« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


Affichage des articles dont le libellé est Gros. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gros. Afficher tous les articles

vendredi 19 juillet 2019

Pierre Bourdieu, Uma sociologia ambiciosa da educação. Ione Ribeiro Valle , Charles Soulié (Organização)

 
Pierre Bourdieu 
Uma sociologia ambiciosa da educação  
Ione Ribeiro Valle , Charles Soulié (Organização)
Editora : Edufsc
2019


Présentation de l'éditeur
O conjunto de artigos de Pierre Bourdieu aqui reunidos está centrado principalmente na sociologia da educação e em sua sociologia política. Na verdade, como refundador da sociologia contemporânea, Pierre Bourdieu desenvolve uma “sociologia geral” de inspiração durkheimiana e weberiana, articulando notadamente processos de socialização e de legitimação. Isso lhe permite renovar em profundidade o estudo de muitos objetos e de muitas questões. Ele se interessa, por exemplo, pela contribuição específica da escola na reprodução das desigualdades e nas relações de dominação, assim como na sua legitimação.

SUMÁRIO

Lista de siglas francesas ....................................................................................................................... 7

Prefácio - A centralidade da relação entre educação e política em Pierre Bourdieu ..................... 9
Charles Soulié e Ione Ribeiro Valle

O exame de uma ilusão ....................................................................................................................... 35
Pierre Bourdieu e Jean-Claude Passeron
Provação escolar e consagração social: as classes preparatórias para as Grandes Escolas ........ 73
Pierre Bourdieu
                                                                 
Proposições para o ensino do futuro: relatório do Collège de France (1985) ............................. 235
            Pierre Bourdieu

Princípios para uma reflexão sobre os conteúdos do ensino: Relatório Bourdieu-Gros (1989)  267
Pierre Bourdieu e François Gros

Para que serve o sociólogo? .............................................................................................................. 281
Pierre Bourdieu

A dominação ...................................................................................................................................... 305
Pierre Bourdieu

Sobre a ciência do Estado ................................................................................................................. 341
Pierre Bourdieu, Olivier Christin e Pierre-Étienne Will

Entrevista com Pierre Bourdieu: “É preciso reinventar uma espécie de intelectual coletivo tendo como modelo os Enciclopedistas” ............................................................................................. 359
 Entrevista concedida a Frank Nouchi

Anexo Quadro comparativo dos sistemas de ensino Brasil/França ............................................. 369

Índice remissivo ................................................................................................................................. 371

Sobre os organizadores e tradutores ............................................................................................... 379





(Merci à Ione Valle pour l'info)

lundi 19 février 2018

audio: Frédéric Gros présente l'ouvrage de Michel Foucault, Les aveux de la chair


audio: Frédéric Gros présente l'ouvrage de Michel Foucault, Les aveux de la chair
La Grande table (2ème partie) par Olivia Gesbert, 16.02.2018


Michel Foucault
Histoire de la sexualité 
IV
Les aveux de la chair
Édition de Frédéric Gros
Gallimard 
Bibliothèque des Histoires
2018
Présentation de l'éditeur

mercredi 29 juin 2016

Michel Foucault, Discours et vérité, précédé de La parrêsia

Michel Foucault
Discours et vérité 
Précédé de La parrêsia 
Vrin
Philosophie du présent  
2016

Présentation de l'éditeur
À l’automne 1983, Michel Foucault prononce, à l’Université de Californie à Berkeley, un cycle de six conférences intitulé Discours et vérité, dont on trouvera ici, pour la première fois, l’édition complète et critique.
Dans ces conférences, la richesse de la notion de parrêsia et son rôle stratégique pour la réflexion éthique et politique de Foucault émergent de manière évidente. Foucault retrace notamment les transformations de cette notion dans le monde antique : d’abord droit politique du citoyen athénien, la parrêsia devient, avec Socrate, l’un des traits essentiels du discours philosophique puis, avec les cyniques, de la vie philosophique elle-même dans ce qu’elle peut avoir de provoquant et même de scandaleux; enfin, aux premiers siècles de l’Empire, la parrêsia apparaît au fondement des relations entre le maître et le disciple dans la culture de soi. En faisant l’analyse de la notion de parrêsia, Foucault poursuit en même temps son projet d’une histoire du présent et pose des jalons pour une généalogie de l’attitude critique dans nos sociétés modernes et contemporaines.
Ce volume contient également la transcription d’une conférence prononcée par Foucault en mai 1982 à l’université de Grenoble, devant un public de spécialistes de la philosophie antique, qui présente un état antérieur et différent de sa réflexion sur la parrêsia.

Édition et apparat critique établis par H.-P. Fruchaud et D. Lorenzini.
Introduction par F. Gros.

mercredi 27 janvier 2016

Bourdieu / Foucault : un rendez-vous mancato? Convegno Internazionale – Napoli, 1-2 marzo 2016

Bourdieu / Foucault :

un rendez-vous mancato?

Convegno Internazionale – Napoli, 1-2 marzo 2016


Présentation des organisateurs
Pierre Bourdieu et Michel Foucault ont été tous les deux considérés comme des penseurs “hérétiques” et ont également enseigné au Collège de France. Cependant, leurs parcours se sont toujours déroulés sur des binaires parallèles, sans jamais se croiser véritablement, sauf à l’occasion de leur engagement pour Solidarnosc. Il s’agit pour autant d’un rapport qu’on pourrait, en un certain sens, qualifier du même titre de la pétition qu’ils signent ensemble à cette époque : “Les rendez-vous manqués“. Si Bourdieu, notamment après la mort de Foucault, n’a guère cessé de basculer entre une incompréhension de sa perspective théorique et politique et nombreuses attestations d’affinité soucieuses sans doute de relancer un dialogue trop soudain interrompu, Foucault, de son côté, quitte à lui reconnaître d’avoir été (avec Robert Castel et Jean-Claude Passeron) un des héritiers de Georges Canguilhem dans le domaine de la sociologie, lui a réservé un silence presque total, ce qui, même aujourd’hui, continue à poser problème à maints chercheurs.
Pourtant, malgré l’étrangeté de leur rapport personnel et la diversité des leurs perspectives, ces deux penseurs ont déployé leurs réflexions à l’intérieur de champs de problématisation théorique et historico-politique le plus souvent très proches, sinon parfois communs: de l’importance accordée aux pratiques à la imbrication du pouvoir et du discours ; du quadrillage et de la classification à la question de la subjectivation ; de la conception de l’intellectuel et de la critique à l’engagement dans des luttes sociales. Il s’agit de questions et d’attitudes éthico-politiques et scientifiques qui les rapprochent davantage que les critiques de l’un ou le silence de l’autre ne les séparent. Même si, quelques rares exceptions mises à part, le rapport de Foucault à la sociologie ainsi que celui de Bourdieu à la philosophie ont fait souvent tous les deux l’objet d’un même réductionnisme, dans ces dernières années, lorsque l’édition des cours de Foucault au Collège de France se termine alors que celle des cours de Bourdieu se poursuit assez régulièrement, ces matériaux nous restituent une conscience plus aigue de l’héritage complexe légué par ces deux figures majeures de la pensée critique du XXe siècle. Cette situation invoque une responsabilité à la fois scientifique et politique qui n’était encore possible mettre en avant auparavant.
L’ambition de ce colloque est en ce sens double, s’agissant, d’un côté, de pointer sur l’ouverture d’un espace inédit de rapprochement entre Bourdieu et Foucault, et de l’autre, de contribuer à son exploration à travers une mise en parallèle articulée et critique de leurs pensées à partir d’une multiplicité d’angles d’attaque qui traversent et débordent des champs de savoir encadrés par des identités disciplinaires rigides ou des cadres méthodologiques figés : de la question du rapport à l’État, le néolibéralisme et le “capital humain” à l’éventuelle complémentarité entre l’analyse généalogique et une sociologie de la classification ; de la reproduction à travers l’enseignement à l’usage critique de la parole de Bourdieu et de Foucault à l’intérieur de leurs discours dans le champ académique ; d’une mise en parallèle des formes d’assujettissement de l’habitus et de la discipline au rapprochement possible entre la généalogie foucaldienne de la sexualité et les recherches sur la domination masculine de Bourdieu ; de la problématisation du sujet de la critique à la forme sociographique de l’engagement intellectuel et politique. Pour réaliser cette tâche, la liste des intervenants à ce colloque se compose de chercheurs qui se sont occupés aussi bien de Bourdieu que de Foucault et qui sont donc en mesure de saisir autant les éléments d’une complémentarité possible que les traces d’une différence peut-être irréductible.

Programme

(Source:  https://bourdieufoucault.wordpress.com/)

 

vendredi 6 novembre 2015

Michel Foucault, Œuvres I, II

Michel Foucault
Œuvres I, II
Gallimard 
Bibliothèque de la Pléiade
2015 


Présentation de l'éditeur
Édition publiée sous la direction de Frédéric Gros avec la collaboration de Jean-François Bert, Daniel Defert, Francois Delaporte et Philippe Sabot, Philippe Chevallier, Bernard Harcourt, Martin Rueff et Michel Senellart
Son œuvre, entre philosophie, histoire et littérature, est difficile à situer. Les disciplines traditionnelles peinent à la contenir. Sa chaire au Collège de France s’intitulait «Histoire des systèmes de pensée». Lui-même ne cessa jamais de relire Kant, Nietzsche, Heidegger, mais il cite moins les classiques de la philosophie que d’obscurs traités, règlements ou manuels conservés dans des fonds d'archives, royaumes des historiens. Des historiens «professionnels» de son temps Foucault partage d’ailleurs l’ambition : ouvrir l’histoire à de nouveaux objets. Il reste que ce sont bien des problématiques philosophiques que renouvellent ses «histoires» (de la folie, de la sexualité), ses «archéologies» (des sciences humaines, du savoir), ses récits de «naissance» (de la clinique, de la prison). «Et j'ai beau dire que je ne suis pas un philosophe, si c'est tout de même de la vérité que je m'occupe, je suis malgré tout philosophe.» Philosophe «malgré tout», Foucault a inventé une nouvelle manière de faire de la philosophie. Il n’a pas apporté une pierre de plus à l’édifice compartimenté de la pensée : en en abattant les cloisons, il en a bouleversé l’architecture. Il a rendu les disciplines communicantes. Certains spécialistes n’ont pas manqué de le lui reprocher.
Et la littérature? Ses livres sont savants. Ils témoignent d’une érudition stupéfiante. Encore faut-il donner forme à l’informe de l’archive. Les citations, le maillage de références, la mise en scène d’épisodes historiques, tout, chez Foucault, est déplié, exposé dans une écriture tour à tour baroque et rigoureuse, austère et splendide, démesurée et classique. En bibliothèque, il se sent porté par les mots des autres. Leur intensité nourrit son écriture. «La lecture se prolonge, se renforce, se réactive par l’écriture, écriture qui est elle aussi un exercice, elle aussi un élément de méditation.» Le matériau des historiens et l’horizon tracé par les philosophes s’augmentent chez lui d’une exigence littéraire apprise auprès de Flaubert, Blanchot, Beckett. Le traiter de «styliste» serait réducteur. Foucault, qui se disait artisan, est un écrivain.
Outre un choix de textes brefs, articles, préfaces ou conférences, cette édition rassemble tous ses livres personnels. Leur influence est immense. Mais leur réunion ne vise pas à former une autobiographie intellectuelle. «Je ne veux pas de ce qui pourrait donner l’impression de rassembler ce que j’ai fait en une espèce d'unité qui me caractériserait et me justifierait.» Voyons plutôt en elle ce que Foucault disait d’Histoire de la folie en 1975 : «J’envisageais ce livre comme une espèce de souffle vraiment matériel, et je continue à le rêver comme ça, une espèce de souffle faisant éclater des portes et des fenêtres…» 

samedi 18 mai 2013

Agone 51, Campagnes populaires, campagnes bourgeoises

Agone 51, Campagnes populaires, campagnes bourgeoises, coordination Julian Mischi 

Les représentations dominantes des espaces ruraux ignorent ses habitants au profit d’une esthétisation (une nature sans habitants) ou d’une stigmatisation (les ploucs). Vus des villes, ces espaces sont perçus comme des territoires essentiellement agricoles ou comme de simples lieux de détente pour vacanciers et résidents secondaires. Or les campagnes françaises se caractérisent d’abord par la présence massive de classes populaires, la proportion d’ouvriers augmentant à mesure que l’on s’éloigne des villes. Loin d’être des espaces pacifiés et unanimistes, les communes rurales et périurbaines connaissent des logiques de différenciation sociale et des conflits d’usage. A l’image des agriculteurs, groupe éclaté en différentes fractions, les campagnes sont traversées par des rapports de classe et des inégalités sociales. De la bourgeoisie agricole aux ouvriers ruraux, quels sont les groupes sociaux en présence et quelles relations entretiennent-ils ? 

 SOMMAIRE
« Ouvriers ruraux, pouvoir local & conflits de classes », Julian Mischi (sociologue, INRA Dijon)
« Luttes paysannes dans les années 68. Remise en cause d’un ordre social local », Élise Roullaud (politiste, Université de Lyon 2)
« De l’exploitation des forêts à l’esclavage des hommes. Un exemple de chantier forestier utilisant des travailleurs marocains en Bourgogne (1974–1975) », Julien Gros (sociologue, ENS Paris) & Omar Tourougui
« Des ploucs de droite aux pavillonnaires lepénistes. Sur la construction médiatique du vote des ruraux », Jean Rivière (géographe, Université de Nantes)
« “La soif du travail ?” Alcool, salariat & masculinité dans le bâtiment : le témoignage d’un adepte du “black” », Sébastien Mary & Nicolas Renahy (sociologue, INRA Dijon)
« Trajectoires de l’embourgeoisement agricole », Gilles Laferté (sociologue, INRA Dijon)
« Processus de distinction d’une petite bourgeoisie rurale. Le cas d’une “association pour le maintien de l’agriculture paysanne” (AMAP) », Jean-Baptiste Paranthoën (sociologue, INRA Dijon)
« L’isolement des jeunes femmes appartenant aux classes populaires rurales. L’exemple d’une animatrice de loisirs », Marie-Hélène Lechien
« Fouler les bois & rasseoir une emprise. La chasse à courre comme inscription spatiale du pouvoir social », Héloïse Fradkine (sociologue, Sciences Po Paris)
LA LEÇON DES CHOSES
Suite du dossier « Les théories du complot » de la revue Agone n° 47.
Présentation de Miguel Chueca
« Ali Agça et la “filière bulgare” », Edward S. Herman et Frank Brodhead

mardi 17 juillet 2012

Publications de Pierre Bourdieu: autour des Propositions pour l'enseignement de l'avenir et des Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement


Publications de Pierre Bourdieu
autour des  
Propositions pour l'enseignement de l'avenir 
et des
Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement





(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 27.12.2017,  Gilbert Quélennec)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Autour des Propositions pour l'enseignement de l'avenir

Entretien à l'occasion de la parution de Homo academicus, avec Didier Eribon, Nouvel Obs, ven 02 nov 1984, nº1043, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002

video et texte: Propositions pour l'enseignement de l'avenir, (Rapport du Collège de France, Minuit, 1985, aussi in Le Monde de l’éducation, n°116, mai 1985, pp.61-68, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique et vidéo avec Pierre Bourdieu dans l'émission De l'école à l'université, Apostrophes - 10/05/1985)

Le rapport du Collège de France: Pierre Bourdieu s'explique, entretien avec J.-P. Salgas, La quinzaine littéraire, 445, 1er-31 août 1985, p.8-10, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique
 
Pierre Bourdieu, "Dans le « Rapport du Collège de France sur l'enseignement et l'avenir», il y avait une proposition extrêmement révolutionnaire – qu'évidemment personne n'a vue – qui consistait à dire qu'on pouvait concevoir que les titres scolaires soient à validité limitée dans le temps, qu'ils valent pour cinq ans et soient non renouvelables."


Autour des Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement 
 
Entretien avec Didier Eribon , Le Nouvel Observateur nº 1270, 9-15 mars 1989

Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement. Rapport de la commission présidée par Pierre Bourdieu et François Gros., Ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, mars 1989, in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique

Loïc Wacquant, From Ruling Class to Field of Power: An Interview with Pierre Bourdieu, April 1989, Theory, Culture, and Society 10-1 (August 1993): 19-44.


------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Sur l'Éducation (sociologie, Mai 68, surnuméraires, rapports officiels, l'ARESER, livres)

Pierre Bourdieu: un Intellectuel global

Pierre Bourdieu, la mise en oeuvre de l'intellectuel collectif international

Pierre Bourdieu, à propos de l'intellectuel collectif

lundi 3 mai 2010

Rapport Pierre Bourdieu et François Gros, Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement


Rapport de la commission présidée par Pierre Bourdieu et François Gros.
Ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et des sports
mars 1989


Principes pour une réflexion sur les contenus d'enseignement







Une commission de réflexion sur les contenus de l'enseignement a été créée, à la fin de l'année 1988, par le Ministre de l'Éducation nationale. Présidée par Pierre Bourdieu et François Gros et composée de Pierre Baqué, Pierre Bergé, René Blanchet, Jacques Bouveresse, Jean-Claude Chevallier, Hubert Condamines, Didier DaCunha Castelle, Jacques Derrida, Philippe Joutard, Edmond Malinvaud, François Mathey, elle a reçu mission de procéder à une révision des savoirs enseignés en veillant à renforcer la cohérence et l'unité de ces savoirs.

Dans la première phase de leur travail, les membres de la commission se sont donné pour tâche de formuler les principes qui devront régir leur travail. Conscients et soucieux des implications et des applications pratiques, pédagogiques notamment, de ces principes, ils se sont efforcés, pour les fonder, de n'obéir qu'à la discipline proprement intellectuelle qui découle de la logique intrinsèque des connaissances disponibles et des anticipations ou des questions formulables. N'ayant pas pour mission d'intervenir directement et à court terme dans la définition des programmes, ils ont voulu dessiner les grandes orientations de la transformation progressive des contenus de l'enseignement qui est indispensable, même si elle doit prendre du temps, pour suivre, et même devancer, autant que possible, l'évolution de la science et de la société.

Des commissions de travail spécialisées acceptant ces principes continueront ou commenceront un travail de réflexion plus approfondi sur chacune des grandes régions du savoir. Elles essaieront de proposer, dans des notes d'étape qui pourraient être remises au mois de juin 1989, non, le programme idéal d'un enseignement idéal, mais un ensemble d'observations précises, dégageant les implications des principes proposés. Ces propositions qui porteront essentiellement sur la restructuration des divisions du savoir et la redéfinition des conditions de leur transmission, sur l'élimination des notions périmées ou peu pertinentes et l'introduction des nouveaux savoirs imposés par les avancées de la connaissance et les changements économiques, techniques et sociaux, pourront être présentées et discutées dans un Colloque regroupant des experts internationaux.

Si, dans le système d'enseignement comme ailleurs, le changement réfléchi constitue une exigence permanente, il ne s'agit pas, évidemment, de faire, à chaque moment, table rase du passé. En effet, entre toutes les innovations qui ont été introduites au cours des années récentes, beaucoup étaient pleinement justifiées. S'il importe d'éviter de reconduire sans examen tout ce qui est hérité du passé, il n'est pas possible de discerner à tous les moments et dans tous les domaines la part du "périmé" et du "'valide". Il faut seulement prendre pour objet constant de réflexion le rapport nouveau qui peut et doit être instauré entre la perpétuation nécessaire du passé et l'adaptation non moins nécessaire à l'avenir. La forme, nécessairement abstraite et générale, des principes ainsi énoncés ne se justifie, par anticipation, que par le travail à venir qui devra en respecter la rigueur, tout en les mettant à l'épreuve pour en déterminer et en différencier le contenu.





I. PREMIER PRINCIPE

Les programmes doivent être soumis à une remise en question périodique visant à y introduire les savoirs exigés par les progrès de la science et les changements de la société (au premier rang desquels l'unification européenne), toute adjonction devant être compensée par des suppressions.

Diminuer l’étendue, voire la difficulté d'un programme ne revient pas à en abaisser le niveau. Au contraire, une telle réduction, opérée avec discernement, doit permettre une élévation du niveau dans la mesure (et dans la mesure seulement) où elle permet de travailler moins longtemps, mais mieux, en remplaçant l'apprentissage passif par la lecture active - qu'il s'agisse de livres ou de supports audio-visuels - par la discussion ou par l'exercice pratique, et en redonnant ainsi toute sa place à la créativité et à l'esprit d'invention.

Ce qui implique, entre autres choses, que soit profondément transformé le contrôle de l'apprentissage et le mode d'évaluation des progrès accomplis : l'évaluation du niveau atteint ne devrait plus reposer seulement sur un examen lourd et aléatoire, mais devrait associer le contrôle continu et un examen terminal portant sur l'essentiel et visant à mesurer la capacité de mettre en œuvre les connaissances dans un contexte totalement différent de celui dans lequel elles ont été acquises, avec, par exemple, dans le cas des sciences expérimentales, des épreuves pratiques permettant d'évaluer l'inventivité, le sens critique et le “sens pratique”.





II. DEUXIÈME PRINCIPE

L'éducation doit privilégier tous les enseignements propres à offrir des modes de pensée dotés d'une validité et d'une applicabilité générales par rapport aux enseignements proposant des savoirs susceptibles d'être appris de manière aussi efficace (et parfois plus agréable) par d'autres voies. Il faut en particulier veiller à ce que l'enseignement ne laisse pas subsister des lacunes inadmissibles, parce que préjudiciables à la réussite de l'ensemble de l'entreprise pédagogique, notamment en matière de modes de pensée ou de savoir-faire fondamentaux qui, parce qu’ils sont censés être enseignés par tout le monde, finissent par n'être enseignés par personne.



Il faut résolument privilégier les enseignements qui sont chargés d'assurer l'assimilation réfléchie et critique des modes de pensée fondamentaux comme le mode de pensée déductif, le mode de pensée expérimental ou le mode de pensée historique, et aussi le mode de pensée réflexif et critique qui devrait leur être toujours associé. Dans un souci de rééquilibrage, il faudrait notamment rendre plus clairement perceptible la spécificité du mode de pensée expérimental, au prix d'une valorisation résolue du raisonnement qualitatif, d'une reconnaissance claire du caractère provisoire des modèles explicatifs et d'un encouragement et d'un entraînement constants au travail pratique de recherche. Il faudrait aussi examiner si et comment chacun des grands secteurs de la connaissance (et chacune des “disciplines” dans lesquelles ils se traduisent de manière plus ou moins adéquate) peut contribuer à la transmission des différents modes de pensée, et si certaines spécialités ne sont pas mieux placées, par toute leur logique et leur tradition, pour assurer l'apprentissage réussi de l'un ou l'autre d'entre eux.

Et il faudrait enfin veiller à faire une place importante à tout un ensemble de techniques qui, quoiqu'elles soient tacitement exigées par tous les enseignements, font rarement l'objet d'une transmission méthodique : utilisation du dictionnaire, usage des abréviations, rhétorique de communication, établissement d'un fichier, création d'un index, utilisation d'un fichier signalétique ou d'une banque de données, préparation d'un manuscrit, recherche documentaire, usage des instruments informatiques, lecture de tableaux de nombres et de graphiques, etc. Livrer à tous les élèves cette technologie du travail intellectuel et, plus généralement, leur inculquer des méthodes rationnelles de travail (comme l'art de choisir entre les tâches imposées ou de les distribuer dans le temps) serait une manière de contribuer à réduire les inégalités liées à l'héritage culturel.





III. TROISIÈME PRINCIPE



Ouverts, souples, révisables, les programmes sont un cadre et non un carcan : ils doivent être de moins en moins contraignants à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie des ordres d'enseignement ; leur élaboration et leur aménagement pratique doivent en appeler à la collaboration des enseignants. Ils doivent être progressifs - connexion verticale - et cohérents - connexion horizontale - tant à l'intérieur d'une même spécialité qu'au niveau de l'ensemble du savoir enseigné - (au niveau de chaque classe).



Le programme n'a rien d'un code impératif. Il doit fonctionner comme un guide pour le professeur et pour les élèves - et les parents - qui doivent y trouver un exposé clair des objectifs et des exigences du niveau d'enseignement considéré (on pourrait demander aux professeurs de le communiquer aux élèves en début d'année). C'est pourquoi il doit être accompagné d'exposés des motifs indiquant la "philosophie" qui l'a inspiré, les objectifs recherchés, les présupposés et les conditions de sa mise en œuvre et comportant aussi des exemples d'application.

Les objectifs et les contenus des différentes spécialités et des différents niveaux doivent être perçus et définis dans leur interdépendance. Les programmes doivent prévoir explicitement toutes les répétitions (et celles-là seulement) qui sont indispensables pour assurer l'assimilation des connaissances fondamentales. S'il peut être utile d'aborder la même question à partir de points de vue différents (par exemple, la perspective, du point de vue des mathématiques et de l'histoire de l'art), il reste que l'on doit travailler à abolir, du moins quand la preuve aura été faite de leur inutilité, tous les doubles emplois et chevauchements indésirables, tant entre les niveaux successifs de la même spécialité qu'entre les différents enseignements du même niveau.

Pour être en mesure de demander et d'obtenir des enseignements continus et cohérents, les programmes doivent prévoir de manière aussi précise que possible le niveau exigé au départ (en évitant notamment les intitulés vagues laissant place à des interprétations élastiques) et le niveau exigé au terme de l'année considérée. Ils doivent être mis à l'épreuve, de manière à être réalisables sans prouesse particulière dans les limites du temps imparti (pour favoriser la mise en œuvre réussie, ils doivent être assortis d'indications concernant le temps correspondant à chacune des étapes principales). Toutes les spécialités fondamentales doivent faire l'objet d'un apprentissage dont le trajet doit, sur plusieurs années, dépasser le stade de la simple initiation et conduire à une maîtrise suffisante des modes de pensée et des exigences qui lui sont propres.

La cohérence et la complémentarité entre les programmes des différentes spécialités doivent être méthodiquement recherchées à chaque niveau. Dans le cas où des commissions par spécialité sont nécessaires, il faut prévoir une commission des programmes commune (par niveau) pour assurer la cohérence et éliminer les doubles emplois.

Sans sacrifier à l'imitation servile des modèles étrangers, on devrait trouver une inspiration critique dans la comparaison méthodique avec les programmes en vigueur dans d'autres pays, européens notamment : moyen de porter au jour les oublis et les lacunes, la comparaison devrait permettre de débusquer les survivances liées à l'arbitraire d'une tradition historique. Outre qu'elle pourrait conduire à accroître la compatibilité du système français avec les autres systèmes européens, et à réduire les handicaps par rapport à des concurrents éventuels, elle aurait pour effet en tout cas de contraindre à substituer la logique du choix conscient et explicite à celle de la reconduction automatique et tacite des programmes établis.





IV. QUATRIÈME PRINCIPE

L'examen critique des contenus actuellement exigés doit toujours concilier deux variables : leur exigibilité et leur transmissibilité. D'une part, la maîtrise d'un savoir ou un mode de pensée est plus ou moins indispensable pour des raisons scientifiques ou sociales, à un niveau déterminé (dans telle ou telle classe) ; d'autre part, sa transmission est plus ou moins difficile à ce niveau du cursus, étant donné ce que sont les capacités d'assimilation des élèves et la formation des maîtres concernés.



Ce principe devrait conduire à exclure toute espèce de transmission prématurée. Il devrait conduire aussi à mobiliser toutes les ressources nécessaires (notamment en temps consacré à la transmission et en moyens pédagogiques) pour assurer la transmission et l'assimilation effective des savoirs difficiles qui sont jugés absolument nécessaires. (Pour se donner une idée plus précise de la transmissibilité réelle, à un niveau donné du cursus, d’un savoir ou d'un mode de pensée déterminé, on devrait prendre en compte les résultats des recherches évaluant la maîtrise que les élèves de différents niveaux et de différentes origines sociales ont des savoirs enseignés dans les différentes spécialités).

La transformation éventuelle des contenus et l'instauration définitive d'une modification du programme ne devraient être opérées qu'après un travail d'expérimentation accompli en situation réelle, avec la collaboration des professeurs et après la transformation de la formation (initiale et continue) des maîtres chargés de les enseigner. L’effort d'adaptation qui serait exigé des enseignants devrait être soutenu par l'octroi de semestres ou d'années sabbatiques et par l'organisation de stages longs qui leur permettraient de s'initier à des modes de pensée ou à des savoirs nouveaux, d'acquérir de nouvelles qualifications et, éventuellement, de changer d'orientation.

De manière plus générale, des instances devraient être mises en place qui auraient mission de recueillir, de rassembler et d'analyser les réactions et les réflexions des enseignants chargés de l'application, suggestions, critiques, aménagements souhaités, innovations proposées, etc. (le réseau Minitel pourrait être utilisé à cette fin). Un effort permanent de recherche pédagogique à la fois méthodique et pratique, associant les maîtres directement engagés dans le travail de formation, pourrait ainsi s'instaurer.



V. CINQUIÈME PRINCIPE



Dans le souci d'améliorer le rendement de la transmission du savoir en diversifiant les formes de la communication pédagogique et en s'attachant à la quantité de savoirs réellement assimilés plutôt qu'à la quantité de savoirs théoriquement proposés, on distinguera, tant parmi les spécialités, qu'au sein de chaque spécialité, ce qui est obligatoire, optionnel ou facultatif et, à côté des cours, on introduira d'autres formes d'enseignement, travaux dirigés et enseignements collectifs regroupant des professeurs de deux ou plusieurs spécialités et pouvant revêtir la forme d'enquêtes ou d'observations sur le terrain.



L’accroissement de la connaissance rend vaine l'ambition de l'encyclopédisme : on ne peut enseigner toutes les spécialités et la totalité de chaque spécialité. En outre, des spécialités sont apparues qui allient la science fondamentale et l'application technique (c'est le cas de l'informatique dans tous les ordres d'enseignement ou de la technologie au collège). Leur introduction dans l'enseignement ne peut être une simple addition : elle devrait avoir pour effet d'imposer à plus ou moins long terme une redéfinition des divisions de l'enseignement.

Il importe de substituer à l'enseignement actuel, encyclopédique, additif et cloisonné, un dispositif articulant des enseignements obligatoires, chargés d'assurer l'assimilation réfléchie du minimum commun de connaissances, des enseignements optionnels, directement adaptés aux orientations intellectuelles et au niveau des élèves, et des enseignements facultatifs et interdisciplinaires relevant de l'initiative des enseignants. Cette diversification des formes pédagogiques et des statuts des différents enseignements devrait tenir compte de la spécificité de chaque spécialité tout en permettant d'échapper à la simple comptabilité par “discipline” qui est un des obstacles majeurs à toute transformation réelle des contenus des enseignements.

Cette redéfinition des formes d'enseignement qui ferait alterner cours et travaux pratiques, cours obligatoires et cours optionnels ou facultatifs, enseignements individuels et enseignements collectifs, enseignement par petits groupes (ou aide individualisée aux élèves) et par groupes plus larges aurait pour effet de diminuer le nombre des heures inscrites à l'emploi du temps des élèves sans augmenter le nombre des classes attribuées à chaque professeur. Elle accroîtrait l’autonomie des enseignants qui, à l'intérieur du cadre d'ensemble défini par le programme, pourraient organiser eux-mêmes leur plan d'études avant chaque rentrée annuelle. Elle devrait aussi conduire à une utilisation plus souple et plus intensive des instruments et des bâtiments (les autorités territoriales compétentes - région, département, commune - devraient s'employer à construire ou à rénover les bâtiments scolaires, en association avec les enseignants, de manière à offrir à l'enseignement les locaux adaptés, en nombre et en qualité).

Les activités collectives et multidimensionnelles conviendraient sans doute mieux à l'après-midi. C'est le cas, par exemple, de l'enseignement des langages : englobant l'étude des usages du discours, oral ou écrit, et de l’image, il est placé à l'intersection de plusieurs spécialités ; il suppose une bonne utilisation de matériels techniques ; il conduit à des relations avec des partenaires extérieurs (artistes, industries de l'image, etc.) et appelle la production autant que le commentaire.



VI. SIXIÈME PRINCIPE

Le souci de renforcer la cohérence des enseignements devrait conduire à favoriser les enseignements donnés en commun par des professeurs de différentes spécialités et même à repenser les divisions en "disciplines", en soumettant à l'examen certains regroupements hérités de l'histoire et en opérant, toujours de manière progressive, certains rapprochements imposés par l'évolution de la science.



Tout devrait être fait pour encourager les professeurs à coordonner leurs actions, à tout le moins par des réunions de travail visant à échanger l'information sur les contenus et les méthodes d'enseignement et pour leur donner le désir et les moyens (en locaux adaptés, en équipement, etc.) d'enrichir, de diversifier et d'élargir leur enseignement en sortant des frontières strictes de leur spécialité ou en donnant des enseignements en commun. (Il serait souhaitable que certains enseignants puissent être officiellement autorisés à consacrer une part de leur contingent d'heures d'enseignement aux tâches, indispensables, de coordination-organisation des réunions, reproduction des documents, transmission de l'information, etc.).

Les séances d'enseignement regroupant des professeurs de deux (ou plusieurs) spécialités différentes réunis selon leurs affinités devraient avoir la même dignité que les cours (chaque heure d'enseignement de ce type comptant, pratiquement, pour une heure pour chacun des professeurs qui y participent). Elles s'adresseraient à des élèves qui seraient regroupés selon d'autres logiques que celles des filières actuelles, plutôt par niveau d'aptitude ou en fonction d'intérêts communs pour des thèmes particuliers. Un contingent d'heures annuelles, dont l'emploi serait librement décidé par l'ensemble des professeurs concernés, pourrait leur être officiellement réservé.

Tous les moyens disponibles - bibliothèques renouvelées, enrichies, modernisées, techniques audio-visuelles - devraient être mobilisés pour en renforcer l'attrait et l'efficacité. L’effort, absolument nécessaire, pour repenser et surmonter les frontières entre les “disciplines” et les unités pédagogiques correspondantes, ne devrait pas se faire au détriment de l'identité et de la spécificité des enseignements fondamentaux ; mais il devrait au contraire faire apparaître la cohérence et la particularité des problématiques et des modes de pensée caractéristiques de chaque spécialité.



VII. SEPTIÈME PRINCIPE

La recherche de la cohérence devrait se doubler d'une recherche de l'équilibre et de l'intégration entre les différentes spécialités et, en conséquence, entre les différentes formes d'excellence. Il importerait en particulier de concilier l'universalisme inhérent à la pensée scientifique et le relativisme qu'enseignent les sciences historiques, attentives à la pluralité des modes de vie et des traditions culturelles.



Tout devrait être mis en œuvre pour réduire (toutes les fois que cela parait possible et souhaitable) l'opposition entre le théorique et le technique, entre le formel et le concret, entre le pur et l'appliqué et pour réintégrer la technique à l'intérieur même des enseignements fondamentaux. La nécessité d'équilibrer les parts réservées à ce qu'on appellera, par commodité, le “conceptuel”, le “sensible” et le “corporel” s'impose à tous les niveaux, mais tout spécialement dans les premières années. Le poids imparti aux exigences techniques et aux exigences théoriques devra être déterminé en fonction des caractéristiques propres à chacun des niveaux de chacune des filières, donc en tenant compte notamment des carrières professionnelles préparées et des caractéristiques sociales et scolaires des élèves concernés, c'est-à-dire de leurs capacités d'abstraction ainsi que de leur vocation à entrer plus ou moins vite dans la vie active.

Un enseignement moderne ne doit en aucun cas sacrifier l'histoire des langues et des littératures, des cultures et des religions, des philosophies et des sciences. Il doit au contraire se mesurer et travailler sans cesse à ces histoires, de façon de plus en plus subtile et critique. Mais pour cette raison même, il ne doit pas se régler sur la représentation qu'en donnent parfois ceux qui réduisent "l'humanisme" à une image figée des "humanités". L’enseignement des langages peut et doit, tout autant que celui de la physique ou de la biologie, être l'occasion d'une initiation à la logique ; l'enseignement des mathématiques ou de la physique, tout autant que celui de la philosophie ou de l'histoire, peut et doit permettre de préparer à l'histoire des idées, des sciences ou des techniques (cela, évidemment, à condition que les enseignants soient formés en conséquence).

De manière plus générale, l'accès à la méthode scientifique passe par l'apprentissage de la logique élémentaire et par l'acquisition d'habitudes de pensée, de techniques et d'outils cognitifs qui sont indispensables pour conduire un raisonnement rigoureux et réflexif. L’opposition entre les "lettres" et les "sciences", qui domine encore aujourd'hui l'organisation de l'enseignement et les "mentalités" des maîtres, des élèves et des parents d'élèves, peut et doit être surmontée par un enseignement capable de professer à la fois la science et l'histoire des sciences ou l'épistémologie, d'initier aussi bien à l'art ou à la littérature qu'à la réflexion esthétique ou logique sur ces objets, d'enseigner non seulement la maîtrise de la langue et des discours littéraire, philosophique, scientifique, mais aussi la maîtrise active des procédés ou des procédures logiques ou rhétoriques qui y sont engagés.

Pour ôter à ces considérations leur apparence abstraite, il suffirait de montrer dans un enseignement commun au professeur de mathématiques (ou de physique) et au professeur de langages ou de philosophie que les mêmes compétences générales sont exigées par la lecture de textes scientifiques, de notices techniques, de discours argumentatifs. Un effort semblable devrait être fait pour articuler les modes de pensée propres aux sciences de la nature et aux sciences de l'homme, pour inculquer le mode de pensée rationnel et critique qu'enseignent toutes les sciences, tout en rappelant l'enracinement historique de toutes les œuvres culturelles, y compris les œuvres scientifiques ou philosophiques, et en faisant découvrir, comprendre et respecter la diversité, dans le temps et dans l'espace, des civilisations, des modes de vie et des traditions culturelles.


Le Conseil national des programmes d'enseignement aura pour tâche de mettre en œuvre l'ensemble des principes énoncés ci-dessus. Ses membres devront être choisis en fonction de leur seule compétence et agir à titre personnel et non en tant que représentants de corps, d'institutions ou d'associations. Il devra travailler en permanence (ce qui suppose que ses membres soient libérés d'une partie de leurs autres charges) pendant une durée de cinq ans, mais les modifications qu'il entendra éventuellement apporter aux programmes en vigueur ne pourront être mises en application que tous les cinq ans. Sa compétence devra s'étendre à tous les ordres et à tous les types d'enseignement.