groupe auquel il est étranger. Le directeur de la Biennale, Daniel Birbaum, critique d'art et philosophe suédois émule de Deleuze, Recteur à la Städelschule de Francfort, souligne le côté « décalé » de son choix, faire venir dans une manifestation artistique de dimension internationale, un artiste anglais vivant aux Etats-Unis pour représenter l’Allemagne. « Au moment du plus important crash économique depuis des dizaines d’années », explique ce philosophe suédois, il s’agit dans une exposition intitulée « Construire des mondes », de marquer de « nouveaux départs » et de se vouloir « incroyablement optimiste »(13) . « Nouveau départ » mais dans quoi, dans la manière de faire artistiquement ou politiquement un monde ? Ce projet a été financé par le ministère fédéral des Affaires étrangères travaillant en collaboration avec l’Institut allemand pour les relations culturelles avec l'étranger. Ce choix d’après Bernd Neumann, délégué du gouvernement fédéral à la culture et aux médias, « reflète la diversité et le rayonnement de la scène artistique allemande, qui attire les créatifs du monde entier. Cela montre surtout que la République fédérale d’Allemagne se conçoit comme nation culturelle enracinée dans l’Europe »(14) . Cette déclaration recouvre en fait une double inquiétude. D’après Alain Quemin, jusqu’en 2001, « tant le marché que la consécration institutionnelle restent aux mains des pays occidentaux, en particulier des plus riches d’entre eux, États-Unis et Allemagne, ainsi que la Suisse et la Grande-Bretagne à un moindre niveau. Ce sont par ailleurs les artistes des deux premiers pays qui occupent les positions dans le monde de l’art international ». Depuis ce rôle leader de l’Allemagne semble menacé par l’arrivée des pays émergents non-européens sur le marché, la notoriété et le poids financier acquis par les artistes anglais résidents aux Etats-Unis. En 2007, d’après Raymonde Moulin, le marché américain représente « à lui seul presque la moitié du marché mondial et celui du Royaume-Uni plus d’un quart ». La Chine arrive en « troisième position (7/100) et la France en quatrième (6/100) », ce qui relègue l’Allemagne à un rang inférieur (15) . Prophétie qui se réalise par le fait de se dire ? Dans la logique de la compétition des mégapoles nationales pour maintenir leur rang sur la scène internationale, la fonction du délégué culturel allemand est de rappeler que son pays demeure un centre d’attraction pour « les créatifs » du monde entier, et d’insister sur l’enracinement européen de la culture allemande.
[13] Le Journal des Arts, n°301, 17 avril 2009
[14] Source : CIDAL, Centre d’information et de documentation de l’Allemagne, 05/06/09
[15] Alain Quemin, L’art contemporain internaational : entre les institutions et le marché, Éditions Jacqueline Chambon/Artprice,2002,p.173.-Raymonde Moulin, Le marché de l’art, Paris, Flammarion, 2009,p.64-65.

Instrument de cette politique culturelle et en affinité avec elle, Liam Gillick intitule son installation « How are you going to behave? A kitchen cat speaks » ou encore « The future always acts differently ». Celle-ci renouvelerait « un genre épuisé, celui de l’installation singeant l’esthétique des cuisines Ikéa », par quelque chose qui se situe « à mi-chemin de l’interrogation formelle (qu’est-ce qu’une sculpture ?) et de la dénonciation de notre cadre de vie »(16) . Voir dans cet ensemble de meubles une cuisine Ikéa, c’est, soit dit au passage, faire insulte aux usagers et aux designers de la marque et ignorer qu’une cuisine peut en cacher une autre, puisque celle-ci se veut la réplique d’un modèle réalisé à Francfort en 1926 par une architecte autrichienne, Margarete Schütte-Lihotzky. Et voir quelque chose de neuf dans cette « sculpture », c’est oublier celles, pas si anciennes, de Donald Judd et de Jean-Pierre Raynaud : celui-ci proteste, avec le matériau froid et impersonnel qui lui sert à construire l’espace englobant et englobé de ses cubes, contre « le décor, banal à pleurer », chanté dans les années 50 avec la chaleur et le timbre personnel de la voix d’Edith Piaf. Enfin et surtout, c’est manquer l’idée « fun », le rôle du chat empaillé, juché sur un élément de la cuisine installée dans le pavillon Germania « non modifié ». Ce chat supposé parler de tout et de rien, détourne l’attention du sens historique et symbolique du pavillon, car martèle l’artiste, « le problème n’est pas le bâtiment, mais le chat lui-même ».

Sur le ton de la blague (17), « l’aspect ludique que prend la référence au nazisme » (18) n’est pas seulement un coup de griffe porté par un nouvel entrant à ses prédécesseurs, mais le parti pris de changer leur angle de vision en adoptant un point de vue « sophistiqué » et « sceptique ». À des intentions auto-proclamées « théoriques », Gillick mêle des références tellement subtiles au nazisme, que « la frontière est mince entre art conceptuel et hermétisme »(19) . Son chat bavard illustre ce que C.Millet appelle « l’art livré au discours », ou plutôt à un verbiage aux contours flous, insaisissables, exigeant les « références mobiles » tant prisées par Alain Minc, philosophe post-moderne de l’individualisme opposé à la raison universaliste des Lumières (20).
[16] « Les surprises de la Biennale de Venise (17 juin 2009), http://connaissancedes arts.com
[17] cf le catalogue en bilingue (anglais/allemand) " How are you going to behave? A kitchen cat speaks" Sternberg Press, 2009. et sur www.artclair.com, Le Journal des Arts n°301, 17 avril 2009 l’interview auquel répond D.Birbaum
[18]cf les déclarations de D.Birbaum et de J.Voss, dans le film de Nina Sohl, Construire des mondes, Allemagne 2009, diffusé sur Arte le 10 et le 16 septembre 2009.
[19] Zerodeuxonline, 53° Biennale de Venise, Etienne Bernard et Antoine Marchand
[20] Alain Minc, La machine égalitaire, Paris, Grasset,1987,p. 168, cité par Louis Pinto, Le café du commerce des penseurs. À propos de la doxa intellectuelle, Éditions du Croquant, octobre 2009, p. 97.

De l’ironie contestataire de Duchamp aux provocations des artistes de parodie.

Certes, la rigueur discursive qui sied à tout philosophe digne de ce nom n’est pas ce qui est attendu de l’artiste, jugé à l’« aura », à l’unicité et à l’individualité de son œuvre, même quand elle vise l’universel. Il y a lieu cependant de distinguer l’individualité d’un style d’artiste déployant librement des qualités d’invention sans craindre de porter atteinte aux conventions éthiques ou esthétiques, et la singularité, l’excentricité dans une escalade sans frein de ce qui contrevient non plus aux codes académiques et aux convenances bourgeoises, mais à ce qu’à l’époque de Kant on eût appelé le bon goût, le bon sens du sens commun, déterminant, non par concept mais par sentiment, ce qui naturellement et universellement plaît ou déplaît. En montrant dans l’enceinte sacrée d’une exposition un urinoir signé du nom de Mutt, Marcel Duchamp inventa au début du XX° siècle le ready made, dans l’intention critique d’inciter les faux dévôts de l’art à réfléchir sur la fonction sacramentelle exercée par l’institution muséale. Son ironie avait un sens qui se perd aujourd’hui dans ce qui en est la caricature, une forme de provocation que l’on pourrait juger gratuite, si elle n’était le moyen d’une fin qui peut rapporter gros à celui qui en est l’auteur. Duchamp qui ne professait pas la religion de l’art croyait néanmoins à la valeur de l’acte dont il procède : « Je crois que l’art est la seule forme d’activité par laquelle l’homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu » (21). Sans cette foi, il ne reste plus aux artistes pastichant ses actes provocateurs, que le désir d’attirer l’attention des conseillers culturels d’un mécène non plus prince mais homme d’affaires, par la suggestion d’un discours d’accompagnement fait pour plaire au sponsor : célébrant la radicalité des « commencements » et des « nouveaux départs », ce discours est en parfaite harmonie avec celui de la « réforme », du « changement » économique, des « mutations » et des « ruptures » « progressistes ». C’est à ce prix que le label « contemporain » est appliqué à des artistes de parodie qui tentent non point de défétichiser l’oeuvre d’art, mais de faire de ses caricatures des idoles, à l’instar de ces « moutons aux cornes d’or » produits en série par Damien Hirst dans une version d’un cynisme très XXI° siècle du veau d’or.

Allodoxie, illusion et fantasme.
Décrivant le microcosme social de l’art au XIX° siècle, Bourdieu associait à l’autonomie du champ et à l’émancipation de l’artiste vis-à-vis des codes académiques, « l’institutionnalisation de l’anomie », qui « abolit la possibilité même de la référence à une autorité ultime », à un tribunal « capable de trancher tous les litiges en matière d’art »(22) .L’autonomie du champ, garantie par l’autorité relative d’une multitude de dieux incertains jusqu’à ce que New York volât à l’Europe l’idée d’art moderne (23) , a quasiment disparu aujourd’hui, sous la pression de forces qui lui sont extérieures.La concurrence entre des artistes aspirant à se faire reconnaître sur une scène planètaire et la compétition entre pavillons nationaux soutenus par leurs gouvernements respectifs, multipliant les grilles d’évaluation et de classement des artistes selon leur poids « réputationnel », n’ont donc pas fait disparaître les juges, mais paradoxalement la référence à un quelconque critère de jugement esthétique. De là, dans la petite histoire de la Biennale, un épisode qui en dit long sur cette situation, où l’anomie prend la forme de «l’ allodoxie », d’une illusion qu’un artiste réussit à rendre crédible auprès d’une institution comme l’Observatoire de la liberté de la création, créé par la Ligue des droits de l’Homme. Ainsi, quelle tempête médiatique, profitable à l’artiste, a agité le bocal de la lagune, lorsque les dessins et affiches de l’artiste belge Jacques Charlier intitulés « Cent sexes d’artistes » n’ont pas été retenus par le Président et le Directeur de la Biennale, malgré le soutien officiel du Ministère de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté française de Belgique, et celui du Commissaire de Luxembourg !
[21] Marcel Duchamp, Entretien avec James Johnson Sweeney, in Duchamp du signe, Paris, Flammarion 1987, p.185, phrase célèbre commentée un peu différemment par Inès Champey,op.cit.n.2
[22] Pierre Bourdieu, Les règles de l’art, op.cit.p.191.
[23] Serge Guilbaut, Comment New York vola l’idée d’art moderne, Nîmes, Éd Jacqueline Chambon,1992.-Eveline Pinto, « L’informel selon Jean Dubuffet, essai de critique non formaliste »,in Formalisme, jeu des formes, Publications de la Sorbonne, 2001,p.55-73

L’artiste, imaginant sans doute que son œuvre était l’objet d’une mesure de censure comparable à celles qui frappèrent les écrits de Flaubert et de Baudelaire ou plus près de nous, les photographies de Mapplethorpe, parvint à accréditer l’idée qu’il était une authentique victime, alors qu’il en était le simulacre. Le jury de la Biennale, habitué depuis longtemps à des subversions artistiques de codes éthiques et esthétiques beaucoup plus choquantes, ne vit probablement dans ces affiches que la répétition d’une forme de provocation artistique sans grande originalité. Ces affiches n’ont, semble-t-il, dérangé personne, pas plus les artistes concernés que les représentants de partis d’extrême droite. Comment auraient-elles pu déranger, alors que le public n’a pas même réagi, à l’ouverture de la fondation Pinault installée dans le bel édifice de la Pointe de la Douane réhabilité par l’architecte Tadao Ando, à la vue de la sculpture glauque et pesante de l’artiste américain Paul Mc Carthy, représentant un « Train » homosexuel difficile à faire passer, malgré une allusion lourdement politique ou populiste à G.W. Bush ? L’Observatoire de la liberté de la création a crié à la censure, tandis que le jury avait beau jeu de rappeler des règles institutionnelles qui impliquent des conditions de participation, des procédures de candidature et de sélection. Inauthentique victime portant les faux stigmates de l’artiste maudit, Charlier, refoulé hors des espaces officiels de la manifestation, pouvait montrer en toute liberté ses œuvres à bord d’un bateau amarré non loin des Giardini. Médiatisé, le jour de l’inauguration, par la présence de quelques artistes et des représentants de l’Observatoire de la liberté de création, cet événement a bénéficié d’une publicité inconcevable sans l’intervention d’un organisme reconnu par la Ligue des droits de l’Homme. Pour rappel, celle-ci a été fondée en 1898 à la suite de l’Affaire Dreyfus, et a milité depuis pour des causes plus dignes de protestations citoyennes qu’un procès imaginaire pour une atteinte fictive à la morale sexuelle.

Néo- académisme et orthodoxie . Cages, grillages, tunnels.
L’insistance avec laquelle le symbole de la cage est traité en divers lieux de la Biennale, incite à s’interroger sur la disproportion entre un vocabulaire formel de style minimaliste et l’importance de la dépense économique et symbolique nécessaire à la réalisation de ces projets (crédits de mains d’œuvre, de matériaux, attribution d’un lieu d’exposition dans un site prestigieux, palazzo, Scuola, pavillon national) ; sur le contraste entre le côté somptuaire des dépenses engagées et la pauvreté du gain intellectuel et artistique qui en est retiré. Décrivant l’impression procurée au palazzo Foscari par l’exposition des œuvres de l’artiste américain Bruce Nauman, figure majeure de l’art contemporain, honoré à nouveau par l’obtention d’un Lion d’Or, Philippe Dagen écrit : « Ses anneaux de plâtre et de bois sont comme enfermés dans une salle trop petite où il est impossible de pénétrer. Sa double cage de 1974 est elle aussi très à l’étroit… Elle a été conçue pour ce type d’espace et dans un matériau- un grillage rigide- qui impose des sensations d’étouffement et d’écrasement »(24) . Ces cages sont présentées non loin de l’installation sonore intitulée Giorni, qui elle au contraire occupe tout le volume de la longue salle d’apparat. Elle est composée de « deux rangées d’écrans », d’où sortent des « voix masculines ou féminines » égrenant les jours de la semaine à un rythme de plus en plus rapide. Angoisse métaphysique, fuite du temps, prison : après l’inauguration du Palazzo Grassi en 2006 et la publication d’un choix d’œuvres de la collection Pinault sous le titre « Where are we going ? », le ton est donné. C’est celui d’une interrogation sur le sens de la destinée, l’ontologie, et pourquoi pas, l’être pour la mort de Heidegger (25) ! Le symbole de la cage qui s’étire dans les dimensions imposantes d’un espace architectural est en étrange affinité avec la hauteur de ce prêt- à -penser philosophique. Cependant la métaphysique, comme le remarque ironiquement Pierre Bergounioux, « se tient à l’écart de la terre, hors de la vie, on ne sait trop où », (26) si bien que les artistes post avantgardistes en modulent le sérieux par un clin d’œil à la phénoménologie, une vague allusion à l’histoire, ou tout cela à la fois : « En représentant et en témoignant de l’humanité, nous risquons d’oublier l’histoire et ses cruautés » est-il dit de Maurizio Cattelan, vu en penseur humaniste pratiquant le devoir de mémoire, quand il présente une effigie de cire d’Hitler en jeune communiant avec cheveux humains (27) . Le Lithuanien Zilvinas Kempinas aménageant le rez-de-chaussée de la Scuola Grande Della Misericordia, fait un autre choix. Son installation intitulée Tube, est un « tunnel transparent de lignes parallèles » réalisées avec des mètres et des mètres de bandes magnétiques recyclées, qui décrit des expériences phénoménologiques, la sensation spatio-temporelle que l’on aurait de Venise par l’entremise du corps, des « expériences physiques et optiques », le « passage du temps », « sentiment d'être à l'intérieur et à l’extérieur en même temps ».Ici encore, le visiteur éprouve la même oppression que devant les cages de Nauman, laquelle n’est rien, comparée à l’impression paroxystique recherchée par le Grand soir de Claude Lévêque. L’artiste décrit l’oeuvre comme la mise en place d’« une sorte de cage panoptique, en forme de croix, avec au bout de chaque branche, dans les trois salles plongées dans l'obscurité, des drapeaux noirs, hors d'atteinte des spectateurs.». Ce dispositif soulèverait des « inquiétudes existentielles, un bouleversement émotionnel quand le spectateur se trouve pris au piège des grilles et des tunnels dans un tracé contraignant ». L’artiste surenchérit : il s’agit de « créer un malaise, mettre les gens en embuscade, jouer sur la féerie, la séduction et, en même temps, créer un phénomène de répulsion, avec l'idée d'aliénation et de mort »(28) . Après Heidegger, voilà Jünger pointant son nez ! « Vertige du vide », « cage scintillante qui symbolise la condition humaine », « ses rêves de liberté » et « ses illusions perdues »(29). Par un amalgame d’ontologie, de psychologie existentielle et de fantasme révolutionnaire, l’artiste jouant sur tous les tableaux s’est heurté à l’indifférence générale des critiques et des visiteurs.
[24] Le Monde, 09/06/09
[25] « Beaucoup de ces œuvres que l’on pourrait réduire à leur dimension spectaculaire sont en fait des œuvres graves, témoins contemporains de l’inépuisable capacité des artistes à explorer la mélancolie du monde, à rendre compte du troublant destin des Hommes dont la pensée embrasse avec éclat l’Univers alors que cette cessation de l’Etre qu’on appelle la mort les éteint irrémédiablement »
Jean Jacques Aillagon, « Une nouvelle ère : François Pinault à Venise », op.cit. p.22
[26] Pierre Bergounioux, Une chambre en Hollande, Éditions Verdier, 2009, p.30
[27] « Where are we going ? », op.cit.
[28] Claude Lévêque, Le Grand Soir. Culture.fr, le portail de la culture
[29] Le Figaro.fr, « Le drapeau noir flotte sur la France », V.D, 04/06/09

Video-projection et peinture : le « formalisme réaliste ».
La video- projection réalisée par l’artiste polonais Krystov Wodiczko intitulée Guests (30) doit semble-t-il son légitime succès à son« formalisme réaliste », critère de jugement forgé par Pierre Bourdieu et transposable d’après la critique d’art Inès Champey à l’art contemporain. Ce critère implique l’étroite relation de la forme et de la fonction, un travail visant à objectiver, un « réel plus réel que les apparences sensibles livrées à la simple description réaliste »(31) . Tourné vers le monde social, Guests donne visibilité aux « hôtes » des pays les plus riches de la planète, réfugiés représentant, selon Hannah Arendt citée à l’entrée du pavillon polonais, « l’avant-garde de leurs peuples ». Cette video n’est pas un document sur des étrangers vivotant dans la précarité, et s’écarte du réalisme entendu comme reproduction de l’apparence visible des choses. L’artiste a mis en place un dispositif qui tend à nous faire voir ce que nous ne voyons pas, une double réalité pourtant banale et quotidienne : celle du regard qui ne se réfléchit pas lui-même dans l’acte de regarder ce qui lui fait face, celle du réel ordinaire vu et non perçu par ce regard qui ne réfléchit pas plus son point de vue sur le monde que le monde lui-même. À l’intérieur du pavillon tendu de noir, une batterie de vidéo-projecteurs fait apparaître en simultané plusieurs fenêtres sur trois murs et sur le plafonnier. Derrière ces fenêtres, apparaissent au-dehors les ombres filmées des vrais « hôtes » avec lesquels cette video a été réalisée. Les uns lavent les vitres ou nous regardent, d’autres se croisent dans la rue et racontent des histoires, leur histoire que nous pouvons imaginer sans pouvoir la reconstruire : la voix off parle une langue étrangère, et une vitre transparente nous sépare de nos « hôtes ». Apercevant les limites de notre point de vue sur le réel social, nous nous demandons comment nous en sommes arrivés là, nous et nos « invités ».

C’est du pur formalisme hérité de l’art informel et de l’expressionnisme abstrait qu’à première vue l’art de Barcelo relève. Comme le note Patrick Mauriès, « l’imaginaire de la matière » est « l’un des moteurs essentiels de la création pour Barcelo ».(32) Cette poétique se réalise selon des techniques expérimentées avec succès par ses prédécesseurs, ce qui, paradoxalement, inscrit ce peintre dans ce qu’au XVIII° siècle, on eût appelé la « tradition artisanale de l’art », celle où l’artiste, bénéficiant du statut de serviteur de cour, est tenu de respecter le goût d’un prince attaché aux règles transmissibles du savoir-faire. La notion de « tradition artisanale » n’implique aucun jugement de valeur, car l’oeuvre ainsi créée n’est ni meilleure ni moins bonne que celle produite par « la tradition du nouveau ». La notion a valeur différentielle et sert à opposer deux sortes de critères, l’un fondé sur l’acceptation de l’héritage artistique, l’autre sur le rejet de la culture de la génération des parents. (33)
[30] Vivant aux Etats-Unis depuis les années 1980, il enseigne actuellement au M.I.T de Cambridge
[31] Pierre Bourdieu, Les règles de l’art, op.cit.p.157-158, Inès Champey, « Un formalisme réaliste », in Eveline Pinto(dir) op.cit n.,23,p.75-97
[32] Barcelo, photographies Jean Marie del Moral, Introduction de Patrick Mauriès, Actes Sud, 2003
[33]Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil, 1991

Perpétuant une tradition menacée de disparaître avec l’utilisation des nouvelles technologies, la peinture de Barcelo est en affinité avec le goût du roi Juan Carlos, comme l’atteste la décoration de la coupole de la salle XX du Palais des Nations à Genève, commandée par la cour d’Espagne en petit cadeau du roi à l’O.N.U. Cependant nous ne sommes plus au XVIII° siècle, et Barcelo travaille depuis toujours en artiste indépendant pour le marché libre de la peinture. Récupérant les surplus de peinture de la coupole en étendant sur le sol des toiles bientôt recouvertes de façon aléatoire par les couleurs s’égouttant du plafond, il a utilisé ces toiles comme fond pour quelques tableaux présentés à la Biennale et regroupés en trois séries. Les tableaux intitulés « paysages africains » et « écumes des mers » obéissent au formalisme visuel, à la pratique de l’art en tant qu’art. En dépit de de leur grande beauté et de leurs qualités plastiques,ils frappent moins l’imagination du spectateur que les « gorilles », qui saisissent immédiatement le regard. Cet effet sidérant tient à ce que la vue ne peut séparer les procédures formelles et le sens, sens explicité par l’artiste ou associé implicitement à ce que cette peinture montre et ne dit pas.

D’après la brochure, les peintures « des gorilles solitaires » se relient à des œuvres antérieures, de la fin des années 1990, représentant « Copito de Nieve », le seul exemplaire répertorié au monde de gorille albinos. Capturé par des scientifiques espagnols en Guinée équatoriale, cet échantillon unique a passé le reste de sa vie dans le Zoo de Barcelone. « Pour Barcelo, ces tableaux sont dans une certaine mesure des autoportraits qui reflètent la solitude de l’artiste et renvoient en quelque sorte à la figure du peintre comme une espèce menacée dans une époque dominée par les nouveaux médias technologiques » (34).
La solitude organanisative et Flecha rota (2008) transposent dans un vocabulaire plastique néo-expressionniste le thème iconographique ancien du « Singe peintre ». Chardin se moquait de lui-même en représentant un petit singe affublé des habits de cour d’un peintre d’Académie, lequel, assis devant un chevalet, imitait la posture d’un modèle humain pratiquant les arts qui imitent la nature. Barcelo « imiterait » plutôt le genre de l’autoportrait idéalisé à la Poussin, où l’artiste, indifférent à la ressemblance avec ses propres traits, célébre la dignité de son art en représentant un homme de noble allure portant les attributs de la peinture. Le gorille de Barcelo, tenant entre ses pattes des sortes de pochoirs, ne manque pas d’humour. Il n’est pas l’emblème banal et romantique de la solitude de l’artiste. C’est un peintre critique à l’égard de l’expressionnisme abstrait de ses devanciers, employant comme eux la technique du dripping, mais pour faire autre chose, un tableau figuratif. Dans un coin de la pièce, son Singe Peintre est un animal réflexif qui médite l’organisation de la toile à faire, en tournant le dos, littéralement, à l’œuvre déjà faite
[34] Miquel Barcelo, Pabellon espanol, 53° Exposicion Internacional de Arte La Bienal de Venecia.- http://www.miquelbarcelo.info/obras

À cet autoportrait idéalisé de l’artiste, s’opposent les peintures de Floquet de Neu. Se représenter en échantillon unique de gorille blanc exhibé comme une curiosité par une institution municipale qui le tient captif, quel symbole ! Il ne s’agit plus du tête-à-tête du peintre face à l’œuvre à venir, mais de la réalité sociale de l’artiste dans son rapport aux institutions dont il dépend. Copito de Nieve, ridicule et sublime avec sa colère, ses peurs, ses gestes fous, venu comme le Cygne de Baudelaire de la superbe Afrique, ne s’échappe pas comme lui de sa ménagerie . « Mythe étrange et fatal », il ne l’est pas par les reproches qu’il adresse à Dieu, mais par la relation de dépendance qui l’enchaîne, comme tout artiste de réputation internationale, à sa niche écologique, à son monde, celui des collectionneurs, des marchands, des mécènes. Plié à la nécessité de jouer le jeu institutionnel, il cultive sa singularité et accepte la mise en montre de ce qu’il fait dans des parcs d’attractions ou biennales, utiles aux collectionneurs et aux institutions muséales plus qu’à lui-même et à son art.

Quant au public rassemblé, trouvant l’occasion de se divertir dans ces foires sans comprendre pourquoi on lui offre ces fêtes sans la gratuité du droit d’entrée, il en est à se demander quel est son rôle, et pourquoi il est invité au spectacle d’un jeu sans règles qui se joue sans lui.



Pour citer cet article

Référence électronique

Eveline Pinto, Venise, été 2009. En revenant de la Biennale. Pierre Bourdieu un hommage [En ligne], Texte, mis en ligne le 13 janvier 2010, Consulté le 18 janvier 2010 URL : http://pierrebourdieuunhommage.blogspot.com/2010/01/eveline-pinto-venise-ete-2009-en.html

Eveline Pinto est professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Directrice du Centre de recherche sur la philosophie des activités artistiques contemporaines jusqu'en 2004 à l'université de Paris 1, elle a coordonné et publié :
Formalisme, jeu des formes, Publications de la Sorbonne, Paris 2001
Penser l’art et la culture avec les sciences sociales. En l’honneur de Pierre Bourdieu, Publications de la Sorbonne, Paris, 2002
L’écivain, le savant et le philosophe, Publications de la Sorbonne, Paris, 2003
Pour une analyse critique des médias. Le débat public en danger, Éditions du Croquant, Broissieux, 2007