« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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jeudi 29 avril 2021

Vincent Gay, Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980

 

 

Vincent Gay

Pour la dignité

Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980

PUL

Actions collectives

2021

 

 

Présentation de l'éditeur

Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d’origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu’alors discrets se mobilisent et s’emparent des répertoires d’action et des mots d’ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d’immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité. Au croisement de l’histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l’intérieur et à l’extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c’est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

Vincent Gay est maître de conférences en sociologie à l’Université Paris-Diderot et membre du Laboratoire de changement social et politique (LCSP). Ses recherches portent sur l’histoire sociale et politique de l’immigration, notamment au sein du projet de dictionnaire biographique des militant.e.s de l’immigration. Il a publié récemment « Masculinités en conflit, conflits de masculinités. Talbot, Citroën et les ouvriers immigrés » (20 & 21. Revue d’histoire, 2020) et « Contestation et apprentissage, ou l’entrée en citoyenneté des ouvriers immigrés (Talbot-Citroën, 1982-1983) » (Critique internationale, 2020).

 

 

lundi 1 mars 2021

Sophie Béroud et Martin Thibault, En luttes ! Les possibles d’un syndicalisme de contestation

 


Sophie Béroud et Martin Thibault
En luttes !
Les possibles d’un syndicalisme de contestation
Raisons d'agir
2021
 
 
Présentation de l'éditeur

Le mouvement des Gilets jaunes, d’abord éloigné des syndicats, est un révélateur inattendu de leurs difficultés. Englués dans le « dialogue social », incapables de faire plier les gouvernements successifs, pris dans des enjeux de rivalités internes, ils peinent à élargir leur base sociale et à peser sur les mobilisations.
Depuis près de trente ans une organisation, les SUD, devenus Solidaires, développe pourtant des pratiques plus horizontales et démocratiques et affirme le retour d’un syndicalisme de contestation. Elle rencontre toutefois des obstacles imprévus : comment avoir du poids institutionnel sans s’institutionnaliser ? Comment réussir à servir davantage les intérêts immédiats des salariés sans devenir des professionnels du syndicalisme et en rabattre sur la radicalité du combat ?
Pour éclairer ces transformations profondes, ce livre s’appuie sur une enquête sociologique au long cours qui retrace l’enthousiasme et l’âpreté de parcours militants en les resituant dans les grands mouvements sociaux des vingt dernières années. Au-delà du cas de Solidaires, il témoigne de la capacité des organisations syndicales, confrontées à un monde du travail de plus en plus fragmenté et dérégulé, à rendre aux conflits salariaux un rôle moteur et œuvrer ainsi à des revendications plus larges d’émancipation et de transformation politique.

Sophie Béroud a publié, en collaboration avec Baptiste Giraud et Karel Yon, Sociologie politique du syndicalisme, Armand Colin (2018).

Martin Thibault a également publié aux éditions Raisons d’agir Ouvriers malgré tout. Enquête sur les ateliers de maintenance des trains de la Régie autonome des transports parisiens (2013).

 

mardi 20 octobre 2020

audio: Maxime Quijoux , Adieux au patronat. Luttes et gestion ouvrières dans une usine reprise en coopérative

 
 
Les Oreilles loin du front, 8 octobre 2020
 
 

Maxime Quijoux
Adieux au patronat
Luttes et gestion ouvrières dans une usine reprise en coopérative
Du Croquant
Dynamiques socio-economiques
2018

Présentation de l'éditeur
Le syndicalisme ouvrier en France appartient-il au passé ? Incapable d’enrayer le déclin que connaît l’industrie depuis quarante ans, il est également confronté à une crise sur le sens de son action militante.
Pourtant, loin des échecs des grandes mobilisations nationales, des syndicalistes mènent des luttes sur leurs lieux de travail, dont on ne mesure pas toujours ni l’inventivité ni les effets. Hélio-Corbeil, imprimerie située à Corbeil-Essonnes, en est une illustration : en février 2012, emmenés par la CGT, les salariés parviennent à reprendre leur entreprise sous forme de Société Coopérative et Participative (Scop). 80 emplois sont sauvés et l’activité est alors relancée. À partir d’une enquête au long cours, mêlant immersion et travail d’archives, cet ouvrage revient sur l’origine de cette lutte et la mise en place de la coopérative. Il propose une vision différente du syndicalisme, où la gestion constitue une arme de résistance salariale, hier comme aujourd’hui, et s’interroge sur ses conditions d’appropriation. Face à la financiarisation de l’économie, le salut du monde ouvrier passera-t-il par la conquête du pouvoir dans l’entreprise ?
Maxime Quijoux est sociologue, chercheur au CNRS et membre du Laboratoire Printemps (Professions, Institutions, Temporalités) à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et membre associé du LISE (Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Économique) au CNAM. Il est l’auteur de Néolibéralisme et autogestion, l’expérience argentine (Éditions de l’IHEAL, 2011) et a dirigé l’ouvrage collectif Bourdieu et le travail (Presses Universitaires de Rennes, 2015).

jeudi 9 janvier 2020

Antisyndicalisme : la vindicte des puissants, Gilles Christoph, Sabine Remanofsky, Marc Lenormand (coord.)

Antisyndicalisme
la vindicte des puissants
Gilles Christoph
Sabine Remanofsky
Marc Lenormand
(coord.)
2019


Présentation de l'éditeur
Pourquoi le mouvement syndical connaît-il un déclin continu depuis plusieurs décennies, en Europe comme en Amérique du Nord ? Le syndicalisme serait-il un modèle dépassé, une relique des luttes sociales de l’ère industrielle ?
À partir d’études de cas portant sur la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, cet ouvrage souligne le rôle qu’a joué, dans le reflux récent du syndicalisme, le déploiement d’un large répertoire de discours et de dispositifs antisyndicaux : dénonciation de l’archaïsme des organisations syndicales, marginalisation de celles-ci dans le débat public, lois rendant plus difficile l’implantation syndicale ou le recours à la grève, remplacement de la négociation collective par le contrat individuel, ou encore répression parfois brutale des conflits sociaux.Cet antisyndicalisme virulent ne constitue pas pour autant une nouveauté. Les contributions rassemblées ici rappellent que l’hostilité du patronat et des gouvernements est aussi ancienne que les tentatives des travailleurs de se rassembler pour améliorer leurs conditions d’existence et obtenir de nouveaux droits.
Gilles Christoph et Sabine Remanofsky enseignent à l’École normale supérieure de Lyon et sont chercheur·e·s associé·e·s au laboratoire Triangle.
Marc Lenormand est maître de conférences en civilisation britannique à l’université Paul-Valéry-Montpellier 3 et chercheur au laboratoire EMMA.




mardi 6 novembre 2018

Savoir/Agir, n°45, Syndicalisme et politique

Savoir/Agir, n°45, Syndicalisme et politique
Du Croquant
2018

Présentation de l'éditeur
Depuis ses origines, le syndicalisme hexagonal s’évertue à s’affranchir du politique. À la faveur de l’effondrement de l’URSS et plus largement du mouvement ouvrier, cette inclination n’a cessé à la fois de se renforcer et de se généraliser.
« Contestataires » ou « réformistes », toutes les confédérations, sans exception, affirment aujourd’hui une même distance au champ politique.
Cette unanimité, rare dans un paysage syndical français morcelé, interroge : l’univers politique – dans ses dimensions les plus militantes comme les plus institutionnelles – et le monde syndical sont-ils vraiment si cloisonnés ? Comment ces deux champs interagissent-ils,  quelles relations entretiennent-ils ?
À partir d’un ensemble de contributions portant sur des scènes nationales variées – France, Argentine, Grande-Bretagne, États-Unis –, ce numéro vise à documenter les relations différenciées, dans le temps et dans l’espace, entre les champs syndical et politique. À l’heure où le monde du travail est confronté à des transformations sans précédent, les syndicalistes peuvent-ils indéfiniment se tenir à distance du politique ?



vendredi 7 septembre 2018

Maxime Quijoux , Adieux au patronat. Luttes et gestion ouvrières dans une usine reprise en coopérative



Maxime Quijoux
Adieux au patronat
Luttes et gestion ouvrières dans une usine reprise en coopérative
Du Croquant
Dynamiques socio-economiques
2018

Présentation de l'éditeur
Le syndicalisme ouvrier en France appartient-il au passé ? Incapable d’enrayer le déclin que connaît l’industrie depuis quarante ans, il est également confronté à une crise sur le sens de son action militante.
Pourtant, loin des échecs des grandes mobilisations nationales, des syndicalistes mènent des luttes sur leurs lieux de travail, dont on ne mesure pas toujours ni l’inventivité ni les effets. Hélio-Corbeil, imprimerie située à Corbeil-Essonnes, en est une illustration : en février 2012, emmenés par la CGT, les salariés parviennent à reprendre leur entreprise sous forme de Société Coopérative et Participative (Scop). 80 emplois sont sauvés et l’activité est alors relancée. À partir d’une enquête au long cours, mêlant immersion et travail d’archives, cet ouvrage revient sur l’origine de cette lutte et la mise en place de la coopérative. Il propose une vision différente du syndicalisme, où la gestion constitue une arme de résistance salariale, hier comme aujourd’hui, et s’interroge sur ses conditions d’appropriation. Face à la financiarisation de l’économie, le salut du monde ouvrier passera-t-il par la conquête du pouvoir dans l’entreprise ?
Maxime Quijoux est sociologue, chercheur au CNRS et membre du Laboratoire Printemps (Professions, Institutions, Temporalités) à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et membre associé du LISE (Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Économique) au CNAM. Il est l’auteur de Néolibéralisme et autogestion, l’expérience argentine (Éditions de l’IHEAL, 2011) et a dirigé l’ouvrage collectif Bourdieu et le travail (Presses Universitaires de Rennes, 2015).

mercredi 23 mai 2018

Baptiste Giraud, Karel Yon, Sophie Béroud, Sociologie politique du syndicalisme

 
Baptiste Giraud
Karel Yon
Sophie Béroud
Sociologie politique du syndicalisme 
Armand Colin
2018

Présentation de l'éditeur
Comment expliquer le morcellement du syndicalisme français ? Pourquoi si peu de salariés adhèrent aux syndicats ?
Tous les syndicalistes sont-ils des professionnels du dialogue social coupés de leur base ? Pour répondre à ces questions classiques dans les controverses politico-médiatiques, ce manuel propose une synthèse des travaux récents conduits dans les champs de la sociologie et de la science politique autour de l’analyse des organisations syndicales, de leurs adhérents et de leurs pratiques. Il fait le pari que les outils de la sociologie politique permettent une analyse plus fine du phénomène syndical. En abordant des questions telles que les dynamiques de l’engagement militant, les ambivalences du processus d’institutionnalisation ou bien encore les modalités du travail de représentation, cet ouvrage développe des questions qui intéresseront tous les étudiants en sociologie et science politique mais aussi toutes celles et ceux désireux de dépasser les schématismes et de comprendre les spécificités du syndicalisme en France.
Sophie Béroud est maître de conférences en science politique, Université Lyon 2, membre du laboratoire TRIANGLE, enseignements en licence et master. Baptiste Giraud est maître de conférences en science politique à la Faculté d'Economie et de Gestion d'Aix-Marseille Université, Membre du Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail (LEST). Karel Yon est chargé de recherches CNRS, membre du Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS), Lille 2 /CNRS, Membre du Conseil national des Universités.

 


lundi 1 juin 2015

vidéo: Fanny Gallot, En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société


Boîte à idées par Mathilde Goanec, Mediapart

Fanny Gallot
En découdre
Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société
La Découverte
2015

Présentation de l'éditeur
Alors que depuis la fin des années 1990, le monde ouvrier revient sur le devant de la scène avec des luttes de plus en plus dures (occupations, séquestrations, grèves de la faim, menaces de faire « sauter l’usine », etc.), le rôle joué par les femmes a été passé sous silence. À la différence des hommes, elles ont souvent effectué leur carrière entière dans la même usine et subissent de plein fouet l’épreuve des restructurations ou de la liquidation pure et simple.
Qui sont ces femmes décidées à « en découdre » ? Ayant commencé à travailler après 1968, elles n’ont plus grand-chose de commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni résignées. Grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail et, plus largement, la société. Elles ont obtenu d’être reconnues comme des salariée s à part entière, et non pas comme des subalternes devant se contenter d’un salaire d’appoint. Elles ont mis en cause le pouvoir des petits chefs disposant d’un quasi-droit de cuissage. Elles ont donné sa dignité au travail en usine jusqu’alors considéré comme dégradant pour une femme. Elles ont changé le fonctionnement syndical en refusant de tout déléguer aux hommes. Les syndicats ont été obligés de prendre en charge des questions comme la contraception, l’avortement ou le partage des tâches familiales.
Fanny Gallot s’est appuyée, entre autres, sur les témoignages précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution. Elle raconte leurs histoires surprenantes et émouvantes, comme celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex dont les luttes ont marqué l’actualité. 
Fanny Gallot est maîtresse de conférence à l'université Paris-Est-Créteil. Elle est membre du Centre de recherche en histoire européenne comparée. Sa thèse, soutenue en décembre 2012 sous la direction de Michèle Zancarini-Fournel, a obtenu le prix 2013 de l'Institut du genre du CNRS.

mercredi 25 février 2015

en ligne: Savoir/agir n°27, Syndicalismes en luttes

en ligne sur le site de Savoir/agir:

Savoir/agir n°27, Syndicalismes en luttes
Editions du Croquant, 2014
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Dossier coordonné par Nathalie Ethuin et Karel Yon

Éditorial

Quand le gardien du Temple devient le sauveur des marchés financiers, par Frédéric Lebaron

Dossier

Syndicalismes en luttes, coordonné par Nathalie Ethuin et Karel Yon
Les formes contemporaines de l’activité gréviste en Europe occidentale : la domination de la grève politique de masse, par Gregor Gall
Les syndicats dans le capitalisme financier européen : Le cas allemand, par Hans-Jürgen Urban
Les mouvements sociaux dans le Brésil de Lula et Dilma : quelle place pour le syndicalisme ?, par Andréia Galvão
Le syndicalisme en (dans la) crise. Quelques réflexions à partir des réformes du marché du travail en Espagne, par Adoración Guamán et Francisco Trillo
Une mobilisation syndicale traversée par le souffle des Indignés ? La « marée verte » dans le secteur de l’éducation à Madrid, par Sophie Béroud
Le syndicalisme français en proie à la logique des « camps », par Jean-Marie Pernot
Se syndiquer pour l’indépendance : quelques remarques à propos de l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe, par Pierre Odin

Grand entretien

Faire de la sociologie des sciences avec un marteau ? Science et éthique en action. Entretien avec Yves Gingras

Chronique de la gauche de gauche

Front de gauche. Des municipales aux européennes, par Louis Weber

Sociogenèse du Front de gauche

Syndicalistes entrés en politique avec le Front de gauche

La rhétorique réationnaire

La valse des étiquettes politiques, par Gérard Mauger

Chronique d’outre-Manche

L’esprit de 1945, par Keith Dixon



jeudi 13 mars 2014

à paraître: Revue Savoir/agir n°27, Syndicalismes en luttes

Revue Savoir/agir n°27
Syndicalismes en luttes
éd du Croquant
20/03/2014

Présentation de l'éditeur
Si le syndicalisme est un acteur essentiel des luttes sociales, il est aussi au cœur des luttes symboliques pour définir les objectifs et les moyens légitimes de ces luttes. La lutte des classes est aussi une lutte de classements et définir les frontières et les modalités légitimes de l’action syndicale en est l’un des enjeux. Ce dossier ne vise évidemment pas à fournir des réponses univoques et définitives à la question de savoir à quoi servent ou devraient servir les organisations syndicales. Il s’agit plus modestement de spécifier ces enjeux et de rendre compte des débats qui traversent le mouvement syndical dans le contexte actuel d’hégémonie de l’idéologie néolibérale.
Qu’en est-il du répertoire d’action et des horizons de pensées du syndicalisme à l’heure où est répété à l’envi qu’il n’y aurait plus de « grain à moudre », pour reprendre la célèbre expression d’André Bergeron, secrétaire général de FO, qui célébrait ainsi la fonction de négociation des syndicats à l’ère du « compromis fordiste » ? La crise de 2008 et la généralisation des politiques d’austérité qui l’a suivie ont largement contribué à remettre ces questions à l’agenda militant et scientifique en déclenchant un cycle de protestation qui a été diversement investi par les syndicats selon les pays. Comment négocier avec les organisations d’employeurs et les pouvoirs publics tout en participant activement aux luttes sociales ? Comment parler au nom de tous les travailleurs lorsque les politiques économiques tournées vers la compétitivité des entreprises aboutissent à une hétérogénéité croissante des statuts d’emploi et des conditions de travail ? Lorsque les collectifs de travail sont fragilisés, voire démantelés, lorsque les partis politiques censés être les plus proches des syndicats voient leur rôle se réduire à celui d’une courroie de transmission du fatalisme économique, comment sont débattues dans et entre les organisations syndicales les enjeux stratégiques et idéologiques de la syndicalisation ?
Ces questions ne sont bien sûr pas nouvelles. La somme coordonnée par Colin Crouch et Alessandro Pizzorno dans les années 1970 résume bien la façon dont les spécialistes du syndicalisme y répondirent au cours du dernier quart du vingtième siècle. Impulsé, comme son nom l’indique, dans le but de ­comprendre la résurgence du conflit de classe en Europe après 1968, ce travail publié dix années plus tard se concluait en montrant comment les gouvernements d’Europe occidentale avaient réussi à endiguer la contestation sociale grâce à l’enrôlement des syndicats dans les politiques de gestion de la crise. Longtemps considéré comme le mouvement social par excellence, le syndicalisme devenait ainsi un rouage des institutions publiques, donnant forme à ce que les politistes baptisèrent « corporatisme libéral ». L’accélération de l’intégration européenne et la fabrique, à cette échelle, d’une ambitieuse architecture du « dialogue social » semblaient confirmer cette analyse. Dans le même temps, le champ en plein essor de la sociologie des mouvements sociaux se consolidait en ignorant, pour l’essentiel, l’enjeu de la conflictualité au travail.
D’une crise à l’autre, la résurgence de grandes mobilisations sociales orchestrées par les syndicats a permis de rappeler que l’institutionnalisation n’impliquait pas de renoncement irrémédiable à ­l’action protestataire. Plutôt que de chercher à qualifier de façon univoque et définitive les organisations syndicales, mieux vaut tenter de les situer au sein du triangle qui constitue, selon Richard Hyman, la géométrie du syndicalisme. Les organisations syndicales sont, selon les contextes nationaux et les périodes historiques, plus ou moins proches de l’un des sommets du triangle symbolisant les trois rôles idéal-typiques du syndicalisme : agent économique, partenaire social et organisation de classe. Ce sont donc moins les angles du triangle – marché, société, classe – qui doivent retenir l’attention que les directions vers lesquelles bougent les curseurs des revendications et des actions syndicales.
Cette tension est « au cœur des controverses sur le syndicalisme. Il s’agit de la contradiction entre la nécessité de construire une organisation majoritaire et l’impératif de mener une lutte efficace contre le système capitaliste, c’est-à-dire la contradiction entre un syndicalisme de masse et un syndicalisme de classe ». En France, la charte d’Amiens, adoptée en 1906 dans un congrès de la CGT, stipule en effet que l’organisation syndicale doit œuvrer à « une double besogne », quotidienne (obtenir des améliorations immédiates) et d’avenir (œuvrer à l’émancipation intégrale des travailleurs par l’expropriation des capitalistes). Si les termes ont sensiblement évolué, l’enjeu de définir l’espace des possibles reste au cœur des luttes intra et intersyndicales. Il traverse toutes les organisations et se pose de façon diverse selon les contextes économiques et politiques.
À l’échelle de l’Europe occidentale, le syndicalisme reste quoi qu’il en soit un opérateur central de la conflictualité sociale. C’est ce qu’illustre l’article de Gregor Gall qui dresse un bilan de l’acti­vité gréviste dans neuf pays d’Europe occidentale. En se situant sur le terrain des analyses macrosociales qui mettent l’accent sur le déclin de la grève, il nuance ces conclusions en montrant que les grèves économiques sont toujours à la peine mais que des « grèves politiques de masse » se développent en réaction aux politiques néolibérales. Si d’autres techniques d’enquêtes permettraient de prolonger cette critique de la supposée « quiétude » du mouvement ouvrier, l’intérêt du texte est de pointer les limites des politiques néo-corporatistes à l’heure du néolibéralisme triomphant.
C’est précisément cette question du corporatisme que revisite l’article de Hans-Jürgen Urban, qui s’interroge sur les conditions de possibilité d’un « corporatisme de crise » dans l’Allemagne fédérale. Son tableau de la situation allemande récente montre que l’enrôlement des syndicats dans la négociation de concession, y compris sur les modérations salariales, n’exclut pas les campagnes de syndicalisation vers les salariés précaires et les revendications relatives aux conditions de travail.
Dans un contexte différent, l’article d’Andreia Galvao montre également que l’existence de politiques corporatistes d’échange politique reste une donnée clé pour comprendre les stratégies syndicales. La présence au pouvoir d’un gouvernement ami dirigé par le Parti des travailleurs explique sans doute le faible et tardif engagement des confédérations syndicales dans les mobilisations de l’­hiver brésilien, les syndicats, tout comme d’autres mouvements sociaux, étant déjà eux-mêmes divisés quant à l’atti­tude à tenir à l’égard du pouvoir pétiste. Le cas brésilien est ainsi très éclairant sur les relations fluctuantes entre partis politiques au pouvoir, organisations syndicales et mobilisations populaires.
Cette articulation entre syndicalisme et mouvements sociaux est également au centre de la situation politique en Espagne. Deux articles permettent de rendre compte de façon complémentaire de ce qui se passe dans ce pays sur le terrain des luttes sociales et du rôle que peuvent jouer les organisations syndicales. Le premier texte d’Adorácion Guamán et de Francisco Trillo aborde les difficultés croissantes auxquelles sont confrontées les organisations syndicales face aux plans d’austérité et aux mesures antisociales qui se succèdent. Si ces politiques se nourrissent d’un anti-syndicalisme virulent, elles alimentent en retour des critiques de plus en plus aiguisées à l’encontre des syndicats au sein des mouvements sociaux. Les deux auteurs insistent également sur le défi que représentent les millions de privés d’emploi et de travailleurs précaires dont une part s’organise hors des lieux de travail, alors que le syndicalisme traditionnel se déploie avant tout au niveau de l’entreprise. Toutefois, la thèse de la coupure irrémédiable entre syndicalisme et mouvements sociaux ne résiste pas à l’épreuve des faits empiriques, comme le démontre ici Sophie Béroud. Si les critiques à l’égard des syndicats sont monnaie courante au sein du mouvement des Indignés, les militants syndicaux sont loin d’être absents des assemblées et des cortèges. Certains, comme les syndicalistes enseignants, ont même pu profiter du regain de conflictualité pour élargir leurs revendications et l’éventail de leurs modes d’action. L’exemple des mobilisations du secteur éducatif qu’étudie Sophie Béroud, montre à quel point le syndicalisme espagnol, quoiqu’on en dise, reste inscrit dans l’espace des mouvements sociaux.
Sur le cas français, l’article de Jean-Marie Pernot éclaire les reconfigurations récentes du champ syndical tout en soulignant les limites d’une approche en terme de camps irrémédiablement distincts, sinon antagoniques. Il s’agit bien davantage d’alliances à géométrie variable selon les secteurs, les enjeux et les rapports de force. Ce faisant, il montre que le réflexe consistant à résumer les clivages syndicaux en termes de lignes politiques – un camp « réformiste » et un pôle « contestataire » – est éloigné des logiques pratiques qui structurent cet espace complexe qu’est le champ syndical.
La question des logiques plurielles qui orientent l’action syndicale est au cœur de l’article de Pierre Odin. En revenant sur l’histoire de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe, il décrit comment s’est forgée la pratique d’un « syndicalisme intégral » investi à la fois sur les terrains économique, politique et culturel. La légitimité acquise par l’UGTG au croisement de la représentation quotidienne des travailleurs et de l’incarnation d’un projet politico-culturel pour la Guadeloupe éclaire le rôle central qu’elle a joué dans la grève générale de 2009 et la constitution, avec le LKP, d’une coalition regroupant syndicats, associations et partis politiques.
Dans des pays et contextes différents, le syndicalisme est donc bel et bien tiraillé par des conflits, des enjeux et des défis majeurs, que chaque texte réuni dans ce dossier explore sans prétendre évidemment à l’exhaustivité. Si les difficultés sont réelles et plurielles, si les définitions des objets et des moyens des luttes syndicales sont conflictuelles, on ne saurait pour autant entonner le chant du cygne comme le font tant et trop de commentateurs pressés.


Sommaire

Éditorial
Quand le gardien du Temple devient le sauveur des marchés financiers
Frédéric Lebaron

Dossier
Syndicalismes en luttes
Dossier coordonné par Nathalie Ethuin et Karel Yon

Les formes contemporaines de l’activité gréviste en Europe occidentale
La domination de la grève politique de masse
Gregor Gall

Les syndicats dans le capitalisme financier européen
Le cas allemand
Hans-Jürgen Urban

Les mouvements sociaux dans le Brésil de Lula et Dilma
Quelle place pour le syndicalisme ?
Andréia Galvão

Le syndicalisme en (dans la) crise
Quelques réflexions à partir des réformes du marché du travail en Espagne
Adoración Guamán, Francisco Trillo

Une mobilisation syndicale traversée par le souffle des Indignés ?
La « marée verte » dans le secteur de l’éducation à Madrid
Sophie Béroud

Le syndicalisme français en proie à la logique des « camps »
Jean-Marie Pernot

Se syndiquer pour l’indépendance
Quelques remarques à propos de l’Union générale des travailleurs de la Guadeloupe
Pierre Odin

Grand Entretien avec Yves Gingras
Faire de la sociologie des sciences avec un marteau ?
Science et éthique en action

Chronique de la gauche de gauche
Front de gauche
Des municipales aux européennes
Louis Weber

Enquête (6)
Sociogenèse du Front de gauche
Syndicalistes entrés en politique avec le Front de gauche
Gérard Aschieri, Pierre Khalfa et Evelyne Sire-Marin

La rhétorique réactionnaire

La valse des étiquettes politiques
Gérard Mauger

Chronique d’outre-Manche

L’Esprit de 1945
Keith Dixon 

mardi 14 janvier 2014

Mathieu Grégoire, Les Intermittents du spectacle: Enjeux d’un siècle de luttes

Mathieu Grégoire
Les Intermittents du spectacle
Enjeux d’un siècle de luttes
La Dispute
2013

Présentation de l'éditeur
Comment garantir des revenus stables à des salariés à l’emploi instable ? Cette question, essentielle pour le salariat contemporain, les intermittents du spectacle se la posent en France depuis longtemps. De leur premier mouvement social en 1919 à la lutte actuelle pour la défense de leur régime d’indemnisation, les intermittents n’ont cessé de se battre pour que l’instabilité de leur emploi ne signifie pas précarité de leurs revenus et de leur protection sociale.
Quelles stratégies ontils développées, tout au long du XXe siècle, pour « vivre de leur métier » ? Comment et pourquoi le régime des intermittents du spectacle a-t-il été mis en place ? Pour quelles raisons les salariés concernés se battent-ils pour le défendre ?
L’auteur examine ici de nouveaux possibles entre plein-emploi et précarité.
À l’heure où l’emploi est de plus en plus flexible et le reflux du chômage de masse un horizon de moins en moins crédible, l’expérience des intermittents peut intéresser tout le salariat. Leur régime ne peut-il pas en effet constituer un modèle alternatif pour repenser les droits des salariés à l’emploi discontinu ?
Mathieu Grégoire est maître de conférences en sociologie à l’université d’Amiens. 

mardi 19 avril 2011

Anne Dufresne, Le salaire, un enjeu pour l'euro-syndicalisme

Anne Dufresne
Le salaire, un enjeu pour l'euro-syndicalisme
Histoire de la coordination des négociations collectives nationales
Presses universitaires de Nancy
2011


Présentation de l'éditeur
Historiquement, le salaire a toujours été au cœur de l'identité syndicale au niveau national. Or, à l'échelle de l’Union européenne, l’euro-syndicalisme a longtemps abandonné le salaire, considéré comme un sujet « tabou ». Et la modération salariale, initiée dans les années 1980 a progressivement été acceptée.
Comment les euro-syndicats peuvent-ils inventer aujourd’hui de nouvelles stratégies pour renouer avec la tradition de la défense du salaire ? Quelles revendications soutiennent-ils ? Un salaire minimum européen ?
Cet ouvrage détaille les initiatives syndicales mises en œuvre depuis le début des années 1990 pour coordonner les négociations collectives nationales sur trois niveaux (interprofessionnel, sectoriel et transfrontalier) au sein de la Confédération européenne des syndicats, des fédérations syndicales européennes (en particulier celle des métallurgistes), et du groupe de Doorn (Allemagne et Benelux).
Longtemps méconnue, l’histoire de la coordination salariale invite pourtant à jeter un regard nouveau sur la négociation collective et les relations professionnelles, à l’échelle européenne. Son cadre dépasse en effet le seul « dialogue social européen ». Processus politique, la coordination vise à renforcer, à court-terme, la position des syndicats lors des négociations nationales et, à plus long terme, à rendre possible des négociations au niveau européen. La tâche est immense, l’exercice extrêmement complexe.
Anne Dufresne identifie ici les raisons de la lenteur avec laquelle la négociation salariale s'européanise. Elle met en lumière son obstacle fondamental : la dépolitisation du salaire sous la contrainte du cadre macro-économique imposé par l'Union économique et monétaire. Mais l'auteure révèle aussi, et surtout, l'ampleur du travail syndical déjà accompli d'échange d'information et d'apprentissage croisé, au-delà des frontières, gage d'une capacité future de mobilisation européenne.
Le salaire sera-t-il un jour au cœur de l’euro-syndicalisme ?

Anne Dufresne est docteure en Sociologie de l'Université libre de Bruxelles (ULB) et de l'Université Paris X-Nanterre (UPX). Elle est chercheure à l'Université catholique de Louvain (UCL) sous mandat du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS). Elle s'intéresse aux questions syndicales et sociales à l'échelon de l'Union européenne.

lundi 14 février 2011

en ligne: Publications de Michel Pialoux

en ligne: Publications de Michel Pialoux


Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec
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Jeunes sans avenir et travail intérimaire, Actes de la recherche en sciences sociales, 1979, Numéro 26-27, pp. 19-47

avec Christian Corouge, Chronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, Numéro 54, pp. 57-69

avec Christian CorougeChronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1985, Numéro 57-58, pp. 108-128

avec Christian Corouge, Chronique Peugeot, Actes de la recherche en sciences sociales, 1985, Numéro 60, pp. 72-74

avec Florence Weber , Stéphane Beaud, Crise du syndicalisme et dignité ouvrière, Politix, 1991, Volume 4, Numéro 14, pp. 7-18


Alcool et politique dans l'atelier. Une usine de carrosserie dans la décennie 1980, Genèses, 1992, Numéro 7, pp. 94-128

avec Gabrielle Balazs, Crise du travail et crise du politique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 3-4


Stratégies patronales et résistances ouvrières, Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 5-20

avec Stéphane Beaud, Notes de recherche sur les relations entre Français et immigrés à l'usine et dans le quartier, Genèses,  1998, Numéro 30, pp. 101-121

avec Stéphane Beaud, Cette casse délibérée des solidarités militantes, Le Monde Diplomatique, janvier 2000 — Pages 10 et 11

avec Stéphane Beaud, Les « bacs pro » à l'université. Récit d'une impasse , Revue française de pédagogie,  2001, Numéro 136, pp. 87-95

avec Stéphane Beaud, Emeutes urbaines, violence sociale, Le Monde Diplomatique, juillet 2001 — Pages 1, 18 et 19

avec Stéphane Beaud, La troisième génération ouvrière, Le Monde Diplomatique, juin 2002 — Pages 4 et 5

avec Stéphane BeaudSur la genèse sociale des « émeutes urbaines » , Sociétés contemporaines 1/2002 (no 45-46), p. 215-243.

Table ronde avec Florence WeberLa gauche et les classes populaires. Réflexions sur un divorce, Mouvements 4/2002 (no23), p. 9-21.

avec Stéphane Beaud, Jeunes ouvrier(e)s a l'usine, Travail, genre et sociétés 2/2002 (N° 8), p. 73-103.

avec Stéphane Beaud, Remarques sur les rapports entre générations ouvrières, Empan 2/2003 (no50), p. 72-75.

Jeunes des classes populaires, Le Monde Diplomatique, mai 2007 — Pages 26 et 27