« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


Affichage des articles dont le libellé est Nollet. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nollet. Afficher tous les articles

vendredi 6 janvier 2023

Les structures sociales de l’action publique. Analyser les politiques publiques   avec la sociologie des champs (Sous la direction de Vincent Dubois)

 

 

Les structures sociales de l’action publique

Analyser les politiques publiques   avec la sociologie des champs

Sous la direction de Vincent Dubois

du Croquant

Action Publique

2023


Présentation de l'éditeur

Comprendre une politique publique, son orientation, son style, ses instruments, implique de reconstituer la structure des relations sociales qui sont à son principe. Parmi les différents outils mobilisables pour réaliser un tel programme, la sociologie des champs de Pierre Bourdieu apparaît particulièrement féconde. Ce livre illustre la portée d’une telle analyse, rarement mobilisée en matière d’action publique, en la mettant en œuvre sur des objets très différents (politiques économiques, usages politiques de l’histoire, salubrité alimentaire, gestion de l’eau, politiques de l’Union européenne, etc.). Il rassemble des contributions de chercheurs du monde entier (Australie, Brésil, Canada, États-Unis, France, Suisse) travaillant sur ces pays et d’autres encore (Argentine, Pérou, Pologne). Sur cette base, cette réflexion collective propose une autre manière de voir et d’analyser les politiques qui affectent la vie des populations et régulent les sociétés contemporaines.

 

Sommaire

Table des matières

Introduction
Vincent Dubois

A. les politiques sectorielles comme champs

1. Construire le champ du pouvoir scolaire :
socio-histoire et analyse structurale de deux moments critiques
Pierre Clément

2. L’espace de la politique économique au Brésil :
analyse des correspondances multiples et analyse de réseaux
Elisa Klüger

3. Le champ des politiques hydriques dans l’Ouest étasunien :
éléments d’interprétation des instruments d’ action
Joan Cortinas, Brian O’Neill & Franck Poupeau

4. La politique de sécurité comme produit du rapport de forces au sein du champ. Le cas de la Suisse au milieu des années 2010
Stephan Davidshofer, Amal Tawfik, Jonas Hagmann

5. De la théorie de l’État à la sociologie des champs de l’ action
publique en Amérique latine : la production des politiques
économiques au Pérou
Arthur Morenas

B. le champ bureaucratique et la production de l’ action
publique

6. Champ bureaucratique et sociologie de l’ action publique. De la structure de l’ administration à la production de l’ action publique
Victor Demenge et Melaine Robert

7. Le rôle de l’ autonomisation du champ bureaucratique dans le développement de l’ action publique : le cas de la politique canadienne de salubrité alimentaire entre 1874 et 1969
Caroline Dufour

8. L’ action publique comme produit de la structure professionnelle du champ bureaucratique
Victor Demenge

C. expertise et think tanks : des champs interstitiels

9. Des savoirs à la croisée des champs. Réflexions à partir du cas de l’expertise sur la radicalisation en France
Lili Soussoko

10. Sur la force des champs faibles : réflexion sur les think tanks et les champs interstitiels de l’ action publique
Thomas Medvetz

D. l’ action publique et les relations entre champs

11. L’emprise du champ journalistique sur l’ action publique nationale. Ou comment expliquer sociologiquement une décision gouvernementale « médiatique »
Jérémie Nollet

12. Les relations entre champ scientifique et champ bureaucratique en contextes « autoritaires » et « démocratiques » : la politique de l’histoire en Pologne

Valentin Behr

13. Les relations entre champs bureaucratique et entrepreneurial. Éclairages sur la contribution de l’ action publique à la délimitation des activités économiques légitimes

Antoine Roger

E. décision, mise en œuvre, circulation internationale : des processus revisités à la lumière de la sociologie des champs

14. La décision saisie par la sociologie des champs. L’exemple des grands travaux culturels présidentiels
Thomas Hélie

15. Analyser la mise en œuvre de l’ action publique européenne avec la sociologie des champs. Quelques remarques sur la politique de cohésion de l’Union Européenne
Vincent Lebrou

16. La circulation internationale et les champs de l’ action publique dans les pays périphériques : le cas latino-américain
Paul Hathazy

vi. les configurations internationales et leurs effets sur l’ action publique

17. Ce que le champ de l’Eurocratie nous dit des politiques européennes
Didier Georgakakis

18. Ce que le champ international fait aux politiques étrangères
Florent Pouponneau

conclusion
Vincent Dubois

index

auteurs 

 

 

 

 


p

mercredi 16 juin 2021

Un capital médiatique ? Usages et légitimation de la médiatisation en politique, Sous la direction de Clément Desrumaux et Jérémie Nollet

 

 


 

 

Un capital médiatique ?  

Usages et légitimation de la médiatisation en politique

Sous la direction de Clément Desrumaux et Jérémie Nollet  

P.U. Rennes

Res Publica

2021

 

 

Présentation de l'éditeur

Peut-on réussir en politique grâce aux «médias»? C’est souvent de cette manière que les professionnels de la politique, les journalistes ou les citoyens appréhendent l’usage politique des médias. Cette formulation fait pourtant obstacle à l’explication des processus sociaux à l’oeuvre dans la médiatisation de la politique. Afin de montrer comment la médiatisation peut être agissante en politique, cet ouvrage met à l’épreuve le concept de « capital médiatique », une forme de capital symbolique tiré de la médiatisation. Les contributions examinent les opérations d’accumulation, d’appropriation, de légitimation, de conversion ou de rentabilisation de ce capital, à partir d’études de cas (Louise Michel, José Bové, Emmanuel Macron ou les parlementaires). 

L’ouvrage n’est pas seulement une étude de la médiatisation du politique: c’est aussi une contribution à la sociologie du champ politique et des ressources qui y prévalent. Il analyse le travail des agents politiques en lien avec tout ou partie du champ journalistique, et plus largement dans un espace médiatique profondément transformé par le numérique. Il conclut à l’inégale rentabilité du capital médiatique selon la position dans le champ politique.

Les réflexions engagées invitent à réfléchir, par analogie, à d’autres espaces pour lesquels la reconnaissance médiatique est un enjeu stratégique et semble être une ressource valorisée.

Introduction

Table des matières


 

vendredi 24 juin 2016

Agir par la parole. Porte-paroles et asymétries de l'espace public, Sous la direction de Philippe Juhem et Julie Sedel

Agir par la parole
Porte-paroles et asymétries de l'espace public
 Sous la direction de Philippe Juhem et Julie Sedel
P.U.Rennes
Res Publica
2016


Présentation de l'éditeur
Dans les espaces politiques civilisés de nos États parlementaires, les conflits politiques et les revendications ne prennent plus des formes violentes mais passent par l’usage de discours politiques contrôlés au sein d’un espace public institutionnalisé. Grève, mouvement social, opposition d’un groupe à une réforme du gouvernement, construction d’un problème public, demande d’une extension des prestations sociales : les occasions sont nombreuses au cours desquelles les différents protagonistes du jeu politique cherchent à convaincre les journalistes du bien-fondé de leur point de vue. Les interventions de groupes nouveaux – les représentants des « banlieues », ceux des victimes de l’explosion de AZF– s’entremêlent dans le récit journalistique de l’actualité avec les déclarations des porte-paroles d’organisations syndicales ou professionnelles plus institutionnalisés – CGT, MEDEF, Greenpeace, etc. – pour dessiner une arène publique dans laquelle l’action du gouvernement est discutée et réorientée continûment en fonction des rapports de force qui y sont construits. 
Aussi la tentation est forte pour les journalistes ou les analystes de considérer que la qualité des porte-paroles joue un rôle décisif dans le résultat final des interactions conflictuelles du jeu politique. Le talent d’Augustin Legrand ou celui d’Harlem Désir n’est-il pas à l’origine de la capacité des mouvements qu’ils représentaient d’obtenir la prise en compte des intérêts qu’ils défendent ? Au contraire, l’incapacité des pilotes d’Air France de défendre leurs intérêts lors de leur grève de 2014 n’a-t-elle pas pour cause les difficultés qu’ils ont eu d’avoir un porte-parole constant, disponible, ajusté aux contraintes des rédactions audiovisuelles et capable d’unifier aux yeux des journalistes les interventions des syndicats de pilote ? En ce sens, les rapports de force induits par les mouvements sociaux ne seraient plus véritablement matériels ou directs – le blocage des trains lors d’une grève empêchant la circulation des marchandises et des voyageurs et contraignant le gouvernement à négocier ; la paralysie des grèves de Mai 68 ne pouvant être levée qu’à travers les négociations de Grenelle – mais plutôt symbolique : l’important est que le mouvement apparaisse aux journalistes justifié et acceptable, l’éditorialisation positive ou négative des rédactions conduisant à la production de sondages susceptibles de conforter le gouvernement ou de l’obliger à infléchir ses orientations. Cependant, n’est-il pas excessif de faire de la parole des différents groupes et de la qualité inégale de leurs interventions un facteur décisif de la définition des priorités du gouvernement ? 

mercredi 9 décembre 2015

Le règne des entourages. Cabinets et conseillers de l'exécutif, Sous la direction de Jean-Michel Eymeri-Douzans, Xavier Bioy, Stéphane Mouton

Le règne des entourages
Cabinets et conseillers de l'exécutif
Sous la direction de 
Jean-Michel Eymeri-Douzans, Xavier Bioy, Stéphane Mouton 
Presses de Sciences Po
2015

Présentation de l'éditeur
Pas une ligne de la Constitution française ne les mentionne et pourtant les « collaborateurs de l'ombre » — de moins en moins discrets — qui entourent nos dirigeants politiques n'ont cessé de prospérer au fil des régimes, au point que notre Ve République hyper-présidentielle est devenue une République de conseillers. Rien ne s'accomplit sans ou contre eux.
Quel paradoxe qu'aucun ouvrage savant ne leur ait été consacré depuis plus de trente ans ! Loin des polémiques et des caricatures, ce livre répare l’oubli. Il réunit une équipe d’historiens, politistes, juristes, sociologues et anthropologues, dont maints spécialistes étrangers, ainsi que d’anciens membres de cabinets. Des « créatures » du roi, comme les désignait le Grand Siècle, aux dir’ cab’ et jeunes entourages des présidents Sarkozy et Hollande, en passant par la « cabinetocratie » bruxelloise et les conseillers de la Maison-Blanche, il montre la généralisation du phénomène à tous les échelons du pouvoir dans les démocraties contemporaines.
Érudit autant que savoureux, cet ouvrage ouvre des pistes de réflexion pour enrichir le débat sur le rôle et l’influence des conseillers du Prince.
Jean-Michel Eymeri-Douzans est professeur agrégé de science politique, directeur adjoint de Sciences Po Toulouse et ancien directeur du Laboratoire des sciences sociales du politique (LaSSP). 
Xavier Bioy est professeur agrégé de droit public à l'Université Toulouse 1 Capitole, dont il dirige l’Institut Maurice Hauriou et l’Institut fédératif de la recherche « Mutation des normes juridiques ».
Stéphane Mouton est professeur agrégé de droit public à l'Université Toulouse 1 Capitole.



jeudi 21 mai 2015

en ligne: Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation


Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation 
éditions du Croquant 2014  

Sommaire

Éditorial, par Frédéric Lebaron

Dossier : Journalisme et dépolitisation, coordonné par Jérémy Nollet et Manuel Schotté

Les transformations contemporaines des pages Politique de la presse écrite française, par Nicolas Kaciaf
Le journalisme palestinien : une dépolitisation en trompe-l’œil, Benjamin Ferron
Les transformations du rapport à la politique des journalistes français et italiens, par Eugénie Saïtta
Des médias aux ordres de Poutine ? L’émergence de médias d’opposition en Russie, par Ivan Chupin
La production des décisions « médiatiques », par Jérémie Nollet
L’individualisation des problèmes collectifs : une dépolitisation politiquement située, par Jean-Baptiste Comby
Les ressorts sociaux de la médiatisation des banlieues, par Julie Sedel
Politiser en distrayant ? L’improbable pari du divertissement, par Philippe Leroux et Philippe Riutort

Grand entretien

Du rôle sociétal de la recherche, avec Philippe Lazar, ancien directeur de l’Inserm

Paroles

Une fermeture honorable(II), par Cécile Harari, photographe et Yann Le Lann, sociologue.

Chronique de la gauche de gauche

Front de gauche. Refondation ? Nouveau départ ?par Louis Weber

Sociogenèse du Front de gauche

Faire vivre le Front de gauche « en bas », avec Jean-Jacques Boislaroussie, porte-parole des Alternatifs

La rhétorique réactionnaire

La valse des étiquettes politiques (2), par Gérard Mauger

Chronique d’outre-Manche

Anthony N. Wedgwood Benn 1925-2014, par Keith Dixon

Politiques d’ailleurs

Élections législatives en Inde : l’influence du facteur caste, par A. Dharma et MJM Mahalingam
Le rolezinho, révélateur de préjugés, du racisme et des stigmates euphémisés du quotidien, par Maria Chaves Jardim (Prof. UNESP – Araraquara), João Paulo Aprígio Moreira (Prof. UEMS), Marcio Rogério Silva (Étudiant en Doctorat UFSCar), Thais Joi Martins (Étudiante en Doctorat UFSCar)



(source: Savoir/agir)

mardi 14 octobre 2014

Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation

Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation
éditions du Croquant
Présentation de l'éditeur
Les transformations actuelles du champ journalistique (« crise » de la presse écrite, recul des chaînes de télévision généralistes, poids croissant d’Internet, etc.) focalisent les débats sur les évolutions des médias, renvoyant au second plan les réflexions sur le rôle politique des journalistes. C’est à cette question qu’est consacrée cette livraison de Savoir/agir, en l’interrogeant sous l’angle de la « dépolitisation »
L’autonomisation du champ journalistique par rapport
au champ politique
Si l’on définit la politisation comme « une requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou remettre en cause la différenciation des espaces d’activités », la dépolitisation du champ journalistique renvoie d’abord au mouvement historique d’autonomisation du champ journalistique par rapport au champ politique. Alors qu’une partie du champ journalistique français est née de la création de journaux dans les entreprises politiques au dix-neuvième siècle, cette situation est aujourd’hui marginale. Les transformations qu’a connues ce champ au cours des dernières décennies (mouvement de concentration économique ; spécialisation et concurrence croissantes des titres et des chaînes ; renforcement de son pôle commercial) ont en effet fortement affaibli son pôle politique.
Cette mutation s’observe notamment dans les métamorphoses du journalisme politique, qui se distancie de plus en plus du jeu politique, en adoptant une posture d’expertise critique (Nicolas Kaciaf). L’histoire du champ journalistique français n’a cependant rien d’universel ni de nécessaire. Si les contraintes économiques ont des effets dépolitisants jusque dans des sociétés qui, comme la Palestine (Benjamin Ferron), pourraient laisser penser qu’un journalisme très engagé y est dominant, la comparaison internationale interroge sur la dépolitisation du journalisme en France. Dans une configuration comparable comme l’Italie (Eugénie Saitta), le désengagement politique d’une partie du champ journalistique est bien moins marqué qu’en France. De plus, un très fort contrôle politique des médias, comme c’est le cas en Russie (Ivan Chupin), n’implique pas nécessairement une politisation des contenus.
Dans le contexte français d’une puissante dépolitisation de la presse, au sens où les entreprises de presse ne sont plus liées à des partis ou des hommes politiques, les relations entre le champ journalistique et le champ politique prennent les formes nouvelles d’une fuite en avant de la communication politique. Pour réussir à passer dans des médias qu’ils ne possèdent plus, les agents politiques accroissent les ressources (humaines, financières, expertes) accordées aux stratégies d’accès aux médias. Les activités politiques sont alors en partie transformées du fait qu’elles cherchent à se conformer aux formats médiatiques et à la vision déconflictualisée du monde social qui y est dominante (Jérémie Nollet).
La neutralisation médiatique
des problèmes sociaux
L’autonomisation du champ journalistique n’est pas sans effet sur les contenus produits par les journalistes, et, plus largement, sur la « dépolitisation » des problèmes sociaux, entendue comme (re)qualification d’enjeux anciennement (ou potentiellement) définis comme politiques en enjeux ne relevant plus (ou pas) de ce registre. C’est en l’occurrence une vision individualisée des questions de société qui domine les représentations journalistiques, comme le montre le cas des problèmes environnementaux dont les causes structurelles sont occultées (Jean-Baptiste Comby).
La production d’un cadrage dépolitisant (qui peut prendre des formes différentes : désidéologisation, déconflictualisation, naturalisation, focalisation sur les agents plutôt que sur les structures, personnalisation des institutions et des idées, absence de mise en perspective historique, recherche de responsables plutôt que d’explications plus structurales, etc.) s’explique moins par une intention explicite des journalistes que par leur mode de recrutement, leurs conditions de travail (précarisation d’une partie de la profession ; exigences de rentabilité des rédactions, etc. ) et leurs contraintes professionnelles (urgence exacerbée qui engendre une forte dépendance aux sources d’information officielles et une difficulté à mener des enquêtes autonomes dans la durée ; légitimation des sujets « vendeurs » tels que les faits divers ou le people…). Saisie par un champ journalistique en pleine transformation dans les années 1980-1990, la question des « banlieues » s’est ainsi trouvée dépolitisée (Julie Sedel).
Au total, en débouchant sur une faible différenciation des contenus journalistiques par rapport au discours de communication des agents et institutions dominants, les pratiques journalistiques, contribuent à la (re)production de l’idéologie dominante.
La question de l’intérêt des publics pour la politique
Les éléments qui précèdent, sur la production de grilles de lecture dépolitisées dans et par le champ journalistique, ne doivent pas susciter de conclusions hâtives quant à leurs effets. Il est hasardeux de prêter des effets politiques aux médias sans s’appuyer sur une étude empirique de leur réception par les différentes catégories de public. C’est pourquoi il convient de faire preuve de prudence quand on s’interroge sur les effets de politisation – entendue cette fois-ci comme l’« attention aux événements politiques » de la part des publics – des médias. Cette vigilance s’impose notamment dans les débats récents qui attribuent une force politisante à des émissions à faible contenu politique, telles que les émissions de divertissement (Leroux et Riutort).


mercredi 9 juillet 2014

à paraître: Revue Savoir/agir n°28, Journalisme et dépolitisation

Revue Savoir/agir n°28
Journalisme et dépolitisation
éditions du Croquant
septembre 2014
Format PDF
Format EPUB
 
Présentation de l'éditeur
Les transformations actuelles du champ journalistique (« crise » de la presse écrite, recul des chaînes de télévision généralistes, poids croissant d’Internet, etc.) focalisent les débats sur les évolutions des médias, renvoyant au second plan les réflexions sur le rôle politique des journalistes. C’est à cette question qu’est consacrée cette livraison de Savoir/agir, en l’interrogeant sous l’angle de la « dépolitisation »
L’autonomisation du champ journalistique par rapport
au champ politique
Si l’on définit la politisation comme « une requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou remettre en cause la différenciation des espaces d’activités », la dépolitisation du champ journalistique renvoie d’abord au mouvement historique d’autonomisation du champ journalistique par rapport au champ politique. Alors qu’une partie du champ journalistique français est née de la création de journaux dans les entreprises politiques au dix-neuvième siècle, cette situation est aujourd’hui marginale. Les transformations qu’a connues ce champ au cours des dernières décennies (mouvement de concentration économique ; spécialisation et concurrence croissantes des titres et des chaînes ; renforcement de son pôle commercial) ont en effet fortement affaibli son pôle politique.
Cette mutation s’observe notamment dans les métamorphoses du journalisme politique, qui se distancie de plus en plus du jeu politique, en adoptant une posture d’expertise critique (Nicolas Kaciaf). L’histoire du champ journalistique français n’a cependant rien d’universel ni de nécessaire. Si les contraintes économiques ont des effets dépolitisants jusque dans des sociétés qui, comme la Palestine (Benjamin Ferron), pourraient laisser penser qu’un journalisme très engagé y est dominant, la comparaison internationale interroge sur la dépolitisation du journalisme en France. Dans une configuration comparable comme l’Italie (Eugénie Saitta), le désengagement politique d’une partie du champ journalistique est bien moins marqué qu’en France. De plus, un très fort contrôle politique des médias, comme c’est le cas en Russie (Ivan Chupin), n’implique pas nécessairement une politisation des contenus.
Dans le contexte français d’une puissante dépolitisation de la presse, au sens où les entreprises de presse ne sont plus liées à des partis ou des hommes politiques, les relations entre le champ journalistique et le champ politique prennent les formes nouvelles d’une fuite en avant de la communication politique. Pour réussir à passer dans des médias qu’ils ne possèdent plus, les agents politiques accroissent les ressources (humaines, financières, expertes) accordées aux stratégies d’accès aux médias. Les activités politiques sont alors en partie transformées du fait qu’elles cherchent à se conformer aux formats médiatiques et à la vision déconflictualisée du monde social qui y est dominante (Jérémie Nollet).
La neutralisation médiatique
des problèmes sociaux
L’autonomisation du champ journalistique n’est pas sans effet sur les contenus produits par les journalistes, et, plus largement, sur la « dépolitisation » des problèmes sociaux, entendue comme (re)qualification d’enjeux anciennement (ou potentiellement) définis comme politiques en enjeux ne relevant plus (ou pas) de ce registre. C’est en l’occurrence une vision individualisée des questions de société qui domine les représentations journalistiques, comme le montre le cas des problèmes environnementaux dont les causes structurelles sont occultées (Jean-Baptiste Comby).
La production d’un cadrage dépolitisant (qui peut prendre des formes différentes : désidéologisation, déconflictualisation, naturalisation, focalisation sur les agents plutôt que sur les structures, personnalisation des institutions et des idées, absence de mise en perspective historique, recherche de responsables plutôt que d’explications plus structurales, etc.) s’explique moins par une intention explicite des journalistes que par leur mode de recrutement, leurs conditions de travail (précarisation d’une partie de la profession ; exigences de rentabilité des rédactions, etc. ) et leurs contraintes professionnelles (urgence exacerbée qui engendre une forte dépendance aux sources d’information officielles et une difficulté à mener des enquêtes autonomes dans la durée ; légitimation des sujets « vendeurs » tels que les faits divers ou le people…). Saisie par un champ journalistique en pleine transformation dans les années 1980-1990, la question des « banlieues » s’est ainsi trouvée dépolitisée (Julie Sedel).
Au total, en débouchant sur une faible différenciation des contenus journalistiques par rapport au discours de communication des agents et institutions dominants, les pratiques journalistiques, contribuent à la (re)production de l’idéologie dominante.
La question de l’intérêt des publics pour la politique
Les éléments qui précèdent, sur la production de grilles de lecture dépolitisées dans et par le champ journalistique, ne doivent pas susciter de conclusions hâtives quant à leurs effets. Il est hasardeux de prêter des effets politiques aux médias sans s’appuyer sur une étude empirique de leur réception par les différentes catégories de public. C’est pourquoi il convient de faire preuve de prudence quand on s’interroge sur les effets de politisation – entendue cette fois-ci comme l’« attention aux événements politiques » de la part des publics – des médias. Cette vigilance s’impose notamment dans les débats récents qui attribuent une force politisante à des émissions à faible contenu politique, telles que les émissions de divertissement (Leroux et Riutort).


vendredi 24 janvier 2014

Les mondes de la communication publique. Légitimation et fabrique symbolique du politique

Les mondes de la communication publique
Légitimation et fabrique symbolique du politique
Philipp Aldrin, Nicolas Hubé, Caroline Ollivier-Yaniv et Jean-Michel Utard (dir.)
P.U.Rennes
2014

4e de couverture


Philippe Aldrin est professeur de science politique à l’IEP d’Aix, Nicolas Hubé est maître de conférences en science politique à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Caroline Ollivier-Yaniv est professeure de sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-Est-Créteil, Jean-Michel Utard est professeur émérite de sciences de l’information et de la communication à l’université de Strasbourg.



(source: P.U.Rennes)