« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ». Pierre Bourdieu (1992)
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mercredi 29 juillet 2015

Invisible in Austin. Life and Labor in an American City, Edited by Javier Auyero



Invisible in Austin
Life and Labor in an American City
Edited by Javier Auyero
Afterword by Loïc Wacquant 
University of Texas Press
2015

Présentation de l'éditeur
Austin, Texas, is renowned as a high-tech, fast-growing city for the young and creative, a cool place to live, and the scene of internationally famous events such as SXSW and Formula 1. But as in many American cities, poverty and penury are booming along with wealth and material abundance in contemporary Austin. Rich and poor residents lead increasingly separate lives as growing socioeconomic inequality underscores residential, class, racial, and ethnic segregation. 
In Invisible in Austin, the award-winning sociologist Javier Auyero and a team of graduate students explore the lives of those working at the bottom of the social order: house cleaners, office-machine repairers, cab drivers, restaurant cooks and dishwashers, exotic dancers, musicians, and roofers, among others. Recounting their subjects’ life stories with empathy and sociological insight, the authors show us how these lives are driven by a complex mix of individual and social forces. These poignant stories compel us to see how poor people who provide indispensable services for all city residents struggle daily with substandard housing, inadequate public services and schools, and environmental risks. Timely and essential reading, Invisible in Austin makes visible the growing gap between rich and poor that is reconfiguring the cityscape of one of America’s most dynamic places, as low-wage workers are forced to the social and symbolic margins.
Auyero is the Joe R. and Teresa Lozano Long Professor in Latin American Sociology at the University of Texas at Austin, where he directs the Urban Ethnography Lab. He is the author of five previous books, including the award-winning Flammable: Environmental Suffering in an Argentine Shantytown (with Débora Swistun). - See more at: http://utpress.utexas.edu/index.php/books/auyero-invisible-in-austin#sthash.WeUTNNPD.dpuf

dimanche 18 mai 2014

Publications de Pierre Bourdieu: Le biais scolastique



Publications de Pierre Bourdieu 
Le biais scolastique




(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, augmentée le 18.11.2017,  Gilbert Quélennec)

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Livre I. Critique de la raison théorique, Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980

Lecture, lecteurs, lettrés, littérature, in Recherches sur la philosophie et le langage, n°1, 1981, aussi in Choses dites, Minuit, Le sens commun, 1987

Le bon classement et le biais scolastique, in Sociologie générale, Vol. 1. Cours au Collège de France, 1981-1983, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2015, p.90-93

Sociologie générale, Volume 2, Cours au Collège de France, 1992-1993, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2016, p 1024-1025

Le point de vue scolastique (24 octobre 1989, Berlin),  aussi The Scholastic Point of View, in Cultural Anthropology, 5, 1990, p.380-39, aussi Le point de vue scolastique, in Raisons pratiques, Seuil, (1994),  Points Essai, 1996, P.215-230,  aussi The Scholastic Point of View, in Practical reason: on the theory of action, Stanford University Press, 1998 

Invitation à la sociologie réflexive (avec Loïc Wacquant) , deuxième édition, traduction intégrale, corrigée et augmentée, (première édition en 1992 au Seuil dans une version abrégée), Seuil, Liber, 2014, p.112-113, 114, 115, 171

Anthropologie économique, Cours au Collège de France, 1992-1993, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2017, p.29, 33-36, 94, 235, 256

Critique de la raison scolastique, Les trois formes de l'erreur scolastique, in Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997,  Points Essais, 2003

La domination masculine, Seuil, Liber, 1998, Points Essais,, 2002, p.62

Manet: Une révolution symbolique. Cours au Collège de France (1998-2000) suivis d'un manuscrit inachevé de Pierre et Marie-Claire Bourdieu, Seuil-Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2013, p.99-102, 107-109, 128-129, 272-274, 490




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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: La philosophie de l'action (une théorie dispositionnaliste)  


Publications de Pierre Bourdieu: Sociologie de la sociologie (socioanalyse, objectivation participante, biais scolastique, réflexivité, réappropriation de l'inconscient social)

 

samedi 26 janvier 2013

Publications de Pierre Bourdieu: à propos des Philosophes


Publications de Pierre Bourdieu:  à propos des Philosophes




 (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, revue le 20.02.2016,  Gilbert Quélennec)
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Pierre Bourdieu, à propos de Henri Joly, Jean-Claude Pariente et Louis Marin

Pierre Bourdieu, à propos de: Althusser, Deleuze, Foucault, Habermas, Derrida, Searle, Hacking, Bouveresse

Pierre Bourdieu, à propos de John Langshaw Austin

Pierre Bourdieu, à propos de Maurice Merleau-Ponty

Pierre Bourdieu, à propos de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir

Pierre Bourdieu, "Méditations wittgensteiniennes"

Pierre Bourdieu, autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Bachelard, Koyré, Canguilhem, et Vuillemin

Pierre Bourdieu, à propos de Ernst Cassirer

Pierre Bourdieu, à propos de Husserl

Pierre Bourdieu, à propos de Hume, Rousseau, Kant, Nietzsche, Hegel

Pierre Bourdieu, à propos de Descartes, Pascal, Spinoza, Leibniz



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voir également:


Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)


Le « collège invisible » de Pierre Bourdieu (un collège de philosophes)

 

samedi 12 mai 2012

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés au Langage

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés au Langage


 Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure,  Gilbert Quélennec)
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en ligne: Pierre Bourdieu, autour de Langage et pouvoir symbolique 



en ligne: Pierre Bourdieu, autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger



en ligne: Pierre Bourdieu, autour de Ce que parler veut dire



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voir également:
en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages composés d'entretiens ou de recueils d'articles

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à des questions de "théorie" ou de philosophie

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à la Culture, à l'Art et à la Littérature

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'Enseignement

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à la Politique

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'Économie

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'Algérie et au Béarn

dimanche 11 décembre 2011

Publications de Pierre Bourdieu: autour de Ce que parler veut dire

Publications de Pierre Bourdieu 
autour de Ce que parler veut dire. L'économie des échanges linguistiques
Fayard
1982



(Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, version revue le 08.08.2017,  Gilbert Quélennec)
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L'invention de la vie d'artiste, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.2, pp. 67-93

avec Luc Boltanski, Le fétichisme de la langue , Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 4, pp. 2-32

La lecture de Marx: quelques remarques critiques à propos de Quelques remarques critiques à propos de "Lire le Capital", Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 65-79,   aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique
 
L'ontologie politique de Martin Heidegger, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 109-156

Le langage autorisé, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 183-190,  aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

L'économie des échanges linguistiques, Langue française, 1977, Numéro 34, pp. 17-34

Table ronde « linguistique et sociologie du langage », P. Bourdieu , A. Rey , J.-C. Milner , S. Delesalle , P. Encrevé , G. Fauconnier, Langue française, 1977, Numéro 34, pp. 35-51

Ce que parler veut dire, Intervention au Congrès de l'AFEF, qui s’est tenu à Limoges le 30 octobre 1977, parue dans Le français aujourd'hui, 41, mars 1978, p. 4-20 et Supplément au n° 41, p. 51-57, reprise dans Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, 1980, p. 95-112.

Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu, Actes de la recherche en sciences sociales, 1980, Numéro 35, pp. 21-2, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique


L'identité et la représentation, Actes de la recherche en sciences sociales, 1980, Numéro 35, pp. 63-72, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Décrire et prescrire, Actes de la recherche en sciences sociales, 1981, Numéro 38, pp. 69-73,  aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique


Les rites comme actes d'institution, Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, Numéro 43, pp, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Entretiens autour de Ce que parler veut dire

Pierre Bourdieu à propos de Ce que parler veut dire
En jacter des vertes et des pas mures
Apostrophes - 29/10/1982

Entretien avec Didier Éribon à l’occasion de la publication de Ce que parler veut dire (1982), in Libération, 19 octobre 1982, p. 28

Pierre Bourdieu à propos de Ce que parler veut dire
JA2 dernière - 02/12/1982



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voir également:

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés au Langage

publications de Pierre Bourdieu: sociologie du langage

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie du journalisme et des médias
 
Publications de Pierre Bourdieu: Dévoiler les ressorts du pouvoir (en remontant à la magie des mots)

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie de la politique

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Règles de l'art

publications de Pierre Bourdieu: Symbolique (économie des biens, violence, pouvoir, capital)

mercredi 19 octobre 2011

Pierre Bourdieu, à propos de John Langshaw Austin


Pierre Bourdieu
 à propos de
John Langshaw Austin




Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 08.02.2018,, Gilbert Quélennec
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Le langage autorisé, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 183-190, aussi in Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, aussi in Langage et pouvoir symbolique, Points Essais, 2001

Décrire et prescrire, Actes de la recherche en sciences sociales, 1981, Numéro 38, pp. 69-73,   aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Les rites comme actes d'institution, Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, Numéro 43, pp. 58-63,   aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, p. 69-75, 105-119, 132, 152

Sociologie générale, Vol. 1. Cours au Collège de France, 1981-1983, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2015, p.27-28, 34, 38, 41, 150, 178, 191, 257, 361, 561

Sociologie générale, Vol. 2. Cours au Collège de France, 1983-1986, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2016, p.189, 276, 952, 1024, 1034

Der Kampf um die symbolische Ordnung (Gespräch mit Axel Honneth, Hermann Kocyba und Bernd Schwibs), in: Ästhetik und Kommunikation (Frankfurt), 16. Jg., Nr. 61/62, S. 142-163, The Struggle for Symbolic Order (Gespräch mit A. Honneth, H. Kocyba, B. Schwibs) in: Theory, Culture and Society (London), 3. Jg. (1986), Nr. 3, S. 31-51, Fieldwork in philosophy, Choses dites, Les Éditions de Minuit, Fieldwork in Philosophy” en Cosas Dichas, Barcelona, Gedisa, 1993, pp. 17-34 

Choses dites, Minuit , Le sens commun, 1987, p.32, 40

L'ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, Le sens commun, 1988, p.87

Invitation à la sociologie réflexive (avec Loïc Wacquant) , deuxième édition, traduction intégrale, corrigée et augmentée, (première édition en 1992 au Seuil dans une version abrégée), Seuil, Liber, 2014, p.199, 223

Le point de vue scolastique (24 octobre 1989, Berlin),  aussi The Scholastic Point of View, in Cultural Anthropology, 5, 1990, p.380-39, aussi Le point de vue scolastique, in Raisons pratiques, Seuil, (1994), Points, 1996, P.215-230,  aussi The Scholastic Point of View, in Practical reason: on the theory of action, Stanford University Press, 1998 

Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, Cours & Travaux, 2012, p.79, 261

Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992,  Points Essais, édition revue et corrigée, 1998, p.455, 485, 499, 511

Anthropologie économique, Cours au Collège de France, 1992-1993, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2017, p.19-20, 33, 94, 235

Raisons pratiques, Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points Essais, 1996, p.122, 215

Méditations pascaliennes, Seuil , Liber, 1997, Points Essais, édition revue et corrigée, 2003, p. 27, 28, 51, 348, 356n , 373n

Manet: Une révolution symbolique. Cours au Collège de France (1998-2000), suivis d'un manuscrit inachevé de Pierre et Marie-Claire Bourdieu, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2013, p.102

Langage et pouvoir symbolique,  Seuil, Points Essais, 2001, p.108-110, 161, 163, 165, 167, 169, 185, 189





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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Le biais scolastique


Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)

 
Publications de Pierre Bourdieu: Sur le Langage (sociologie, pouvoir symbolique, ontologie politique de Martin Heidegger, dévoiler les ressorts du pouvoir en remontant à la magie des mots)  


 Pierre Bourdieu, "méditations Wittgensteiniennes"



jeudi 25 août 2011

Bruno Ambroise et Sandra Laugier (dir.), Textes clés de philosophie du langage, Vol. II : Sens, usage et contexte

Bruno Ambroise et Sandra Laugier (dir.)
Textes clés
de philosophie du langage
Vol. II : Sens, usage et contexte 
Vrin
2011

Présentation de l'éditeur
La philosophie du langage issue du « tournant linguistique » peut paraître dépassée par la philosophie de l’esprit et les approches cognitivistes. Ce second volume des Textes-clés de philosophie du langage vise, comme le premier, à montrer au contraire la vitalité et la radicalité de la réflexion sur le langage produite au XXe et au XXIe siècles. Le premier envisageait le rapport du langage au monde, les manières dont le langage peut dire les choses (et le vrai); le second présente diverses manières de considérer que le langage fait des choses en disant, met en relation des humains dans des contextes, au sein d’une forme de vie humaine et sociale. D’où le renouvellement des analyses du langage et l’émergence d’une nouvelle discipline, la pragmatique, qui prend en compte des éléments du fonctionnement linguistique oubliés par les conceptions strictement véri-conditionnelles.
Cette philosophie du langage, fondée sur la description des usages ordinaires et la mise en évidence de la dimension praxéologique du langage, n’a cependant pas renoncé à la visée réaliste du tournant linguistique. On verra que la philosophie du langage ordinaire, dissidente par rapport à la philosophie analytique classique, attentive aux usages et situations, recherche, perfectionne et raffine l’adéquation au réel, poursuivie désormais en termes de sensibilité au détail du réel.
Avec des textes de J.L. Austin, P. Grice, D. Kaplan, S. Kripke, D. Lewis, A. Reinach, J. R. Searle, P.F. Strawson,Ch. Travis et L. Wittgenstein

mercredi 17 août 2011

Publications de Pierre Bourdieu: autour des Méditations pascaliennes

"Tous les livres de Bourdieu sont aussi, par bien des aspects, des livres de philosophie, sauf, bien entendu, pour ceux qui croient à l'idée d'une philosophie "pure" et qui, du même coup, ont tendance à considérer Bourdieu comme un sociologue "pur" ou un pur sociologue. Quand je dis qu'il est facile de répondre à la question des rapports de Bourdieu avec la philosophie, je veux dire qu'il suffit de lire un livre comme les Méditations pascaliennes. Si ce n'est pas un grand livre de philosophie, alors je ne sais pas ce qu'est un livre de philosophie. Christiane Chauviré constatait d'ailleurs, dans sa présentation du numéro spécial que la revue Critique a consacré, en 1995, à Bourdieu qu'"il est de plus en plus lu comme un philosophe par des philosophes". Il y a eu incontestablement, dans les dernières années, un rapprochement qui s'est effectué entre lui et au moins une partie du monde philosophique. Quand il avait affaire à des philosophes qui avaient fait l'effort de le comprendre et avec qui il se sentait en confiance, son amour de la philosophie pouvait s'exprimer sans les précautions "stratégiques" habituelles et sans aucune ambiguïté." Jacques Bouveresse, in La recherche de l'exactitude, Les Inrockuptibles, n°323, du 29 janvier au 04 février 2002, pp.14-15 

Publications de Pierre Bourdieu
autour des Méditations pascaliennes 
Seuil, Liber, 1997, aussi version augmentée Points Essais, 2003








 (Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 28.12.2018, Gilbert Quélennec)
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Les sous-prolétaires algériens, in Temps modernes, 12, 1962, pp. 1030-1051, in Agone, n°26/27, 2002, pp.203- 224, aussi in Travail et travailleurs en Algérie avec Alain Darbel, Jean-Paul Rivet et Claude Seibel (Mouton, 1964), aussi in Esquisses algériennes, Seuil, Liber, 2008, P.193-212

Célibat et condition paysanne, Études rurales, nº 5-6, 1962, p. 32-135, aussi in Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Seuil, Points Essais, 2002

Travail et travailleurs en Algérie, Avec A. Darbel, J.-P. Rivet, C. Seibel, Paris-La Haye, Mouton, 1963,p. IIe partie,  303 sq., 352-361

Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie? avec L.Boltanski, R.Castel, J.-C.Chamboredon, Minuit, Le sens commun, 1965 (1970)

avec Alain Darbel, L’Amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public, (En collaboration avec Dominique Schnapper), Minuit, Le sens commun, 1966 (1969)

La fin d'un malthusianisme? (avec A. Darbel), in Darras, Le partage des bénéfices, expansion et inégalités en France, Minuit, 1966, p.135-154

avec Jean-Claude Passeron, Sociology and Philosophy in France since 1945 : Death and Resurrection of a Philosophy without Subject , Social Research, 34 (1), 1967, p. 162-212. (texte original  français ronéoté), 1967

La maison kabyle ou le monde renversé, in Jean Pouillon et Paul Maranda (Hg.): Échanges et communications. Mélanges offerts à Claude Lévi-Strauss à l'occasion de son 60e anniversaire, Paris & Den Haag: Mouton, S. 739-758, 1970, aussi in Esquisse d’une théorie de la pratique. Précédé de Trois études d’ethnologie kabyle, Droz, 1972, Points, 2000, aussi in Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980

Genèse et structure du champ religieux, Revue française de sociologie, 1971, Numéro 12-3, pp. 295-334

L'opinion publique n'existe pas, (janvier 1971), Noroit, 155, février 1971, débat, Noroit, 156, mars 1971,aussi in Les temps modernes, 318, janvier 1973, pp. 1292-1309, aussi in Questions de sociologie, Minuit, 1984, pp. 222-235

avec L. Boltanski et P. Maldidier, La défense du corps, Information sur les sciences sociales, X, 4, août 1971, p.45-86, aussi Défense du corps et rupture des équilibres, in Homo academicus, Minuit, Le sens commun, 1984

avec Monique De Saint Martin, Les catégories de l'entendement professoral, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.3, pp. 68-93, aussi in La Noblesse d'Etat, Minuit, Le sens commun, 1989

L'ontologie politique de Martin Heidegger, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 109-156, aussi in L'ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, Le sens commun, 1988

Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles, (1963) , Minuit, Le sens commun, 1977, p.77 sq.

Questions de politique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1977, Numéro 1, pp. 55-89

La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, Le sens commun, 1979, (1982),  p. 109-185, 566-569

Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980, p.333-439

Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, aussi in Langage et pouvoir symbolique, Seuil, Points Essais , 2001

Leçon sur la leçon, Minuit, 1982

Les sciences sociales et la philosophie, Actes de la recherche en sciences sociales, Éducation et philosophie, Numéro 47-48 1983, pp. 45-52, aussi L'oubli de l'histoire, in Méditations pascaliennes

Homo Academicus, Minuit, Le sens commun, 1984, (1992), p.116-140

La dernière instance, in Le siècle de Kafka, Paris, Centre Georges Pompidou, 1984, p.268-270

Aspirant philosophe. Un point de vue sur le champ universitaire dans les années 50,  in Les enjeux philosophiques des années 50, éd. Centre Georges Pompidou, 1989, p.15-24; aussi Confessions impersonnelles, in Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003


La Noblesse d'Etat, Minuit, Le sens commun, 1989, P19-182

Reproduction interdite: La dimension symbolique de la domination économique, Études rurales, No. 113/114, 1989, pp. 15-36, aussi in Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn

avec  Salah Bouhedja , Rosine Christin , Claire Givry, Monique De Saint Martin,  Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 81-82, mars 1990, L’économie de la maison, aussi in Les structures sociales de l'économie, Seuil, Liber, 2000

Le démontage impie de la fiction: l'esthétique négative de Stéphane Mallarmé, in Literature, Culture, and Society in the Modern Age, sous la direction d’Edward J. Brown, Stanford, Department of Slavic Languages and Literature, « Stanford Slavic Studies », 1991, pp. 145-150. aussi in Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, Points Essais, 1998

avec Patrick Champagne, Les exclus de l'intérieur, Actes de la recherche en sciences sociales, 1992, Numéro   91-92, pp. 71-75, aussi in La Misère du monde, Seuil, 1993, Points Essais, 1998

L'école et la cité, Actes de la recherche en sciences sociales, 1992, Numéro   91-92, pp. 86-96, aussi, Oh! les beaux jours, in La Misère du monde
 
Extra-ordinaire Baudelaire (communication au Colloque «Baudelaire, nouveaux chantiers», Lille, 15 mai 1993), in J. Delabroy, Y. Charnet (eds), Baudelaire: nouveaux chantiers, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1995, p.279-288; aussi, in H. Krauss (ed.), Cahiers d'Histoire des Littératures Romanes (20 ans), 1-2, 1996, p.134-141; aussi, «Comment lire un auteur?», in Méditations pascaliennes

Sur la télévision, Raisons d'agir, 1996

La double vérité du travail, in Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 89-90, aussi in Méditations pascaliennes

Entretiens autour des Méditations pascaliennes
Défataliser le monde, entretien avec Sylvain Bourmeau, Les Inrockuptibles, 99, 9-15 avril, p.22-29.

audio: Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Les lundis de l'histoire par Roger Chartier, 12/05/1997

Questions à Pierre Bourdieu, 8 décembre 1997,  in Lire les sciences sociales. volume 3, 1994-1996, Hermes science, 2000. P.208




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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres) 


Publications de Pierre Bourdieu: Sur le Langage (sociologie, pouvoir symbolique, ontologie politique de Martin Heidegger, dévoiler les ressorts du pouvoir en remontant à la magie des mots)

Publications de Pierre Bourdieu: Sur les Intellectuels (champ, intellectuel collectif, les "intellectuels médiatiques" sont une parodie)






jeudi 27 mai 2010

John Langshaw Austin, Le langage de la perception


John Langshaw Austin
Le langage de la perception
Traduction de Paul Gochet
Nelle édition revue et corrigée par B. Ambroise
Introduction de Bruno Ambroise et Sandra Laugier
Vrin
2007


Présentation de l'éditeur
La tradition empiriste considère que le connaissance du monde qui nous entoure se fait au moyen des sens qui nous en offrent une représentation. Lorsque cette perception n’est pas illusoire, c’est-à-dire lorsque les sens ne trompent pas, elle considère que le sujet peut fonder sur cette perception une connaissance vraie. Austin critique de manière dévastatrice tous les arguments qui soutiennent cette vision « scolastique » des choses et, en cela digne héritier du « réalisme oxonien », montre qu’il n’y a aucun sens à prétendre que les sens « représentent » quoi que ce soit, ni par conséquent qu’ils nous trompent, ni à vouloir « fonder » la connaissance sur la perception. S’appuyant, sur l’usage ordinaire du langage, considéré comme critériel, plutôt que sur une recontruction logique jugée illusoire, il propose une autre logique de la perception et de la connaissance qui lui permet de rejeter toutes les positions philosophiques idéalistes ou réalistes en revenant à la position ordinaire de « l’homme de la rue ».

mardi 17 novembre 2009

Pierre Bourdieu, Marcel Mauss aujourd’hui



Sociologie et sociétés

Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22

Présences de Marcel Mauss / The Presences of Marcel Mauss

Sous la direction de Marcel Fournier et Jean-Christophe Marcel

Directeur : Marcel Fournier

Rédacteur en chef : Marianne Kempeneers

Éditeur : Les Presses de l'Université de Montréal

ISSN : 0038-030X (imprimé) 1492-1375 (numérique)
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Pierre Bourdieu

Marcel Mauss, aujourd’hui / Marcel Mauss, Today

(Pages 15–22)

Une communication de Pierre Bourdieu sous forme d’hommage à Marcel Mauss prononcée à l’occasion du colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », organisé au Collège de France, à Paris, le 15 mai 1997.






1 Je ne suis pas à mon aise généralement dans les actions de célébration, que j’en sois l’objet, comme cela m’arrive de plus en plus souvent avec l’âge ou, comme aujourd’hui, le sujet. Que faire dans le cas où, comme ici, je suis appelé avec d’autres que j’estime beaucoup, à célébrer la mémoire d’un penseur que je respecte infiniment ? Un penseur dont j’estime qu’il n’a pas eu, en dépit de tout, la reconnaissance qu’il mérite et cela, il faut le dire, bien que la postérité, académique ou autre, ait été infiniment moins injuste pour lui — et je suis sûr qu’il l’aurait déploré — que pour son maître et oncle tant admiré Émile Durkheim, ce paria que la philosophie et la science françaises, la philosophie surtout, ont traité et traitent encore en « chien crevé », comme disait Marx à propos de Spinoza. Je me souviens du succès en d’autres temps du livre intitulé Les faits sociaux ne sont pas des choses, encore célébré tout récemment par la revue Critique, dont l’auteur, Jules Monnerot, est membre du conseil scientifique du Front national, ce qui donne à réfléchir sur ce que signifie souvent la haine de la sociologie.

2 « Citer, disent les Kabyles, c’est ressusciter. » J’ai donc pensé à vous proposer, plutôt qu’un témoignage sur mon rapport à Marcel Mauss, genre éprouvé où l’autocélébration se dissimule souvent sous une célébration annexionniste ou plutôt qu’un commentaire plus ou moins académique sur tel ou tel aspect de l’oeuvre de Mauss, la lecture d’un certain nombre de phrases ou de paragraphes de Marcel Mauss, parfois sans commentaire, parfois accompagnés d’un bref discours. Je sais que ce projet pourra apparaître comme une dérobade, ou une démission — ce qui serait sans doute excusable tant il est difficile d’être à la hauteur d’une oeuvre aussi immense —, et cela bien que l’exercice auquel je vais me livrer puisse s’autoriser des exemples littéraires glorieux, à commencer par celui de Montaigne.


3 J’ai conscience de l’arbitraire du choix de textes que j’ai fait et qui fait se côtoyer des pensées que j’ai retenues et rangées depuis longtemps, à côté des éclats et des éclairs des grands moralistes ou mémorialistes, comme une part de mon trésor personnel, et des textes plus triviaux, plus prosaïques, mais directement ajustés au monde qui est le nôtre et qu’il faut essayer de réactiver. En isolant des phrases, je voudrais appeler à une lecture qu’on accorde très souvent aux philosophes et très rarement aux sociologues. Si on lisait Mauss comme je vais essayer de le faire aujourd’hui, c’est-à-dire un peu comme on lit Wittgenstein ou Heidegger, peut-être qu’on découvrirait une profondeur chez les auteurs de sciences sociales qu’on accorde dérisoirement aux auteurs de philosophie qui ne la méritent pas toujours.
Sur la méthode et l’objet de la sociologie


4 « Tout phénomène social a en effet un attribut essentiel, qu’il soit un symbole, un mot, un instrument, une institution, qu’il soit même la langue, même la science la mieux faite, qu’il soit l’instrument le mieux adapté aux meilleures et aux nombreuses fins, qu’il soit le plus rationnel possible, le plus humain, il est encore arbitraire » (Mauss, 1929 [1968], p. 244).


5 « Tout en elle [la société] n’est que relation. Tout dans la société, même les choses les plus spéciales, est avant tout fonction et fonctionnement. Rien ne se comprend si ce n’est par rapport au tout. » Je n’ai pas besoin de souligner la modernité et la rigueur de cette formule. « Une institution n’est pas une unité indivisible distincte des faits qui la manifestent, elle n’est que leur système » (Mauss, 1909 [1968], p. 401).


6 Autre formule : « Le personnel ne se conçoit que par rapport à l’impersonnel » (Mauss, 1906 [1968], p. 34).


7 Et ici un texte que je trouve tout à fait splendide et que je vais lire lentement : « Ce caractère de pénétration intime et de séparation, d’immanence et de transcendance est, au plus haut degré, distinctif des choses sociales. Elles aussi existent, à la fois selon le point de vue auquel on se place, dans et hors de l’individu » (Hubert et Mauss, 1899 [1968], p. 306, tome 1, p. 66). C’est un point sur lequel, à mon sens, Mauss s’est arraché à des difficultés dans lesquelles s’est enfermé Durkheim, et que Durkheim a essayé de résoudre par des concepts comme celui de conscience collective, etc. Je pense qu’une formule comme celle-là, dans laquelle l’institution est décrite dans sa double inscription dans les choses et dans les corps, est extrêmement moderne et, pourrait-on dire, post-structuraliste.


8 Et pour en finir avec ce préambule sur la méthode, c’est-à-dire sur ce qui est le plus connu d’ordinaire de l’oeuvre des durkheimiens, une phrase que je vous livrerai sans commentaire : « En réalité, tout ce qui est social est à la fois simple et complexe » (Mauss, 1909 [1968], p. 358).


9 Les durkheimiens n’ont pas reçu la lecture qu’ils méritaient. Comme les marxistes, ils n’ont pas été gâtés par l’histoire (ni, pour Marx, par les marxistes), Si on avait lu Mauss comme on a lu Bergson, dont cette maison célèbre le culte, il est probable que la science et la philosophie françaises auraient échappé à un certain nombre d’erreurs. Mais ils ont été victimes aussi de leur écriture, même Mauss, qui a eu un destin posthume plus favorable au fait qu’il échappait le plus souvent à la lourdeur du style durkheimien (style qui était sans doute imposé à Durkheim par son travail et son statut de fondateur d’école), n’échappe pas complètement à la vieillerie stylistique. (Cela dit, si Mauss avait écrit en allemand, si nous avions des traductions de Mauss avec des mots allemands entre parenthèses, il est probable qu’il aurait été beaucoup mieux lu.) La lecture que je vais faire, même si elle est contraire à ce que j’ai l’habitude de demander d’une lecture de textes, à savoir qu’elle réhistoricise, est faite, je pense, pour appeler une autre compréhension de la sociologie, même si, pour actualiser, pour rendre vivants et actifs les textes de Mauss, cette lecture déshistoricise délibérément par le simple fait de mettre en exergue, d’extraire de l’oeuvre et d’isoler des phrases et des formules.


10 Évidemment, actualiser, réactiver, c’est inévitablement, même si on s’en garde, rappeler au présent et rappeler à soi, tirer à soi. Il est évident que si les phrases que je vais citer m’ont paru, non seulement intéressantes, mais éminentes, extraordinaires, c’est qu’elles étaient évidemment très proches de ce que je crois être la vérité sur la question considérée comme vous allez le voir dans un passage que je vais citer et que j’aurais pu mettre en exergue de tel ou tel de mes travaux.


11 « Ces principes de jugement et de raisonnement sans lesquels on ne les croit pas possibles, c’est ce qu’on appelle en philosophie les catégories. Constamment présentes dans le langage, sans qu’elles y soient de toute nécessité explicites, elles existent d’ordinaire sous la forme d’habitudes directrices de la conscience elles-mêmes inconscientes. » Sans commentaire.


12 Sur le langage, une phrase qui aurait dû être utilisée à titre prophylactique dans la période de sémiologie aiguë, par laquelle la science française est passée : « Les gens ont surtout parlé “pour agir” et pas seulement pour communiquer » (Mauss, 1925b [1969], p. 260).
Sur la pratique et la logique pratique


13 Sur la croyance, la foi, ou la mauvaise foi (au sens de Sartre), qui est au fondement des sociétés : « La société se paie toujours elle-même de la fausse monnaie de son rêve » (Mauss, 1925a [1966]). Mauss avait fait un voyage au Maroc, qui est une sorte d’enquête de terrain un petit peu rapide, mais beaucoup d’autres ethnologues n’ont pas fait mieux depuis. Il avait fait des entretiens très approfondis avec des cheikhs et toutes sortes de gens. Il avait notamment observé des artisans et, à leur propos, avait écrit ceci : « L’enfant marocain est technicien et travaille bien plus tôt que l’enfant de chez nous. Sur certains points, il raisonne donc plus tôt et plus vite et autrement — manuellement — que les enfants de nos bonnes familles bourgeoises. Même dans nos jardins d’enfants, les enfants ne font pas de travail manuel proprement dit, mais seulement des jeux » (Mauss, 1933 [1969], p. 300). Réflexion sur la logique pratique et la logique scolastique qui me paraît extrêmement importante.


14 Et il est remarquable que quelques pages plus loin, dans le même tome, Mauss fasse un grand éloge de Dewey, le philosophe américain, qu’il est de bon ton en France de mépriser (dans ma jeunesse, il suffisait de prononcer le nom de Dewey pour être jeté aux enfers de la philosophie, mais comme il va revenir prochainement à la mode aux États-Unis, le chic du chic sera d’être deweyien si on peut dire). « Du côté des moralistes et des philosophes, il est certain que le professeur Dewey est celui qui se rapproche le plus des sociologues » (Mauss, 1930 [1969], p. 500). Dans un autre texte, Mauss rappelle le contenu d’un cours sur le pragmatisme, cours disparu et inconnu jusqu’à ce jour, dans lequel Durkheim avait consacré une place très importante aux philosophes pragmatistes. On comprend pourquoi avec la phrase que j’ai citée sur l’intelligence manuelle, sur la dimension manuelle de la compréhension pratique, de la pensée comme handwork (quand c’est Heidegger qui le dit, on l’écoute autrement). Mauss se rapproche évidemment de Dewey, qui est un grand penseur des logiques pratiques.


15 Sur la conscience et la pratique et encore une fois sur la logique de la pratique : « Il nous arrive sans cesse d’accomplir un acte dont il nous est impossible de percevoir les raisons, le sens, la portée, la nature véritable. Souvent nos efforts pour être conscients n’arrivent qu’à nous tromper nous-mêmes, à nous tromper sur nous-mêmes. L’idée que nous pouvons nous faire même d’une pratique qui nous est habituelle n’en est qu’une expression tout à fait inadéquate » (Mauss, 1909 [1968], p. 376).


16 Cet ensemble de textes que je viens de citer trouve sa cohérence, me semble-t-il, dans une référence très originale à une philosophie de la pratique que Mauss a esquissée dans Les Techniques du corps mais qu’il n’a jamais complètement développée, sans doute parce qu’il balançait entre une philosophie de la conscience de type kantien, dans laquelle les durkheimiens ont été formés et ont baigné, et une philosophie que développaient à la même époque de manière beaucoup plus explicite les pragmatistes anglo-saxons.


17 En hommage à Françoise Héritier et pour vous faire moins regretter son absence, une phrase très belle de Mauss qui est à la fois un bilan et un programme : « Notre sociologie sur ce point [c’est-à-dire en ce qui concerne la division par sexe] est très inférieure à ce qu’elle devrait être. Nous n’avons fait que la sociologie des hommes et non pas la sociologie des femmes ou des deux sexes » (Mauss, 1932 [1969], p. 15).
L’homo academicus


18 Dernier point, dans le prolongement de la référence aux petits Marocains, une phrase qui me paraît être une anticipation quasi explicite des analyses d’Austin, que j’ai prolongées, sur l’illusion scolastique : « L’une des erreurs communes de la sociologie est de croire à l’uniformité d’une mentalité qu’on se figure, en somme, à partir d’une mentalité — je dirai académique — du genre de la nôtre » (Mauss, 1924a [1966], p. 306). Autrement dit, Mauss pour moi, dans cette phrase, montre du doigt, sans vraiment l’analyser, cette forme radicale d’ethnocentrisme qu’est l’épistémocentrisme, l’illusion qui consiste à appliquer aux autres non seulement les catégories de pensée que nous devons à notre nation, à notre classe, à notre ethnie, etc., mais les catégories de pensée qui sont constitutives de notre « mentalité » académique. Et on pourrait trouver dans cette phrase une incitation à une sociologie de l’homo academicus comme préalable à toute sociologie. Mauss n’était pas un homme polémique. On est tellement bien dans l’académie, quand on est un homo academicus, que si on n’est pas un petit peu de mauvaise humeur, on n’a rien à en dire. Les peuples heureux n’ont pas d’histoire, les universitaires heureux n’ont pas de sociologie de l’université.


19 Mauss, qui était un universitaire heureux, bien qu’il ait beaucoup souffert pour des causes externes, a cependant esquissé une sociologie de l’homo academicus (Durkheim, en tant que fondateur, l’a fait beaucoup plus et si j’avais eu à faire cet exercice avec Durkheim, cela aurait été beaucoup plus facile de trouver des citations parce qu’il a dit beaucoup de choses, et des choses très dures, sur les limites de l’entendement académique). Mauss, donc, dit très vite, en passant (dans une évocation des morts, des disparus) quelque chose qui pour moi est absolument capital : « Sans compter que nous montrerons ce que peut, même dans notre pays, si peu habitué au travail en commun, être une société de jeunes savants animés du sincère désir de coopérer » (Mauss, 1925c [1969], p. 474). D’une incise, Mauss évoque cette répugnance particulière, spéciale, du monde français pour le travail en commun. Et chez Durkheim, on trouve des éléments d’explication historique fondés sur la comparaison entre la France et l’Allemagne par exemple, qui a hanté Durkheim. La France est une nation littéraire, qui, parce qu’elle place au-dessus de tout la littérature, répugne particulièrement au travail collectif, antinomique à la représentation du créateur inspiré, seule acceptable, etc. qui fait que l’existence même d’une école, d’un collectif est difficile. Marcel Fournier a fait allusion au courage d’être disciple ; il faut un courage particulier pour être disciple en France parce qu’il faut abdiquer sa singularité, et son originalité, valeur des valeurs. Il y a eu, dans les années 1960, des textes de Lazarsfeld, grand fondateur d’empire scientifique, des pages absolument terribles sur les durkheimiens qui revenaient à décrire Durkheim comme une sorte de chef de bande mettant en carte, en quelque sorte, la France savante à travers les instituteurs fantassins du durkheimisme. Cette image est permanente, et tous ces textes sont très actuels.


20 Autre formule, qui est une manière de décrire aussi en négatif la tradition française : « Les vraiment grands ethnologues ont été aussi éclectiques dans le choix de leurs problèmes que dans celui de leurs méthodes (...) » (Mauss, 1929 [1968], p. 457). Autre tare impardonnable du point de vue de la tradition nationale : l’éclectisme est le pauvre brouet lamentable des professeurs, des lectores. Les auctores, les créateurs, les écrivains sont singuliers et n’empruntent qu’à eux-mêmes, ils sont fils de leurs oeuvres, etc. On voit à quel point l’éloge de l’éclectisme est aussi un éloge de la science. Dans les éloges que Mauss fait de Durkheim, il insiste toujours sur le fait que Durkheim a pris partout et à tout le monde et que ce n’est que parce qu’il a pris à tout le monde qu’il était unique, particulièrement dans un pays comme la France où, dans l’espoir d’être unique, on ne prend nulle part, ce qui fait qu’on est souvent très ignorant.


21 « Notre pays ne sut jamais bien utiliser ses hommes » (Mauss, 1925c [1969], p. 485). C’est une phrase à propos de Durkheim. Ici Mauss fait allusion à la vieille façon française de dire qu’il n’est pas possible de faire la science de l’homme et il conclut : « La résistance continue » (Mauss, 1927 [1969], p. 290), cette résistance à la science que les durkheimiens ont éprouvée de manière particulièrement aiguë.
La sociologie : une science rigoureuse et engagée


22 La sociologie française a toujours été en difficulté avec son univers social. Cela parce qu’elle se donnait des fonctions qui finalement ne lui étaient pas accordées. Dans un texte assez long que je ne le lirai pas, Mauss fait une description de ce qu’il appelle les enthousiasmes excessifs pour la science, pour la sociologie (Mauss, 1927b [1969], p. 293). Il développe un paradoxe qui est toujours actuel. La sociologie est l’objet d’une attitude formidablement ambivalente, qui est très funeste pour elle : d’une part, elle est l’objet d’enthousiasmes excessifs, d’attentes extraordinaires (il n’est pas de jour qu’on ne me demande mon avis sur les choses les plus extraordinaires de l’ordre social et qu’on s’étonne que je dise que je ne peux pas répondre, ni en bonne science ni en bonne conscience), et en même temps, on lui refuse ce qu’elle est capable de donner, à savoir des réponses scientifiques aux problèmes qu’elle est en mesure de se poser. Les mauvais sociologues (Mauss ne le dit pas comme ça ; par un effet d’époque ou d’habitus, je n’en sais rien, il est beaucoup plus courtois que moi : il ne dirait pas ce que je dis aussi brutalement mais je crois qu’il serait assez content de me l’entendre dire) profitent formidablement de cette ambiguïté de l’image de la sociologie ; les mauvais sociologues qui prolifèrent (il dit qu’il y en a partout) répondent à tout, à tort et à travers, et discréditent la science dont il veut défendre l’intégrité.


23 Autre exigence, Mauss insiste sur le fait que la sociologie doit être appliquée et appliquée rigoureusement ; il va même jusqu’à dire — je dédie cette proposition aux responsables de l’éna (École nationale d’administration) — que la sociologie devrait être obligatoire pour les fonctionnaires (Mauss, 1927a [1969], p. 240). Cela dit, le sociologue est voué à décevoir les attentes démesurées qu’il suscite. Dans « Divisions et proportions des divisions de la sociologie », Mauss conclut : « La sociologie n’est que le moyen principal d’éducation de la société, elle n’est pas le moyen de rendre les hommes heureux. Même l’art social et la politique en sont incapables quoiqu’ils poursuivent ce but illusoire (...) » (Mauss, 1927a [1969], p. 245). (Il continue, mais ce serait trop long.)


24 Ce qui ne veut pas dire que le sociologue se retire du monde social et de l’action politique : « L’histoire et l’ethnographie ne doivent servir qu’à mieux comprendre le présent, afin d’aider l’humanité à prendre conscience de son avenir » (Mauss, 1904 [1968], p. 194). Autrement dit, contrairement à une vision qui s’est développée dans l’après-guerre sous l’influence de sociologues américains invoquant l’autorité de Max Weber avec ses topos sur la « neutralité axiologique », etc., et contre la représentation de la sociologie comme science neutre, les durkheimiens voulaient une science rigoureuse mais également engagée dans la pratique. Cela conduit Mauss à lancer un appel assez magnifique aux intellectuels :


25 « Pourquoi les philosophes désespéreraient-ils [c’est un sociologue qui parle], il y a déjà une étape de franchie ? S’il n’existe pas encore de droit humain (...), il existe déjà des choses, des groupes, des intérêts humains, et derrière ceux-ci il peut y avoir toute la masse de l’humanité capable de sanctions autrement dures que la simple désapprobation (...). Enfin, pourquoi les philosophes ne prendraient-ils pas une position d’avant-garde dans cette marche ? Ils l’ont bien prise quand il s’est agi de fonder la doctrine de la démocratie et celle des nationalités. Anglais et Français furent en avance sur leur temps, il ne faut oublier ni Kant, ni Fichte. Pourquoi choisiraient-ils de rester à l’arrière-garde au service des intérêts acquis ? Leur voix n’eut jamais plus de chance d’être écoutée si elle est sincère et trouve les formules sages et nécessaires. Tout comme au temps de la guerre du Péloponnèse ou à celui des formations des premières dynasties chinoises, à celui de Confucius et à celui de Socrate, les peuples se tournent vers ceux qu’ils appellent leurs sages et que les réactionnaires appellent des “sophistes”. » (Mauss, 1920 [1969], p. 633-634)


26 Mauss appelait un chat un chat. Dans un débat avec Aftalion, à propos de la rentabilité économique du système socialiste, il commence : « C’est comme sociologue d’une part et comme socialiste d’autre part que je me permettrai de vous répondre », et, après une longue intervention, il conclut : « La différence entre vous, Aftalion, et moi est que vous avez a priori, peur d’un changement, et qu’en principe, au contraire, je n’ai peur d’aucun changement, aussi radical soit-il, pourvu qu’il soit sagement décidé et sagement réalisé » (Mauss, 1924[1969], p. 638). Il y a de magnifiques éloges du réformisme rationnel chez Mauss.


27 « J’irai donc, s’il le faut et s’il se peut, jusqu’au collectivisme. Mais, encore une fois, je n’attribue aucune importance à ces questions de mots. Si vous admettez la définition que Durkheim a donnée du socialisme, et si vous admettez qu’il consiste dans “le contrôle par la nation du pouvoir économique”, alors, à mon sens, vous êtes socialiste, et je suis d’accord avec vous. » (Mauss, 1924 [1969], p. 638)


28 Encore une dernière citation, que je dois à Marcel Fournier. C’est un très beau texte de Marcel Mauss qui m’a donné beaucoup de joie parce qu’il fait voir qu’il y a des constances structurales dans l’histoire. Marcel Mauss, dont j’occupe aujourd’hui la chaire d’une certaine façon, a écrit en 1938 une lettre adressée à Roger Caillois pour le rappeler un petit peu à l’ordre, parce qu’il trouvait que Caillois s’aventurait sur le terrain de l’irrationalisme (vous mettez postmodernisme à la place d’irrationalisme et vous verrez que cette lettre est d’une actualité extrême) :

« Ce que je crois un déraillement général dont vous êtes vous-même victime, c’est cet espèce d’irrationalisme absolu par lequel vous terminez au nom du labyrinthe et de Paris, mythe moderne, mais je crois que vous l’êtes tous en ce moment, probablement sous l’influence de Heidegger, bergsonien attardé dans l’hitlérisme, légitimant l’hitlérisme, entiché d’irrationalisme et surtout cette espèce de philosophie politique que vous essayez d’en sortir au nom de la poésie et d’une vague sentimentalité. Autant je suis persuadé que les poètes et les hommes de grande influence peuvent quelquefois rythmer une vie sociale, autant je suis sceptique sur les capacités d’une philosophie quelconque et surtout d’une philosophie de Paris, à rythmer quoi que ce soit. »

Mauss, 1938

29 C’est la conclusion de Marcel Mauss. Je la fais mienne.

Note

[1] Séance d’ouverture, colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », Collège de France, Paris, 15 mai 1997. Pierre Bourdieu (1930-2002) a été, à partir de 1964, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (ultérieurement, l’École des hautes études en sciences sociales) avant d’être élu, en 1981, au Collège de France où il devient titulaire de la chaire de sociologie. Il a aussi fondé en 1975 la revue Actes de la recherche en sciences sociales.

Bibliographie


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Mauss, Marcel (1932), « La cohésion sociale dans les sociétés polysegmentaires », in Marcel Mauss, Oeuvres, t.3, Paris, Éditions de Minuit, 1969, p. 11-26.


Mauss, Marcel (1933), Interventions à la suite de communications de P. Janet et de J. Piaget, « L’individualité », in Marcel Mauss, Oeuvres, t. 3, Paris, Éditions de Minuit, 1969, p. 298-302.


Mauss, Marcel (1938), Lettre à Roger Caillois, in Marcel Fournier, « Marcel Mauss et Heidegger : une lettre inédite de Marcel Mauss à Roger Caillois », Actes de la recherche en sciences sociales, 1990, p. 86-87.
Auteur : Pierre Bourdieu
Titre : Marcel Mauss, aujourd’hui / Marcel Mauss, Today
Revue : Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22
URI : http://id.erudit.org/iderudit/011044ar
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