« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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mercredi 19 novembre 2025

Marcel Mauss, Sociologie générale

 

 

Marcel Mauss 

Sociologie générale

Édition, introduction et dossier par 

Francesco Callegaro et Johan Giry

PUF

Le lien social 

2025

 

 

Présentation de l'éditeur

En 1930, lors de sa candidature au Collège de France, Marcel Mauss a souligné combien son oeuvre ne pouvait être dissociée du projet d’Émile Durkheim et de l’École française : édifier une nouvelle forme de savoir, la sociologie, issue du socialisme et visant à le rehausser à travers la constitution des sciences sociales. Après la Grande Guerre, au milieu de la crise du libéralisme, Mauss a assumé seul la tâche de relancer ce projet, pour répondre aux avancées de l’anthropologie comme aux attentes de la politique. Dans ses essais théoriques, il a reformulé les principes et les visées de la sociologie, afin de mieux coordonner les enquêtes spécialisées et les conduire enfin sur le terrain général de la société saisie comme totalité.

En réunissant et en présentant ces textes, cet ouvrage vise à restituer le cadre qui a conduit Mauss à forger l’idée de fait social total, catégorie dont le sens a été déformé par l’interprétation de Claude Lévi-Strauss. Il révèle aussi la présence inaperçue d’un héritage toujours vivant, en repérant les traces des enseignements de Mauss dans les enquêtes contemporaines. Seule cette prise de conscience du passé dans le présent permet d’envisager une reprise de la sociologie générale de Mauss, afin d’engager les sciences sociales dans la recherche du fait socialtotal actuel, compris comme le ressort dynamique d’une nouvelle émergence du commun.

 

  

 

samedi 25 mars 2023

en ligne: Publications de Pierre Bourdieu, dans la revue Sociologie et sociétés

 

 

Publications de Pierre Bourdieu: dans la revue Sociologie et sociétés

 

Le 25.03.2023,  G.Q.

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La spécificité du champ scientifique et les conditions sociales du progrès de la raison, dans Sociologie et sociétés, Volume 7, numéro 1, mai 1975, p. 91–118, Science et structure sociale

 

Le paradoxe du sociologue , dans Sociologie et sociétés, Volume 11, numéro 1, avril 1979, p. 85–94, Critique sociale et création culturelle


Marcel Mauss, aujourd'hui, dans Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, automne 2004, p. 15–22, Présences de Marcel Mauss

 

 

 

Voir également: Publications de Pierre Bourdieu: dans Études rurales, Sociologie du travail, Les Temps Modernes , Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Sociologie et sociétés, Art Press, Les Cahiers du Musée national d'art moderne, Liber, Regards Sociologiques, Awal 




 

vendredi 20 septembre 2019

en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de Durkheim, de Weber, de Mauss et de Halbwachs





Pierre Bourdieu, à propos de 
Durkheim, de Weber, de Mauss et de Halbwachs





(Cette liste de publications  sera mise à jour au fur et à mesure,  revue le 21.11.2020, Gilbert Quélennec)
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Durkheim
 
Extrait de la Table ronde animée par Jean-Claude Filloux avec Pierre Bourdieu, Michel Éliard, Aïssa Kadri
dans Durkheim sociologue de l'éducation, (Journées d'étude, 15-16 octobre 1992), INRP/L'Harmattan, 1993, Table ronde p. 193-216.

 

  Weber

With Weber Against Weber: In Conversation With Pierre Bourdieu, Franz Schultheis, and Andreas Pfeuffer, Translated by Simon Susen. In The Legacy of Pierre Bourdieu: Critical Essays (pp. 111-124). London: Anthem Press, Original Publication: Pierre Bourdieu, ‘Mit Weber gegen Weber: Pierre Bourdieu im Gespräch’, in Pierre Bourdieu, Das religiöse Feld. Texte zur Ökonomie des Heilsgeschehens (herausgegeben von Franz Schultheis, Andreas Pfeuffer und Stephan Egger, übersetzt von Stephan Egger, Konstanz: Universitätsverlag Konstanz, 2000), pp. 111–129. The
interview was conducted by Franz Schultheis and Andreas Pfeuffer and took place in a café on Boulevard Saint-Germain in Paris in the spring of 1999.


Mauss 
Marcel Mauss, aujourd’hui, Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22. Une communication de Pierre Bourdieu sous forme d’hommage à Marcel Mauss prononcée à l’occasion du colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », organisé au Collège de France, à Paris, le 15 mai 1997. 
 

Halbwachs

L'assassinat de Maurice Halbwachs, in Visages de la Résistance, dossier de la revue La Liberté de l'esprit, no 16, automne 1987

 


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voir également:

Pierre Bourdieu, Hommages à Sartre, Goffman, Foucault, Halbwachs, Mammeri, Marin, Canguilhem, Deleuze, Mauss, Sayad








 

jeudi 27 avril 2017

Marcel Mauss et Émile Durkheim, De quelques formes primitives de classification

Marcel Mauss 
Émile Durkheim
De quelques formes primitives de classification
Edité par Eric Brian
Jules Salomone
et Florence Weber
PUF
Quadrige
2017

Présentation de l'éditeur
Dans ce classique de la sociologie de la connaissance, Durkheim et Mauss proposent de réécrire la table kantienne des catégories : l’acquisition de nos concepts fondamentaux et la maîtrise des jugements logiques qu’ils rendent possibles ne sont pas, selon eux, le fruit des seules forces de l’individu, mais ont en fait une origine sociale. Cette hypothèse, ils la testent sur les concepts de genres et espèces. Ils entendent ainsi établir qu’en Amérique du Nord, chez les aborigènes d’Australie, tout autant que dans le système divinatoire chinois, stratification sociale et genres naturels primitifs se font écho : la classification des choses reproduit celle des hommes. Ce faisant, Durkheim et Mauss suggèrent qu’il y a continuité entre la faculté de classification déployée dans les sociétés primitives et celle à l’œuvre dans nos sciences contemporaines – belle et généreuse manière de mettre en cause le Grand Partage.
Marcel Mauss (1872-1950) fut l’un des fondateurs de l’anthropologie sociale. Son œuvre s’inscrit dans l’aventure collective de L’Année sociologique, revue dont il devint le pilier après la mort de Durkheim en 1917. Elle a durablement influencé la philosophie et les sciences sociales, notamment l’anthropologie, la sociologie des sciences, la psychologie sociale, l’histoire des techniques et l’archéologie.
Émile Durkheim (1858-1917), sociologue de réputation mondiale, fut professeur de pédagogie et de sciences sociales à l’université de la Sorbonne et chef de file de l’école française de sociologie, ainsi que le fondateur de la revue L’Année sociologique en 1896.
Série dirigée par Florence Weber, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’École normale supérieure.
Volume présenté par Jules Salomone, doctorant en philosophie à l’École normale supérieure et à la City University of New York.
Texte établi par Éric Brian (Éhess) et Florence Weber (Éns).

mercredi 16 novembre 2016

Thomas Hirsch, Le temps des sociétés. D'Émile Durkheim à Marc Bloch

Thomas Hirsch
Le temps des sociétés 
D'Émile Durkheim à Marc Bloch
Ehess
En temps & lieux
2016
Présentation de l'éditeur
Entre le temps objectif et mesurable de la physique et les vibrations du temps de la conscience intérieure, il est un temps " social ", un ensemble de représentations collectives qui informent le rapport au temps des individus. Cet ouvrage retrace le parcours et les transformations de cette idée formulée pour la première fois au tournant du XXe siècle et qui jalonne les projets fondateurs des sciences sociales en France entre 1901 et 1945.
De l'étude des Aruntas d'Australie de la fin du XIXe siècle à celle de la société féodale occidentale, de la Chine ancienne à l'Empire aztèque, de la " mentalité primitive " à la mémoire individuelle, les recherches sur les expériences sociales du temps permettent d'interroger à nouveaux frais l'essor des sciences sociales, car attribuer un temps aux sociétés revient à faire du social le mode d'explication des hommes et de l'histoire. Entre philosophie, sociologie, psychologie, ethnologie et histoire, cette enquête renouvelle le regard porté sur quelques-unes de ses grandes figures : Émile Durkheim, Marcel Mauss, Lucien Lévy-Bruhl, Maurice Halbwachs, Marcel Granet, Lucien Febvre et Marc Bloch.
Thomas Hirsch travaille sur l'histoire des sciences sociales au XXe siècle et a notamment édité les cours de Psychologie collective de Maurice Halbwachs (Flammarion, 2015). Ses recherches portent à présent sur les modes d'articulation entre démarches savantes et engagements politiques ainsi que sur la légitimité des sciences de la société.

 

vendredi 19 avril 2013

Marcel Mauss, La nation


Marcel Mauss
La nation
Édition et présentation de
Marcel Fournier 
et Jean Terrier
Quadrige
PUF
2013

Présentation de l'éditeur
La nation, éléments de politique moderne rassemble les textes les plus importants que l’anthropologue Marcel Mauss a consacrés à la nation et au socialisme. La majeure partie de ces textes datent des années 1919-1921 : dans un contexte marqué par la fin de la Première Guerre mondiale, où les nationalismes ont joué un rôle de premier plan, Mauss consacre d’importants efforts de recherche à une série de thèmes politiques. Il travaille en particulier à un livre sur la nation, l’internationalisme et le socialisme, dont l’un des buts avoués est de sauver l’idée de nation du nationalisme, et l’idée de socialisme du bolchévisme. Ce livre demeurera finalement inachevé mais un manuscrit d’environ quatre cents feuillets est accessible au Fonds Marcel-Mauss. Dans cet ouvrage, Marcel Fournier, biographe et spécialiste de Mauss, et Jean Terrier, historien des sciences sociales, ont reconstitué au terme d’un important travail d’archive le texte que Mauss préparait. A la fois clair, systématique et profond, cet ouvrage propose une histoire du phénomène national, pose les jalons d’une vraie sociologie des relations internationales et offre une interprétation du socialisme comme phénomène historique. Au-delà de ces enjeux spécifiques, il contient aussi une réflexion éblouissante sur la nature du politique dans les sociétés modernes.

samedi 15 septembre 2012

écouter: Florence Weber et Nathan Schlanger à propos de l'édition critique de Marcel Mauss

écouter: Florence Weber et Nathan Schlanger à propos de l'édition critique de Marcel Mauss
La suite dans les idées, 15.09.2012

Marcel Mauss
Essai sur le don 
Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques
Présentation de Florence Weber
Quadrige
PUF
2012


Marcel Mauss
Techniques, technologie et civilisation 
Edition et présentation de Nathan Schlanger
Quadrige
PUF
2012

lundi 11 juin 2012

écouter: Marielle Macé, L’habitus comme style – une lecture littéraire de Mauss et de Bourdieu

source: Maison Française d'Oxford
Marielle Macé est chercheuse au CNRS et enseigne la littérature française à l'EHESS, à l’Ecole normale supérieure, et comme visiting professor à New York University. Sa recherche porte sur les rapports entre littérature et pensée au XXe siècle (Le Temps de l'essai, Belin, 2006), sur la lecture et les formes de l’expérience esthétique (Façons de lire, manières d'être, Gallimard, 2011), et sur une extension de la question du style à la philosophie et aux sciences humaines (à laquelle elle a consacré un numéro spécial de la revue Critique en 2010). Elle travaille à un ouvrage intitulé Stylistique de l'existence qui manifeste, de Baudelaire à Pasolini, la participation de la littérature à une compréhension des styles de la pratique et des formes de la vie. 
 Elle propose deux interventions à All Souls College et à la Maison française d'Oxford : un exposé intitulé "Le style d'un geste - autour de Valéry". Et un atelier consacré lui aussi à cet acte stylistique qu'est le geste, élargissant la question depuis la littérature vers les sciences sociales, sous le titre : "L'habitus comme style - une lecture littéraire de Mauss et de Bourdieu". On peut lire, en préparation de cet atelier, la célèbre conférence de Marcel Mauss, "Les techniques du corps" (1934).


Tuesday 29 May 2012
Maison Française d'Oxford


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voir également: audio-video-articles de Pierre Bourdieu sur le concept d'habitus

lundi 28 mai 2012

Publications de Pierre Bourdieu: Hommages à Sartre, Goffman, Foucault, Halbwachs, Mammeri, Marin, Canguilhem, Deleuze, Mauss, Sayad


Publications de Pierre Bourdieu: Hommages à Sartre, Goffman, Foucault, Halbwachs, Mammeri, Pollak, Marin, Canguilhem, Deleuze, Mauss, Sayad




 (Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version revue le 24.02.2021)
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Jean-Paul Sartre 

Sartre, The London Review of Books, Vol. 2 No. 22 · 20 November 1980, pages 11-12, aussi
Sartre, l'invention de l'intellectuel total,  Libération, 31/03/1983. Repris in Agone, n°26/27, 2002, pp.225- 232



Erving Goffman

Erving Goffman est mort, Libération, 2 décembre 1982

Goffman, le découvreur de l'infiniment petit, Le Monde, 4 décembre 1982



Michel Foucault

Le plaisir de savoir,  Le Monde , 27/06/1984, aussi in Interventions. Science sociale et action politique, Agone, 2002

Non chiedetemi chi sono. Un profilo di Michel Foucault, L'indice, 1 octobre 1984, aussi in Didier Eribon, Michel Foucault (Champs-Flammarion, 2011)

Les intellectuels et les pouvoirs, In Michel Foucault. Une histoire de la vérité, Syros, 1985, aussi in Interventions. Science sociale et action politique, Agone, 2002

Qu'est-ce que faire parler un auteur? A propos de Michel Foucault, Sociétés et Représentations, 3, novembre 1996, p.13-18.

Philosophie, science, engagement, In L’Infréquentable Michel Foucault : renouveaux de la pensée critique, actes du colloque tenu au Centre Georges Pompidou les 21 et 22 juin 2000, EPEL, 2001, aussi in Interventions. Science sociale et action politique, Agone, 2002



Maurice Halbwachs

L'assassinat de Maurice Halbwachs, La liberté de l'esprit, Visages de la Résistance, n°16, automne 1987



Mouloud Mammeri

Pierre Bourdieu, Mouloud Mammeri ou la colline retrouvée, le Monde, 03 Mars 1989, aussi AWAL-Cahiers d’études berbères, n°5, Paris, 1989, in Algérie littérature/action, N° 7 - 8 1997,  aussi in Esquisses algériennes, Seuil, Liber, 2008, P.265-283

Pierre Bourdieu, L'Odyssée de la réappropriation, (Actes du colloque, Alger, 20-21-22 juin 1992, organisé par AWAL-CERAM. Avec le concours de la Maison des sciences de l'homme, Paris et de l'Institut Maghreb-Europe, Paris VIII), Le Pays, 60, 1992, aussi in Awal, cahiers d’études berbères, n°18, 1998


Michael Pollak

Hommage à Michael Pollak, Actes de la recherche en sciences sociales, 1992, 94, Numéro 1, pp. 106-107


Louis Marin

avec Jacques Derrida, Pour Louis Marin, Liber. Revue européenne des livres, n. 12, 1992



Georges Canguilhem

«Il ne faisait jamais le philosophe» (à propos de Georges Canguilhem), Les Inrockuptibles, 25, 27 septembre-3 octobre 1995, p.12, aussi “En homenaje a Canguilhem”, en P. Bourdieu, 1997, Capital cultural, escuela y espacio social, México, Siglo XXI, pp.203-206

Georges Canguilhem: an obituary notice, Economy and Society, 27(2&3), 1998, 190-192



Gilles Deleuze

In memorian Gilles Deleuze, in Liber-Revue internationale des livres, 28, septembre 1996 



Marcel Mauss

Marcel Mauss, aujourd’hui, Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22. Une communication de Pierre Bourdieu sous forme d’hommage à Marcel Mauss prononcée à l’occasion du colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », organisé au Collège de France, à Paris, le 15 mai 1997



Abdelmalek Sayad

Hommage à mon ami Abdelmalek Sayad, Libération, 16 mars 1998, p.31

Pour Abdelmalek Sayad, Propos prononcé à I'lnstitut du monde arabe. le 2 avril 1998, à l'occasion d'une réunion à la mémoire d'Abdelmalek Sayad, Annuaire de l'Afrique du Nord. tome XXXVII, 1998, aussi in Esquisses algériennes, Seuil, Liber, 2008, P.357-362 




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voir également:
Publications de Pierre Bourdieu: Préfaces, Avant-propos et Postfaces

Publications de Pierre Bourdieu: Comptes rendus
 

vendredi 6 avril 2012

Émile Durkheim, Hobbes à l’agrégation. Un cours d’Émile Durkheim suivi par Marcel Mauss

Émile Durkheim
Hobbes à l’agrégation
Un cours d’Émile Durkheim suivi par Marcel Mauss
EHESS
2011


Présentation de l'éditeur
Édition établie et présentée par Jean-François Bert
Ces notes de cours inédites portent sur la philosophie morale et politique de Hobbes alors au programme de l’agrégation. Durkheim fait apparaître Hobbes comme un envers philosophique et théorique de son analyse sociologique. Elles disent aussi beaucoup de ce qu’est un cours d’agrégation sur un auteur. 
Ces notes mettent en relief les grandes préoccupations de Durkheim au début des années 1890, dont la volonté d'inscrire la sociologie naissante dans une filiation théorique et philosophique repérable. Déchirement du tissu social dans les sociétés modernes, rôle de l’État, la famille comme microsociété, la religion… : cet inventaire de notions de Hobbes discuté par Durkheim souligne une question au cœur de son enseignement : « comment fait-on pour vivre ensemble ? ». Ce texte révèle aussi un homme totalement habité par son activité professorale et met en relief ses grandes préoccupations au début des années 1890 dont la volonté d'inscrire la sociologie naissante dans une filiation historique repérable.
Dire Hobbes, écouter Durkheim, par Jean-François Bert
« À relire ces notes il est possible d'entendre le timbre de la voix de Durkheim particulièrement dans les sentences finales du cours où il tente de faire de Hobbes un prédécesseur de la sociologie » (Jean-François Bert).
 Jean-François Bert nous livre ce que ce cours a d’inédit pour l’histoire des sciences sociales. Les notes de Mauss nous informent certes sur la manière dont Durkheim enseignait la philosophie, mais aussi sur sa manière de penser les sociétés, une analyse en partie reconduite dans l'œuvre sociologique et anthropologique de Mauss. 
L'histoire des savoirs montre combien la réception, fruit d'une transmission, contrôlée ou non, est déterminante dans la circulation des idées. Le cas d'Emile Durkheim permet justement de penser cette dimension et ce rôle central des étudiants.
Notions de Hobbes discutées par Durkheim Biographie et bibliographie L'Homme Conception générale et méthode de la Politique Les lois naturelles ou la morale Genèse et Nature de l'État Les parties et l'État Les sociétés naturelles L'esclavage. La famille. La société religieuse Les Lois naturelles et les Lois civiles

mardi 6 septembre 2011

en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de: Karl Marx, Emile Durkheim, Max Weber, Marcel Mauss, Maurice Halbwachs et Norbert Elias


en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de: 
Karl Marx, Emile Durkheim, Max Weber, Marcel Mauss, Maurice Halbwachs et Norbert Elias

(Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 29.12.2011, Gilbert Quélennec)
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Espace social et genèse des "classes", Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, Numéro 52-53, pp. 3-1, aussi in Langage et pouvoir symbolique, Points Seuil, 2001
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en ligne: un extrait de la contribution de Pierre Bourdieu à la Table ronde de Durkheim sociologue de l'éducation (Journées d'étude, 15-16 octobre 1992)

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‘With Weber Against Weber: In Conversation With Pierre Bourdieu’, Franz Schultheis, and Andreas Pfeuffer, Translated by Simon Susen. In The Legacy of Pierre Bourdieu: Critical Essays (pp. 111-124). London: Anthem Press, Original Publication: Pierre Bourdieu, ‘Mit Weber gegen Weber: Pierre Bourdieu im Gespräch’, in Pierre Bourdieu, Das religiöse Feld. Texte zur Ökonomie des Heilsgeschehens (herausgegeben von Franz Schultheis, Andreas Pfeuffer und Stephan Egger, übersetzt von Stephan Egger, Konstanz: Universitätsverlag Konstanz, 2000), pp. 111–129. The
interview was conducted by Franz Schultheis and Andreas Pfeuffer and took place in a café on Boulevard Saint-Germain in Paris in the spring of 1999.
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Marcel Mauss, aujourd’hui, Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22. Une communication de Pierre Bourdieu sous forme d’hommage à Marcel Mauss prononcée à l’occasion du colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », organisé au Collège de France, à Paris, le 15 mai 1997.
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L'assassinat de Maurice Halbwachs, in Visages de la Résistance, dossier de la revue La Liberté de l'esprit, no 16, automne 1987
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Esprits d'Etat, juin 1991,  Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, P.101-133,  (1994), 1996
( "in 1991, the author of State Nobility made clear his indebtedness to the elder master at a memorial service in Amsterdam honoring the originality of Elias 's contributions. An expanded version of this tribute would later be published under the title, Rethinking the State: Genesis and Structure of the Bureaucratic Field" in Elias and Bourdieu by Bowen Paulle, Bart v Heerikhuizen and Mustafa Emirbayer in 'The Legacy of Pierre Bourdieu: Critical Essays', edited by Simon Susen and Bryan S. Turner, Anthem Press, 2011).
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voir également:
en ligne: Pierre Bourdieu entretiens avec Pascale Casanova
en ligne: Pierre Bourdieu, entretiens avec Didier Eribon
en ligne: Pierre Bourdieu avec Kaelble, Kocka, Will, Charle, Raphaël et Christin
en ligne: Pierre Bourdieu avec Robert Darnton et Roger Chartier
en ligne: Pierre Bourdieu avec Rosine Christin
en ligne: Pierre Bourdieu et Yvette Delsaut
en ligne: Pierre Bourdieu et Luc Boltanski
en ligne: Pierre Bourdieu et Monique de Saint-Martin
en ligne: Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron
en ligne: Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad
en ligne: Pierre Bourdieu et Mouloud Mammeri
en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de: Erving Goffman et Aaron Cicourel
en ligne: Pierre Bourdieu, avec et contre John Langshaw Austin
en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de: Georges Canguilhem, Jean-Paul Sartre et Claude Lévi-Strauss
en ligne: Pierre Bourdieu, autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger 
en ligne: Pierre Bourdieu, sur Manet
en ligne: Pierre Bourdieu, à propos de Flaubert

mardi 17 novembre 2009

Pierre Bourdieu, Marcel Mauss aujourd’hui



Sociologie et sociétés

Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22

Présences de Marcel Mauss / The Presences of Marcel Mauss

Sous la direction de Marcel Fournier et Jean-Christophe Marcel

Directeur : Marcel Fournier

Rédacteur en chef : Marianne Kempeneers

Éditeur : Les Presses de l'Université de Montréal

ISSN : 0038-030X (imprimé) 1492-1375 (numérique)
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Pierre Bourdieu

Marcel Mauss, aujourd’hui / Marcel Mauss, Today

(Pages 15–22)

Une communication de Pierre Bourdieu sous forme d’hommage à Marcel Mauss prononcée à l’occasion du colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », organisé au Collège de France, à Paris, le 15 mai 1997.






1 Je ne suis pas à mon aise généralement dans les actions de célébration, que j’en sois l’objet, comme cela m’arrive de plus en plus souvent avec l’âge ou, comme aujourd’hui, le sujet. Que faire dans le cas où, comme ici, je suis appelé avec d’autres que j’estime beaucoup, à célébrer la mémoire d’un penseur que je respecte infiniment ? Un penseur dont j’estime qu’il n’a pas eu, en dépit de tout, la reconnaissance qu’il mérite et cela, il faut le dire, bien que la postérité, académique ou autre, ait été infiniment moins injuste pour lui — et je suis sûr qu’il l’aurait déploré — que pour son maître et oncle tant admiré Émile Durkheim, ce paria que la philosophie et la science françaises, la philosophie surtout, ont traité et traitent encore en « chien crevé », comme disait Marx à propos de Spinoza. Je me souviens du succès en d’autres temps du livre intitulé Les faits sociaux ne sont pas des choses, encore célébré tout récemment par la revue Critique, dont l’auteur, Jules Monnerot, est membre du conseil scientifique du Front national, ce qui donne à réfléchir sur ce que signifie souvent la haine de la sociologie.

2 « Citer, disent les Kabyles, c’est ressusciter. » J’ai donc pensé à vous proposer, plutôt qu’un témoignage sur mon rapport à Marcel Mauss, genre éprouvé où l’autocélébration se dissimule souvent sous une célébration annexionniste ou plutôt qu’un commentaire plus ou moins académique sur tel ou tel aspect de l’oeuvre de Mauss, la lecture d’un certain nombre de phrases ou de paragraphes de Marcel Mauss, parfois sans commentaire, parfois accompagnés d’un bref discours. Je sais que ce projet pourra apparaître comme une dérobade, ou une démission — ce qui serait sans doute excusable tant il est difficile d’être à la hauteur d’une oeuvre aussi immense —, et cela bien que l’exercice auquel je vais me livrer puisse s’autoriser des exemples littéraires glorieux, à commencer par celui de Montaigne.


3 J’ai conscience de l’arbitraire du choix de textes que j’ai fait et qui fait se côtoyer des pensées que j’ai retenues et rangées depuis longtemps, à côté des éclats et des éclairs des grands moralistes ou mémorialistes, comme une part de mon trésor personnel, et des textes plus triviaux, plus prosaïques, mais directement ajustés au monde qui est le nôtre et qu’il faut essayer de réactiver. En isolant des phrases, je voudrais appeler à une lecture qu’on accorde très souvent aux philosophes et très rarement aux sociologues. Si on lisait Mauss comme je vais essayer de le faire aujourd’hui, c’est-à-dire un peu comme on lit Wittgenstein ou Heidegger, peut-être qu’on découvrirait une profondeur chez les auteurs de sciences sociales qu’on accorde dérisoirement aux auteurs de philosophie qui ne la méritent pas toujours.
Sur la méthode et l’objet de la sociologie


4 « Tout phénomène social a en effet un attribut essentiel, qu’il soit un symbole, un mot, un instrument, une institution, qu’il soit même la langue, même la science la mieux faite, qu’il soit l’instrument le mieux adapté aux meilleures et aux nombreuses fins, qu’il soit le plus rationnel possible, le plus humain, il est encore arbitraire » (Mauss, 1929 [1968], p. 244).


5 « Tout en elle [la société] n’est que relation. Tout dans la société, même les choses les plus spéciales, est avant tout fonction et fonctionnement. Rien ne se comprend si ce n’est par rapport au tout. » Je n’ai pas besoin de souligner la modernité et la rigueur de cette formule. « Une institution n’est pas une unité indivisible distincte des faits qui la manifestent, elle n’est que leur système » (Mauss, 1909 [1968], p. 401).


6 Autre formule : « Le personnel ne se conçoit que par rapport à l’impersonnel » (Mauss, 1906 [1968], p. 34).


7 Et ici un texte que je trouve tout à fait splendide et que je vais lire lentement : « Ce caractère de pénétration intime et de séparation, d’immanence et de transcendance est, au plus haut degré, distinctif des choses sociales. Elles aussi existent, à la fois selon le point de vue auquel on se place, dans et hors de l’individu » (Hubert et Mauss, 1899 [1968], p. 306, tome 1, p. 66). C’est un point sur lequel, à mon sens, Mauss s’est arraché à des difficultés dans lesquelles s’est enfermé Durkheim, et que Durkheim a essayé de résoudre par des concepts comme celui de conscience collective, etc. Je pense qu’une formule comme celle-là, dans laquelle l’institution est décrite dans sa double inscription dans les choses et dans les corps, est extrêmement moderne et, pourrait-on dire, post-structuraliste.


8 Et pour en finir avec ce préambule sur la méthode, c’est-à-dire sur ce qui est le plus connu d’ordinaire de l’oeuvre des durkheimiens, une phrase que je vous livrerai sans commentaire : « En réalité, tout ce qui est social est à la fois simple et complexe » (Mauss, 1909 [1968], p. 358).


9 Les durkheimiens n’ont pas reçu la lecture qu’ils méritaient. Comme les marxistes, ils n’ont pas été gâtés par l’histoire (ni, pour Marx, par les marxistes), Si on avait lu Mauss comme on a lu Bergson, dont cette maison célèbre le culte, il est probable que la science et la philosophie françaises auraient échappé à un certain nombre d’erreurs. Mais ils ont été victimes aussi de leur écriture, même Mauss, qui a eu un destin posthume plus favorable au fait qu’il échappait le plus souvent à la lourdeur du style durkheimien (style qui était sans doute imposé à Durkheim par son travail et son statut de fondateur d’école), n’échappe pas complètement à la vieillerie stylistique. (Cela dit, si Mauss avait écrit en allemand, si nous avions des traductions de Mauss avec des mots allemands entre parenthèses, il est probable qu’il aurait été beaucoup mieux lu.) La lecture que je vais faire, même si elle est contraire à ce que j’ai l’habitude de demander d’une lecture de textes, à savoir qu’elle réhistoricise, est faite, je pense, pour appeler une autre compréhension de la sociologie, même si, pour actualiser, pour rendre vivants et actifs les textes de Mauss, cette lecture déshistoricise délibérément par le simple fait de mettre en exergue, d’extraire de l’oeuvre et d’isoler des phrases et des formules.


10 Évidemment, actualiser, réactiver, c’est inévitablement, même si on s’en garde, rappeler au présent et rappeler à soi, tirer à soi. Il est évident que si les phrases que je vais citer m’ont paru, non seulement intéressantes, mais éminentes, extraordinaires, c’est qu’elles étaient évidemment très proches de ce que je crois être la vérité sur la question considérée comme vous allez le voir dans un passage que je vais citer et que j’aurais pu mettre en exergue de tel ou tel de mes travaux.


11 « Ces principes de jugement et de raisonnement sans lesquels on ne les croit pas possibles, c’est ce qu’on appelle en philosophie les catégories. Constamment présentes dans le langage, sans qu’elles y soient de toute nécessité explicites, elles existent d’ordinaire sous la forme d’habitudes directrices de la conscience elles-mêmes inconscientes. » Sans commentaire.


12 Sur le langage, une phrase qui aurait dû être utilisée à titre prophylactique dans la période de sémiologie aiguë, par laquelle la science française est passée : « Les gens ont surtout parlé “pour agir” et pas seulement pour communiquer » (Mauss, 1925b [1969], p. 260).
Sur la pratique et la logique pratique


13 Sur la croyance, la foi, ou la mauvaise foi (au sens de Sartre), qui est au fondement des sociétés : « La société se paie toujours elle-même de la fausse monnaie de son rêve » (Mauss, 1925a [1966]). Mauss avait fait un voyage au Maroc, qui est une sorte d’enquête de terrain un petit peu rapide, mais beaucoup d’autres ethnologues n’ont pas fait mieux depuis. Il avait fait des entretiens très approfondis avec des cheikhs et toutes sortes de gens. Il avait notamment observé des artisans et, à leur propos, avait écrit ceci : « L’enfant marocain est technicien et travaille bien plus tôt que l’enfant de chez nous. Sur certains points, il raisonne donc plus tôt et plus vite et autrement — manuellement — que les enfants de nos bonnes familles bourgeoises. Même dans nos jardins d’enfants, les enfants ne font pas de travail manuel proprement dit, mais seulement des jeux » (Mauss, 1933 [1969], p. 300). Réflexion sur la logique pratique et la logique scolastique qui me paraît extrêmement importante.


14 Et il est remarquable que quelques pages plus loin, dans le même tome, Mauss fasse un grand éloge de Dewey, le philosophe américain, qu’il est de bon ton en France de mépriser (dans ma jeunesse, il suffisait de prononcer le nom de Dewey pour être jeté aux enfers de la philosophie, mais comme il va revenir prochainement à la mode aux États-Unis, le chic du chic sera d’être deweyien si on peut dire). « Du côté des moralistes et des philosophes, il est certain que le professeur Dewey est celui qui se rapproche le plus des sociologues » (Mauss, 1930 [1969], p. 500). Dans un autre texte, Mauss rappelle le contenu d’un cours sur le pragmatisme, cours disparu et inconnu jusqu’à ce jour, dans lequel Durkheim avait consacré une place très importante aux philosophes pragmatistes. On comprend pourquoi avec la phrase que j’ai citée sur l’intelligence manuelle, sur la dimension manuelle de la compréhension pratique, de la pensée comme handwork (quand c’est Heidegger qui le dit, on l’écoute autrement). Mauss se rapproche évidemment de Dewey, qui est un grand penseur des logiques pratiques.


15 Sur la conscience et la pratique et encore une fois sur la logique de la pratique : « Il nous arrive sans cesse d’accomplir un acte dont il nous est impossible de percevoir les raisons, le sens, la portée, la nature véritable. Souvent nos efforts pour être conscients n’arrivent qu’à nous tromper nous-mêmes, à nous tromper sur nous-mêmes. L’idée que nous pouvons nous faire même d’une pratique qui nous est habituelle n’en est qu’une expression tout à fait inadéquate » (Mauss, 1909 [1968], p. 376).


16 Cet ensemble de textes que je viens de citer trouve sa cohérence, me semble-t-il, dans une référence très originale à une philosophie de la pratique que Mauss a esquissée dans Les Techniques du corps mais qu’il n’a jamais complètement développée, sans doute parce qu’il balançait entre une philosophie de la conscience de type kantien, dans laquelle les durkheimiens ont été formés et ont baigné, et une philosophie que développaient à la même époque de manière beaucoup plus explicite les pragmatistes anglo-saxons.


17 En hommage à Françoise Héritier et pour vous faire moins regretter son absence, une phrase très belle de Mauss qui est à la fois un bilan et un programme : « Notre sociologie sur ce point [c’est-à-dire en ce qui concerne la division par sexe] est très inférieure à ce qu’elle devrait être. Nous n’avons fait que la sociologie des hommes et non pas la sociologie des femmes ou des deux sexes » (Mauss, 1932 [1969], p. 15).
L’homo academicus


18 Dernier point, dans le prolongement de la référence aux petits Marocains, une phrase qui me paraît être une anticipation quasi explicite des analyses d’Austin, que j’ai prolongées, sur l’illusion scolastique : « L’une des erreurs communes de la sociologie est de croire à l’uniformité d’une mentalité qu’on se figure, en somme, à partir d’une mentalité — je dirai académique — du genre de la nôtre » (Mauss, 1924a [1966], p. 306). Autrement dit, Mauss pour moi, dans cette phrase, montre du doigt, sans vraiment l’analyser, cette forme radicale d’ethnocentrisme qu’est l’épistémocentrisme, l’illusion qui consiste à appliquer aux autres non seulement les catégories de pensée que nous devons à notre nation, à notre classe, à notre ethnie, etc., mais les catégories de pensée qui sont constitutives de notre « mentalité » académique. Et on pourrait trouver dans cette phrase une incitation à une sociologie de l’homo academicus comme préalable à toute sociologie. Mauss n’était pas un homme polémique. On est tellement bien dans l’académie, quand on est un homo academicus, que si on n’est pas un petit peu de mauvaise humeur, on n’a rien à en dire. Les peuples heureux n’ont pas d’histoire, les universitaires heureux n’ont pas de sociologie de l’université.


19 Mauss, qui était un universitaire heureux, bien qu’il ait beaucoup souffert pour des causes externes, a cependant esquissé une sociologie de l’homo academicus (Durkheim, en tant que fondateur, l’a fait beaucoup plus et si j’avais eu à faire cet exercice avec Durkheim, cela aurait été beaucoup plus facile de trouver des citations parce qu’il a dit beaucoup de choses, et des choses très dures, sur les limites de l’entendement académique). Mauss, donc, dit très vite, en passant (dans une évocation des morts, des disparus) quelque chose qui pour moi est absolument capital : « Sans compter que nous montrerons ce que peut, même dans notre pays, si peu habitué au travail en commun, être une société de jeunes savants animés du sincère désir de coopérer » (Mauss, 1925c [1969], p. 474). D’une incise, Mauss évoque cette répugnance particulière, spéciale, du monde français pour le travail en commun. Et chez Durkheim, on trouve des éléments d’explication historique fondés sur la comparaison entre la France et l’Allemagne par exemple, qui a hanté Durkheim. La France est une nation littéraire, qui, parce qu’elle place au-dessus de tout la littérature, répugne particulièrement au travail collectif, antinomique à la représentation du créateur inspiré, seule acceptable, etc. qui fait que l’existence même d’une école, d’un collectif est difficile. Marcel Fournier a fait allusion au courage d’être disciple ; il faut un courage particulier pour être disciple en France parce qu’il faut abdiquer sa singularité, et son originalité, valeur des valeurs. Il y a eu, dans les années 1960, des textes de Lazarsfeld, grand fondateur d’empire scientifique, des pages absolument terribles sur les durkheimiens qui revenaient à décrire Durkheim comme une sorte de chef de bande mettant en carte, en quelque sorte, la France savante à travers les instituteurs fantassins du durkheimisme. Cette image est permanente, et tous ces textes sont très actuels.


20 Autre formule, qui est une manière de décrire aussi en négatif la tradition française : « Les vraiment grands ethnologues ont été aussi éclectiques dans le choix de leurs problèmes que dans celui de leurs méthodes (...) » (Mauss, 1929 [1968], p. 457). Autre tare impardonnable du point de vue de la tradition nationale : l’éclectisme est le pauvre brouet lamentable des professeurs, des lectores. Les auctores, les créateurs, les écrivains sont singuliers et n’empruntent qu’à eux-mêmes, ils sont fils de leurs oeuvres, etc. On voit à quel point l’éloge de l’éclectisme est aussi un éloge de la science. Dans les éloges que Mauss fait de Durkheim, il insiste toujours sur le fait que Durkheim a pris partout et à tout le monde et que ce n’est que parce qu’il a pris à tout le monde qu’il était unique, particulièrement dans un pays comme la France où, dans l’espoir d’être unique, on ne prend nulle part, ce qui fait qu’on est souvent très ignorant.


21 « Notre pays ne sut jamais bien utiliser ses hommes » (Mauss, 1925c [1969], p. 485). C’est une phrase à propos de Durkheim. Ici Mauss fait allusion à la vieille façon française de dire qu’il n’est pas possible de faire la science de l’homme et il conclut : « La résistance continue » (Mauss, 1927 [1969], p. 290), cette résistance à la science que les durkheimiens ont éprouvée de manière particulièrement aiguë.
La sociologie : une science rigoureuse et engagée


22 La sociologie française a toujours été en difficulté avec son univers social. Cela parce qu’elle se donnait des fonctions qui finalement ne lui étaient pas accordées. Dans un texte assez long que je ne le lirai pas, Mauss fait une description de ce qu’il appelle les enthousiasmes excessifs pour la science, pour la sociologie (Mauss, 1927b [1969], p. 293). Il développe un paradoxe qui est toujours actuel. La sociologie est l’objet d’une attitude formidablement ambivalente, qui est très funeste pour elle : d’une part, elle est l’objet d’enthousiasmes excessifs, d’attentes extraordinaires (il n’est pas de jour qu’on ne me demande mon avis sur les choses les plus extraordinaires de l’ordre social et qu’on s’étonne que je dise que je ne peux pas répondre, ni en bonne science ni en bonne conscience), et en même temps, on lui refuse ce qu’elle est capable de donner, à savoir des réponses scientifiques aux problèmes qu’elle est en mesure de se poser. Les mauvais sociologues (Mauss ne le dit pas comme ça ; par un effet d’époque ou d’habitus, je n’en sais rien, il est beaucoup plus courtois que moi : il ne dirait pas ce que je dis aussi brutalement mais je crois qu’il serait assez content de me l’entendre dire) profitent formidablement de cette ambiguïté de l’image de la sociologie ; les mauvais sociologues qui prolifèrent (il dit qu’il y en a partout) répondent à tout, à tort et à travers, et discréditent la science dont il veut défendre l’intégrité.


23 Autre exigence, Mauss insiste sur le fait que la sociologie doit être appliquée et appliquée rigoureusement ; il va même jusqu’à dire — je dédie cette proposition aux responsables de l’éna (École nationale d’administration) — que la sociologie devrait être obligatoire pour les fonctionnaires (Mauss, 1927a [1969], p. 240). Cela dit, le sociologue est voué à décevoir les attentes démesurées qu’il suscite. Dans « Divisions et proportions des divisions de la sociologie », Mauss conclut : « La sociologie n’est que le moyen principal d’éducation de la société, elle n’est pas le moyen de rendre les hommes heureux. Même l’art social et la politique en sont incapables quoiqu’ils poursuivent ce but illusoire (...) » (Mauss, 1927a [1969], p. 245). (Il continue, mais ce serait trop long.)


24 Ce qui ne veut pas dire que le sociologue se retire du monde social et de l’action politique : « L’histoire et l’ethnographie ne doivent servir qu’à mieux comprendre le présent, afin d’aider l’humanité à prendre conscience de son avenir » (Mauss, 1904 [1968], p. 194). Autrement dit, contrairement à une vision qui s’est développée dans l’après-guerre sous l’influence de sociologues américains invoquant l’autorité de Max Weber avec ses topos sur la « neutralité axiologique », etc., et contre la représentation de la sociologie comme science neutre, les durkheimiens voulaient une science rigoureuse mais également engagée dans la pratique. Cela conduit Mauss à lancer un appel assez magnifique aux intellectuels :


25 « Pourquoi les philosophes désespéreraient-ils [c’est un sociologue qui parle], il y a déjà une étape de franchie ? S’il n’existe pas encore de droit humain (...), il existe déjà des choses, des groupes, des intérêts humains, et derrière ceux-ci il peut y avoir toute la masse de l’humanité capable de sanctions autrement dures que la simple désapprobation (...). Enfin, pourquoi les philosophes ne prendraient-ils pas une position d’avant-garde dans cette marche ? Ils l’ont bien prise quand il s’est agi de fonder la doctrine de la démocratie et celle des nationalités. Anglais et Français furent en avance sur leur temps, il ne faut oublier ni Kant, ni Fichte. Pourquoi choisiraient-ils de rester à l’arrière-garde au service des intérêts acquis ? Leur voix n’eut jamais plus de chance d’être écoutée si elle est sincère et trouve les formules sages et nécessaires. Tout comme au temps de la guerre du Péloponnèse ou à celui des formations des premières dynasties chinoises, à celui de Confucius et à celui de Socrate, les peuples se tournent vers ceux qu’ils appellent leurs sages et que les réactionnaires appellent des “sophistes”. » (Mauss, 1920 [1969], p. 633-634)


26 Mauss appelait un chat un chat. Dans un débat avec Aftalion, à propos de la rentabilité économique du système socialiste, il commence : « C’est comme sociologue d’une part et comme socialiste d’autre part que je me permettrai de vous répondre », et, après une longue intervention, il conclut : « La différence entre vous, Aftalion, et moi est que vous avez a priori, peur d’un changement, et qu’en principe, au contraire, je n’ai peur d’aucun changement, aussi radical soit-il, pourvu qu’il soit sagement décidé et sagement réalisé » (Mauss, 1924[1969], p. 638). Il y a de magnifiques éloges du réformisme rationnel chez Mauss.


27 « J’irai donc, s’il le faut et s’il se peut, jusqu’au collectivisme. Mais, encore une fois, je n’attribue aucune importance à ces questions de mots. Si vous admettez la définition que Durkheim a donnée du socialisme, et si vous admettez qu’il consiste dans “le contrôle par la nation du pouvoir économique”, alors, à mon sens, vous êtes socialiste, et je suis d’accord avec vous. » (Mauss, 1924 [1969], p. 638)


28 Encore une dernière citation, que je dois à Marcel Fournier. C’est un très beau texte de Marcel Mauss qui m’a donné beaucoup de joie parce qu’il fait voir qu’il y a des constances structurales dans l’histoire. Marcel Mauss, dont j’occupe aujourd’hui la chaire d’une certaine façon, a écrit en 1938 une lettre adressée à Roger Caillois pour le rappeler un petit peu à l’ordre, parce qu’il trouvait que Caillois s’aventurait sur le terrain de l’irrationalisme (vous mettez postmodernisme à la place d’irrationalisme et vous verrez que cette lettre est d’une actualité extrême) :

« Ce que je crois un déraillement général dont vous êtes vous-même victime, c’est cet espèce d’irrationalisme absolu par lequel vous terminez au nom du labyrinthe et de Paris, mythe moderne, mais je crois que vous l’êtes tous en ce moment, probablement sous l’influence de Heidegger, bergsonien attardé dans l’hitlérisme, légitimant l’hitlérisme, entiché d’irrationalisme et surtout cette espèce de philosophie politique que vous essayez d’en sortir au nom de la poésie et d’une vague sentimentalité. Autant je suis persuadé que les poètes et les hommes de grande influence peuvent quelquefois rythmer une vie sociale, autant je suis sceptique sur les capacités d’une philosophie quelconque et surtout d’une philosophie de Paris, à rythmer quoi que ce soit. »

Mauss, 1938

29 C’est la conclusion de Marcel Mauss. Je la fais mienne.

Note

[1] Séance d’ouverture, colloque sur « L’héritage de Marcel Mauss », Collège de France, Paris, 15 mai 1997. Pierre Bourdieu (1930-2002) a été, à partir de 1964, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (ultérieurement, l’École des hautes études en sciences sociales) avant d’être élu, en 1981, au Collège de France où il devient titulaire de la chaire de sociologie. Il a aussi fondé en 1975 la revue Actes de la recherche en sciences sociales.

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Auteur : Pierre Bourdieu
Titre : Marcel Mauss, aujourd’hui / Marcel Mauss, Today
Revue : Sociologie et sociétés, Volume 36, numéro 2, Automne 2004, p. 15-22
URI : http://id.erudit.org/iderudit/011044ar
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