« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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vendredi 20 janvier 2017

en ligne: Actes de la recherche en sciences sociales, 2013/1-2 (n° 196-197), Usines :ouvriers, militants, intellectuels

en ligne sur Cairn.info
Actes de la recherche en sciences sociales, 2013/1-2 (n° 196-197), Usines : ouvriers, militants, intellectuels
Seuil

Cédric Lomba, Julian Mischi
Ouvriers et intellectuels face à l'ordre usinier
 
Christian Corouge, Michel Pialoux,   Julian Mischi
Engagement et désengagement militant aux usines Peugeot de Sochaux dans les années 1980 et 1990
Pourquoi la « Chronique Peugeot » de 1984-1985 parue dans Actes s'est-elle interrompue ? (avec Julian Mischi)
 
Cédric Lomba
Restructurations industrielles : appropriations et expropriations des savoirs ouvriers
 
Paul Boulland
Sortir du rang ?
Rapports à l'usine des cadres ouvriers communistes
 
Sophie Pochic
Women on the Line de Miriam Glucksmann : quand un engagement féministe produit un classique d'ethnographie ouvrière
 
Ingrid Hayes
Les limites d'une médiation militante
L'expérience de Radio Lorraine Cœur d'Acier, Longwy, 1979-1980
 
Kimi Tomizaki
Deux générations de syndicalistes au Brésil : pratiques quotidiennes et formation politique
 
Pascal Marichalar, Laure Pitti
Réinventer la médecine ouvrière ?
Retour sur des mouvements médicaux alternatifs dans la France post-1968
 
Julian Mischi
Savoirs militants et rapports aux intellectuels dans un syndicat cheminot
 
Audrey Mariette
De la fabrique d'une génération à la fabrique de la reproduction
La complexité des rapports entre intellectuels et ouvriers militants à l'aune du cas de Georges Valero et de Christian Chevandier



vendredi 4 avril 2014

écouter: Ouvriers et intellectuels: tensions et engagements, avec Christian Corouge, Bruno Lajara, Olivier Azam, Laure Pitti

Michel Pialoux, Christian Corouge © DR

écouter: Ouvriers et intellectuels: tensions et engagements, avec Christian Corouge, Bruno Lajara, Olivier Azam, Laure Pitti
Débat organisé en partenariat avec les Actes de la recherche en sciences sociales, les éditions du Seuil et les éditions Agone, Maison des métallos. 24.10.2013
Les Oreilles Loin Du Front, 30.10.2013


mardi 19 novembre 2013

video: Un ouvrier à la chaîne, dialogue avec un sociologue | Christian Corouge - Michel Pialoux


vidéo:  Un ouvrier à la chaîne, dialogue avec un sociologue, Christian Corouge et Michel Pialoux

Cet entretien a suivi la diffusion du film de Laurence Jourdan, Sochaux, cadences en chaînes, 2010
Christian Corouge, ancien ouvrier de chez Peugeot-Sochaux
Michel Pialoux, sociologue, maître de conférences à l’EHESS, auteur, avec Stéphane Beaud, de Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard (Fayard, 1999)
Rencontre présentée par Richard Sobel, maître de conférences en économie à l’université Lille 1, chercheur au Clersé (UMR 8019) 
PRINTEMPS DES SHS 2012 - QUE FAIRE DU TRAVAIL ? Ciné-rencontre
(Source: Canal-U)


Christian Corouge - Michel Pialoux
Résister à la chaîne
Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue
Introduction de Michel Pialoux et Épilogue 2010
Édition établie par Julian Mischi
Agone
2011

Présentation de l'éditeur
Pendant quatre jours je t’ai raconté des trucs sur le travail, les lois Auroux, les trente-huit heures… Seulement ça, je vais te le dire, ça crée un déséquilibre complet, parce qu’une semaine comme ça, c’est pas facile de la vivre quand tu travailles en chaîne et que t’as en plus plein de boulot syndical à faire. C’est pas facile.
Alors mes mains, dans tout ça, qu’est-ce qu’elles deviennent, mes mains ? On dit : « Bon, en 1974, il avait mal aux mains. Maintenant ça a l’air de passer. Il est devenu beaucoup plus intellectuel, il n’a plus mal aux mains, il a mal à la tête… » Il est fou, quoi. Seulement, moi, je travaille encore avec mes mains ! Et ça, ça me fait toujours mal. Mais maintenant je me tais. Parce que, pendant dix ans, tu en souffres tout seul. Et en même temps, tu as l’impression d’être une espèce de cobaye… aussi bien de la part des copains… qui veulent surtout pas écrire ce genre de truc avec moi, alors qu’en fait, à mon avis, leur boulot de militant – c’est à eux que je devrais le dire –, ça aurait été de faire ce livre avec moi.
Au début des années 1980, le sociologue Michel Pialoux rencontre Christian Corouge, ouvrier et syndicaliste chez Peugeot-Sochaux. Ils entament un long dialogue sur le travail à la chaîne, l’entraide dans les ateliers et la vie quotidienne des familles ouvrières. À partir de l’histoire singulière d’un ouvrier, devenu porte-parole de son atelier sans jamais le quitter, sont abordées les difficultés de la constitution d’une résistance syndicale.

Ouvrier et syndicaliste à la CGT, Christian Courouge, a travaillé sur les chaînes Peugeot-Sochaux de 1969 à 2011. Dans ce dialogue avec Michel Pialoux il évoque notamment la violence du travail à la chaine et la lutte syndicale.
Michel Pialoux est sociologue, a notamment écrit (avec Stéphane Beaud) Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard (Fayard, 1999 / La Découverte, 2012).


vendredi 29 mars 2013

Actes de la recherche en sciences sociales n°196-197, Usines: Ouvriers, Militants, Intellectuels


Actes de la recherche en sciences sociales n°196-197, Usines: Ouvriers, Militants, Intellectuels, Seuil, 2013

SOMMAIRE

Page 4 à 19
Cédric Lomba et Julian Mischi   Ouvriers et intellectuels face à l'ordre usinier
Page 20 à 33
Christian Corouge et Michel Pialoux   Engagement et désengagement militant aux usines Peugeot de Sochaux dans les années 1980 et 1990 Pourquoi la « Chronique Peugeot » de 1984-1985 parue dans Actes s'est-elle interrompue ?
(avec Julian Mischi)
Page 34 à 53
Cédric Lomba   Restructurations industrielles : appropriations et expropriations des savoirs ouvriers
Page 54 à 71
Paul Boulland   Sortir du rang ? Rapports à l'usine des cadres ouvriers communistes
Page 72 à 83
Sophie Pochic   Women on the Line de Miriam Glucksmann : quand un engagement féministe produit un classique d'ethnographie ouvrière
Page 84 à 101
Ingrid Hayes   Les limites d'une médiation militante L'expérience de Radio Lorraine Cœur d'Acier, Longwy, 1979-1980
Page 102 à 113
Kimi Tomizaki   Deux générations de syndicalistes au Brésil : pratiques quotidiennes et formation politique
Page 114 à 131
Pascal Marichalar et Laure Pitti   Réinventer la médecine ouvrière ? Retour sur des mouvements médicaux alternatifs dans la France post-1968
Page 132 à 151
Julian Mischi   Savoirs militants et rapports aux intellectuels dans un syndicat cheminot
Page 152 à 157
Audrey Mariette   De la fabrique d'une génération à la fabrique de la reproduction La complexité des rapports entre intellectuels et ouvriers militants à l'aune du cas de Georges Valero et de Christian Chevandier



samedi 21 avril 2012

lire les sciences sociales: Présentation et discussion de l’ouvrage de Christian Corouge et Michel Pialoux, Résister à la chaÎne, 11 mai 2012



lire les sciences sociales

vendredi 11 mai 2012

Présentation et discussion de l’ouvrage

RÉsister À la chaÎne
Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue
de
Christian Corouge et Michel Pialoux


Introduction de Michel Pialoux et Épilogue 2010
Édition établie par Julian Mischi

En présence des auteurs
Présentation par Gérard Mauger
 

« Pendant quatre jours je t'ai raconté des trucs sur le travail, les lois Auroux, les trente-huit heures... Seulement ça, je vais te le dire, ça crée un déséquilibre complet, parce qu'une semaine comme ça, c'est pas facile de la vivre quand tu travailles en chaîne et que t'as en plus plein de boulot syndical à faire. C'est pas facile. Alors mes mains, dans tout ça, qu'est-ce qu'elles deviennent, mes mains ? On dit : " Bon, en 1914, il avait mal aux mains. Maintenant ça a l'air de passer. Il est devenu beaucoup plus intellectuel, il n'a plus mal aux mains, il a mal à la tête... " Il est fou, quoi. Seulement, moi, je travaille encore avec mes mains ! Et ça, ça me fait toujours mal. Mais maintenant je me tais. Parce que, pendant dix ans, tu en souffres tout seul. Et en même temps, tu as l'impression d'être une espèce de cobaye... aussi bien de la part des copains... qui veulent surtout pas écrire ce genre de truc avec moi, alors qu'en fait, à mon avis, leur boulot de militant - c'est à eux que je devrais le dire -, ça aurait été de faire ce livre avec moi ».

Au début des années 1980, le sociologue Michel Pialoux rencontre Christian Corouge, ouvrier et syndicaliste chez Peugeot-Sochaux. Ils entament un long dialogue sur le travail à la chaîne, l'entraide dans les ateliers et la vie quotidienne des familles ouvrières. À partir de l'histoire singulière d'un ouvrier, devenu porte-parole de son atelier sans jamais le quitter, sont abordées les difficultés de la constitution d'une résistance syndicale.

10 h 00 - 12 h 00

CNRS/site Pouchet (salle de conférence), 59-61, rue Pouchet, 75017 Paris
Métro ligne 13 (Guy Moquet/Brochant), Bus 66 (La Jonquière)

Contact : lirelessciencessociales@gmail.com 

mercredi 23 mars 2011

Christian Corouge - Michel Pialoux, Résister à la chaîne


Christian Corouge - Michel Pialoux
Résister à la chaîne
Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue
Introduction de Michel Pialoux et Épilogue 2010
Édition établie par Julian Mischi
Agone
2011


Présentation de l'éditeur
Pendant quatre jours je t’ai raconté des trucs sur le travail, les lois Auroux, les trente-huit heures… Seulement ça, je vais te le dire, ça crée un déséquilibre complet, parce qu’une semaine comme ça, c’est pas facile de la vivre quand tu travailles en chaîne et que t’as en plus plein de boulot syndical à faire. C’est pas facile.
Alors mes mains, dans tout ça, qu’est-ce qu’elles deviennent, mes mains ? On dit : « Bon, en 1974, il avait mal aux mains. Maintenant ça a l’air de passer. Il est devenu beaucoup plus intellectuel, il n’a plus mal aux mains, il a mal à la tête… » Il est fou, quoi. Seulement, moi, je travaille encore avec mes mains ! Et ça, ça me fait toujours mal. Mais maintenant je me tais. Parce que, pendant dix ans, tu en souffres tout seul. Et en même temps, tu as l’impression d’être une espèce de cobaye… aussi bien de la part des copains… qui veulent surtout pas écrire ce genre de truc avec moi, alors qu’en fait, à mon avis, leur boulot de militant – c’est à eux que je devrais le dire –, ça aurait été de faire ce livre avec moi.

Au début des années 1980, le sociologue Michel Pialoux rencontre Christian Corouge, ouvrier et syndicaliste chez Peugeot-Sochaux. Ils entament un long dialogue sur le travail à la chaîne, l’entraide dans les ateliers et la vie quotidienne des familles ouvrières. À partir de l’histoire singulière d’un ouvrier, devenu porte-parole de son atelier sans jamais le quitter, sont abordées les difficultés de la constitution d’une résistance syndicale.

> Lire une autre chronique de la chaîne Peugeot : Grain de sable sous le capot. Résistance & contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot (1972–2003) (Agone, 2006).
Michel Pialoux a notamment écrit (avec Stéphane Beaud) Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard (Fayard, 1999).

Voir également: en ligne: Publications de Michel Pialoux

lundi 14 février 2011

en ligne: Publications de Michel Pialoux

en ligne: Publications de Michel Pialoux


Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec
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Jeunes sans avenir et travail intérimaire, Actes de la recherche en sciences sociales, 1979, Numéro 26-27, pp. 19-47

avec Christian Corouge, Chronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, Numéro 54, pp. 57-69

avec Christian CorougeChronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1985, Numéro 57-58, pp. 108-128

avec Christian Corouge, Chronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1985, Numéro 60, pp. 72-74

avec Florence Weber , Stéphane Beaud, Crise du syndicalisme et dignité ouvrière, Politix, 1991, Volume 4, Numéro 14, pp. 7-18


Alcool et politique dans l'atelier. Une usine de carrosserie dans la décennie 1980, Genèses, 1992, Numéro 7, pp. 94-128

avec Gabrielle Balazs, Crise du travail et crise du politique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 3-4


Stratégies patronales et résistances ouvrières, Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 5-20

avec Stéphane Beaud, Notes de recherche sur les relations entre Français et immigrés à l'usine et dans le quartier, Genèses,  1998, Numéro 30, pp. 101-121

avec Stéphane Beaud, Cette casse délibérée des solidarités militantes, Le Monde Diplomatique, janvier 2000 — Pages 10 et 11

avec Stéphane Beaud, Les « bacs pro » à l'université. Récit d'une impasse , Revue française de pédagogie,  2001, Numéro 136, pp. 87-95

avec Stéphane Beaud, Emeutes urbaines, violence sociale, Le Monde Diplomatique, juillet 2001 — Pages 1, 18 et 19

avec Stéphane Beaud, La troisième génération ouvrière, Le Monde Diplomatique, juin 2002 — Pages 4 et 5

avec Stéphane BeaudSur la genèse sociale des « émeutes urbaines » , Sociétés contemporaines 1/2002 (no 45-46), p. 215-243.

Table ronde avec Florence WeberLa gauche et les classes populaires. Réflexions sur un divorce, Mouvements 4/2002 (no23), p. 9-21.

avec Stéphane Beaud, Jeunes ouvrier(e)s a l'usine, Travail, genre et sociétés 2/2002 (N° 8), p. 73-103.

avec Stéphane Beaud, Remarques sur les rapports entre générations ouvrières, Empan 2/2003 (no50), p. 72-75.

Jeunes des classes populaires, Le Monde Diplomatique, mai 2007 — Pages 26 et 27





dimanche 26 décembre 2010

à paraître: Christian Corouge - Michel Pialoux, Résister à la chaîne Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue

Résister à la chaîne

À paraître le 17/03/2011
Christian Corouge & Michel Pialoux

Résister à la chaîne
Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue

Introduction de Michel Pialoux et Épilogue 2010
Édition établie par Julian Mischi
Pendant quatre jours je t’ai raconté des trucs sur le travail, les lois Auroux, les trente-huit heures… Seulement ça, je vais te le dire, ça crée un déséquilibre complet, parce qu’une semaine comme ça, c’est pas facile de la vivre quand tu travailles en chaîne et que t’as en plus plein de boulot syndical à faire. C’est pas facile.
Alors mes mains, dans tout ça, qu’est-ce qu’elles deviennent, mes mains ? On dit : « Bon, en 1974, il avait mal aux mains. Maintenant ça a l’air de passer. Il est devenu beaucoup plus intellectuel, il n’a plus mal aux mains, il a mal à la tête… » Il est fou, quoi. Seulement, moi, je travaille encore avec mes mains ! Et ça, ça me fait toujours mal. Mais maintenant je me tais. Parce que, pendant dix ans, tu en souffres tout seul. Et en même temps, tu as l’impression d’être une espèce de cobaye… aussi bien de la part des copains… qui veulent surtout pas écrire ce genre de truc avec moi, alors qu’en fait, à mon avis, leur boulot de militant – c’est à eux que je devrais le dire –, ça aurait été de faire ce livre avec moi.
Au début des années 1980, le sociologue Michel Pialoux rencontre Christian Corouge, ouvrier et syndicaliste chez Peugeot-Sochaux. Ils entament un long dialogue sur le travail à la chaîne, l’entraide dans les ateliers et la vie quotidienne des familles ouvrières. À partir de l’histoire singulière d’un ouvrier, devenu porte-parole de son atelier sans jamais le quitter, sont abordées les difficultés de la constitution d’une résistance syndicale.
Extraits
Ce qu’on attendait, nous, de la gauche. C’était pas demander le paradis… non ! C’était simplement demander un minimum de lois, parce qu’on savait bien, on le sait tous qu’on est incapable de changer une société comme ça, du jour au lendemain. À moins d’une révolution et là, ça devient complètement différent, et personne n’est mûr pour faire ce genre de truc à l’époque actuelle, et c’est pas si simple. Bon, on s’attendait au moins à avoir un minimum de lois-cadres. Regarde, moi, la gauche m’aurait permis… aller à l’université. Et pourquoi que j’aurais pas demandé un congé de trois mois, moi, merde ! Pourquoi j’aurais pas droit à une bourse d’études ? Je me sens pas plus con qu’un fils de toubib, qu’un fils de notable, bon Dieu, quoi ! Et même quitte à reprendre des études ! C’est vrai que j’aurais dû piocher beaucoup plus que les autres. C’est vrai ! Mais pourquoi que j’y serais pas arrivé ? Et pourquoi que ça n’a pas été fait ?
Pour un prolo, c’est dur, il est fatigué, toute la semaine sur une chaîne, il est crevé, surtout un OS qui a gratté sur sa chaîne. Un mec qui a vingt ans, que tu vois son corps, petit à petit, se racornir sur lui-même, ne plus parler, se recroqueviller petit à petit, intellectuellement et puis physiquement. Et ce mec, s’il veut apprendre quelque chose, il est obligé d’aller le samedi, sur son temps de loisir, apprendre, contrairement à tous les autres qui peuvent y aller pendant leurs heures de travail, contrairement à tous, et qui sont payés. Enfin, moi, je trouve ça complètement immoral, mais dégueulasse, et pourquoi personne n’en parle ? Quand t’es OS et que t’arrives dans une usine comme ça, quand tu veux un livre, c’est à Besançon qu’il faut que t’aille l’acheter. Parce qu’ici t’as même pas un libraire qui est dépositaire de bouquins, qui a tous les bouquins. C’est un choix politique de Peugeot, sans doute. Il règne en maître sur cette région. Mais ça n’a jamais été non plus la revendication d’aucune organisation syndicale ou politique. Et alors, si ce n’est pas une revendication, c’est pas comme ça que le rapport de force s’établira, à un moment donné, que Peugeot sera obligé de lâcher du lest…
***
Comment ça a démarré [la grève de 1981] ? Eh bien, Peugeot, pour relever le défi des Japonais – ils parlaient beaucoup des Japonais à l’époque –, a décidé d’augmenter un jour la productivité de 4 %. Seulement, si on parle d’augmenter la productivité, quand on est dans un BM et quand on est sur les chaînes, on reçoit ça différemment. Eux disent qu’il faut augmenter le pourcentage de véhicules construits par salarié : le raisonnement du BM, c’est mathématique. Mais pour nous, sur les chaînes, on sait très bien que, quand Peugeot parle de productivité, il y a trois solutions : ou bien il augmente la vitesse de chaîne, ou bien il supprime des postes, ou bien il bourre les bagnoles les unes sur les autres. Ou encore : on passe de véhicules « chers » à des véhicules moins « chers », parce que les bagnoles sont différentes. Sur une 305, par exemple, il y a un certain volume de travail à faire, alors qu’il y en a d’autres, une 604, par exemple, sur lesquels il y en a peut-être bien le double. Donc tu peux augmenter la productivité en laissant le même nombre de postes de travail, seulement les mecs ils vont gratter du début jusqu’à la fin de la journée ! Eh bien, c’était ça les 4 % que Peugeot prévoyait, c’était ça ! Bien sûr, au début, ça passait mal, c’est pour ça d’ailleurs qu’il avait annoncé la couleur 3 ou 4 mois avant. Tranquillement, il avait expliqué que c’était pour « relever le défi japonais »… Ensuite, il a vu que ça ne passait pas, alors il a promis deux jours de congé comme ça, deux jours supplémentaires si la productivité était augmentée de 4 %.
C’était aussi l’époque où on parlait de la cinquième semaine de congé, qui n’avait pas encore été votée à l’Assemblée nationale et que Peugeot ne voulait pas payer à un taux complet, c’est-à-dire qu’il ne voulait pas y inclure les primes. Dans nos congés payés, y’a beaucoup de primes qui sont liées directement au travail, y’a l’ancienneté, y’a la prime de chaîne, y’a la prime de doublage… Y’a plein de primes. Alors, quand t’es en congé, quand on ne te donne pas tes primes, ça te fait diminuer tes ressources de 20 à 30 % sur ta paye. Donc il ne voulait pas nous les payer, et c’est nous qui avons relancé, à ce moment-là, tous ces mots d’ordre, à savoir qu’on préférait avoir trente-huit heures par semaine et pas de chômeurs. « Trente huit heures et pas de chômeurs ! », c’était une revendication de l’époque qui avait été trouvée comme ça. Et puis il y avait le ras-le-bol ! Les mecs, ils en avaient marre de gratter comme ça. Ils avaient voté à gauche, il fallait que ça pète quoi !
***
C’est complètement différent ! Moi, si tu veux, ce que je trouve, c’est qu’on est revenu au travail à la chaîne du début des années 1970 où il y avait un climat social qui était, je ne peux pas dire bon, parce que les conditions de travail c’est jamais bon, c’est jamais sain, mais ce climat social, il avait au moins le mérite d’exister, alors qu’à la fin des années 1970 il avait été complètement détruit, complètement laminé, complètement supprimé. Tu n’avais plus le droit de faire du café sur le bord d’une chaîne, tu n’avais plus le droit d’avoir un canard, tu n’avais plus le droit de rien du tout, c’était une époque où tu n’avais même pas le droit d’avoir un tract à ton poste de travail, le chef passait, il te le prenait, alors que maintenant, si je vois un chef d’équipe quand je distribue, eh bien, ça ne me gêne pas, je rentre dans le bureau, et je lui en donne. Et souvent, le mec, il est content, et s’il n’est pas content, il n’est pas content et il le fout à la poubelle, c’est son problème, mais tout le monde est servi ! Mais ils ne vont plus t’emmerder, ils ne vont pas te courir après, alors qu’avant c’était la période où ils te couraient tous après, c’était systématique, tu ne pouvais pas faire un mètre quand tu étais délégué sans avoir deux ou trois mecs sur toi. Maintenant, non ! C’est un rapport de force qui a changé.
Peugeot a compris qu’il avait été trop loin, que les 600 cadres, par exemple, qu’il avait amenés un jour, ici, pendant le conflit, pour nous empêcher de bloquer une chaîne, ç’avait été de trop. Et depuis ce jour-là, il y a une haine vis-à-vis des cadres, en carrosserie. Tu ne vois jamais de mecs en cravate circuler sur les chaînes sans qu’il y ait les vieux slogans qui ressortent : « Les cravates à la chaîne ! » Et les mecs ont tellement honte qu’ils se tirent vite. Alors que, la cravate, c’est pas une chose tellement critiquable, tu peux même avoir une cravate et puis être… mais pour les mecs, c’est resté un signe… la cravate, c’est toujours apparu… T’as ceux qui sont bien habillés et qui se glandouillent. C’est pas qu’ils ne travaillent pas mais ils font un autre genre de boulot. Et puis t’as ceux qui sont dans le cambouis jusque-là, et, ceux-là, ils ne travaillent pas en cravate, quoi.