« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


dimanche 30 septembre 2012

Entretien avec Patrick Champagne : Bourdieu, l’État et la domination

Entretien avec Patrick Champagne : Bourdieu, l’État et la domination (in Alternative libertaire N°219, été 2012)

La publication des cours de Pierre Bourdieu au Collège de France sur la question de l’État 1 nous offre l’occasion de revenir avec Patrick Champagne sur la parution de cet imposant volume et notamment sur l’apport spécifique de la sociologie de Bourdieu, disparu il y a maintenant dix ans, à la connaissance de l’État et au rapport entre l’État et la domination.
AL : Bien qu’aucun livre n’ait été publié sur le sujet la question de l’ État était déjà présente dans l’œuvre de Bourdieu, dans la Domination masculine il disait déjà son étonnement devant « le fait que l’ordre du monde tel qu’il est, avec ses sens uniques et ses sens interdits, au sens propre ou au sens figuré, ses obligations et ses sanctions, soit grosso modo respecté, (…) que les conditions d’existence les plus intolérables puissent si souvent apparaître comme acceptables et même naturelles »…
Patrick Champagne : Cette citation pose très bien le problème : on constate qu’il n’y a pas de révolution permanente du monde et que ce qui domine, c’est un pur constat, c’est l’ordre social et la reproduction sociale qui ne peuvent être durablement assurés par la seule force parce que, comme le dit l’expression, « on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen ». Et il faudrait ajouter, un gendarme derrière chaque gendarme pour s’assurer que le gendarme se comporte bien en gendarme, etc. C’est le concept d’habitus qui permet de comprendre pourquoi il n’y a pas lieu de faire une régression à l’infini. En effet, contre la tendance à réduire les formes de domination aux aspects les plus brutaux (à la force militaire le plus souvent), Bourdieu montre qu’il y a des formes de domination douces, et que ces formes de domination – qu’il appelle « symboliques » en ce sens que ce qui est agissant ce sont les catégories de perception des individus – sont si fondamentales qu’on peut même dire qu’il n’y aurait pas d’ordre social possible sans l’existence de ces formes de domination. Si les rapports de force n’étaient que des rapports de force physiques, militaires ou économiques, ils seraient infiniment plus fragiles et très faciles à inverser.
Mais alors comment expliquer cette adhésion spontanée des individus au monde tel qu’il est ?
La réponse à cette question, Bourdieu l’a trouvée depuis longtemps dans un article de Durkheim et Mauss qui montrait la relation d’homologie existant entre les structures mentales et les structures sociales ou pour le dire vite, le fait que les structures mentales sont l’expression, la retraduction, au niveau symbolique, des structures sociales. Les individus acceptent le monde tel qu’il est parce que les catégories mentales à travers lesquelles ils le perçoivent sont en grande partie produites par ce même monde social, et parce que les catégories mentales qui s’imposent à tous sont celles des dominants. Autrement dit, il y a des formes de pensée dans nos cerveaux qui sont le produit de l’incorporation de formes sociales, le maintien de l’ordre résultant de la circularité du processus : les structures sociales produisent des habitus structurés qui renforcent à leur tour ces structures sociales qui produisent des habitus structurés… Ces rapports de force sont aussi des rapports de communication, c’est-à-dire des rapports symboliques, parce qu’ils sont inséparablement des rapports de sens, le dominé étant aussi quelqu’un qui connaît et reconnaît grâce au langage avec lequel il perçoit le monde.
Celui qui se soumet, qui obéit, qui se plie à un ordre opère une action cognitive, une action qui met en œuvre des catégories de perception, des principes de vision et de division. Bourdieu introduit ainsi dans l’analyse le pouvoir symbolique, c’est-à-dire ce pouvoir qui s’exerce de manière si invisible qu’on en oublie même l’existence et que ceux qui le subissent, c’est ce qui fait son efficacité, sont les premiers à en ignorer l’existence.
Et donc pour en revenir à la question spécifique de l’État ?
Bourdieu s’interroge sur la contribution de l’État à la production de ces structures cognitives qui font le sens commun d’un groupe social, sa partie indiscutée. Mais au lieu d’aborder frontalement cette chose complexe qui est désignée par le mot État, Bourdieu va prendre pour objet des actions très ordinaires qui sont ce qu’il appelle des actes d’État. […] S’agissant de définir l’État, Bourdieu va, en ajoutant, à la célèbre formule de Max Weber selon laquelle l’État est l’institution qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime (armée, police), le fait qu’il revendique également avec succès le monopole de ce qu’il nomme « la violence symbolique légitime ». Et il pose que l’ordre du monde social est en fait assuré par cette violence symbolique légitime de l’État, plus que par la violence physique, cette dernière supposant d’ailleurs la violence symbolique légitime pour s’exercer puisqu’il faut que les soldats et les policiers acceptent d’obéir aux ordres, acceptent de réprimer, refusent de basculer du côté des émeutiers, ce qui renvoie à leurs catégories de perception, à leur sentiment de se comporter ou non de manière légitime.
La socialisation est donc plus efficace que la force brute ?
Tout à fait, l’essentiel de la domination passe par la socialisation, par l’imposition de structures mentales, de principes de classification. Et l’État doit être pensé comme producteur qui revendique le monopole des principes de classement, c’est-à-dire de structures structurantes susceptibles d’être appliquées à toutes les choses du monde, et en particulier aux choses sociales. La spécificité de l’État réside dans le fait que plus il se développe, moins il domine par la violence physique et plus il tend à dominer par la violence symbolique parce qu’il parvient à imposer de manière universelle, à l’échelle d’un ressort territorial de plus en plus vaste, des principes communs de vision et de division, des formes symboliques, des principes de classification. Bourdieu propose donc une nouvelle définition de l’État : l’État est l’institution qui a le pouvoir extraordinaire de produire un monde social de grande dimension qui est ordonné sans nécessairement donner d’ordres et sans exercer de coercition permanente. Le désordre qui surgit ça et là tend à faire oublier l’énorme quantité d’actions de tous les jours qui pourraient être désordonnées et qui ne le sont pas, et qui font qu’il y a un monde vivable, prévisible, qui fait qu’on peut anticiper ce que les gens vont faire. L’ordre public, résume Bourdieu, ne repose pas sur la menace, mais sur le consentement. […] Et cette espèce de violence, parce qu’elle est intériorisée, parce qu’elle est enfouie dans les têtes, dans les inconscients, parce qu’elle incorporée, elle permet d’obtenir l’obéissance sans la demander, sans menace : on pourrait presque dire parce qu’elle est obéissance quasi naturelle.
Mais comment penser l’État alors que nous sommes, comme le rappelle Bourdieu, « étatisés » ?
Pour reprendre la métaphore de Heidegger que Bourdieu citait déjà dans L’Amour de l’art, l’État ce sont nos lunettes pour voir le monde. Nous n’avons, pour penser le monde social, qu’une pensée qui est le produit d’un monde social étatisé. Et nous sommes le produit du monde que nous essayons de comprendre. La compréhension première que nous en avons, nous la devons à notre immersion dans ce monde. Or, cette compréhension première, immédiate, est dangereuse parce qu’elle est aliénée en ce sens que c’est une compréhension qui ne se comprend pas elle-même, qui ne comprend pas les conditions sociales de sa propre possibilité. L’État, dit Bourdieu, reste l’impensé de la plupart de nos pensées, y compris et peut-être surtout de notre pensée sur l’État.
Mais donc Bourdieu lui-même est étatisé, comment se sortir de cette impasse ?
Pour sortir de ce véritable piège, Bourdieu use de deux techniques, la débanalisation et la genèse des institutions, c’est-à-dire le recours à l’histoire. Par la débanalisation, il s’agit de cesser de trouver évident ce qui ne devrait pas l’être, de cesser de considérer comme ne faisant pas problème ce qui devrait faire problème. […] Outre cette débanalisation, Bourdieu recourt à l’histoire afin de surmonter l’amnésie des commencements qui est inhérente au processus d’institutionnalisation, car en revenant aux débats initiaux, on peut apercevoir que là où il est resté un seul possible perçu comme naturel, il y en avait initialement plusieurs. […] Pour comprendre complètement la genèse de l’État, et c’est sur ce point que Bourdieu se distingue de ceux qui ont essayé de penser l’État avant lui, il faut donner la priorité au capital symbolique, c’est-à-dire à cette forme de capital qui naît de la relation entre une espèce quelconque de capital et les agents socialisés de manière à le connaître et le reconnaître. Le capital symbolique est adhésion, reconnaissance, légitimité. […] L’État est une sorte de banque centrale de capital symbolique, le lieu où s’engendrent et se garantissent toutes les monnaies fiduciaires qui circulent dans le monde social, et tous ces véritables fétiches que sont les titres scolaire, la culture légitime, l’orthographe, la nation, etc. pour lesquels tout ou partie d’un pays est prêt à mourir. […] Prenant l’exemple du capital culturel, Bourdieu montre que le processus de concentration va de pair avec un processus de dépossession : constituer une ville comme la capitale, comme lieu où se concentrent toutes les formes de capital, c’est constituer la province comme dépossession du capital ; constituer une langue comme légitime, c’est constituer toutes les autres langues comme des patois ; délivrer des diplômes garantissant la possession d’une culture scolaire garantie, c’est dénier le statut de culture – au sens où l’on parle d’un homme « cultivé » – aux autres cultures, au sens ethnologique.
Ainsi la constitution de l’État c’est également la constitution d’une uniformisation généralisée…
En effet, la genèse de l’État est inséparable de la constitution d’un monopole de l’universel, l’exemple par excellence étant la culture qui est légitime parce qu’elle se présente comme universelle, offerte à tous alors que, au nom de cette universalité, on peut éliminer sans crainte ceux qui ne la possèdent pas. Cette culture qui apparemment unit, en réalité divise, et est un des grands instruments de domination puisque une minorité en a le monopole, la constitution de cet universel et son accumulation, étant inséparables de la constitution d’une caste, d’une noblesse d’État, d’une catégorie d’agents sociaux qui monopolisent l’universel. Faire la genèse de l’État, c’est, en définitive, faire la genèse d’une institution qui a réussi à produire un vaste espace homogénéisé, unifié, à l’intérieur duquel, par exemple, un mode d’expression symbolique s’impose de manière monopolistique : il faut parler, s’habiller, se tenir de manière « correcte » et de cette manière seulement. Cette unification du marché des biens symboliques, c’est l’État qui la fait en se faisant. C’est une des manières pour l’État de se faire que de faire l’orthographe normalisée, que de faire les poids et mesures normalisés, que de faire le droit normalisé, de remplacer les droits féodaux par un droit unifié, etc. Ce processus d’unification, de centralisation, de standardisation, d’homogénéisation, qui fait l’État, s’accompagne d’un processus qui se reproduit, à chaque génération, à travers le système scolaire, celui-ci faisant des individus normalisés homogénéisés du point de vue de l’écriture, de l’orthographe et de la manière de parler. […] L’État domine en inculquant des structures cognitives semblables à l’ensemble des agents soumis à sa juridiction et est au principe d’un « conformisme logique et moral » (…). En inculquant des structures cognitives communes – en grande partie à travers le système (…) qui sont tacitement évaluatives, en les produisant, en les reproduisant, en les faisant reconnaître, en les faisant incorporer, l’État apporte une contribution essentielle à la reproduction de l’ordre symbolique qui contribue de manière déterminante à l’ordre social et à sa reproduction. L’État est le principal producteur d’instruments de construction de la réalité sociale.
Cependant, pour Bourdieu, ce processus d’unification par lequel se constitue l’État n’est pas sans ambiguïté et comporte deux faces inséparables…
Effectivement, après un long processus de concentration et d’unification, on arrive à un État unique, avec une langue unique, un droit unique. Ce processus conduit à l’uniformité, et au monopole de ceux qui bénéficient du processus, de ceux qui produisent l’État et sont en position de s’approprier les profits que procure l’État. Il y a monopolisation de tout ce que l’État produit en se produisant. Cette monopolisation de l’universel et de la raison implique délocalisation et dé-particularisation. Plus on va vers un État unifié, plus on peut se comprendre et communiquer. Mais simultanément, le progrès vers l’universalisme est, en même temps, monopolisation de l’universel. En ces temps de remise en cause de la place de l’État dans ses actions les plus visibles, on voudrait que ces cours prononcés il y a maintenant 20 ans, qui montrent de manière lumineuse que l’État est partout, y compris là où on l’attend le moins, puissent contribuer à sortir de ces problématiques politiques sommaires qui consistent seulement, pour des raisons purement budgétaires, à se demander s’il y a « trop » ou « pas assez d’État ».
propos recueillis par David (AL Paris Nord-Est)
(source Alternative libertaire)

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voir également:

 en ligne: Pierre Bourdieu, autour de ses ouvrages consacrés à l'État

en ligne: Pierre Bourdieu, autour du livre Sur l'État. Cours au Collège de France (1989-1992)

 video: Colloque du 23 janvier 2012. Penser l'Etat avec Pierre Bourdieu

Textes de Pierre Bourdieu à propos de l'État 

écouter: Patrick Champagne, à propos de Pierre Bourdieu

en ligne: Rémi Lenoir, Bourdieu, diez años después: legitimidad cultural y estratificación social + entretien

écouter: Franck Poupeau, à propos de l'ouvrage de Pierre Bourdieu, Sur l'Etat, Radio Libertaire, 23.02.2012

trois questions à Patrick Champagne à propos du livre de Bourdieu Sur l'Etat

écouter: Patrick Champagne et Franck Poupeau, à propos du livre Sur l'Etat de Pierre Bourdieu + entretien avec Patrick Champagne et Gisèle Sapiro

Inédit. Pierre Bourdieu, Le Sociologue devant l’État, Communication au XIe colloque : « Les sciences sociales dans les années 1980, 
défis et tâches » 1982.

un entretien de la FSU avec Franck POUPEAU à propos du livre de Bourdieu Sur l’Etat

écouter: Pierre Encrevé, à propos de Pierre Bourdieu
 

audio: Frédéric Lordon, Réunion publique « Non au Traité européen d'austérité », 27 septembre 2012


RÉUNION PUBLIQUE Jeudi 27 septembre 2012, École Normale Supérieure, Avec Frédéric LORDON, Membre du collectif des économistes atterrés, directeur de recherche au CNRS et Denis DURAND, CGT Banque de France, membre du Conseil économique Social et Environnemental

samedi 29 septembre 2012

écouter: Joan W. Scott, De l'utilité du genre

écouter: Joan W. Scott, De l'utilité du genre
La suite dans les idées, 29.09.2012
Joan W. Scott
De l'utilité du genre
Fayard
2012
Présentation de l'éditeur
Qu’est-ce que le genre ? Comment les identités sexuelles et les rapports entre hommes et femmes sont-ils construits, et comment se transforment-ils ? Quel rôle jouent, dans ces processus, la politique et les mobilisations collectives, l’économique et le social, mais aussi le langage et l’inconscient ? Historienne mondialement reconnue, Joan W. Scott a imposé l’idée selon laquelle le genre ne constitue pas seulement un domaine d’investigation : c’est un instrument critique destiné à transformer la réflexion dans tous les secteurs. Pour elle, il se situe au cœur de toute relation de pouvoir et traverse l’ensemble des dynamiques à l’œuvre dans la société. Ce volume réunit les grands essais de Joan W. Scott sur le genre publiés entre 1986 et 2011. Des textes qui renouvellent l’analyse de questions aussi diverses que la laïcité, la démocratie, la représentation de l’État et de l’identité nationale, ou encore celle du marxisme et des classes sociales. À l’heure où les études sur le genre se multiplient, Joan W. Scott s’interroge sur l’avenir du féminisme. Elle s’inquiète de la manière dont cette catégorie est si souvent vidée de ses implications radicales. Et montre comment elle peut continuer à nous inciter à penser autrement. 
 Joan W. Scott est professeure à l’Institute for Advanced Study de Princeton (États-Unis). Elle est l’auteure notamment de La Citoyenne paradoxale (Albin Michel, 1998) et de Théorie critique de l’histoire (Fayard, 2009). 
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Servan-Schreiber.

Médiacritique(s) n°5 (octobre-décembre 2012) : « Pédagogies médiatiques »


Comme les précédents, ce numéro ne sera pas diffusé dans les kiosques et ne sera disponible que dans quelques librairies.

Commandes et abonnements.
le dimanche 14 octobre à 16h30, Acrimed présente Médiacritique(s), à l’occasion du premier anniversaire de la sortie de ce magazine et de la parution du n°5, au bar-restaurant le Lieu-dit, 6 rue Sorbier, 75020 Paris.

vendredi 28 septembre 2012

en ligne: Savoir/Agir n°18, L’Europe à vau-l’eau ?

Sommaire

Éditorial, par Frédéric Lebaron

Dossier : L’Europe à vau-l’eau ?

Présentation par Frédéric Lebaron et Louis Weber
Les Six directives, un pas dangereux vers un carcan fédéraliste, par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak
Un policy mix insoutenable, par Frédéric Lebaron
Eurolibéralisme : par où la sortie ?, par Michel Husson
L’Europe de l’est à l’épreuve de l’intégration européenne : du miroir aux alouettes à l’exigence de réaliser les promesses ?, par Catherine Samary
Le mouvement 15-M en Espagne, par Armando Fernandez Steinko
Démocratie, protestation et contestation de la place Syntagma, par Giorgos Tsiridis et Dimitri Papanikolopoulos

Grand entretien

Histoire d’un engagement, avec Robert Guédiguian

Paroles

Entre professionnalisme et esprit militant : l’exemple d’un contrôleur du travail, par Lucille Mourgues

Chronique de la gauche de gauche

L’indignation gagne le monde, par Louis Weber

Actualités

Le G7, le G8, le G20 et après ?, par Nils Andersson

Alterindicateurs

À propos des indicateurs de pauvreté, par Florence Jany-Catrice

Idées

Foucault, Deleuze, Althusser & Marx, par Isabelle Garo

Culture

Quarante-huit heures, par Mustapha Belhocine

jeudi 27 septembre 2012

video: Raoul-Marc Jennar, « TSCG - MES, deux nouveaux traités européens qui achèvent le démantèlement démocratique et social »






Conférence organisée par la Coordination Vaucluse
Contre la ratification du TSCG
Avignon, 24.09.2012

La fabrique biographique

La fabrique biographique
Textes réunis par
Stéphane Chantegros, Sophie Orange, Adrien Pégourdie, Cyrille Rougier
Presses Universitaires de Limoges
2012

Présentation de l'éditeur
Alors qu'au début du XXe siècle, elle passe, aux yeux de François Simiand, pour une des trois « idoles de la tribu des historiens » à abattre, la biographie connaît, à partir des années 1970, un vif regain d'intérêt, au point d'être perçue, quelques années plus tard, comme un nouveau « totem » des sciences sociales.
En passant du statut d’idole à celui de totem, ce n’est plus l’utilité de "la" démarche biographique qui est remise en cause mais son unité même. Ainsi, sous-tendues par des présupposés théoriques différents, les notions plus ou moins conceptualisées (carrière, histoire de vie, itinéraire, trajectoire, etc.) ne manquent pas en sciences sociales pour rendre compte des logiques biographiques. C’est à l’usage même de ces diverses notions que cet ouvrage s’intéresse.
Plutôt que d’endosser le rôle de censeurs théoriques, les coordonnateurs de ce livre ont pris le parti d’ouvrir un espace de prises de positions scientifiques et de proposer à différents chercheurs de mettre plusieurs de ces concepts à l’épreuve de la pratique scientifique.

Sommaire

Introduction. Les constructions biographiques en sciences sociales

Première partie
Biographies et socialisation

- La force des destins d’institution. Analyse comparée en monde clérical et sportif,
Charles SUAUD

- Trajectoires biographiques et itinéraires d’amateurs. Une enquête sur le goût musical, Wenceslas LIZÉ

- Les contingences d’une carrière, José Luis MORENO PESTAÑA

Deuxième partie
Espaces de conformation et de confirmation

- Saisir les vicissitudes des parcours scolaires. Le suivi d’une cohorte d’étudiants de Sections de technicien supérieur, Sophie ORANGE

- Trajectoires sociales et entrées dans la carrière de journaliste sportif, Samuel BOURON, Karim SOUANEF

- Devenir femme politique : une approche du parcours politique par la carrière de genre, Maud NAVARRE

Troisième partie
Devenirs individuels et configurations sociales

- Rendre raison des écrits (auto)biographiques d’un écrivain, Marie-Pierre POULY

- Effets de génération dans le rapport au métier des intermittents en musique classique, Adrien PÉGOURDIE

- Pour une sociologie des trajectoires révolutionnaires. Le cas des membres du CNR (Algérie, 1954), Nedjib SIDI MOUSSA

- Recontextualiser les trajectoires individuelles : mesure des carrières et biographie collective dans le monde de l’art, Séverine SOFIO

mercredi 26 septembre 2012

Vivre de son art. Histoire du statut de l'artiste XVe-XXIe siècles

Vivre de son art
Histoire du statut de l'artiste XVe-XXIe siècles
Études réunies par Agnès Graceffa 
Préface de Béatrice Joyeux-Prunel
Hermann
2012 

Présentation de l'éditeur
Musicien(ne)s, écrivain(e)s, plasticien(ne)s, acteurs, actrices ou scénaristes… : tous sont des artistes. Depuis l’émergence de cette catégorie au XVe siècle jusqu’à aujourd’hui, ces praticiens de l’art, auteurs comme interprètes, ont dû négocier des statuts spécifiques et des droits particuliers afin de pouvoir, simplement, vivre de leur art. 
Face aux évolutions technologiques et à la constitution d’un marché de l’art, il fallut inventer et renforcer un statut social particulier. Son rôle fut et reste le même : palier l’insécurité et la fragilité souvent liées à la condition de créateur, et l’adapter aux nouvelles pratiques et aux réalités socio-politiques changeantes. 
Comprendre cette histoire longue, ses permanences et ses mutations, telle est l’ambition de cet ouvrage collectif initié par l’association des métiers de la création SMartFr. Des chercheurs de disciplines et d’horizons très divers se sont associés pour lui donner corps, et construire ensemble une approche pluridisciplinaire et croisée. 
En ce début de xxie siècle, personne ne remet plus en question le rôle social du créateur. Mais, une fois encore, des révolutions technologiques imposent de repenser le statut de l’artiste et de son œuvre. C’est à la lumière des expériences passées que nous pourrons, ensemble, inventer les nouvelles formes de protection du travail créatif. 
 Avec les contributions de Jan Blanc, Marie Bouhaïk-Gironès, Émilie Bouvard, Böjrn Olav Dozo, Céline De Potter, Jérôme Giusti, Catherine Gonnard, Agnès Graceffa, Mathieu Grégoire, J.F. « Maxou » Heintzen, Béatrice Joyeux-Prunel, Johannes Landis-Fassler, Sophie-Anne Leterrier, Claire Maingon, Sylvain Maresca, Hélène Marquié, Delphine Naudier, Hyacinthe Ravet, Brigitte Rollet, Séverine Sofio et Martine Watrelot.

lundi 24 septembre 2012

Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 194 – septembre 2012 // Le conseil de l’État (2) – Le « moment RGPP »

Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 194 – septembre 2012 // Le conseil de l’État (2) – Le « moment RGPP », Seuil, 2012

Numéro coordonné par Odile Henry et Frédéric Pierru

Les sommets très privés de l’État
Le « Club des acteurs de la modernisation » et l’hybridation des élites
Julie Gervais

« On n’y comprend rien »
Des salariés européens face à l’action des cabinets de conseil dans la réforme de l’audiovisuel public
Pierre-Emmanuel Sorignet

Le mandarin, le gestionnaire et le consultant
Le tournant néolibéral de la politique hospitalière
Frédéric Pierru

Les syndicats et l’expertise en risques psychosociaux
Note de recherche sur les années noires du management à France Télécom Orange
Odile Henry

Les comptes des générations
Les valeurs du futur et la transformation de l’État social
Yann Le Lann et Benjamin Lemoine
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Hors thème :
Transformations morphologiques et mobilisations disciplinaires
Les enseignants et étudiants de l’Institut d’anglais de la Sorbonne en 1968
Christophe Gaubert et Marie-Pierre Pouly

dimanche 23 septembre 2012

Lectures de Wittgenstein

Lectures de Wittgenstein 
Sous la direction de
Christiane Chauviré et Sabine Plaud 
Ellipses
2012


Présentation de l'éditeur
Longtemps tenu pour un auteur ésotérique, Wittgenstein est aujourd’hui une référence centrale dans la vie intellectuelle, et il ne s’agit plus d’un simple effet de mode. Son œuvre est présente dans le paysage international, non seulement en philosophie, mais aussi en sciences humaines et sociales : la sociologie, l’anthropologie, la philosophie du droit et de l’économie s’en inspirent. Elle a largement débordé le monde anglophone, où elle façonne une partie de la réflexion depuis plus d’un demi-siècle. Pourtant, l’appréhension philosophique de cette œuvre est loin d’être univoque, puisque l’on a assisté, depuis la mort de Wittgenstein en 1951, à une série de lectures divergentes de ses textes, dont les plus prégnantes méritent d’être ici expliquées. Les points de vue sur Wittgenstein se sont par ailleurs multipliés : d’abord lu dans les années 1950-1960 comme philosophe avant tout logicien, en fonction du Tractatus et dans le sillage de ses maîtres Frege et Russell, comme mystique ou comme philosophe du langage, au vu de sa « seconde » philosophie, il apparaît ensuite comme l’auteur d’une œuvre complexe et multidimensionnelle touchant à des questions de philosophie générale (expérience, signification, réalité, etc.). Le présent ouvrage se donne pour tâche de cartographier ce réseau complexe qu’est la philosophie de Wittgenstein, d’abord en présentant les grands textes et les thèmes majeurs qui ont jalonné son parcours philosophique, puis en introduisant aux différentes lectures qui en ont été proposées dans la tradition interprétative.

samedi 22 septembre 2012

Dominique Pinsolle, Le Matin. Une presse d’argent et de chantage (1884-1944)

Dominique Pinsolle
Le Matin
Une presse d’argent et de chantage (1884-1944)
Préface de Christian Delporte
P.U.Rennes
2012

Téléchargement :
4e de couverture (Fichier pdf, 29 Ko)

Dominique Pinsolle est agrégé et docteur en histoire. Il enseigne à l’université Bordeaux 3 et poursuit ses recherches sur les rapports entre médias, argent et politique dans le cadre du Centre d’études des mondes moderne et contemporain (CEMMC).

vendredi 21 septembre 2012

écouter: Eric J. Hobsbawm, Aux armes, historiens. Deux siècles d'histoire de la Révolution française

écouter: Eric J. Hobsbawm, Aux armes, historiens. Deux siècles d'histoire de la Révolution française
Là-bas si j'y suis par Daniel Mermet, 19.09.2012 (rediffusion de l'émission du 8 janvier 2008)
Eric J. Hobsbawm
Aux armes, historiens
Deux siècles d'histoire de la Révolution française
La Découverte
2007

Présentation de l'éditeur
Dès les premières années du XIXe siècle, la Révolution française a suscité des débats passionnés parmi les historiens et les intellectuels, français comme étrangers : quel sens historique fallait-il donner à cet événement politique extraordinaire ? Dans quelle mesure a-t-il transformé le visage de l'Europe ? Quelles en furent les origines intellectuelles, économiques, sociales ? La Révolution avait-elle ouvert un horizon d'émancipation pour la France et les peuples du monde ou, au contraire, annonçait-elle les catastrophes politiques du Xe siècle ? 
A l'occasion du bicentenaire en 1989, alors que les controverses sur l'héritage de la Révolution faisaient rage, notamment autour des travaux d'inspiration marxiste d'Albert Soboul puis de Michel Vovelle et de ceux, d'inspiration libérale, de François Furet, Eric J. Hobsbawm est revenu sur toutes les lectures et interprétations qui s'étaient succédé depuis deux siècles. Il montre ici que les historiens écrivent l'histoire à l'aune de leur expérience du présent. Formulant une critique roborative de ceux qui veulent rompre avec l'héritage révolutionnaire, Hobsbawm réaffirme que la Révolution a transformé le monde de façon définitive et qu'elle continuera de le faire évoluer. 
Aux armes, historiens, mélange stimulant d'historiographie et d'analyse politique rédigé par l'un des plus éminents historiens du XXe siècle, constitue un outil indispensable à qui souhaite comprendre les enjeux d'une Révolution dont l'écho nous parvient encore

jeudi 20 septembre 2012

Gouvernement & action politique 2, avril-juin 2012. Approches croisées de l'État, du gouvernement et de l'action politique

Gouvernement & action politique 2, avril-juin 2012
Approches croisées de l'État, du gouvernement et de l'action politique (deuxième partie)

Éditorial

Page 7 à 8
  Éditorial

Dossier

Page 9 à 40
Nicolas Belorgey   De l'hôpital à l'état : le regard ethnographique au chevet de l'action publique

Page 41 à 87
Philippe Bezes et Frédéric Pierru   État, administration et politiques publiques : les dé-liaisons dangereuses La France au miroir des sciences sociales nord-américaines

Page 89 à 115
William Genieys et Patrick Hassenteufel   Qui gouverne les politiques publiques ? Par-delà la sociologie des élites

Varia

Page 117 à 139
Christophe Dubois et Jean-François Orianne   Les politiques publiques comme partitions à construire L'introduction de la justice réparatrice dans les prisons belges

Page 141 à 166
Antoine Roger   Jeux d'échelles dans la construction de la représentativité L'économie des luttes pour la définition des « intérêts vitivinicoles » roumains

Lectures

Page 167 à 174
Alexis Spire   Grand angle Du nouveau chez les bureaucrates

Page 175 à 194
  Comptes rendus
Premières lignes ]

mercredi 19 septembre 2012

Béatrice HIBOU, La bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale

Béatrice HIBOU
La bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale
La Découverte
2012

Présentation de l'éditeur
Nos sociétés modernes sont victimes d'un envahissement croissant de la vie professionnelle et quotidienne par la bureaucratie. Comment qualifier autrement l'exigence toujours croissante de papiers, fussent-ils numériques ? Et que dire de la confrontation incessante avec des procédures formelles pour avoir accès au crédit ou à un réseau in-formatique, pour louer un logement, noter des banques ou bénéficier de la justice ? Ou encore du besoin de respecter des normes pour que les comptes d'une entreprise soient certifiés ou qu'un légume soit qualifié de biologique ?
Au point de rencontre entre Max Weber et Michel Foucault, Béatrice Hibou analyse les dynamiques politiques sous-jacentes à ce processus. La bureaucratie néolibérale ne doit pas être comprise comme un appareil hiérarchisé propre à l'État, mais comme un ensemble de normes, de règles, de procédures et de formalités (issues du monde de l'entreprise) qui englobent l'ensemble de la société. Elle est un vecteur de discipline et de contrôle, et plus encore de production de l'indifférence sociale et politique. En procédant par le truchement des individus, la bureaucratisation ne vient pas « d'en haut », elle est un processus beaucoup plus large de « participation bureaucratique ». Pourtant, des brèches existent, qui en font un enjeu majeur des luttes politiques à venir.
Béatrice Hibou est directrice de recherches au CNRS (rattachée au Centre d’études et de recherches internationales ? Sciences Po). Elle est l’auteur de plusieurs livres dont, à La Découverte, La Force de l’obéissance. Économie politique de la répression en Tunisie (2006), paru en anglais chez Polity Press.

mardi 18 septembre 2012

Les métamorphoses du contrôle social. Sous la direction de Romuald Bodin


Sous la direction de
Romuald Bodin
Les métamorphoses du contrôle social
Postface de Loïc Wacquant
La Dispute
2012

Présentation de l'éditeur
Le contrôle social des individus et des populations se transforme. Au travail, à l’école, dans le domaine de l’action sociale, la logique sécuritaire ne tend-elle pas à se généraliser ? Mais toutes les formes de contrôle ne sont-elles que coercition ? Et quelles sont les formes de résistance à ces évolutions ?
Les auteurs, sociologues, politistes et historiens, présentent et analysent les résultats d’enquêtes concernant les nouvelles réglementations et catégories qui définissent le contrôle social, mais aussi les dispositifs qui les mettent en œuvre et les pratiques ordinaires qui parfois s’y opposent. Ils éclairent et mettent en regard les enjeux sociaux liés aux transformations du contrôle dans les domaines de la statistique publique et du travail social, de la surveillance des salariés, des immigrés et des élèves, des institutions pénitentiaires et médico-sociales. Ils montrent comment ces métamorphoses du contrôle social doivent être comprises dans les récentes évolutions de l’économie, du travail et de l’État, liées au néolibéralisme.
Cet état des lieux, nuancé et engagé, éclaire la bataille politique qui confronte le souci de préserver les libertés individuelles fondamentales à celui d’assurer la sécurité civile ou l’efficacité des organisations. Appelant à renouveler, en théorie et en pratique, notre approche du contrôle social, il s’adresse aux citoyens, chercheurs et militants qui souhaitent mieux comprendre, pour les réformer ou s’y opposer, les diverses formes contemporaines du contrôle des individus et des populations.
Romuald Bodin est maître de conférences en sociologie à l’université de Poitiers, laboratoire GRESCO.
Jean-Charles Basson est maître de conférences en science politique à l’université Toulouse-III Paul-Sabatier, laboratoire PRISSMH-SOI.
Vincent Dubois est professeur de science politique à l’université de Strasbourg, laboratoire GSPE-PRISME.
Sonia Combe est historienne, CNRS, Institut des sciences sociales du politique (ISP-CNRS).
Étienne Douat est maître de conférences en sociologie à l’université de Poitiers, laboratoire GRESCO.
Fabrice Fernandez est sociologue, chercheur postdoctoral au Conseil européen de la recherche (European Research Council), laboratoire IRIS.
Nicolas Fischer est politiste, CNRS, laboratoire CESDIP.
Bertrand Geay est professeur de sciences de l’éducation à l’université de Picardie Jules-Verne, laboratoire CURAPP.
Gérard Neyrand est professeur de sociologie à l’université Toulouse-III Paul-Sabatier, laboratoire PRISSMH-SOI.
Olivier Paquereau est étudiant en sociologie.
Gaël de Peretti est statisticien, membre du Comité de défense de la statistique publique.
Laurence Proteau est maître de conférences en sociologie à l’université de Picardie Jules-Verne, laboratoire CESSP.
Gregory Salle est sociologue, CNRS, laboratoire CESDIP.
Laurent Solini est doctorant à l’université Toulouse-III Paul-Sabatier, laboratoire PRISSMH-SOI.
Hélène Stevens est maître de conférences en sociologie à l’université de Poitiers, laboratoire GRESCO.
Jérôme Valluy est professeur de science politique à l’université Paris-I, laboratoire CRPS.
Nadège Vezinat est chercheuse contractuelle au Centre d’études de l’emploi, laboratoire CMH.
Loïc Wacquant est professeur de sociologie, Université de Californie, Berkeley, laboratoire CESSP.
Laurent Willemez est professeur de sociologie à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, laboratoire PRINTEMPS.

lundi 17 septembre 2012

Revue Savoir/agir n°21, Travail et dépossession

Revue Savoir/agir n°21
Travail et dépossession
Éditions du Croquant
2012

Présentation de l'éditeur
Le dossier s’interroge sur la signification et les effets sur les travailleurs des nouvelles formes d’emploi et des statuts apparus depuis les années 1970 : travail intérimaire, emplois associatifs, statut d’auto-entrepreneur, groupements d’employeurs, développement des coopératives, etc.
Ces formes d’emploi sont au cœur de débats scientifiques et politiques sur ce qu’est et sur ce que doit être le travail. Etudiées séparément, elles sont rarement pensées ensemble. L’ambition de ce dossier est précisément de réfléchir à ce qu’elles veulent dire, et d’avancer dans la compréhension de ce qu’est le travail aujourd’hui. Ces formes d’emploi sont en effet au cœur de deux questions fondamentales : celle de la flexibilité et celle de l’investissement au travail. En plus de mettre au jour ce que ces réalités recouvrent, le numéro vise aussi à rendre compte de la façon dont ces deux dimensions s’articulent. Si la flexibilité est souvent – et à juste titre – associée à la souffrance au travail, il arrive qu’elle soit vécue un moteur de l’investissement au travail : le « succès » d’un dispositif comme celui d’auto-entrepreneur ne répond pas qu’à une nécessité économique qui consiste, pour un chômeur, à se créer son emploi. Il est aussi conçu comme une façon de s’approprier son travail, quelque soit le coût en termes de conditions de travail, l’auto-entrepreneur se faisant ainsi le complice de sa propre exploitation.

Éditorial
Le nouvel espace politique européen
Frédéric Lebaron

Dossier
Travail et dépossession
Manuel Schotté et Laurent Willemez

Quand la normalisation du travail subvertit la norme salariale
Karel Yon 
 
Le régime de l’auto-entrepreneur : une alternative désirable au salariat ?
Hélène Stevens

Le plein-emploi comme seule alternative à la précarité ?
Mathieu Grégoire 
 
Les aides à domicile
Emmanuelle Puissant

Des TUC aux « emplois d’avenir »
Matthieu Hély

Coopératives et travail autonome
Un entretien avec Alain Oriot

Grand entretien avec Patrick Lehingue et Daniel Gaxie
Comportements électoraux
(Nathalie Éthuin et Louis Weber)

Paroles

Quand l’activité syndicale n’est pas une mince affaire...
(Laurent Willemez)

La rhétorique réactionnaire
La politique du symbole
Gérard Mauger

Alterindicateurs
Les indicateurs sociaux et le débat public après le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi
Frédéric Lebaron

Actualité
Les résistances à la guerre d’Algérie
Nils Andersson

dimanche 16 septembre 2012

Edward-W Said, Du style tardif

Edward-W Said
Du style tardif
essai traduit de l'américain
par Michelle-Viviane Tran Van Khai
Actes Sud
2012

Présentation de l'éditeur
Du style tardif examine les œuvres produites, sur la fin de leur vie, par des artistes aussi différents que Richard Strauss, Beethoven, Jean Genet, Lampedusa, Beckett, Visconti et Glenn Gould. Analysant la manière dont elles diffèrent de la création antérieure, Saïd révèle la façon dont la plupart de ces œuvres dites "de la dernière période" sont pétries de contradictions insolubles et porteuses d’une impénétrable complexité.
Auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages, collaborateur régulier à des journaux du monde entier (en Europe, en Asie et au Moyen-Orient), critique musical pour The Nation, Edward W. Said était également un pianiste accompli et travailla avec Daniel Barenboim et Yo-Yo Ma. Né à Jérusalem, il passa la plus grande partie de sa vie à New York. Egalement publiés par Actes Sud / Sindbad : Réflexions sur l'exil (2008), La Question de Palestine (2010), L'Islam dans les médias (2011)

écouter: François Athané, Pour une histoire naturelle du don

écouter: François Athané, Pour une histoire naturelle du don 
La suite dans les idées, 25.06.2011
François Athané
Pour une histoire naturelle du don
PUF
2011

Présentation de l'éditeur
Nous donnons tous les jours, souvent sans même y penser. Nous offrons notre aide ou une friandise, nous donnons des indications, des nouvelles, des pièces de monnaie, des coups de main et, par-dessus tout peut-être, du temps. Mais, si nous employons quotidiennement ces mots : don, donner, cadeau, offrir, recevoir, nous ne savons pas pour autant dire ce que c'est que donner. Le présent livre se propose d'examiner les diverses définitions du don qui ont été proposées dans la philosophie et les sciences sociales. 
Ce faisant, on est progressivement amené à identifier chacune des modalités par lesquelles les humains peuvent transférer un bien à autrui. Parmi celles-ci, le don présente une caractéristique cruciale, qui le différencie notamment de l'échange : avec le don, celui qui reçoit peut se trouver absolument démuni, n'avoir rien, ni rien à donner en retour. Ce trait, pour être longtemps passé inaperçu dans les écrits sur le don, s'avère fondamental. 
Le livre se propose en effet de montrer que, pour cette raison, le don a joué un rôle décisif dans la préhistoire de l'espèce humaine, tout comme dans l'histoire de chacun d'entre nous : lorsque nous étions enfants.
François Athané, né en 1973, est agrégé et docteur en philosophie. 

samedi 15 septembre 2012

écouter: Florence Weber et Nathan Schlanger à propos de l'édition critique de Marcel Mauss

écouter: Florence Weber et Nathan Schlanger à propos de l'édition critique de Marcel Mauss
La suite dans les idées, 15.09.2012

Marcel Mauss
Essai sur le don 
Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques
Présentation de Florence Weber
Quadrige
PUF
2012


Marcel Mauss
Techniques, technologie et civilisation 
Edition et présentation de Nathan Schlanger
Quadrige
PUF
2012

video: Philippe Coulangeon, Les métamorphoses de la distinction

Philippe Coulangeon, Conférence-débat, bibliothèque de la Part-Dieu, 22 septembre 2011

Philippe Coulangeon
Les métamorphoses de la distinction
Inégalités culturelles dans la France d'aujourd'hui
Grasset
2011

Présentation de l'éditeur
Dans la France d’aujourd’hui, le « capital culturel », en particulier sous sa forme scolaire, continue d’orienter puissamment les trajectoires sociales. Pourtant, les prophètes du déclin de la culture font recette, sur fond de mise en scène tapageuse d’une présidence « bling-bling » qui viendrait couronner le lent effondrement d’un ordre ancien, dominé par le prestige de la culture littéraire et des humanités. Le règne de l’écrit serait mis à mal par celui de l’écran, et le triomphe d’élites vantant les vertus du bonheur matériel et de la fortune. L’humeur portée par ce divorce des élites du savoir et des élites du pouvoir nourrit un certain désarroi à l’égard des vertus émancipatrices naguère prêtées à la démocratisation de la culture et de l’éducation.
Tout ceci invite à s'interroger : quel est aujourd’hui le rôle de la culture dans la structuration des rapports « de classe » ? Quelles sont les conséquences de l’expansion scolaire qui s’est produite depuis la fin des années 1960 et, plus encore, au cours des années 1980 et 1990 ? Comment ont évolué, à la faveur de ces transformations, les normes de la légitimité culturelle ? Telles sont les questions que cet ouvrage pose pour penser les métamorphoses contemporaines de la distinction.
Philippe Coulangeon est sociologue, chargé de recherches au CNRS. Il a dernièrement fait paraître une réédition de Sociologie des pratiques culturelles (2010).

vendredi 14 septembre 2012

video: Ian H. Birchall, Sartre et l’extrême gauche française



Marx au XXIe siècle 2011-2012 – l’esprit & la lettre,  Autour des ouvrages de Ian Birchall, Sartre et l’extrême gauche française (La Fabrique, 2011) et d’Emmanuel Barot (dir), Sartre et le marxisme (La Dispute, 2011) ,  Sorbonne, 22 octobre 2011



Ian H. Birchall
Sartre et l’extrême gauche française
Cinquante ans de relations tumultueuses
Traduit par Etienne Dobenesque 
La Fabrique
2011
Présentation de l'éditeur
Sartre et la politique : sur ce sujet, c’est toujours de son flirt avec les communistes dont on parle, et toujours pour condamner son coupable aveuglement. Le livre de Birchall n’évite pas le point mais le replace dans son contexte, celui de la guerre froide à sa pire période, où les dirigeants communistes français étaient mis en prison, les journaux saisis, les manifestations brutalement réprimées.
Surtout, ce livre est comme une fresque où apparaissent des personnages fascinants avec lesquels Sartre a marché un temps dans ce demi-siècle agité : de Nizan à Leiris, de Colette Audry à Daniel Guérin, de Maurice Nadeau à Jean Genet… Et Birchall rappelle que l’attitude de Sartre pendant la guerre d’Algérie et la guerre du Vietnam lui a permis d’être à peu près le seul intellectuel de renom à pouvoir prendre la parole devant les étudiants en mai 1968.
Mais il ne s’agit pas d’une hagiographie : les fragilités, les contradictions, les erreurs ne sont pas gommées – d’autant moins que Sartre lui-même les reconnaissait volontiers. Dans sa solidité documentaire, l’intérêt du livre est double : d’une part il éclaire la vie politique (et non philosophique ou littéraire, bien que par moments…) d’un personnage essentiel du XXe siècle, et d’autre part il offre la vision panoramique d’un territoire mal connu, celui de l’extrême gauche non communiste dans les années de l’après-guerre en France.
Ian H. Birchall a longtemps enseigné le français à la Middlesex University. Il est l’auteur, entre autres, de The Spectre of Babeuf (1997) et de Tony Cliff, A Marxist for his Time (2011).

Mathieu Léonard, L’émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale


Mathieu Léonard
L’émancipation des travailleurs
Une histoire de la Première Internationale
La Fabrique
2011
Présentation de l'éditeur
Huit ans : c’est ce qu’a duré l’Association internationale des travailleurs, plus connue sous le nom de première Internationale. Une vie brève donc, et pourtant c’est tout un monde qui change avec la Commune de Paris pour pivot. Entre le meeting fondateur au St Martin’s Hall de Londres en septembre 1864, et le congrès de la scission, à la Haye, en septembre 1872, on passe d’un timide réseau d’entraide ouvrière à une organisation internationale qui parle ouvertement de révolution sociale. En partant d’un conglomérat hétérogène de syndicalistes anglais, d’artisans mutuellistes français et de communistes allemands, on voit surgir en chemin de grandes figures du mouvement ouvrier comme le Belge César De Paepe et le Français Eugène Varlin, et l’on assiste à la formation des courants marxistes, anarchistes et sociaux-démocrates. Pour finir, les épisodes se succèdent dans la lutte entre les « autoritaires » autour de Karl Marx et les « anti-autoritaires » autour de Michel Bakounine, lutte qui finira par faire éclater l’Internationale.
Bien des questions qui sont les nôtres sont déjà posées dans les congrès de la première Internationale, dans les luttes qu’elle a menées et dans les querelles dont elle a fini par mourir. Une richesse largement oubliée, que ce livre restitue avec une entraînante empathie.
Historien de formation, Mathieu Léonard participe au mensuel CQFD.

jeudi 13 septembre 2012

video: Jean-Loup Amselle, L'Ethnicisation de la France

Jean-Loup Amselle, L'Ethnicisation de la France, Librairie Tropiques, 16.09.2011





Jean-Loup Amselle
L'Ethnicisation de la France
Lignes
2011

Présentation de l'éditeur
Le processus d'ethnicisation de la société française est un phénomène complexe qui ne saurait être réduit à l'effet d'un dangereux racisme d'Etat. Il serait également trompeur de croire que l'antiracisme émane uniquement du peuple ou des peuples concernés. Le combat antiraciste est donc moins simple qu'il n'y paraît, et il convient de considérer avec circonspection les organisations qui prétendent prendre la défense de peuples donnés, "au nom" de ces peuples eux-mêmes. Ceux-ci ont rarement la possibilité de s'exprimer en leur nom propre parce que leur "propre nom" est lui-même l'objet d'un enjeu. Par une sorte d'effet boomerang, c'est toute la thématique du multiculturalisme qui fait bon ménage avec la stigmatisation et la xénophobie ambiantes. En effet, contrairement à l'objectif visé, la discrimination positive semble avoir pour effet de solidifier les identités nationales et européenne, que celles-ci soient conçues comme "blanche", chrétienne ou les deux à la fois.

Jean-Loup Amselle est anthropologue. Il enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et dirige les Cahiers d’études africaines. Il est, entre autres, l’auteur de Rétrovolutions, Stock, 2010 ; L’Occident décroché, Stock, 2008 ; Branchements, Flammarion, 2001 ; Vers un multiculturalisme français, Flammarion, 1996. Il contribue régulièrement à la revue Lignes.

mercredi 12 septembre 2012

Perry Anderson, Le Nouveau Vieux monde. Sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain

Perry Anderson
Le Nouveau Vieux monde
Sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain
Traduit de l’anglais par Cécile Arnaud
Agone
2011

Avant-propos
 
Présentation de l'éditeur
Dans le contexte de la montée générale du néolibéralisme, l'autosatisfaction des élites européennes et de leurs porte-parole accompagne le mépris des populations. A ce niveau, l'absence d'un réel clivage politique empêche l'émergence d'une véritable sphère publique en Europe. La bonne conscience entretient les illusions, comme celle d'une autonomie vis-à-vis des Etats-Unis. Entre la réalité d'un régime politique produisant des effets plus ou moins uniformes sur l'ensemble de son territoire et l'intensité incomparablement supérieure de la vie interne de chacune des nations qui la composent, l'Europe ressemble beaucoup à un objet impossible. 
Ce livre veut contribuer à rompre le concert d'échos médiatiques qu'est aujourd'hui l'Union européenne pour en faire un objet de véritables choix politiques. L'historien britannique Perry Anderson rassemble ici quinze ans d'observations et de réflexions pour retrouver le fil rompu des grands penseurs politiques de l'Europe. Alternant les points de vue généraux sur l'organisation du continent et sur les réalités nationales, il envisage aussi bien la question des origines historiques que les enjeux les plus actuels - comme l'élargissement vers l'Orient. 
Une partie du chapitre consacré à la France est déjà parue sous le titre La Pensée tiède (2005), ici actualisée et replacée au sein d'une réflexion globale sur place de la vieille Europe dans le nouvel ordre mondial.

mardi 11 septembre 2012

Lire les sciences sociales: Sociologie de la Psychanalyse, 21 septembre 2012

lire les sciences sociales

Vendredi 21 septembre 2012

SOCIOLOGIE DE LA PSYCHANALYSE

Présentation et discussion des travaux de
Samuel LÉZÉ et Sandrine GARCIA

En présence des auteurs
 

L’autorité des psychanalystes, S. Lézé (Paris, PUF, 2010). Comment expliquer la place ambiguë de la psychanalyse dans notre société ? S. Lézé a exploré pendant une dizaine d’années l’univers parisien de la psychanalyse. Il relate non seulement le parcours des patients et des psychanalystes dans un monde qui possède ses propres règles, mais aussi un épisode-clé de l’histoire du mouvement freudien en France (États Généraux de la psychanalyse, Réglementation du titre de psychothérapeute, parution d’un Livre noir de la psychanalyse), dont l’autorité est aujourd’hui contestée au nom de la scientificité et de l’efficacité de psychothérapies modernes…À travers l’anthropologie d’un lieu commun faussement familier et qui suscite le plus souvent une critique radicale ou un engouement total, l’auteur interroge la rationalité d’une pratique finalement méconnue de la plupart d’entre nous. Présentation et discussion par Michel Daccache



Mères sous influence, S. Garcia (Paris, La Découverte, 2011). Comment est-on passé de la dénonciation de la « maternité esclave » par le MLF à la culpabilisation des mères ? De quelle manière la toute-puissance exercée par les parents sur leurs enfants a-t-elle cédé la place à l'encadrement des mères et des pères par les professionnels de la santé et de l'éducation ? Interrogeant ces évolutions paradoxales, S. Garcia donne à voir comment, durant la lutte pour la régulation des naissances, de nombreux médecins dénoncent le magistère moral exercé par un Ordre des médecins majoritairement catholique, au profit d'une autorité se voulant uniquement scientifique. Puis, revisitant les étapes majeures de la construction de la « cause de l'enfant », l'auteure montre comment nombre de psychanalystes de l'enfant - en particulier Françoise Dolto - investissent massivement le champ de l'éducation : le destin des femmes passe désormais par le bien-être de l'enfant tel que le définissent ces experts. Ce brouillage des registres entre clinique et morale aboutit à la dénonciation d'une nouvelle maltraitance : la « violence éducative » qu'exerceraient les parents réfractaires aux bons usages. D'où l'émergence d'un militantisme individuel et institutionnel pour faire sanctionner les « déviances » parentales, au risque de stigmatiser les pratiques les plus éloignées de la norme incarnée par les classes moyennes : celles des milieux populaires. Présentation et discussion par Sophie Noël

14 h 00 - 19 h 00
CNRS/Site Pouchet, Salle 221

59 - 61, rue Pouchet, 75017 Paris
métro ligne 13 - Guy Moquet | Brochant , Bus 66 - La Jonquière

Catherine Colliot-Thélène, La Démocratie sans "demos"

Catherine Colliot-Thélène
La Démocratie sans "demos"
PUF
2011

Présentation de l'éditeur
Penser la démocratie sans demos implique de dénouer le lien solidement établi au XIXe siècle entre les concepts de démocratie et de souveraineté du peuple. A cela, la mondialisation contemporaine ne cesse de nous inciter. Le procès continu de démocratisation de l'Etat moderne a été rendu possible par l'individualisation du sujet de droit, elle-même résultat de la destruction des droits particuliers des sociétés d'Ancien Régime par l'action centralisatrice d'un pouvoir de type territorial. 
Mais, en s'imposant comme la seule instance garante des droits, l'Etat moderne a aussi nationalisé la citoyenneté. Or, il est certain qu'aujourd'hui l'érosion du monopole juridique et judiciaire de l'Etat s'accompagne d'une multiplication et d'une hétérogénéité croissantes des pouvoirs auxquels les individus peuvent et doivent s'adresser pour obtenir la reconnaissance et la garantie des droits qu'ils revendiquent. 
Cette situation nous fait obligation de dénationaliser la citoyenneté sans sacrifier pour autant cette forme spécifique de subjectivité politique qu'est l'individu sujet de droits, sans renoncer par conséquent aux ressources émancipatrices dont cette figure du sujet politique a fait la preuve au cours des deux derniers siècles.
Catherine Colliot-Thélène est professeur agrégée de philosophie à l'Université de Rennes I. Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, elle obtient son doctorat en 1987 (Université de Paris I-Sorbonne). De 1999 à 2004, elle est directrice du Centre Marc Bloch à Berlin, puis chercheuse invitée au Hamburger Institut für Sozialforschung, à Hambourg en 2008.