« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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samedi 20 mai 2017

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Thomas Bernhard


"Entreprendre de penser l'Etat, c'est s'exposer à reprendre à son compte une pensée d'Etat, à appliquer à l'Etat des catégories de pensée produites et garanties par l'Etat, donc à méconnaître la vérité la plus fondamentale de l'Etat1. Cette affirmation, qui peut paraître à la fois abstraite et péremptoire, s'imposera plus naturellement si, au terme de la démonstration, on accepte de revenir à ce point de départ, mais armé de la connaissance d'un des pouvoirs majeurs de l'Etat, celui de produire et d'imposer (notamment par l'école) les catégories de pensée que nous appliquons spontanément à toute chose du monde, et à l'Etat lui-même. 
 Mais, pour donner une première traduction plus intuitive de cette analyse, et faire sentir le danger que nous courons toujours d'être pensés par un Etat que nous croyons penser, je voudrais citer un passage des Maîtres anciens de Thomas Bernhard : "L'école est l'école de l'Etat, où l'on fait des jeunes gens les créatures de l'Etat, c'est-à-dire rien d'autre que des suppôts de l'Etat. Quand j'entrais dans l'école, j'entrais dans l'Etat, et comme l'Etat détruit les êtres, j'entrais dans l'établissement de destruction des êtres. (...) L'Etat m'a fait entrer en lui de force, comme d'ailleurs tous les autres, et m'a rendu docile à lui, l'Etat, et a fait de moi un homme étatisé, un homme réglementé et enregistré et dressé et diplômé, et perverti et déprimé, comme tous les autres. Quand nous voyons des hommes, nous ne voyons que des hommes étatisés, des serviteurs de l'Etat, qui, durant toute leur vie servent l'Etat et, dès lors, durant toute leur vie servent la contre-nature"2. 
La rhétorique très particulière de Thomas Bernhard, celle de l'excès, de l'hyperbole dans l'anathème, convient bien à mon intention d'appliquer une sorte de doute hyperbolique à l'Etat et à la pensée d'Etat. On ne doute jamais trop, quand il s'agit de l'Etat. Mais l'exagération littéraire risque toujours de s'anéantir elle- même en se déréalisant par son excès même. Et pourtant, il faut prendre au sérieux ce que dit Thomas Bernhard : pour se donner quelque chance de penser un Etat qui se pense encore à travers ceux qui s'efforcent de le penser (tels Hegel ou Durkheim par exemple), il faut tâcher à mettre en question tous les présupposés et toutes les préconstructions qui sont inscrits dans la réalité qu'il s'agit d'analyser et clans la pensée même des analystes.
1 - Ce texte est la transcription, partielle et corrigée, d'une conférence donnée à Amsterdam le 29 juin 1991. 
2 - T. Bernhard, Maîtres anciens (Alie Meister Komödie), Paris, Gallimard, 1988, p. 34. "
Pierre Bourdieu, in Esprits d'Etat. Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, Seuil, 1994, Points Essais, 1996


Publications de Pierre Bourdieu 
à propos de Thomas Bernhard




(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à  mesure,  Gilbert Quélennec)
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Extrait de l'émission  Le bon plaisir de Pierre Bourdieu , par Pascale Casanova, 23/6/90
Avec la participation de Jacques Derrida, Jérôme Lindon, Georges Duby, Tassadit Yacine, Pierre Encrevé, Loïc Wacquant, Haruhisa Kato et Denis Podalydès.

Esprits d'Etat. Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, Seuil, 1994, Points Essais, 1996

Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points Essais, 1996, p.101-102

Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003, p.10

Sur l'Etat. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, Cours & Travaux, p.339, 528, 578

Manet. Une révolution symbolique. Cours au Collège de France, 1998-2000, Raisons d'agir/Seuil, Cours & Travaux, 2013, p.180 





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voir également:  

Pierre Bourdieu:" j'ai dit quelque part que j'avais deux modèles conscients: Proust et Flaubert." 

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Virginia Woolf  


Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Kafka

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de William Faulkner 

Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique

Publications de Pierre Bourdieu: autour de la revue Liber- Revue européenne des livres (Revue internationale des livres à partir de 1994)

Interventions de Pierre Bourdieu: avec le Parlement International des Ecrivains 

Publications de Pierre Bourdieu: autour du livre Les règles de l'art

Publications de Pierre Bourdieu: autour de la Domination masculine

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie de la culture, du cinéma, de la photographie, de la littérature, de l'art, de la musique
 


 



mercredi 20 juillet 2016

Publications de Pierre Bourdieu: autour de Heidegger et de Wittgenstein



Publications de Pierre Bourdieu
autour de Heidegger et de Wittgenstein





(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure,  Gilbert Quélennec)
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Voir également:


Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)


Le « collège invisible » de Pierre Bourdieu (un collège de philosophes) 





 

samedi 28 mai 2016

samedi 12 décembre 2015

Pierre Bourdieu présente L’Ontologie politique de Martin Heidegger


 Pierre Bourdieu présente L’Ontologie politique de Martin Heidegger
Minuit, Le sens commun, 1988




(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure,  Gilbert Quélennec)
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Heidegger par Pierre Bourdieu : le krach de la philosophie, entretien avec R. Maggiori, Libération, 10 mars 1988

Derrida-Bourdieu. Débat, Libération, 19-20 mars 1988

«...ich glaube, ich wäre sein bester Verteidiger». Ein Gespräch mit Pierre Bourdieu über die. Heidegger-Kontroverse, H. Woetzel, Das Argument, vol. XXX, Heft 5 , Nr 171, Octobre. 1988, p. 723-726


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voir également:

Pierre Bourdieu présente Homo academicus
 
Pierre Bourdieu présente Ce que parler veut dire et Language and Symbolic Power

Pierre Bourdieu présente Le sens pratique

Pierre Bourdieu présente le modèle qu'il a construit dans La Distinction  


Publications de Pierre Bourdieu: Sur les Intellectuels (champ, intellectuel collectif, les "intellectuels médiatiques" sont une parodie)
 
Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)


Publications de Pierre Bourdieu: Sur le Langage (sociologie, pouvoir symbolique, ontologie politique de Martin Heidegger, dévoiler les ressorts du pouvoir en remontant à la magie des mots)
 

vendredi 25 juillet 2014

video-audio: Pierre Bourdieu, émission (à propos de Heidegger) et entretien (avec Roger Chartier), en 1988



video-audio: Pierre Bourdieu, émission (à propos de Heidegger) et entretien (avec Roger Chartier), en 1988




(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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Interview mit Pierre Bourdieu über den Streit um Heideggers Politik und Philosophie. Beitrag von Harold Woetzel in KULTURSZENE SDR


En 1988, l’historien Roger Chartier recevait le sociologue Pierre Bourdieu à France-Culture pour une série de cinq entretiens




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voir également:

video-audio: Entretiens avec Pierre Bourdieu, en 2001

video-audio: Pierre Bourdieu, entretiens et interventions, en 2000

audio-video: Pierre Bourdieu, cours et entretien, en 1999

audio-video: Pierre Bourdieu, entretiens et reportage, en 1998

video: Pierre Bourdieu, cours et émission, en 1996

audio-video: Pierre Bourdieu, entretiens et conférence, en 1995

video: Pierre Bourdieu, La misère du monde (documentaire, émissions), en 1993

audio-video: Pierre Bourdieu, émissions (football, littérature), en 1992

video: Pierre Bourdieu, intervention (sur les médias) et entretien (sur ses recherches), en 1991

audio-video: Pierre Bourdieu, émission par Pascale Casanova et extrait d'un documentaire sur Claude Lévi Strauss, en 1990

audio-video: Pierre Bourdieu présente certains de ses ouvrages (La distinction, Ce que parler veut dire, Homo Academicus, Les règles de l'art, La misère du monde, Libre-Echange, La domination masculine, Contre-feux 2)

audio-video: émissions avec Pierre Bourdieu qui ont été reprises dans des livres (Le sociologue et l'historien, Sur la télévision)

audio-video: Pierre Bourdieu, Grands Entretiens ( avec Eribon, Chartier, Casanova, Bollinger, Adler)

video: Pierre Bourdieu présente son travail à un public étranger (entretiens avec Haruhisa Kato, Konstantinos Tsoukalas et Maria Andréa Loyola)

dimanche 28 juillet 2013

Pierre Bourdieu: " je me suis ingénié à laisser les contributions théoriques les plus importantes dans des incises ou des notes "

"C'est ainsi que, prenant le contre-pied de la rhétorique de l'importance par laquelle se marque la hauteur philosophique (et que j'analysais in vivo à propos du cas limite des althusseriens - pas si différent, pour une pragmatique sociologique, des cas Heidegger ou Habermas), je me suis ingénié à laisser les contributions théoriques les plus importantes dans des incises ou des notes ou à engager mes préoccupations les plus abstraites dans des analyses hyper-empiriques d’objets socialement secondaires, politiquement insignifiants et intellectuellement dédaignés." Pierre Bourdieu, in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2004, p.132




Pierre Bourdieu 
" je me suis ingénié à laisser les contributions théoriques les plus importantes dans des incises ou des notes "



(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, revue le 30.06.2017,  Gilbert Quélennec)
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___"la question des structures de la conscience temporelles à propos du rapport au temps des sous-prolétaires" Bourdieu, in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2004, p.131

La société traditionnelle ; attitude à l'égard du temps et conduite économique, Sociologie du travail, 1963/1, p.24-44, aussi in Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles, Minuit, Le sens commun, 1976, aussi in Esquisses algériennes, Seuil, Liber, 2008



___"les problèmes majeurs de l'esthétique, kantienne notamment, à propos de la photographie" Bourdieu,  in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, Cours & Travaux,004, p.131

La définition sociale de la photographie, in Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie (avec Boltanski, Castel et Chamboredon), Minuit, Le sens commun, 1965



___"La première esquisse de toute la théorie ultérieure – le dépassement de l’alternative de l’objectivisme  et du subjectivisme et le recours à des concepts médiateurs, comme celui de disposition – se trouve exposée dans une brève préface à un livre collectif sur un sujet mineur, la photographie" Bourdieu,  in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, 2004, Cours & Travaux,p.132

Introduction, in Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie (avec Boltanski, Castel et Chamboredon), Minuit, Le sens commun, 1965



___"la notion d’habitus est présente, avec ses implications critiques à l’égard du structuralisme, dans une postface à un livre de Panofsky que j’avais créé en réunissant deux textes qui avaient été publiés séparément en anglais et où le mot d’habitus n’est pas prononcé" Bourdieu,  in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, 2004, Cours & Travaux, p.132

Postface, in Erwin Panofsky, Architecture gothique et pensée scolastique. Précédé de L’Abbé Suger de Saint-Denis. Traduit de l’anglais et postfacé par Pierre Bourdieu, Minuit, Le sens commun, 1967
 


___"la question du fétichisme à propos de la haute couture et du prix des parfums" Bourdieu, in Science de la science et réflexivité, Raisons d'agir, 2001, Cours & Travaux, p.217

avec Yvette Delsaut, Le couturier et sa griffe : contribution à une théorie de la magie, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.1, pp. 7-36



___"une de mes critiques les plus élaborées de Foucault est avancée dans la note finale de l’article intitulé « Reproduction interdite », que jamais aucun philosophe digne de ce nom n’envisagerait de lire" Bourdieu, in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, 2004, Cours & Travaux, p.132 

Reproduction interdite: La dimension symbolique de la domination économique, Études rurales, No. 113/114 (Jan. - Jun., 1989), pp. 15-36, aussi in Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Seuil,  Points Essais, 2002



___"la critique du style philosophique de Derrida est renvoyée dans un Post-scriptum de La Distinction ou dans un passage elliptique des Méditations pascaliennes" Bourdieu, in Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, 2004, Cours & Travaux, p.132-133

Eléments pour une critique 'vulgaire' des critiques 'pures', La distinction, critique sociale du jugement, Minuit, Le sens commun, 1979, pp. 565-585, aussi in Economia bunurilor simbolice

Méditations Pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003, 19n, p.369



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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)




 

samedi 26 janvier 2013

Publications de Pierre Bourdieu: à propos des Philosophes


Publications de Pierre Bourdieu:  à propos des Philosophes




 (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, revue le 20.02.2016,  Gilbert Quélennec)
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Pierre Bourdieu, à propos de Henri Joly, Jean-Claude Pariente et Louis Marin

Pierre Bourdieu, à propos de: Althusser, Deleuze, Foucault, Habermas, Derrida, Searle, Hacking, Bouveresse

Pierre Bourdieu, à propos de John Langshaw Austin

Pierre Bourdieu, à propos de Maurice Merleau-Ponty

Pierre Bourdieu, à propos de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir

Pierre Bourdieu, "Méditations wittgensteiniennes"

Pierre Bourdieu, autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Bachelard, Koyré, Canguilhem, et Vuillemin

Pierre Bourdieu, à propos de Ernst Cassirer

Pierre Bourdieu, à propos de Husserl

Pierre Bourdieu, à propos de Hume, Rousseau, Kant, Nietzsche, Hegel

Pierre Bourdieu, à propos de Descartes, Pascal, Spinoza, Leibniz



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voir également:


Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres)


Le « collège invisible » de Pierre Bourdieu (un collège de philosophes)

 

samedi 2 juin 2012

Pierre Bourdieu, autour de l'ouvrage Forschen und Handeln/Recherche et action

Pierre Bourdieu, autour de l'ouvrage Forschen und Handeln/Recherche et action, (Conférences prononcées au Frankreich-Zentrum de l'Université de Fribourg en Br., 1989-2000) Herausgegeben, übersetzt und kommentiert von Joseph Jurt, Rombach Verlag/Maison des sciences de l'homme, 2004

 Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure,  Gilbert Quélennec
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«...ich glaube, ich wäre sein bester Verteidiger». Ein Gespräch mit Pierre Bourdieu über die. Heidegger-Kontroverse, Das Argument, vol. XXX, Heft 5 (Nr 171), (Oct. 1988), p. 723-726

The Corporatism of the Universal: The Role of Intellectuals in the Modern World', (Turin mai 1989) Telos 81, 1989, 99-11, aussi Fourth Lecture. Universal Corporatism: The Role of Intellectuals in the Modern World, 6 octobre 1989, in Anthropologie transdisciplinaire (H. Kato (éd.), Fujiwara, 1990, aussi in Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), (pp. 655-669) , aussi Der Korporatismus des Universellen in Die Intellektuellen und die Macht, I. DÖlling (éd.), VSA-Verlag, 1991,  aussi Pour un corporatisme de l'universel in Les  Règles de l'art, aussi Pour une internationale des intellectuels, in Politis, 1 hiver 1992, p.9-15, aussi in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.257-266

The Scholastic Point of View, (24 octobre 1989), Cultural Anthropology, 5, 1990, p.380-39, aussi in Raisons pratiques, P.215-230,  (1994), 1996

Supplement. Distinction Revisited: Introduction to an East German Reading, 26 octobre 1989, Poetics Today, Vol. 12, No. 4, (Winter, 1991), pp. 639-641, aussi in Raisons pratiques, P.31-35,  (1994), 1996

Les conditions sociales de la circulation internationale des idées, [Conférence prononcée le 30 octobre 1989 pour l’inauguration du Frankreich-Zentrum de l’université de Fribourg. Ce texte a été publié en 1990 dans les Cahiers d’histoire des littératures romanes (14e année, 1-2, p.1-10); dans Actes de la recherche en sciences sociales, La circulation internationale des idées (2002/5, 145, p. 3-8) ; sur le site du projet Espace des Sciences Sociales Européen (ESSE); in Forschen und Handeln/Recherche et action (Rombach-Verlag, 2004, p.21-33) et dans L'espace intellectuel en Europe (La Découverte, 2009, p.27-39

colloque La circulation internationale des idées, organisé par Pierre Bourdieu et Joseph Jurt, Paris, Fondation Hugot du Collège de France, 7-9 février 1991

"Tout est social", entretien avec Pierre Bourdieu, propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi, in Magazine Littéraire n°303, octobre 1992

  & CHARLE C. & KAELBLE H. & KOCKA J., «Dialogue sur l'histoire comparée», Deux séminaires (Paris-Gôttingen), Actes de la recherche en sciences sociales, 1995, n°106-107, pp.102-104

La cause de la science, Actes de la recherche en sciences sociales, 1995, Numéro 106-107, pp. 3-10

Sur les rapports entre la sociologie et l'histoire en Allemagne et en France, Entretien avec Lütz Raphaël, Actes de la recherche en sciences sociales, 1995, Numéro 106-107, pp. 108-122

"Je suis ici pour dire notre soutien...", Libération, 14 décembre 1995, p.7, aussi Contre la destruction d'une civilisation, intervention à la gare de Lyon, grèves de décembre 1995, aussi in Contre-feux p.30-33

Dévoiler et divulguer le refoulé, (27 octobre 1995) in Algérie-France-Islam, Paris, L’Harmattan, 1997, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone,  2002, aussi in Recherche et action/Forschen und handeln

Le fonctionnement du champ intellectuel, (8 et 9 novembre 1995), Regards Sociologiques n°17/18 Le champ littéraire (1999)

Contre la 'pensée' Tietmeyer, un Welfare state européen,  conférence prononcée le 18 octobre 1996 aux premières Rencontres culturelles franco-allemandes de Fribourg , Libération, 25 octobre; aussi, " Le nouvel opium des intellectuels ", Liber, 29, décembre, p.16; aussi, version abrégée, in Le Soir (Bruxelles), 28-29 décembre, p.2 ; aussi, " La pensée Tietmeyer ", in Contre-feux [1998], p.51-57 ; aussi " Sur la pensée Tietmeyer ", in Correspondances, L'intégration sociale comme problème culturel (Rencontres culturelles franco-allemandes de Fribourg), Eggingen, Ed. Isele, 1998, p.76-83, aussi in Forschen und Handeln/Recherche et action

Wie Maos rotes Buch (Der französische Soziologe Pierre Bourdieu über die Bundesbank und die neoliberale Wirtschaftspolitik), DER SPIEGEL 50/1996

Die determinierenden Faktorendes internationalen Literatur- und Ideenaustausches
Gemeinsames Projekt mit Pierre Bourdieu , Centre de sociologie européenne du Collège de France (Paris).
Förderungszeitraum: 1996-1998
Fördernde Institution: Universität Freiburg
Joseph Jurt, Markus Gerlach, Judith Kasper, Claudia Schalke

Diskussionsveranstaltung mit Pierre Bourdieu, Ulrich Beck und Joschka Fischer, Spiel ohne Grenzen (I). Im Zeichen der Globalisierung: Perspektiven europäischer Politik, Frankfurt, 1997 

avec Loïc Wacquant, Sur les ruses de la raison impérialiste, Actes de la recherche en sciences sociales, 1998, Numéro 121-122, pp. 109-118, aussi  La nouvelle vulgate planétaire, Le Monde Diplomatique, mai 2000 — Pages 6 et 7, aussi On the Cunning of Imperialist Reason, Theory, Culture & Society,  February 1999 16: 41-58, aussi Neoliberal Newspeak, Radical Philosophy 105 (January 2001): 2-5.

video: Günter Grass s’entretient avec Pierre Bourdieu/Günter Grass und Pierre Bourdieu im Gespräch, 1999,   aussi Alles seitenverkehrt. Zivilisiert endlich den Kapitalismus! - Der Literaturnobelpreisträger Günter Grass und der Soziologe Pierre Bourdieu im Gespräch, in DIE ZEIT, 02.12.1999,  aussi La tradition « d'ouvrir sa gueule » Pierre BOURDIEU et Gunter GRASS, in Le Monde, 03.12.1999, aussi Pierre Bourdieu and Günter Grass, The “Progressive” Restoration’ (1999), New Left Review, 14 (2002), 63–77

 " Für ein Österreich als Vorreiter des sozialen Europas ", Dem hier vorliegenden Text liegt eine Ansprache zugrunde, die Pierre Bourdieu in Form einer Video-Grußbotschaft für sektor3/kultur, eine Veranstaltung der österreichischen IG Kultur zu den zivilgesellschaftlichen Facetten des kulturellen Feldes in Wien am 31.3.2000 verfaßt hat. Der Standard (Vienne), 3 avril 2000, p. 26 ; aussi, (tr. S. Egger), in Sektor3/kultur (IG Kultur Österreich, Vienne, mars-avril 2000), pp.13-19 ; aussi, in S. Stoller, E. Nemeth, G. Unterthurner (eds), Philosophie in Aktion, Wien, Turia+Kant, 2000, pp. 123-128. aussi, in P. Bourdieu, Gegenfeuer 2, (tr. de P. Bourdieu, Contre-feux 2, 2001), p.43-49. trad. grecque, (tr. N. Panayotopoulos), in To Vima, 16 avril 2000, p.21. in  Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.437-439

Recherche et action, (26 mai 2000, à l'occasion du 60e anniversaire de J. Jurt), in Forschen und Handeln/Recherche et action

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voir également:
en ligne: Pierre Bourdieu, autour du mouvement social européen

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de Contre-feux 2

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de Raisons d'Agir

en ligne: Pierre Bourdieu, interventions pour le Parlement international des écrivains

Pierre Bourdieu, autour du Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA)

en ligne: Pierre Bourdieu, avec l'ARESER, Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de la revue Liber

en ligne: Pierre Bourdieu, de la recherche comparative internationale au réseau ESSE

en ligne: Pierre Bourdieu, du réseau européen des artistes et des savants au mouvement social européen

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Esquisses algériennes

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Structures sociales de l'économie

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Méditations pascaliennes

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Règles de l'art

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger
 

dimanche 11 décembre 2011

Publications de Pierre Bourdieu: autour de Ce que parler veut dire

Publications de Pierre Bourdieu 
autour de Ce que parler veut dire. L'économie des échanges linguistiques
Fayard
1982



(Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, version revue le 08.08.2017,  Gilbert Quélennec)
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L'invention de la vie d'artiste, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.2, pp. 67-93

avec Luc Boltanski, Le fétichisme de la langue , Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 4, pp. 2-32

La lecture de Marx: quelques remarques critiques à propos de Quelques remarques critiques à propos de "Lire le Capital", Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 65-79,   aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique
 
L'ontologie politique de Martin Heidegger, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 109-156

Le langage autorisé, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 183-190,  aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

L'économie des échanges linguistiques, Langue française, 1977, Numéro 34, pp. 17-34

Table ronde « linguistique et sociologie du langage », P. Bourdieu , A. Rey , J.-C. Milner , S. Delesalle , P. Encrevé , G. Fauconnier, Langue française, 1977, Numéro 34, pp. 35-51

Ce que parler veut dire, Intervention au Congrès de l'AFEF, qui s’est tenu à Limoges le 30 octobre 1977, parue dans Le français aujourd'hui, 41, mars 1978, p. 4-20 et Supplément au n° 41, p. 51-57, reprise dans Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, 1980, p. 95-112.

Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu, Actes de la recherche en sciences sociales, 1980, Numéro 35, pp. 21-2, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique


L'identité et la représentation, Actes de la recherche en sciences sociales, 1980, Numéro 35, pp. 63-72, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Décrire et prescrire, Actes de la recherche en sciences sociales, 1981, Numéro 38, pp. 69-73,  aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique


Les rites comme actes d'institution, Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, Numéro 43, pp, aussi in Ce que parler veut dire, aussi in Langage et pouvoir symbolique

Entretiens autour de Ce que parler veut dire

Pierre Bourdieu à propos de Ce que parler veut dire
En jacter des vertes et des pas mures
Apostrophes - 29/10/1982

Entretien avec Didier Éribon à l’occasion de la publication de Ce que parler veut dire (1982), in Libération, 19 octobre 1982, p. 28

Pierre Bourdieu à propos de Ce que parler veut dire
JA2 dernière - 02/12/1982



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voir également:

en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés au Langage

publications de Pierre Bourdieu: sociologie du langage

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie du journalisme et des médias
 
Publications de Pierre Bourdieu: Dévoiler les ressorts du pouvoir (en remontant à la magie des mots)

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie de la politique

en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Règles de l'art

publications de Pierre Bourdieu: Symbolique (économie des biens, violence, pouvoir, capital)

mercredi 17 août 2011

Publications de Pierre Bourdieu: autour des Méditations pascaliennes

"Tous les livres de Bourdieu sont aussi, par bien des aspects, des livres de philosophie, sauf, bien entendu, pour ceux qui croient à l'idée d'une philosophie "pure" et qui, du même coup, ont tendance à considérer Bourdieu comme un sociologue "pur" ou un pur sociologue. Quand je dis qu'il est facile de répondre à la question des rapports de Bourdieu avec la philosophie, je veux dire qu'il suffit de lire un livre comme les Méditations pascaliennes. Si ce n'est pas un grand livre de philosophie, alors je ne sais pas ce qu'est un livre de philosophie. Christiane Chauviré constatait d'ailleurs, dans sa présentation du numéro spécial que la revue Critique a consacré, en 1995, à Bourdieu qu'"il est de plus en plus lu comme un philosophe par des philosophes". Il y a eu incontestablement, dans les dernières années, un rapprochement qui s'est effectué entre lui et au moins une partie du monde philosophique. Quand il avait affaire à des philosophes qui avaient fait l'effort de le comprendre et avec qui il se sentait en confiance, son amour de la philosophie pouvait s'exprimer sans les précautions "stratégiques" habituelles et sans aucune ambiguïté." Jacques Bouveresse, in La recherche de l'exactitude, Les Inrockuptibles, n°323, du 29 janvier au 04 février 2002, pp.14-15 

Publications de Pierre Bourdieu
autour des Méditations pascaliennes 
Seuil, Liber, 1997, aussi version augmentée Points Essais, 2003








 ( Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version mise à jour le 11.11.2020, Gilbert Quélennec )
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Les sous-prolétaires algériens, in Les Temps modernes, 12, 1962, pp. 1030-1051, in Agone, n°26/27, 2002, pp.203- 224, aussi in Travail et travailleurs en Algérie avec Alain Darbel, Jean-Paul Rivet et Claude Seibel (Mouton, 1964), aussi in Esquisses algériennes, Seuil, Liber, 2008, P.193-212

Célibat et condition paysanne, Études rurales, nº 5-6, 1962, p. 32-135, aussi in Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Seuil, Points Essais, 2002

Travail et travailleurs en Algérie, Avec A. Darbel, J.-P. Rivet, C. Seibel, Paris-La Haye, Mouton, 1963,p. IIe partie,  303 sq., 352-361

Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie? avec L.Boltanski, R.Castel, J.-C.Chamboredon, Minuit, Le sens commun, 1965 (1970)

avec Alain Darbel, L’Amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public, (En collaboration avec Dominique Schnapper), Minuit, Le sens commun, 1966 (1969)

La fin d'un malthusianisme? (avec A. Darbel), in Darras, Le partage des bénéfices, expansion et inégalités en France, Minuit, 1966, p.135-154

avec Jean-Claude Passeron, Sociology and Philosophy in France since 1945 : Death and Resurrection of a Philosophy without Subject , Social Research, 34 (1), 1967, p. 162-212. (texte original  français ronéoté), 1967

La maison kabyle ou le monde renversé, in Jean Pouillon et Paul Maranda (Hg.): Échanges et communications. Mélanges offerts à Claude Lévi-Strauss à l'occasion de son 60e anniversaire, Paris & Den Haag: Mouton, S. 739-758, 1970, aussi in Esquisse d’une théorie de la pratique. Précédé de Trois études d’ethnologie kabyle, Droz, 1972, Points, 2000, aussi in Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980

Genèse et structure du champ religieux, Revue française de sociologie, 1971, Numéro 12-3, pp. 295-334

L'opinion publique n'existe pas, (janvier 1971), Noroit, 155, février 1971, débat, Noroit, 156, mars 1971,aussi in Les temps modernes, 318, janvier 1973, pp. 1292-1309, aussi in Questions de sociologie, Minuit, 1984, pp. 222-235

avec L. Boltanski et P. Maldidier, La défense du corps, Information sur les sciences sociales, X, 4, août 1971, p.45-86, aussi Défense du corps et rupture des équilibres, in Homo academicus, Minuit, Le sens commun, 1984

avec Monique De Saint Martin, Les catégories de l'entendement professoral, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.3, pp. 68-93, aussi in La Noblesse d'Etat, Minuit, Le sens commun, 1989

L'ontologie politique de Martin Heidegger, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 109-156, aussi in L'ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, Le sens commun, 1988

Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles, (1963) , Minuit, Le sens commun, 1977, p.77 sq.

Questions de politique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1977, Numéro 1, pp. 55-89

La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, Le sens commun, 1979, (1982),  p. 109-185, 566-569

Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980, p.333-439

Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, aussi in Langage et pouvoir symbolique, Seuil, Points Essais , 2001

Leçon sur la leçon, Minuit, 1982

Les sciences sociales et la philosophie, Actes de la recherche en sciences sociales, Éducation et philosophie, Numéro 47-48 1983, pp. 45-52, aussi L'oubli de l'histoire, in Méditations pascaliennes

Homo Academicus, Minuit, Le sens commun, 1984, (1992), p.116-140

La dernière instance, in Le siècle de Kafka, Paris, Centre Georges Pompidou, 1984, p.268-270

Aspirant philosophe. Un point de vue sur le champ universitaire dans les années 50,  in Les enjeux philosophiques des années 50, éd. Centre Georges Pompidou, 1989, p.15-24; aussi Confessions impersonnelles, in Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003

La Noblesse d'Etat, Minuit, Le sens commun, 1989, P19-182

Reproduction interdite: La dimension symbolique de la domination économique, Études rurales, No. 113/114, 1989, pp. 15-36, aussi in Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn

avec  Salah Bouhedja , Rosine Christin , Claire Givry, Monique De Saint Martin,  Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 81-82, mars 1990, L’économie de la maison, aussi in Les structures sociales de l'économie, Seuil, Liber, 2000

Le démontage impie de la fiction: l'esthétique négative de Stéphane Mallarmé, in Literature, Culture, and Society in the Modern Age, sous la direction d’Edward J. Brown, Stanford, Department of Slavic Languages and Literature, « Stanford Slavic Studies », 1991, pp. 145-150. aussi in Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, Points Essais, 1998

avec Patrick Champagne, Les exclus de l'intérieur, Actes de la recherche en sciences sociales, 1992, Numéro   91-92, pp. 71-75, aussi in La Misère du monde, Seuil, 1993, Points Essais, 1998

L'école et la cité, Actes de la recherche en sciences sociales, 1992, Numéro   91-92, pp. 86-96, aussi, Oh! les beaux jours, in La Misère du monde
 
Extra-ordinaire Baudelaire (communication au Colloque «Baudelaire, nouveaux chantiers», Lille, 15 mai 1993), in J. Delabroy, Y. Charnet (eds), Baudelaire: nouveaux chantiers, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1995, p.279-288; aussi, in H. Krauss (ed.), Cahiers d'Histoire des Littératures Romanes (20 ans), 1-2, 1996, p.134-141; aussi, «Comment lire un auteur?», in Méditations pascaliennes

Sur la télévision, Raisons d'agir, 1996

La double vérité du travail, in Actes de la recherche en sciences sociales, 1996, Numéro 114, pp. 89-90, aussi in Méditations pascaliennes 
 

Entretiens autour des Méditations pascaliennes
 
Défataliser le monde, entretien avec Sylvain Bourmeau, Les Inrockuptibles, 99, 9-15 avril, p.22-29.

audio: Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Les lundis de l'histoire par Roger Chartier, 12/05/1997

Questions à Pierre Bourdieu, 8 décembre 1997,  in Lire les sciences sociales. volume 3, 1994-1996, Hermes science, 2000. P.208




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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Philosophie et la théorie (projet de Thèse, contributions théoriques dans des incises ou des notes, contribution à la philosophie analytique, sociologie, champ, à propos des philosophes, livres) 


Publications de Pierre Bourdieu: Sur le Langage (sociologie, pouvoir symbolique, ontologie politique de Martin Heidegger, dévoiler les ressorts du pouvoir en remontant à la magie des mots)

Publications de Pierre Bourdieu: Sur les Intellectuels (champ, intellectuel collectif, les "intellectuels médiatiques" sont une parodie)






mercredi 10 août 2011

Publications de Pierre Bourdieu: autour de L’Ontologie politique de Martin Heidegger

"Je ne suis pas entré de gaieté de cœur dans le débat récent sur Heidegger. En 1975, j’avais écrit un long article qui a été republié sous la forme d’un livre. J’ai toujours été poussé à m’occuper de Heidegger dans la logique de mes recherches sur le langage et sur la notion de champ. L’œuvre de Heidegger, œuvre que je connaissais bien, et depuis longtemps, que j’avais lu en profondeur au cours de ma période « phénoménologique » et au moment où je préparais mon livre sur la phénoménologie de l’expérience temporelle. Une telle œuvre m’a semblé un terrain de vérification particulièrement approprié à mes hypothèses sur les effets de censure exercés par les champs de production culturelle : Heidegger est un maître du double langage, ou si l’on veut, polyphonique. Il parvient à s’exprimer simultanément sur deux registres, celui de la langue philosophique savante, et celui de la langue commune." Pierre Bourdieu, in Le sociologue et la philosophie, Entretien avec H. Ichizaki (1989), (paru dans Pierre Bourdieu,  La responsabilità delli inttelettuali, Sagittari Laterza, Roma-Bari ,1991, pp.95-106  et publié à l'origine en allemand in Satz und Gegensatz.Uber die Verantwortung des Intellecktuellen, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach, 1989. traduit de l’italien par Jacques Gasseng.)
 
Publications de Pierre Bourdieu autour de  
L’Ontologie politique de Martin Heidegger 
Minuit, Le sens commun, 1988




Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, version augmentée le 13.09.2020, Gilbert Quélennec
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L'amour de l'art. Les musées d'art européens et leur public, avec Alain Darbel et Dominique Schnapper, Minuit, Le sens commun, 1966, 1969, p.160

Esquisse d'une théorie de la pratique. précédé de Trois études d'ethnologie kabyle, Droz, 1972, Points Essais, 2000, p.307, 323, 395 n64

La lecture de Marx: quelques remarques critiques à propos de Quelques remarques critiques à propos de "Lire le Capital", Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 65-79

L'ontologie politique de Martin Heidegger, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 109-156, aussi in L'ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, Le sens commun, 1988

Le sens pratique, Minuit, Le sens commun, 1980, p.73n, 156n, 162n

Questions de sociologie, Minuit, Le sens commun, 1980, p.118, 140, 210, 218

Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, p.166, 171-205

Sociologie générale. Volume 1, Cours au Collège de France, 1981-1983, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2015, p.35, 104, 156, 168, 173-174, 217, 243, 312, 416, 418, 423, 585, 683

Les sciences sociales et la philosophie, Actes de la recherche en sciences sociales, Éducation et philosophie, Numéro 47-48 1983, pp. 45-52, aussi L'oubli de l'histoire, in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003

Der Kampf um die symbolische Ordnung (Gespräch mit Axel Honneth, Hermann Kocyba und Bernd Schwibs), in: Ästhetik und Kommunikation, 16, 61-62, 1986, p.142-163, aussi Fieldwork in philosophy, Choses dites, Minuit, Le sens commun, P.13-46, Fieldwork in Philosophy en Cosas Dichas, Barcelona, Gedisa, 1993, pp. 17-34

Choses dites, Minuit, Le sens commun, 1987, p.15, 20, 38, 210, 212

Heidegger par Pierre Bourdieu : le krach de la philosophie, entretien avec R. Maggiori, Libération, 10 mars 1988
 
radio:  Club de la presse, dans Panorama du 29 mars 1988: Invités : Pierre BOURDIEU pour "L'ontologie politique de Martin HEIDEGGER" (Minuit) et Jean Louis Fabiani pour "Les philosophes de la République"

«...ich glaube, ich wäre sein bester Verteidiger». Ein Gespräch mit Pierre Bourdieu über die. Heidegger-Kontroverse", H. Woetzel, Das Argument, vol. XXX, Heft 5 (Nr 171), (Oct. 1988), p. 723-726



Le sociologue et la philosophie, Entretien avec H. Ichizaki (1989), (paru dans Pierre Bourdieu,  La responsabilità delli inttelettuali, Sagittari Laterza, Roma-Bari ,1991, pp.95-106  et publié à l'origine en allemand in Satz und Gegensatz.Uber die Verantwortung des Intellecktuellen, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach, 1989. traduit de l’italien par Jacques Gasseng.)

audio: Pierre Bourdieu commente un extrait des Maîtres anciens de Thomas Bernhard (lu par Denis Podalydès). Extrait de l'émission  Le bon plaisir de Pierre Bourdieu par Pascale Casanova, 23/6/90
Avec la participation de Jacques Derrida, Jérôme Lindon, Georges Duby, Tassadit Yacine, Pierre Encrevé, Loïc Wacquant, Haruhisa Kato et Denis Podalydès.
 
 
Invitation à la sociologie réflexive (avec Loïc Wacquant) , deuxième édition, traduction intégrale, corrigée et augmentée (première édition en 1992 au Seuil dans une version abrégée), Seuil, Collection Liber, 2014, p.170, 176, 187, 191, 202-208

Sur l'État. Cours au Collège de France (1989-1992), Raisons d'agir/Seuil, Cours et Travaux, 2012, p.80, 99, 116, 225, 245, 250, 295, 499, 539, 577

Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, Points Essais, 1998, p.11, 347, 348, 492n, 493n, 500, 505, 507

Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points Essais, 1996, p.45, 67, 91, 156

Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003, p. 43, 45-47, 50, 56, 57, 61, 67, 108, 119, 191, 192, 200, 206, 307, 343, 357n, 359n, 360n

Manet. Une révolution symbolique. Cours au Collège de France (1998-2000), suivis d'un manuscrit inachevé de Pierre et Marie-Claire Bourdieu, Raisons d'agir/Seuil,Cours et Travaux, 2013, p.92, 93, 115, 248, 284, 292, 294, 304, 335, 531

Langage et pouvoir symbolique, Seuil, Points Essais, 2001, p. 329,, 346-349, 352-377, 385, 390-392

Science de la science et réflexivité. Cours au Collège de France (2000-2001), Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2001, p. 148, 203, 209, 215

dimanche 3 avril 2011

en ligne: deux entretiens avec Bourdieu, Le sociologue et la philosophie + Une critique armée



Deux entretiens inédits en français, merci à Jacques Gasseng pour la traduction, G.Q.



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Le sociologue et la philosophie

Entretien avec H. Ichizaki (1989)

(paru dans Pierre Bourdieu, La responsabilità degli intellettuali, Sagittari Laterza, Roma-Bari ,1991, pp.95-106 et publié à l'origine en allemand in Satz und Gegensatz.Uber die Verantwortung des Intellecktuellen, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach, 1989. traduit de l’italien par Jacques Gasseng.)


Q : Dans un entretien récemment accordé à Libération, vous vous en prenez brutalement à la philosophie et en particulier à Jacques Derrida. En réalité, il semble que vous saisissiez l’occasion pour vous interroger sur les rapports entre la philosophie et les sciences sociales, rapports dont Heidegger avait proposé le modèle, et que les philosophes reproduisent.

P.B. : Je ne suis pas entré de gaieté de cœur dans le débat récent sur Heidegger. En 1975, j’avais écrit un long article qui a été republié sous la forme d’un livre. J’ai toujours été poussé à m’occuper de Heidegger dans la logique de mes recherches sur le langage et sur la notion de champ. L’œuvre de Heidegger, œuvre que je connaissais bien, et depuis longtemps, que j’avais lu en profondeur au cours de ma période « phénoménologique » et au moment où je préparais mon livre sur la phénoménologie de l’expérience temporelle. Une telle œuvre m’a semblé un terrain de vérification particulièrement approprié à mes hypothèses sur les effets de censure exercés par les champs de production culturelle : Heidegger est un maître du double langage, ou si l’on veut, polyphonique. Il parvient à s’exprimer simultanément sur deux registres, celui de la langue philosophique savante, et celui de la langue commune. Ceci s’observe en particulier dans le concept de Fürsorge qui joue un rôle central dans la théorie heideggerienne de la temporalité et qui, dans l’expression Soziale Fürsorge, équivalent de notre « sécurité sociale », renvoie au contexte politique et à la condamnation de « L’État providence », des congés payés et tout le reste. Mais il m’intéressait aussi pour cette incarnation exemplaire du « philosophe », que ce soit à propos du cas en apparence plus défavorable à la sociologie des œuvres culturelles telles que je la conçois, ou bien dans le cas de la philosophie « pure » par excellence, je voulais tenter de montrer que les méthodes d’analyses que j’ai proposé, permettaient non seulement d’expliquer les conditions sociales de production des œuvres mais aussi de mieux comprendre l’œuvre elle-même, dans ce cas précis, l’intention centrale de la philosophie heideggerienne : l’ontologie de l’historicisme.
Telles ont été les raisons de mon intérêt pour Heidegger. Ceci-dit, à l’occasion du débat réactivé récemment au sujet d’Heidegger, et dans lequel quelques philosophes français ont montré plus que jamais une profonde irresponsabilité philosophique et politique (je pense à des gens comme Lacoue-Labarthe et Lyotard), j’ai voulu rappeler - c’était le sens de l’entretien que j’ai accordé à Libération - les implications politiques inscrites dans une certaine manière de concevoir la philosophie, celle qui s’est développée en France dans les années 60. Cette conception de la philosophie, en particulier à travers l’exaltation d’œuvres comme celles de Nietzsche ou Heidegger, conduit, par un esthétisme de la transgression, à un radical-chic (comme disent les Américains) très ambigu intellectuellement et politiquement. Sous ce rapport, mon travail -je pense en particulier à des livres comme L’amour de l’art ou La distinction, sans parler des articles dans lesquels j’analyse la logique des stratégies intellectuelles - est aux antipodes du grand rôle prophétique qui, à partir de Sartre, a revêtu nécessairement une dimension esthétique : la critique, non pas de la culture, mais des usages sociaux de la culture, en tant qu’instrument capital de domination symbolique, laquelle est incompatible avec les divertissements esthétisants souvent cachés derrière des apparences scientifiques, comme chez Barthes ou dans Tel quel, de ces philosophes français qui ont porté à un degré de sophistication, jamais plus atteint, l’esthétisation de la philosophie. Sur ce point, Derrida est probablement le plus habile et le plus ambigu, puisqu’il réussit à conférer les apparences d’une rupture radicale à une rupture partielle et apporte le jeu de la destruction iconoclaste sur le terrain même de la culture. D’apparence voisine dans plus d’un cas à mon travail de dévoilement des fondements sociaux des jeux esthétiques des intellectuels, Derrida s’arrête toujours, dans son analyse au moment où celle-ci basculerait dans le « vulgaire », et comme je l’ai montré dans le post-scriptum de La distinction, sous certains aspects, joue avec le feu, frôlant sans cesse une véritable critique de l’imposture philosophique, mais sans jamais arriver jusqu’au bout, et il a des raisons.
L’affaire « Heidegger » constituait pour moi une occasion de confirmer tout cela et de montrer comment l’esthétisme se radicalise dans un aristocratisme, qui est aussi à l’origine d’une dévaluation des sciences sociales, peu propice à une vision réaliste du monde social, et qui, sans produire nécessairement des « erreurs » politiques monstrueuses comme celle de Heidegger, a de graves conséquences sur la vie intellectuelle et, indirectement sur la vie politique. Et ça n’est pas tout à fait un hasard que les philosophes français des années 60 et en particulier Foucault et Derrida, dont les projets philosophiques se sont constitués dans une relation ambivalente dans leur confrontation avec les sciences humaines et qui n’ont jamais répudié vraiment leurs privilèges de castes associés à leur statut de philosophe, aient conféré une nouvelle vigueur dans le monde entier, mais surtout aux Etats-Unis, à la vieille critique philosophique des sciences, et des sciences sociales en particulier, et favorisé, sous la couverture de la « Déconstruction » et de la critique des « textes », une forme à peine masquée de nihilisme irrationaliste.

Q : Dans cette logique, votre vision de la philosophie s’enracine dans une sociologie des rapports entre la philosophie et les sciences sociales.

P.B. : Oui. Ce qui compte en fait n’est pas tant ma position personnelle dans mes confrontations avec la philosophie, que la position objective de la sociologie en regard de la philosophie. La philosophie européenne n’a pas cessé, au moins à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, de se définir contre les sciences sociales, contre la psychologie et surtout contre la sociologie et, à travers cette science, contre chaque type de pensée directement ou explicitement intéressé par la réalité « vulgaire » du monde social. Le refus de déroger à s’intéresser à des objets jugés inférieurs, ou à recourir à des méthodes « impures », condamnées de tout temps par les philosophes comme « réductionnistes », « positivistes », etc., que ce soit les réalisations d’enquêtes statistiques jusqu’à la simple analyse de documents historiographiques, s’ajoute au refus de s’immerger dans la contingence fugace des causes historiques qui portent les philosophes les plus attentifs à leur dignité statutaire à revenir toujours, et souvent par les voies les plus imprévisibles comme Habermas aujourd’hui, au penseur « universel » et « éternel ».
De nombreuses caractéristiques de la philosophie française des années 60 s’expliquent par le fait que, comme je l’ai déjà démontré dans Homo académicus, le champ universitaire et le champ intellectuel français étaient alors dominés pour la première fois par des spécialistes en sciences de l’homme, au premier chef Lévi-Strauss, mais aussi Braudel, Dumézil, etc. : le noyau central de toutes les discussions tournait alors autour de la linguistique, constituée comme modèle de toutes les sciences humaines, et jusqu’aux entreprises philosophiques comme celle de Foucault.
J’ai parlé d’effet- logie pour désigner l’effort accompli par les philosophes pour mimer la scientificité des sciences de l’homme à travers la sémiologie littéraire à la Barthes (sans parler de Kristeva et Sollers), l’archéologie de Foucault et la grammatologie de Derrida – ou encore des tentatives d’Althusser pour présenter comme activité scientifique autosuffisante la lecture supposée scientifique de l’œuvre de Marx érigée en science.

Q : Quel a été l’impact des travaux de Michel Foucault ou de Louis Althusser sur la sociologie française ?

P.B. : Il est peu contestable que certains sociologues et certains historiens (Baudelot, Donzelot, etc.) qui se distinguaient des autres beaucoup plus par leurs ambitions que par leurs compétences théoriques, aient été influencés par les travaux de ces philosophes. Mais en réalité, encore une fois, on pourrait renverser le sens de la question en s’interrogeant par exemple sur l’influence qu’ont pu exercer les analyses sociologiques de la contribution du système éducatif à la reproduction des rapports de domination sur la théorie de « l’appareil d’État », qui, en leur ayant fait subir de terribles simplifications, leur ont conféré les apparences de l’universalité théorique. Le fait qu’une telle question ne soit pas posée, et avec elle beaucoup d’autres du même genre, est un exemple assez clair des profits associés à la supériorité statutaire de la philosophie : les œuvres philosophiques, du fait qu’elles ne s’embarrassent pas des lenteurs et des pesanteurs de la recherche empirique, ont un mode de production et de circulation infiniment plus rapide, et peuvent de cette manière avoir les apparences de la priorité, et surtout se voient accréditées spontanément d’un prestige qui le porte à se voir comme la source des prestiges théoriques.
Ceci-dit, il me faudrait beaucoup de temps pour expliquer tout ce qui me rapproche et qui me sépare de Michel Foucault. La proximité de nos parcours et de nos positions successives dans le champ intellectuel, et en conséquence, de nos expériences et de nos catégories de pensée, explique probablement les nombreuses ressemblances qu’on peut observer, au moins au niveau thématique, entre nos analyses (par exemple, le refus des conceptions substantialistes du pouvoir, la pluralité des formes de pouvoir, qui ne sont pas circonscrites qu’à la sphère du pouvoir, etc.). Ceci admis, le fait, grâce à une espèce de double jeu plus ou moins conscient, qu’il ait réussi à se consacrer à une certaine forme de recherche historique sans pour autant s’exclure de la caste des philosophes, est à l’origine d’énormes différences, tant au niveau de la fortune sociale de ses œuvres que dans leurs contenus mêmes.
Aussi grande que soit mon estime pour une œuvre qui compte probablement pour l’une des plus importantes de notre temps, j’ai souligné à plusieurs reprises mon profond désaccord avec la philosophie de l’Histoire qui la soutend et qui se manifeste de manière particulièrement claire à propos du pouvoir : pour autant que j’en comprenne et que j’en accepte l’intention centrale, qui se définit, probablement à l’instar de mes analyses, en réaction contre les théories monistes du pouvoir conçu comme appareil, je ne peux me satisfaire des images et des métaphores à travers lesquelles Michel Foucault cherche à exprimer son intuition d’un pouvoir disséminé, dispersé et diffusé de différentes manières dans tout l’espace social. Il faudrait examiner tout ce qui sépare un concept comme celui de champ (et plus précisément le champ du pouvoir), de la métaphore du réseau ouvert et hiérarchisé ; véritable programme de construction d’objet et d’expérimentation que j’ai mis en œuvre et à l’épreuve dans des champs très disparates de la pratique ; ou encore, et surtout, ce qui distingue la théorie de la domination comme discipline et dressage, de l’analyse de la violence symbolique comme méconnaissance fondée sur l’ajustement inconscient des structures de l’habitus et des structures objectives.

Q. : Justement, nous voudrions précisément vous interroger sur certains concepts que vous avez élaborés, comme celui de champ, d’habitus, de pratiques ou de stratégies.

P.B. : Plutôt que de revenir encore une fois sur ces notions, je voudrais expliquer rapidement les fonctions épistémologiques à mon avis qu’elles remplissent, ou plus simplement les problèmes théoriques qu’elles ont voulu résoudre.
En effet, l’obstacle majeur à la transmission des résultats de la recherche en sciences sociales repose sur le fait que l’effort pour construire une nouvelle vision risque toujours d’être annulé tant que les concepts se voient appliquer les mêmes catégories de pensée spontanées contre lesquelles ils se sont construits. On le voit bien avec la notion de stratégie qui semble impliquer une intention. Comme j’ai cherché à le démontrer dans un vieil article intitulé Structuralisme et théorie de la connaissance sociologique, la science sociale ne peut rompre avec les représentations du sens commun auxquels se limitent les objets du sens commun, qu’à la condition de penser en terme relationnel. En détournant le célèbre mot de Hegel, on pourrait dire que la réalité est relationnelle. Comme il a été aussi démontré je crois, par Wataru Hiromatsu, dont j’ai découvert récemment la pensée (et que je voudrais traduire en français ou dans une langue que je pourrais lire), le mode de pensée relationnel, qui peut se réclamer de l’autorité de Marx, a trouvé une expression particulièrement systématique chez Ernst Cassirer, dont les analyses de mode de pensée propres aux mathématiques et à la physique moderne m’ont aidées à expliciter les principes d’une pensée relationnelle en sciences sociales.
Ce qui existe dans le monde social, ce sont des relations : pas les interactions entre les agents, ou comme il se dit quelquefois, les relations intersubjectives, mais les relations objectives qui existent indépendamment de la conscience ou de la volonté individuelle comme le soutient Marx. Mais le même Marx n’a pas échappé complètement au « substantialisme » qui porte à associer l’idée d’existence à celle d’individus ou de groupe. Ceci paraît évident quand il pose la question des classes sociales. Comme j’ai déjà cherché à le démontrer dans un article intitulé L’espace social et la genèse des classes, le monde social se présente comme un espace de différences objectives (liées à la distribution de différentes espèces de capitaux, capital économique, culturel, social et symbolique, entre les individus et les groupes).
Dans des sociétés hautement différenciées, le cosmos social se compose de microcosmes sociaux relativement autonomes, que j’appelle « champs », et ce sont des espaces de relations objectives qui sont le lieu d’une logique et d’une nécessité spécifique, irréductible à celles qui régissent d’autres champs. Par exemple, le champ artistique ou le champ religieux ou encore le champ économique obéissent à des logiques spécifiques : pendant que le champ artistique sous sa forme la plus avancée tend à refuser la loi de l’intérêt matériel, le champ économique s’est constitué historiquement en s’instaurant comme un univers dans lequel, comme on a l’habitude de dire, « les affaires sont les affaires » et dans lequel les relations enchantées de la philia dont parlait Aristote, de l’amitié et de l’amour sont exclues. « En affaires, on ne fait pas de sentiment ». De tels champs, à la fois espaces de relations, de forces et de luttes destinées à conserver ou à transformer les rapports de force, sont à penser en terme relationnel et posent pour chacun des problèmes de méthode.
Il faudrait montrer, mais ca serait trop long, que le concept d’habitus est aussi relationnel, au sens où il indique une médiation entre les structures objectives et les pratiques et qu’il a pour fonction de dépasser l’alternative entre subjectivisme et objectivisme (je rencontre ici, il me semble, les préoccupations de certains philosophes japonais). Selon le programme que suggérait Marx dans ses thèses sur Feuerbach, celui-ci visait à proposer une théorie matérialiste de la connaissance qui cependant n’aurait pas abandonné à l’idéalisme l’idée qu’une quelconque connaissance, commune ou savante suppose un travail de construction mais un travail qui n’a rien d’intellectuel, un travail pratique qui engage les schèmes constitutifs de l’habitus. En fait la fonction principale de la notion d’habitus réside probablement dans le fait qu’elle permet de mettre à distance l’alternative entre mécanisme et finalisme, c’est-à-dire l’action sans sujet d’un agent, qui comme le voulait les Althussériens, ne serait que le support de la structure, et l’action rationnelle, c’est-à-dire consciente et calculée d’un sujet qui pose explicitement ses propres buts :les stratégies que génère l’habitus en tant que sens pratique ou sens du jeu ne sont pas posées comme telles dans un projet explicite. Celles-ci s’expriment sur le mode de la « protention » (comme l’écrit Husserl dans Ideen) ou de la « potentialité objective » inscrites spontanément dans le présent immédiat, exactement comme la face cachée d’un cube, qui se présentent comme quelque chose « à faire », à réaliser, et qui se réalisent sans être posées, comme des possibilités qui pourraient se produire, ou pas et ceci sans délibération.
Doit-on parler dans ce cas de « stratégie » ? Le mot est très étroitement lié à la tradition intellectualiste et subjective qui, de Descartes à Sartre, a dominé la philosophie occidentale et qui connaît aujourd’hui un renouvellement avec la Rational Action Theory, faite expressément pour satisfaire « le point d’honneur spiritualiste » des intellectuels. Ça n’est certainement pas une raison pour ne pas l’utiliser dans une perspective théorique très différente lorsqu’on veut désigner les séries orientées d’actions produites sans arrêt par les agents sociaux, sur un terrain de sport, lorsque ceux-ci prennent à contre-pied, anticipant leurs réactions, dans leur action, ou bien encore dans le travail intellectuel quand on se situe pratiquement, ou intuitivement comme on dit, par rapport aux prises de position épistémologiques ou théoriques qui dans un champ déterminé s’incarnent dans des noms propres – pour moi, comme je l’ai déjà dit dans Le sens pratique, ceux de Sartre ou de Levi-Strauss.
Naturellement les prises de position pratiques qui sont souvent à l’origine d’orientations théoriques fondamentales peuvent se convertir en prises de position explicites, en particulier dans les confrontations directes ou indirectes (comme celles que m’impose votre question) avec les occupants des diverses positions du champ.

Q : Nous voudrions poser une dernière question sur les relations qui interviennent entre l’histoire et la sociologie, sur l’histoire de la sociologie et sur la sociologie de la sociologie.

P.B. : C’est un énorme problème que je ne peux pas aborder, seulement effleurer, en quelques minutes. Sur les rapports entre la sociologie et l’histoire, je dirais seulement qu’il s’agit d’une division funeste et que n’importe quelle sociologie devrait être historique et n’importe quelle histoire devrait être sociologique. Comme je me suis efforcé de le montrer en pratique dans mes analyses sur le champ littéraire à l’époque de Flaubert ou sur le champ artistique à l’époque de Manet, seule l’analyse synchronique de la structure permet de comprendre la dynamique du champ, et seule l’analyse historique, génétique, permet d’en comprendre la structure. Et comme on peut l’observer lorsqu’il est question de comprendre une crise comme celle de mai’68 (et plus généralement, une grande rupture historique quelconque), l’irruption de l’événement historique à l’état pur devient intelligible à la condition d’avoir reconstruit la pluralité des « séries causales indépendantes », dont parlait Cournot pour caractériser le hasard, et aussi de reconstruire les séries historiques différentes et relativement autonomes (comme les champs dans lesquels elles se sont développées), et dont la collision, qui les synchronisent, constitue « l’évènement historique » (mais sur cette question, je ne peux que renvoyer à ce que j’ai écrit dans Homo academicus).
Je pourrais ajouter que l’histoire de la sociologie, conçue comme une exploration de l’inconscient du sociologue, à travers l’explicitation de la genèse des problèmes, des catégories de pensée et des instruments d’analyse que chaque sociologue reçoit de ses prédécesseurs, constitue un préalable absolu à la pratique scientifique. La même chose vaut pour la sociologie de la sociologie. Et si la sociologie que je propose se distingue par quelque aspect d’autres sociologies du présent ou du passé, ceci est dû probablement et avant toute chose au fait qu’elle retourne sans cesse contre elle les armes scientifiques qu’elle produit. Essentiellement réflexive, elle se sert de la connaissance qu’elle peut avoir des déterminations sociales qui peuvent peser sur elle, et en particulier de l’analyse scientifique (je pense à mon livre Homo academicus), de toutes les contraintes et de toutes les limites qui sont liées à l’occupation d’une certaine position dans un certain champ à un certain moment, ainsi qu’à un certain parcours social, pour tenter d’en maîtriser les effets.
Loin de détruire les fondements de la science sociale, la sociologie des déterminants sociaux de la pratique sociologique apparaît comme le fondement d’une liberté possible par rapport à eux. Et c’est à condition de s’assurer pour soi le plein usage d’une telle liberté, en soumettant sans cesse à l’analyse, que le sociologue peut produire une science rigoureuse du monde social, laquelle loin d’enfermer les agents sociaux dans la prison d’un déterminisme strict, leur offre les instruments d’une prise de conscience libératoire.

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Une critique armée

Entretien avec H.D. Zimmermann (1983)

(paru dans Pierre Bourdieu,  La responsabilità degli intellettuali, Sagittari Laterza, Roma-Bari ,1991, pp.25-42  et publié à l'origine en allemand in Satz und Gegensatz: Über die Verantwortung des Intellektuellen, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach, 1989. traduit de l’italien par Jacques Gasseng.)


Q : Définir les analyses présentées dans La distinction comme une « ethnologie de la France-, tel que vous l’avez fait dans la préface de l’édition allemande, signifie peut-être, que vous voulez définir comme par anticipation, les limites générales des théories proposées ? Ou bien alors, s’agit-il d’une mise en garde contre les analyses plus spécifiquement états-uniennes de la société française qui ne sont rien d’autre plus d’une fois que des stéréotypes exotiques travestis en jargon scientifique ?

P. Bourdieu : En parlant « d’ethnologie de la France », j’avais avant tout une intention négative. Je voulais définir mon travail contre une façon très éloignée, très abstraite de parler du monde social. Le mérite qu’on en fait les ethnographes, à l’inverse de ce que font les sociologues, est celui de se confronter en personne à la réalité, de s’interroger à la première personne, de faire des photographies, au lieu d’appréhender les choses de loin, à travers des questionnaires ou par personnes interposées pour poser les questions. C’est contre cette tendance particulièrement répandue chez les sociologues de regarder les choses de haut et de loin, et d’en parler en termes abstrait, ou mieux : concret-abstrait - à savoir à partir d’un référence à une expérience personnelle qui n’est pas objectivée – que j’ai parlé d’ethnologie.
Bateson, dans l’introduction à Naven, insistait sur le fait que l’ethnologue s’assimile à l’écrivain qui s’efforce de restituer l’intuition d’une totalité culturelle, mais qui, à la différence de ce dernier, cherche à saisir le principe des pratiques qu’il décrit. Et dans ce sens, mon travail peut être considéré comme de l’ethnologie puisque je prétend proposer un modèle théorique de cette société tout en cherchant en même temps à conserver, en particulier au prix d’un très important travail d’écriture, l’apport irremplaçable de l’évocation intuitive, celle capable de toucher et de faire sentir.

Q : Dans votre livre, vous démontrez, en vous basant sur une grande quantité de données empiriques, que l’existence des individus est marquée par leur appartenance de classe. Le nombre de caleçons, la préférence pour les pyjamas ou pour les chemises de nuit, pour Strauss ou bien Bach, tout ramène à cette appartenance. Mais comment cette accumulation de détails parmi les plus disparates, constitue-t-elle véritablement un cadre cohérent, un style de vie systématique ? j’ajouterais une observation plutôt stupéfiante pour nous autres allemands : certain comptes-rendus ont comparé votre livre à des modèles littéraires comme Balzac ou Proust.


PB : Je pense que le sens de mon travail ne consiste pas seulement à rapporter des façons de vivre aux appartenances de classe. En réalité, je pourrais presque dire que mon intention dans ce livre a consisté beaucoup plus à détruire la notion commune de « classe » que de la renforcer. Ce que je cherche à démontrer est qu’il existe une relation entre la position que les personnes occupent dans l’espace social et leur style de vie. Mais une telle relation n’est pas mécanique. Il ne s’agit pas d’une relation directe à partir duquel, en sachant où se trouve quelqu’un, nous connaitrions ses goûts de manière automatique. La médiation entre cette position dans l’espace social et les pratiques, les préférences, c’est ce que j’appelle l’habitus, à savoir, une attitude générale à l’égard du monde qui peut être relativement indépendante de la position occupée au moment considéré, en tant qu’il est la trace de toute une trajectoire passée et qu’il est à l’origine de prises de position systématiques. Mais d’autre- part, il existe effectivement une relation entre certaines dimensions très différentes de la pratique, entre la façon de parler, de danser, de rire, de lire et aussi entre ce que l’on lit, ce que l’on aime, les personnes que l’on fréquente, etc.
A l’exception des écrivains, je crois que cette unité globale des pratiques a été bien peu décrite selon moi (ce qui explique probablement la comparaison qui vous a étonné et que je considère moi comme un hommage). Balzac par exemple insistait toujours sur le fait qu’en décrivant le milieu dans lequel vivait ses personnages, il décrivait ces mêmes personnages et qu’en les décrivant, il parlait du cadre dans lequel ils vivaient.  Chez Flaubert, cet aspect est encore plus marqué : dans L’éducation sentimentale, il décrit les différents plats correspondant à des milieux différents, et ce faisant, ces derniers évoquent les styles de vie qui s’y rapportent. En d’autres termes, cette unité des pratiques est quelque chose dont nous avons l’intuition, que les écrivains ont exprimé, mais que les sciences sociales n’ont pas restitué pour de nombreuses raisons : avant tout parce que la logique expérimentale comme elle est pratiquée par exemple en psychologie sociale, conduit à atomiser les pratiques au travers d’expériences appliquées de manière indépendante  à partir d’aspects diversifiés du comportement (l’une des difficultés que j’ai dû surmonter dans cette entreprise a été celle de réussir à saisir le plus grand nombre de dimensions de la pratique chez une même personne à l’aide d’un seul questionnaire). L’une des autres raisons pour laquelle cette unité nous échappe, c’est, comme je m’efforce de le montrer dans le « Post-scriptum » que j’ai consacré à Kant, que la définition philosophique du goût, dont Kant a fourni l’expression la plus typique, refuse cette unité. Dans La critique du jugement, il insiste toujours sur les oppositions entre les goûts purs, c’est-à-dire le goût esthétique, et les goûts impurs, « ceux du palais, de la bouche et des sens ». J’ai voulu rappeler qu’il existe une unité du style de vie, une « structure du comportement », et que nos goûts ne sont pas le produit de déterminations mécaniques du milieu, mais qu’il sont le résultat d’une alchimie, d’une transformation, d’une élaboration dans le sens d’une unité et d’une cohérence, qui ne découle pas de la conscience.

Q : Existe-t-il encore une marge de liberté pour la spontanéité et pour l’individualité ? Y-a-t-il quelque chose qui échappe à la détermination, comme par exemple le don individuel, le talent, tout simplement le génie ? Ceux qui ont la même origine sociale ou la même formation qu’Einstein ne deviennent pas nécessairement Einstein.

PB : Il est vrai qu’en introduisant la notion d’habitus et en décrivant les conditions sociales de production de cette façon, on pourrait croire que je renforce les représentations déterministes du monde social. Là où nous voyons normalement un sujet libre, au principe de sa parole, de ses actes, de ses pensées, j’y vois quant à moi une sorte d’automaton spirituale comme disait Leibniz, une espèce d’automate spirituel socialement constitué. Par exemple, lorsqu’en ma qualité de sociologue, j’interroge quelqu’un, mon questionnaire est destiné à agir comme une série de stimuli choisis de façon telle à faire réagir le plus largement possible un habitus, dans un temps limité. Je suppose avoir en face de moi une machine complexe dont je cherche à découvrir le programme. L’habitus est en quelque sorte ce programme à partir duquel je peux obtenir toutes les réponses qui me sont données et qui peuvent paraître incohérentes chacune séparées et beaucoup d’autres qui ne sont pas données mais qui l’auraient été si la question avait été posée. L’habitus, qu’on pourrait concevoir par analogie avec ce que Chomsky appelle « grammaire générative » est un principe d’invention. Il entre dans l’ordre de l’Ars inveniendi ; il produit des conduites relativement imprévisibles, mais dans certaines limites. Quand « on connaît bien quelqu’un », comme l’on dit, ou bien encore quand on a l’intuition de son habitus, on ressent ce qu’il ne peut pas faire. Le petit bourgeois, comme dit Marx quelque part, ne peut pas outrepasser les limites de son cerveau. Il est certaines choses qui pour lui sont impensables, impossibles, infaisables, qui le scandalisent, le choquent, etc. mais à l’opposé, dans le cercle de ces limites, il passe tout son temps à inventer, et on ne peut pas dire quelle sera exactement sa réaction. Dans ce cas, l’analogie entre les styles de vie et le style artistique prend tout son sens : le style d’une époque est cet art bien particulier d’inventer qui fait que, sans savoir exactement ce que chaque artiste fera, il connaît par anticipation les limites au sein duquel sa création se réalisera. La même chose est valable pour nous : nous sommes libres dans certaines limites. Et nous pouvons même nous concéder une liberté supplémentaire, en prenant conscience de ces limites.

Q : Une partie assez consistante de votre livre est consacrée aux transformations du système scolaire, à « l’accroissement massif de la population scolarisée » issue des classes populaires et des classes moyennes. Vous parlez d’inflation et de dévaluation des titres scolaires, mais aussi de la désillusion d’un grand nombre de jeunes dont l’aspiration à une promotion sociale par un recours accru à l’école, se trouve démentie plus ou moins rapidement et souvent de façon brutale. Est-il possible de rappeler les relations que vous établissez entre ces analyses et l’argument principal de votre livre : la genèse sociale du goût.

PB : Je retiens d’abord que l’inflation et la dévaluation corrélative des titres scolaires ont eu des effets très généraux : on peut en voir certains aspects dans le mouvement des jeunes, celui de l’écologie, du mouvement féministe, certaines transformations importantes  en politique, l’apparition de l’extrême-gauche, etc. Et il est clair que les goûts ont eux aussi subi les effets de ce mouvement. De-là, dans la mesure où l’une des thèses principales de l’ouvrage consiste à démontrer qu’il existe une correspondance entre l’espace des positions sociales et l’espace des styles de vie, des manières d’être, des goûts, n’importe lequel des changements profonds de l’espace des positions sociales devait s’exprimer sur un mode plus ou moins direct dans l’espace des goûts et des styles de vie. Dès lors, pour comprendre certains phénomènes actuels, comme par exemple, l’apparition de nouveaux sports comme le surf, le windsurf, le deltaplane, j’ai été contraint d’analyser cette transformation profonde de la société, qui est elle-même liée aux transformations du système scolaire.

Q : Cette augmentation massive de la population scolarisée n’es-t-elle pas malgré tout le signe d’une mobilité qui dépasse les barrières sociales ?

PB : Je crois nécessaire de reformuler complètement la question, qui reste circonscrite autour d’une même représentation du monde social que tout mon travail vise à détruire. Ce que je m’efforce de démontrer, c’est que là où l’on pense ordinairement en terme de « classes sociales », c’est-à-dire de groupes sociaux bien déterminés (vous parlez en fait de « barrières » que la « mobilité sociale » permet de dépasser) et juxtaposés hiérarchiquement, il faut voir un espace social que nous pouvons penser par analogie avec l’espace géographique. Un tel espace possède une structure, comme l’espace géographique. Il s’y trouve des personnes qui sont en haut, d’autres en bas, d’autres au milieu et qui, par exemple, pensent devoir une part considérable de leurs propriétés au fait d’être dans un « entre-deux », c’est-à-dire ni à un endroit, ni à un autre (neuter en latin). Lorsque je décris l’espace social, je procède un peu comme le ferait un géographe qui distinguerait l’Allemagne septentrionale de l’Allemagne méridionale. Une Allemagne septentrionale plutôt protestante et une Allemagne méridionale plutôt catholique ; Et qu’ensuite, à l’intérieur de l’Allemagne méridionale, je distinguerais encore le Wurtenberg, la Bavière et ainsi de suite, chacune de ces régions pouvant être caractérisées en relation ave le reste de l’Allemagne méridionale, etc. Construire l’espace social et construire une distribution, sur un plan (fictif) à deux dimensions, de l’ensemble des positions pertinentes de la structure du monde social, et de l’ensemble des propriétés et des pratiques structurellement liées à ces positions. ; les agents singuliers sont distribués dans cet espace en fonction de la position qu’ils occupent dans la distribution des deux espèces principales de capitaux, le capital économique et le capital culturel et dont  l’écart intercurrent entre deux agents  dans ces distributions représente une mesure de leur « distance sociale ». Cela signifie concrètement que les individus situés dans la partie supérieure de l’espace ont peu de probabilité d’épouser ceux qui sont situés dans la partie inférieure : parce qu’ils ont peu de probabilités avant tout de se rencontrer ; et ensuite parce que, dans l’hypothèse où ils se rencontrent, cela pourrait arriver dans un gare, un train, en étant de passage, et qu’ensuite en supposant qu’ils se parlent, ils ne se comprendraient et ne s’apprécieraient pas. La proximité dans l’espace social prédispose au rapprochement. Si je retire n’importe laquelle petite région de mon espace, les personnes ainsi réunies auront beaucoup de caractéristiques en commun. Ce qui ne signifie pas qu’ils formeront une classe unie et mobilisée, en particulier contre une autre. Il n’en reste pas moins que les personnes qui sont proches (dans la réalité) seront plus faciles à rapprocher (symboliquement). Si je suis un dirigeant politique et que je me propose de créer un grand parti qui réunisse patrons et ouvriers, il y a peu de probabilités qu’un tel parti fonctionne, dans la mesure où les individus auquel je m’adresse seront très éloignés dans l’espace social ; Dabs une conjoncture bien déterminée, à la faveur d’une crise nationale, sur la base du nationalisme ou du chauvinisme, ceux-là pourront peut-être se rapprocher, mais un tel regroupement restera en grande partie fictif et très provisoire.
Bref, il faut avoir en tête un espace à deux dimensions, que je vais à présent chercher à décrire simplement. Imaginons une sorte de croix : dans une première dimension, verticale, les positions et les agents se distribuent et s’opposent selon le volume « global » de capital (capital économique et / ou culturel) ; et dans une seconde dimension, perpendiculaire à l’opposition principale, s’inscrit une position opposée entre un pôle plutôt culturel et un pôle plutôt économique. Et à chaque niveau de la dimension verticale, on aura des positions et des agents qui se distingueront selon qu’ils sont riches, surtout en terme de capital culturel (à gauche) ou surtout en terme de capital économique (à droite). Cet espace de positions s’exprimera à travers un espace de styles de vie, et il faut imaginer sous l’espace des positions, un « transparent » sur lequel est inscrit la distribution spatiale des styles de vie, des préférences, des goûts. Par exemple, en haut et à gauche, on aura l’intellectuel et derrière, sur le transparent, on aura le journal que cet intellectuel lit , un journal plutôt de gauche, Libération et le Monde, une 2CV, etc. Ce qui n’exclue pas qu’il puisse avoir une Mercedes. Comme il n’est pas exclu non plus qu’un Bavarois soit protestant. Simplement lorsqu’un protestant est situé dans un univers à prédominance catholique, on sait bien qu’il n’est pas protestant de la même façon que s’il était protestant dans un univers à prédominance protestant.
Mais ce schéma en soi, pour autant qu’il soit utile, est dangereux, parce qu’il conduit à prendre en considération la relation directe  qui relie une position dans l’espace et un bien, entre la position supérieure à gauche de l’intellectuel et Libération et la 2CV. Alors qu’il faut prendre en considération, et la relation globale qui relie les deux espaces (l’espace des positions défini rationnellement), et l’espace des biens et des pratiques. L’habitus, entendu comme le sens du poste par rapport auquel il se situe, opère en pratique la mise en relation. Le principe de la mise en relation des deux espaces -le sens des convenances entre une position et un attribut, qui dans sa relation avec d’autres attributs, fonctionne comme un trait distinctif- reste plus d’une fois à l’état tacite et inconscient. Mais dans certains cas, il peut s’énoncer explicitement, soit de manière négative, « ça n’est pas pour moi », soit de manière positive « ceci fait intellectuel ». Ainsi les agents sociaux que je classe deviennent à leur tour des classeurs : l’espace social existe en même temps dans l’objectivité et dans les cerveaux sous la forme de dispositions acquises qui orientent, parmi d’autres choses, les luttes de classements. La position occupée dans l’espace des positions, c’est-à-dire la structure de la distribution des différentes espèces de capitaux, et qui sont aussi des armes, commande les prises de position au cours des luttes pour conserver ou transformer cet espace, ou, si l’on peut dire, cette distribution. C’est par conséquent la structure de l’espace qui contient le principe des luttes destinées à conserver ou à transformer ce même espace.

Q : Vous classez les intellectuels parmi les « classes dominantes ». Mais les intellectuels n’ont ni pouvoir économique, ni pouvoir politique. N’est-il pas nécessaire de faire une distinction parmi les intellectuels qui ont un pouvoir ou de l’influence et ceux qui en sont totalement dépourvus ? Les intellectuels de « gauche » se font les critiques de la classe dominante : ceux-là la dénoncent et prennent position en faveur des opprimés. Mais malgré cela, ils font partie de la classe dominante ?

PB : L’univers intellectuel n’est bien sûr pas homogène, il constitue lui aussi un espace. Dans La distinction, j’ai réalisé une carte à grande échelle de l’espace social dans lequel les intellectuels sont représentés par un point. Mais ce point lui-même constitue un univers et, cela pour vous donner un exemple, je travaille actuellement sur le champ intellectuel, et comme pour les cartes géographiques sur lesquelles dans un coin nous est donnée une image approximative de Berlin, j’établis une carte détaillée du monde intellectuel. Le monde intellectuel est en effet lui-même un espace au sein duquel se situent des dominants et des dominés (des artistes bourgeois, des tenants de « l’art pour l’art », et des agents qui pratiquent « l’art social » comme l’on disait au XIXe siècle). Dans ce microcosme, se déroule une lutte qui fonctionne un peu comme une « image réduite » de la lutte des classes. Les intellectuels confondent très souvent les luttes à l’intérieur de ce microcosme avec les luttes de l’espace social tout entier et veulent faire croire que les luttes entre l’intellectuel paria et l’intellectuel bourgeois, ou à travers lui, le bourgeois, sont automatiquement solidaires des luttes entre prolétaires et bourgeois. Ils réussissent souvent à le faire croire. Ils nous le font croire presque toujours à chaque fois. Mais pour être plus précis, il faudrait prendre en compte toutes les conséquences du fait que les intellectuels font partie intégrante de ce que l’on appelle ordinairement la classe dominante et que je préfère appeler le champ du pouvoir, ou encore un espace au sein duquel les individus luttent pour le monopole du pouvoir, ou plus exactement, pour imposer la domination de la forme particulière de pouvoir qu’ils détiennent. De façon plus précise, les intellectuels participent au champ du pouvoir et ils en occupent une position dominée. Les deux termes sont importants : ils font partie des dominants dans la mesure où ils y sont dominés.Ils possèdent un pouvoir, mais un pouvoir dominé. Le pouvoir que détiennent les intellectuels, et qui s’appuie sur la possession du capital culturel, ou plus exactement du niveau d’instruction, est une forme inférieure de pouvoir. Au Moyen-âge par exemple, comme l’a démontré George Duby dans son étude sur les relations entre les trois ordres, ceux qu’on appelait les oratores, ceux qui parlaient et ceux qui priaient, se trouvaient dans une position dominée par rapport aux bellatores, ceux qui combattaient, les guerriers, les chevaliers, etc. Mais ils détenaient malgré tout un pouvoir, celui de conférer la légitimité à travers le discours, de justifier ou de condamner le pouvoir temporel. Et je crois que parmi toutes les classes dominantes de toutes les sociétés, il existe une sorte de lutte permanente entre ces deux pouvoirs, pour lequel l’enjeu de cette lutte est constitué par les laboratores, les travailleurs, le troisième terme de la trilogie médiévale. Plus les laboratores deviennent forts, plus ils renforcent leurs instruments d’expression, qui leur sont souvent fournis par les intellectuels, et plus les intellectuels « dominants dominés » (sans parler des dominés dans l’univers des » dominants dominés » nouvellement arrivés dans le champ intellectuel se raffermissent dans leur lutte contre les dominants absolus. Bref, les intellectuels sont des « dominants dominés » qui dans certains contextes, peuvent quelquefois lutter contre les dominants en s’appuyant sur les dominés absolus, c’est-à-dire les laboratores, en s’en faisant les porte-parole.

Q : Vous écrivez quelque part que les petit-bourgeois sont toujours payés en « simili » : en skaï au lieu de cuir authentique, d’art en simili au lieu d’art authentique. Ces remarques ne sont-elles pas peut-être des jugements qui expriment le point de vue de l’intellectuel ?

PB : Mes intentions n’ont rien d’équivoque, mais il a pu arriver que mes écrits aient pu laisser supposer ce que vous dites. Je pense à la distinction que Weber établit entre « la référence à la valeur » et le « jugement de valeur ». C’est dans la réalité même que fonctionne la différence entre le « simili » et l’authentique, et le petit-bourgeois est perçu –par les bourgeois et aussi, mais de manière plus confuse, par les membres des classes populaires- comme quelqu’un de condamné au « simili ».

Q : Vous êtes agrégé de philosophie, vous avez vécu et travaillé plusieurs années en Algérie, vous avez publié des études de sociologie et d’ethnologie sur ce pays, pour ensuite, rentré à Paris, dans les années 60 revenir à la sociologie de la culture (aux deux sens du terme), et à présent, depuis 1982 vous êtes titulaire de la Chaire de sociologie au Collège de France. Voyez-vous plutôt une continuité ou une rupture dans ce parcours – et, aujourd’hui, quelle est votre conception des relations entre la philosophie (en particulier la phénoménologie), l’ethnologie et la sociologie ?

PB : Si je voulais donner  une représentation idéalisée de ma trajectoire, je pourrais dire qu’il s’agit d’une entreprise qui m’a permis de réaliser à mes yeux l’idée que je me faisais de la philosophie, ce qui est une façon comme une autre de dire que ceux qui sont ordinairement qualifiés de philosophes ne correspondent pas toujours à l’idée que je me fais de la philosophie. Cela dit, il s’agit d’une vision complètement idéalisée dans la mesure où n’importe laquelle des trajectoires biographiques comporte une grande part de hasard. Je n’ai pas véritablement choisi une grande partie de ce que j’ai fait. Je pense en même temps que cette réponse comporte une part de vérité parce que je crois aujourd’hui, étant donné le développement des sciences sociales et des progrès des techniques scientifiques, qu’il est devenu difficile, bien que tout cela ne paraisse pas déranger la plus grande partie des philosophes, de se passer des acquis de ces sciences et de ces techniques. Je crois avoir eu beaucoup de chance d’échapper à l’illusion de la page blanche. Il me suffit de penser à un quelconque traité récent de philosophie politique pour imaginer ce que je pourrais dire si je n’étais pas armé d’un bagage philosophique, qui reste, entre autres, absolument capital. Il ne se passe pas un jour sans que je ne lise ou relise des traités de philosophie – pour la plupart, je le confesse, anglo-saxons. Je travaille en permanence avec des philosophes  et je fais travailler constamment les philosophes. Mais la différence réside selon moi – ce que j’affirme est peut-être un peu désacralisant – en ce que le bagage philosophique est comme le bagage mathématique ou le bagage technique : un texte de Kant vaut autant qu’une méthode d’analyse factorielle.

Q : Votre conception de la sociologie semble exclure toute sorte de « philosophie sociale ». Mais votre idée de la critique, de la sociologie critique n’est-elle pas toujours, tout au moins en partie, une « philosophie sociale critique » ?

PB : La pratique scientifique implique en soi une position critique. Ce que, de façon péjorative, j’appelle « philosophie sociale » ne peut s’accomplir dans toutes ses ambitions critique parce qu’elle ne s’en donne pas les moyens et parce que dans le même temps, elle se condamne à n’exprimer que des généralités et des banalités. Ce qui peut conférer toute sa force à la critique n’est pas, comme le disait Marx, la critique des armes mais bien plutôt la critique armée.

Q : Ce qui, entre autres, séduit dans votre livre, c’est la quantité de données empiriques que vous fournissez en soutien de vos thèses et de vos arguments. Mais, un danger est peut être impliqué dans ce fait : qu’avant toutes choses,  le lecteur écrasé par cette masse de « données », capitule et que culpabilisé, il les accepte toutes ; Le second danger serait son contraire : qu’il s’en détourne, méprisant, les associant à du positivisme. Les deux cas cependant ne reflèteront pas les relations que vous établissez entre vos hypothèses théoriques et l’appareil empirique. Comment voyez-vous cette relation ?

PB : Je suis très heureux que vous m’ayez posé cette question parce que ma préoccupation principale, lorsque j’ai commencé a faire de la science sociale, a consisté précisément à détruire cette opposition entre théorie et expérience, et qui, (…) une expression de la structure de l’espace social que j’ai décrite tout-à-l’heure. La théorie évidemment reste en surplomb. Le Theorein, c’est le regard, le regard dans son ensemble. Je cite souvent une phrase de Virginia Woolf que j’aime beaucoup : « les idées générales sont les idées du général ». Le général reste en haut, il implique une vision panoramique, il embrasse le tout, c’est le philosophe, le philosophe social ; celui-ci pense aux luttes, il décrit les luttes de classes. J’ai pris pour ma part le point de vue Fabrizio Del Dongo à Waterloo, qui ne voit rien, qui ne comprend rien, et qui ne retient seulement que les trajectoires des obus qui éclatent. Il est nécessaire d’être en première ligne pour voir le monde social d’une toute autre manière. Il est sans doute incontestable que les visions générales peuvent s’avérer utiles mais l’idéal consiste à cumuler une vision générale, une vision d’ensemble, une carte globale, avec des mises en perspectives plus particulières. C’est un peu ce que j’ai cherché à faire dans La distinction. J’ai trouvé les idées théoriques que je considère les plus importantes dans ma pratique en réalisant un entretien ou une codification pour un « indigène ». Toute la critique des classifications sociales par exemple, qui m’ont conduit a repenser complètement le problème des classes sociales est né des réflexions sur les difficultés rencontrées concrètement dans les classifications des professions. C’est ce qui m’a permis d’échapper au discours général sur les clases sociales, à la confrontation sans fin entre Marx et Weber et aux généralisations floues de salon.

Q : Vous travaillez en utilisant la notion de structure pour critiquer le structuralisme tel que Levi-Strauss le représente. Pourquoi ?

PB : La référence à Levi-Strauss est pour moi très importante et, dans une certaine mesure, mon travail, si l’on voulait à tout prix lui attribuer une étiquette, pourrait être défini comme structuraliste. Je reconnais toutefois avoir fait subir au structuralisme une transformation importante. Le structuralisme est né de la puissance de pensée des systèmes symboliques, de la langue, des systèmes mythico-rituels, de la littérature, etc., et mon travail a consisté à passer de ce que nous pourrions appeler un structuralisme symbolique, qui cherche à dissocier les structures des systèmes symboliques, à un structuralisme qui cherche la correspondance entre la structure des systèmes symboliques et les structures sociales. Dans mon livre, je m’efforce de démontrer que pour comprendre la structure des expressions symboliques d’une société – l’habillement, les bâtiments,, l’architecture, etc., - il faut analyser la correspondance entre les symboles la langue, etc., et les structures sociales, correspondance qui ne se réalise pas de manière mécanique. Étant donné que les gens ne s’habillent plus depuis désormais très longtemps de la même manière, comme c’était le cas en Chine à un moment historique déterminé, l’habillement signifie beaucoup de choses. La société est inévitablement symbolique parce que les gens se comportent de façon très différente. De telles différences ne peuvent se comprendre que si l’on se place seulement à un niveau symbolique.
Mais il est un autre point sur lequel je m’éloigne de Levi-Strauss, qui est de considérer que les structures objectives ou objectivées, comme les structures mentales, ou incorporées, sont le produit d’une histoire individuelle ou collective. Et dans ce désir de vouloir absolument m’attribuer une étiquette et parler de structuralisme, il faudrait parler de structuralisme génétique. C’est dans la pratique, individuelle ou collective, que se forment les structures sociales –par exemple les champs sociaux et les oppositions qui les caractérisent- et par laquelle se constituent (par l’apprentissage), les structures cognitives, les schèmes de pensée, de perception et d’action, qui orientent la pratique.

Q : Vous avez été comparé, probablement en raison de la finesse de vos analyses sur les variations du comportement et des modes de pensée des différents groupes sociaux, et aussi pour vos descriptions phénoménologiques décisives, à Simmel et à Norbert Elias. Que pensez-vous de ces comparaisons ?

PB : Je ne peux que m’en réjouir. Ce que vous dites explique surtout la comparaison qui peut être faite avec Simmel, que j’ai beaucoup lu et dont j’ai aimé les analyses, en particulier, celle concernant la culture. Je pense pourtant souvent qu’il se fiait un peu trop facilement à son intuition, probablement très subtile, mais parfois, un peu trop superficielle. Je me sens plus proche de Norbert Elias, mais pour d’autres motifs. Je ne pense pas au Elias des grands mouvements historiques, du « procès de civilisation », etc., mais plutôt à celui, à l’instar de La société de cour, qui se mesure à des mécanismes cachés, invisibles, fondés sur l’existence de relations objectives entre les individus ou les institutions. La cour, telle que la décrit Elias, est un très bel exemple de ce que j’appelle un champ, dans lequel, comme pour un champ gravitationnel, les différents agents sont attirés par des forces insurmontables, inévitables, dans un mouvement perpétuel nécessaire au maintien de leur rang, des distances et des écarts.

Q : En tant qu’intellectuel français notoire, comme Sartre, Merleau-Ponty, Aron, Foucault, vous êtes un ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris, l’une des plus fameuses institutions scolastiques, où se forme l’intelligence française et en particulier parisienne. Vous êtes pourtant en même temps l’un des critiques les plus fervents de ce type d’école d’élite et de ses produits. Existe-t-il un rapport entre votre attitude critique et le fait de ne pas être originaire de Paris, en l’occurrence du Béarn, une région qui jusqu’à présent, a opposé un certaine résistance aux prétentions politiques et culturelles de la capitale ?

PB : Je ne crois pas que la tradition des provinces reculées qui ont opposé une résistance aux dragons du roi pendant des générations fait partie de l’expression de mes critiques…. Bien que l’attitude, parfois un peu belliqueuse, que j’ai souvent prise et qui a pu être mal comprise et mal considérée par l’univers intellectuel, est à imputer probablement beaucoup aux normes culturelles du pays de mon enfance. Je pense que le simple fait d’arriver dans une école d’élite avec un habitus qui n’est pas celui parmi le plus courant, fait que vous vous y adaptez mal, mais qu’en même temps, il vous rend plus lucide sur de telles choses. Je me souviens d’une description que fait Groethuysen de l’arrivée de Rousseau à Paris… ( j’emploie encore une fois des métaphores prestigieuses). Ce fut pour moi une illumination. Je suis, c’est vrai, un produit de l’École Normale qui trahit l’Ecole Normale. Mais si l’on veut écrire cela sans paraître avoir été inspiré par le ressentiment, il faut pourtant faire partie de l’Ecole Normale…. On ne s’en sort pas.

Q : Votre élection à la chaire de sociologie du Collège de France, l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses de votre pays, peut-être la plus prestigieuse, peut être décrite, en utilisant votre langage, comme une « consécration sociale ». Vous avez analysé ce mécanisme social auquel vous êtes désormais soumis désormais de la façon la plus convaincante. Comment considérez vous votre travail au regard de cette position ?

PB : Ce n’est probablement pas le hasard si le moment où j’ai été élu au Collège de France a coincidé avec tout un travail en cours que j’ai défini comme l’effet de consécration et sur les rites d’institution. Pourquoi ?  Parce qu’ayant réfléchi sur ce qu’était une institution, et en particulier une institution scolastique, je ne pouvais pas ignorer les effets impliqués par une telle consécration. Par conséquent, commençant à réfléchir à ce qui m’arrivait, je cherchais une certaine liberté par rapport à ce qui était en train de se passer.
Faire la sociologie des intellectuels, faire la sociologie du Collège de France, faire la sociologie de celui qui fait une leçon inaugurale au Collège de France est, au moment même où l’on est pris dans le jeu, montrer que l’on s’efforce de s’en libérer. La sociologie a joué pour moi le rôle d’une socio-analyse qui m’a permis de comprendre et de supporter des choses que je trouvais insupportables. Pour revenir au Collège de France, puisque c’est de là que nous sommes partis, si je dispose d’une possibilité de ne pas être écrasé par la consécration, c’est peut-être dans la mesure où j’ai cherché à l’analyser, et je crois même que je peux me servir de l’autorité que m’a conférée une telle consécration pour donner plus de force à mon analyse des effets de l’autorité et de la consécration.

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